TRISTANO LENNIE (1919-1978)

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L'influence considérable que Lennie Tristano va exercer sur le cours du jazz dès le milieu des années 1940 ne s'explique pas uniquement par l’extrême originalité de son jeu pianistique. Elle se nourrit aussi des lumineuses analyses de l'un des rares théoriciens que cette musique ait connus. Toute une génération de jeunes instrumentistes s'y est reconnue et n'a pas choisi d'autre maître. Les échos de cette voix très originale s'entendent sous les doigts de Bill Evans, de Cecil Taylor et dans les improvisations de Martial Solal.

Fils d'immigrants italiens, Leonard Joseph Tristano naît à Chicago le 19 mars 1919. À neuf ans, il devient aveugle. Sa mère, qui pratique le chant et le piano, guide ses premiers essais sur le clavier. Jusqu'à l’âge de dix-neuf ans, il suit une formation très complète dans un institut de jeunes aveugles de sa ville natale. Tout en poursuivant l'étude du piano, il aborde la composition, la direction d'orchestre et s'initie à divers instruments : saxophones ténor et alto, clarinette, guitare, trompette, batterie. En 1943, il obtient ses diplômes de piano et de composition de l'American Conservatory of Music de Chicago. Son parcours paraît alors assez chaotique : il joue du saxophone ténor et de la clarinette dans des orchestres de danse, dirige une formation de dixieland et enseigne à la Christiansen School of Popular Music.

Mais, progressivement, le piano devient son mode d'expression principal. Dès lors, les disciples affluent : Phil Woods, Lee Konitz, John LaPorta, Billy Bauer, Arnold Fishkin, Sal Mosca, Ronnie Ball, Bill Russo, bref, l'élite du jazz blanc de l'époque. En 1946, Tristano écrit quelques arrangements pour Woody Herman, constitue avec deux de ses élèves – le bassiste Arnold Fishkin et le remarquable mais méconnu guitariste Billy Bauer – un trio sans batterie, le Lennie Tristano Trio, et s'établit à New York, où il va participer avec enthousiasme aux batailles que le be-bop livre pour s'imposer ; il se produit avec les meilleurs musiciens de ce courant, au premier rang desquels Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

Charlie Parker et The Metronome All-Stars, New York, H. Leonard

Photographie : Charlie Parker et The Metronome All-Stars, New York, H. Leonard

Herman Leonard, Charlie Parker et The Metronome All-Stars, New York, 1949. Tirage argentique. Le photographe saisit cet instant intense de concentration lors d'une répétition du groupe éphémère (où l'on reconnaît outre Charlie Parker, Lennie Tristano au piano) réuni par le Metronome... 

Crédits : H. Leonard/ Archives Center-NMAH/ Smithsonian Institution

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En 1947, les critiques de la revue Metronome l'élisent musicien de l'année puis meilleur pianiste de l’année. Don Ferrara, Ted Brown et Warne Marsh viennent grossir le nombre de ses élèves. Il fonde avec les meilleurs d'entre eux un sextette (1949-1950) qui rassemble le saxophone ténor Warne Marsh, le saxophone alto Lee Konitz, le bassiste Arnold Fishkin et l’un ou l’autre des batteurs Harold Granowsky et Denzil Best. En 1949, son sextette enregistre pour la firme Capitol l’album Crosscurrents, dont deux plages, Digression et Intuition, annoncent, par la liberté de leur improvisation collective, l’esthétique du free jazz, plus d’une décennie avant l’album fondateur Free Jazz du double quartette d’Ornette Coleman (décembre 1960).

En 1951, Lennie Tristano lance sa propre maison de disques, Jazz Records, destinée à la diffusion de sa musique et à la promotion des membres de son groupe, et fonde à New York une école de jazz – qui peut être considérée comme la première du genre –, qu’il ferme en 1956. Il se consacre alors de plus en plus à l’enseignement en privé dans sa maison de Long Island. Ses apparitions publiques se raréfient, de même que ses enregistrements : une dernière tournée en Europe en 1965, une dernière apparition en public aux États-Unis en 1968. Lennie Tristano meurt à New York le 18 novembre 1978.

Si la musique de Lennie Tristano est directement issue de la révolution harmonique et rythmique du bop, elle ne peut cependant se réduire à ce style unique. Ses racines plongent en effet dans bien d'autres univers. Le pianiste peut tout autant se réclamer de l'héritage d'Art Tatum, d'Earl Hines et de Nat « King » Cole que de celui de Bud Powell et de [...]

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Pierre BRETON, « TRISTANO LENNIE - (1919-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lennie-tristano/