SCIENCE-FICTION

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L'« effet science-fiction » commence au niveau de la phrase. Ainsi Michel Jeury, dans Les Enfants de Mord (1979), fait dire à l'un de ses personnages : « Vous devez savoir que Louis Catalina n'est pas mort. Enfin, il n'est plus mort. » Un autre ajoute un peu plus loin : « J'espère qu'il restera mort un bon bout de temps ! ». Puis, c'est Catalina qui prend la parole : « Je connais cet homme. C'est un de ceux qui ont tenté de ... un de ceux qui m'ont tué ! » Quelques pages encore, et l'on passe de la première à la deuxième personne : « Il y a au moins un million de morts ici. Sans vous compter ! »

Si nous passons de la phrase au récit, l'« effet science-fiction » se décompose en quatre éléments :

– Un univers référentiel ordinaire, éventuellement décrit sur le mode réaliste : pour que Philip K. Dick puisse imaginer une porte douée de parole qui refuserait de s'ouvrir, il faut d'abord qu'il y ait des portes.

– Un élément stupéfiant, capable de produire non seulement la surprise, mais aussi la difficulté ou même l'impossibilité de venir à bout de celle-ci en recourant aux opinions communément admises. La surprise ne pose pas ici un simple problème de méthode, que tout enquêteur doué aurait des chances de résoudre ; elle concerne l'univers ordinaire avec ses règles et ses lois, dont l'une au moins semble ouvertement violée, en sorte que l'acceptation universelle du vraisemblable est remplacée par la déception et la méfiance, parfois aussi par l'effet de miracle et la révélation ; bref, c'est un étonnement fort qui situe l'effet science-fiction (au moins pour ce deuxième élément) du côté du merveilleux.

– Pour approfondir et justifier la surprise initiale, l'auteur peut forcer la dose, accumulant les surprises et les transgressions ; il basculera alors, toujours plus irrévocablement, du côté du « réalisme magique ». Mais il peut aussi entreprendre de triompher du non-sens par un nouveau travail sur le sens, de [...]


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Interstellar, de Christopher Nolan

Interstellar, de Christopher Nolan
Crédits : Paramount/ Warner Brothers/ The Kobal Collection/ Picture Desk

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Matrix, de Larry et Andy Wachowski, 1999

Matrix, de Larry et Andy Wachowski, 1999
Crédits : Jasin Boland / Roadshow Film Limited / Album/ akg-images

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Ghost in the shell, de Oshi Mamoru, 1995

Ghost in the shell, de Oshi Mamoru, 1995
Crédits : Bandai/Kodansha/Production I.G. / The Kobal Collection/ Aurimages

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Memento, de Christopher Nolan, 2000

Memento, de Christopher Nolan, 2000
Crédits : NEWMARKET CAPITAL GROUP / Ronald Grant Archive/Mary Evans Picture Library / Photononstop

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Pour citer l’article

Roger BOZZETTO, Jacques GOIMARD, « SCIENCE-FICTION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/science-fiction/