QUECHUA

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L'organisation politique et religieuse

La communauté est gouvernée par un corps d'autorités élues par roulement et temporaires, appelées varayoq, du nom du bâton de commandement ou vara qu'elles portent. Ce corps comprend diverses charges hiérarchisées qui correspondent à celles des anciens conseils municipaux, ou ayuntamientos, de la péninsule Ibérique, mais qui s'organisent et fonctionnent selon des principes particuliers. À la tête de la hiérarchie se situe la charge d'alcalde. Immédiatement après, viennent celles de campos, puis celles de regidores, et enfin celles d'alguaciles. Les charges de même niveau se distribuent égalitairement entre les sections de la communauté. Quant à la charge d'alcade qui est toujours unique, elle alterne d'une année sur l'autre entre les sections. Car les titulaires de ces charges sont nommés par l'assemblée communautaire pour une seule année. Non seulement tous les hommes mariés sont susceptibles d'être portés à une charge, mais encore tous se doivent d'exercer successivement la totalité des charges de la hiérarchie pendant la durée de leur vie, en commençant par la charge inférieure d'alguacil et en terminant par celle d'alcalde. C'est par l'exercice de ces charges que l'homme accumule du prestige et qu'il parvient à accéder dans sa communauté à la position d'aîné, de mayor ou de principal.

Les varayoq veillent à l'entretien des édifices de l'agglomération. Ils contrôlent la rotation des cultures, déterminent la longueur des jachères, décident de l'utilisation des pâturages communaux. Après la récolte, pendant les mois de l'hiver austral, ils convoquent les chefs de famille pour réaliser les travaux d'intérêt collectif ou faenas, tels que la réfection des sentiers et le nettoiement des canaux d'irrigation. Ils disent également la coutume et, sur la base des normes traditionnelles, ils règlent les litiges que l'esprit procédurier des Quechua fait proliférer.

Bien que les fonctions politiques et les fonctions religieuses soient nettement différenciées, la religion constitue un instrument essentiel du contrôle social. Elle s'apparente dans ses formes extérieures au catholicisme populaire de l'Espagne médiévale, centré sur le culte des saints. La communauté et chacune de ses sections se reconnaissent un saint tutélaire dont le culte est entretenu par des mayordomos. Comme les varayoq, ceux-ci reçoivent de l'assemblée communautaire un mandat d'un an. Il leur faut en particulier célébrer la fête du saint auquel ils sont attachés, afin d'assurer la prospérité matérielle et morale de la collectivité qu'ils représentent face au monde surnaturel. De telle fêtes, qui durent trois jours, s'accompagnent de danses, de banquets et de libations, ainsi que de combats de taureaux et de condors. Elles exigent des dépenses considérables auxquelles le mayordomo doit pourvoir en mobilisant son épargne et celle de ses parents, alliés et amis. Souvent, les mayordomos de sections différentes entrent en compétition, et celui qui dépense plus que les autres dans l'exercice de sa charge se couvre de prestige aux dépens de ses concurrents.

Bien des saints catholiques ont emprunté certains de leurs attributs à d'anciennes divinités locales. C'est le cas de Santiago qui correspond à Illapa, dieu de la foudre, et de la Vierge Marie qui est identifiée à Pačamama, déesse de la terre, de la fertilité et de la fécondité. Divers rituels et de nombreuses croyances préhispaniques subsistent encore aujourd'hui. Dans le centre-sud des Andes péruviennes, les pasteurs éprouvent une vénération toute particulière envers le Wamani, protecteur des hommes et des troupeaux, qui habite les montagnes. Afin de se concilier ce puissant esprit, ils lui font des offrandes d'alcool, de sucre et de fleurs, et ils déposent leur chique de coca au pied des petits tas de pierres qui signalent sa présence en bordure des sentiers.

Si elle a perdu aujourd'hui l'importance considérable qu'elle revêtait pour toutes les cultures des Andes à l'époque préhispanique, la coca (Erythroxylon coca) demeure néanmoins étroitement associée à la religion. À ceux qui savent lire dans les feuilles de cet arbuste transandin, elle permet de prédire l'avenir. Les spécialistes du surnaturel l'emploient aussi dans la confection des offrandes rituelles destinées à éloigner les esprits mauvais, à protéger le bétail et à garantir la récolte. Tout en contribuant à frayer à l'homme le chemin v [...]

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Pour citer l’article

Henri FAVRE, « QUECHUA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/quechua/