DAVIS MILES

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Aura

Rarement le jazz aura connu à la fois une telle précocité et une telle longévité musicales. Pourtant, les facultés techniques de Miles Davis sont limitées. Même si elles se sont affermies avec le temps, nous restons bien loin de la virtuosité triomphante de Fats Navarro et de Dizzy Gillespie. Maître il l'est, mais de la conduite du discours, de l'économie des moyens. « Vous savez, ce n'est pas la peine de faire des tas de notes. Il suffit de jouer les plus belles » : ces propos, rapportés par Francis Marmande, le définissent tout entier. Son timbre est l'un des plus dense de l'histoire du jazz. Incisif dans l'aigu, brumeux dans le grave, Miles Davis sait enchaîner plaintes rauques et souffles à peine modulés. Une absence de vibrato, une subtile utilisation de la sourdine wa-wa, une émission d'une étonnante précision, un instrument accordé volontairement un peu bas donnent à sa sonorité, à la fois tendue et détimbrée, un grain que seul peut-être Chet Baker saura approcher. Le phrasé dissimule un swing ambigu, flottant, indécis. Peu enclin aux modulations, Miles Davis baigne dans un monde modal voué à la contemplation harmonique. Est-ce pour casser ce statisme rythmique, pour animer ce hiératisme naturel qu'il choisit le plus souvent de s'entourer de partenaires dérangeants, de musiciens étrangers à son univers, de batteurs toujours très puissants, aimant les ruptures de tempo et les accents cahoteux ? Miles Davis n'a vraiment retrouvé sa famille que dans la musique pacifiée de Gil Evans. Amoureux du non-dit, de la brisure, il nous offre d'infinies paraphrases sur des thèmes de ballades, avec un lyrisme délicat qui fait écho au chant voilé de Bix Beiderbecke. Il sait aussi pousser le blues, lancinant et morbide, jusqu'à l'aspérité. Miles Davis aura traversé et fécondé tous les styles, sans que s'altère ce jeu linéaire, pointilliste, brûlant comme la glace, sans que s'efface cette présence à la fois légère et oppressante qui se fond dans le silence. In a silent way.

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Miles Davis

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Miles Davis et Jeanne Moreau

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Pierre BRETON, « DAVIS MILES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miles-davis/