BLANTON JIMMY (1918 ou 1921-1942)

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Dans son autobiographie Music is my Mistress, publiée en 1973, Duke Ellington écrit : « Jimmy Blanton a révolutionné le jeu de la contrebasse, qui n'a plus été le même depuis lors. » Dans les années 1930, en effet, malgré les remarquables avancées réalisées par Walter Page ou John Kirby, l'instrument n'assurait guère que les fondations rythmiques et harmoniques de la musique de jazz : un rôle indispensable mais obscur qui le tenait très éloigné des fonctions de soliste. Les quelques années d'une vie créatrice écourtée par une mort prématurée ont suffi à Jimmy Blanton pour bouleverser les bases mêmes du jeu de la contrebasse, dont il s'affirme comme le véritable émancipateur. Non content d'être l'un des principaux artisans du rajeunissement rythmique de l'orchestre de Duke Ellington de la fin des années 1930 et du début des années 1940 et d'offrir aux arrangeurs des horizons insoupçonnés et passionnants, il va transformer la contrebasse en un instrument capable d'improvisation mélodique et en un partenaire avec lequel il faut compter. Il sait à la fois se fondre dans l'ensemble mais aussi surgir inopinément quand il s'agit de stimuler un soliste ou de relancer une section. L'intelligence de son commentaire, l'influx et la puissance de ses attaques, le moelleux de sa sonorité et la solidité de son architecture musicale font de ses solos – à l'archet ou en pizzicati – de véritables merveilles d'invention, de souplesse et de swing. Les contrebassistes qui lui ont succédé – au premier rang desquels Oscar Pettiford, Ray Brown et Charlie Mingus – lui doivent l'essentiel de leur langage. En hommage aux sessions de Duke Ellington avec Jimmy Blanton de 1939 et 1940, Ray Brown enregistrera en 1972, avec le Duke au piano, l'album This One's for Blanton.

James Blanton naît à Chattanooga, dans le Tennessee, à une date qui ne fait pas l'unanimité parmi ses biographes : en octobre 1918 (le 5 ?) selon certains, en 1921 selon d'autres. Sa mère, pianiste, dirige de petites formations. Jimmy Blanton s'initie très tôt au violon et acquiert de solides connaissances en théorie musicale. Il entame des études supérieures au Tennessee State College, où il se tourne vers la contrebasse, dont il joue dans la formation du collège et dans divers groupes locaux. Il met à profit les vacances d'été pour se produire avec les Cotton Pickers, un ensemble que dirige le pianiste Fate Marable sur les riverboats qui naviguent sur le Mississippi. Jimmy Blanton abandonne ses études après trois années pour se consacrer entièrement à la musique et s'établit à Saint Louis du Missouri. En 1937, il rejoint le Jeter-Pillars Orchestra.

À l'automne de 1939, le jeune homme commence à jouer régulièrement au Coronado Hotel Ballroom de Saint Louis. Duke Ellington, qui donne une série de concerts dans cette ville, découvre le jeune contrebassiste. Son enthousiasme est tel qu'il l'engage sur le champ. Jimmy Blanton alternera dans l'illustre phalange avec Billy Taylor, jusqu'au départ de ce dernier, en janvier 1940, date qui coïncide avec l'arrivée du saxophone ténor Ben Webster : le big band du Duke va connaître son âge d'or avec ces deux formidables musiciens. La participation de Blanton est déterminante dans tous les chefs-d'œuvre ellingtoniens de la période 1939-1941 : Harlem Air Shaft, Sepia Panorama, Chloe, Conga Brava, Ko-Ko, Ebony Rhapsody, Jack the Bear, Concerto for Cootie... Blanton enregistre également avec Cootie Williams, Johnny Hodges, Barney Bigard et Rex Stewart, autres sidemen de Duke Ellington. Hommage rarissime, Duke Ellington grave avec lui, le 1er octobre 1940, pour la firme Victor, quatre plages en duo piano et contrebasse qui sont entrées dans la légende : Pitter Panther Patter, Body and Soul, Sophisticated Lady et une dernière pièce portant ses initiales, Mr. J. B. Blues. Une éblouissante carrière s'ouvre alors devant Jimmy Blanton, qui apparaît occasionnellement au Minton's Playhouse de la 52e Rue de Manhattan, où quelques avant-gardistes – Dizzy Gillespie, [...]

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Pierre BRETON, « BLANTON JIMMY (1918 ou 1921-1942) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jimmy-blanton/