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MOTIVATION

Connotant aussi bien de purs besoins physiologiques que des aspirations artistiques, religieuses ou scientifiques, le terme de motivation suscite à bon droit la méfiance : ne s'agirait-il pas encore ici de quelque vague notion métaphysique, appartenant au cadre de la pensée préscientifique, et peu susceptible de recevoir une élaboration conceptuelle pouvant lui conférer une quelconque efficacité opératoire ? Le thème de la motivation paraît d'abord étroitement lié aux réflexions propres à la philosophiemorale, concernant le sens du devoir et le désir du bien.

Dans la mesure, en effet, où l'homme est conçu à la manière d'Aristote comme étant le principe de ses actes, la recherche porte essentiellement non tant sur la nature des motifs sous-tendant l'activité humaine que sur la fin dernière de l'être, dont la connaissance devrait procurer le souverain bien. D'un côté, la réflexion s'enracine dans une métaphysique qui serait seule habilitée à découvrir la motivation réelle et fondamentale de l'homme, tandis que, de l'autre, elle s'étaie sur des modèles physico-psychologiques.

Le second point de vue paraît le plus largement représenté, dans les traités contemporains sur la motivation, sous la forme de l' hédonisme, théorie selon laquelle toutes les actions seraient motivées par le plaisir ou l'absence de douleur. Notons cependant l'ambiguïté de cette définition, telle qu'elle avait été ressentie par les Anciens. Faut-il, avec Aristippe de Cyrène (ve s. av. J.-C.), opposer plaisir à douleur comme mouvement léger à mouvement violent, ou concevoir qu'il existe un état autre que le mouvement, état stable et constitutif, caractéristique du plaisir selon Épicure ? La question éthico-psychologique d'une vie en accord avec la nature entraîne donc ici à titre d'exigence préalable la construction d'un modèle de l'univers, aux lois duquel l'homme serait secrètement motivé à se conformer. S'en dégage l'idée d'une unicité de la motivation qui, à travers des strates plus ou moins nombreuses, vise au recouvrement ultime entre vœu du sujet et dessein de la nature.

Mais c'est essentiellement autour des discussions théologiques et philosophiques concernant le libre arbitre et le déterminisme que sera mis en lumière le caractère éminemment conflictuel des différentes motivations, mettant en jeu un élément qui déborde de partout la volonté libre du sujet.

Apparaît ici l'originalité de la thèse leibnizienne dans l'affirmation de la nature intrinsèque, ex hypothesi, du déterminisme. C'est une « hypothèse », au dire de Leibniz, que le choix du monde, déterminé conditionnellement par Dieu comme meilleur possible, grâce à un calcul intuitif. Ainsi, la motivation de Jules César à franchir le Rubicon n'est pas comprise dans la « notion éternelle » de Jules César, mais s'enracine dans le « personnage » historique que Dieu lui a donné, en tenant compte des rapports de compossibilité et de la suite des choses. Cela se formalise dans l'élaboration de la notion de série, comprise comme principe d'ordination des phénomènes, ramenant la chaîne des motivations à la ratio profonde qui la sous-tend, de manière à entraîner l'analyse de tous les requisits, exprimant les divers degrés de tension de l'être vers l'existence. L'infini « syncatégorématique », dont les séries mathématiques donnent le type, trouve de la sorte son complément nécessaire dans un infini « catégorématique », loi dernière de la série.

Telle est l'origine de tout un courant qui, à travers la psychologie de Johann Friedrich Herbart, donnera naissance à la conception par strates de l'appareil psychique freudien et qui, d'autre part, renforcé par les travaux épistémologiques d'Ernst Cassirer[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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