MALAWI

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Nom officielRépublique du Malawi (MW)
Chef de l'État et du gouvernementLazarus Chakwera (depuis le 28 juin 2020)
CapitaleLilongwe 1
Note : Le siège des autorités judiciaires se trouve à Blantyre.
Langue officielleaucune 2
Note : L'anglais est la langue officielle d'enseignement
Unité monétairekwacha (MWK)
Population19 054 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)118 760

Histoire

La période coloniale

Entre 1858 et 1863, David Livingstone effectua dans la région de l'actuel Malawi quatre voyages au cours desquels il put mesurer les ravages provoqués par le commerce des esclaves. L'explorateur participa à la mise en place d'une mission éphémère dans les hauteurs du Shiré en 1861, mais ce n'est qu'après sa mort que son message et son appel furent entendus : un important réseau de missions protestantes allait être tissé à partir des bases de Livingstone (1875) et Blantyre (1876). Les missions catholiques ne s'installèrent que vingt ans plus tard dans le centre du pays. Le système éducatif mis en place par les missions protestantes était d'une haute qualité et fut durant la période coloniale un facteur d'émancipation important pour les nombreux Africains qui en bénéficièrent. L'enseignement dispensé par les missions catholiques, plus conservateur, n'eut sans doute pas le même impact.

Si un consulat britannique existait à Blantyre depuis 1883, ce n'est qu'en 1891 que Londres établit un protectorat du Nyassaland sur la région, contrant ainsi les prétentions portugaises de plus en plus pressantes. Il a parfois été souligné que les idées directrices de la pensée de Livingstone (commerce, christianisme, civilisation) ont dominé l'histoire coloniale du Nyassaland : si le processus de colonisation n'y a certes pas pris les allures qu'a connues celui de la Rhodésie, les relations entre Africains, administration coloniale et colons européens n'ont néanmoins rien eu d'une idylle. La pacification du pays entreprise par Harry Johnston, qui mit un terme au commerce d'esclaves, fut longue et parfois meurtrière (les Ngoni du Nord ne passèrent vraiment sous l'autorité des Britanniques qu'en 1904). L'administration indirecte fut bientôt le mode de gouvernement choisi par le colonisateur, notamment par deux ordonnances de 1933 reconnaissant l'importance des autorités traditionnelles.

Le commerce colonial ne fut jamais très intense au Nyassaland : la Compagnie des lacs africains, créée en 1878 par des hommes d'affaires écossais, n'a été que le bras mercantile des missions protestantes. Quant à la British South Africa Company de Cecil Rhodes, qui supportait une partie des charges financières du protectorat, elle dut rapidement abandonner ses prétentions commerciales expansionnistes. Ce sont plutôt les problèmes agraires et ceux de la représentation politique et sociale des Africains qui ont suscité les tensions les plus graves. Dans le premier domaine, les colons européens, bien que peu nombreux, concentrèrent bientôt la propriété des meilleures terres, surtout dans le sud du pays, pour y développer des plantations. Les Africains de leur côté avaient souvent aliéné la propriété de nombreuses terres par l'intermédiaire de leurs chefs qui n'avaient pas perçu les conséquences véritables de tels « contrats », la notion de propriété absolument privée étant étrangère à leurs références culturelles. Une série de mesures avaient d'abord prévu de leur offrir des garanties quant à l'utilisation de la terre à des fins agricoles, mais devant le besoin grandissant de main-d'œuvre pour les plantations se généralisa le système dit de la thangata, officialisé en 1928, qui les obligeait à payer sous forme de travail un loyer aux colons « propriétaires » de leurs terres et les laissait à la merci d'une expulsion. Ce n'est que dans la région du Centre que se maintinrent les petites exploitations africaines consacrées aux produits d'exportation. Dans le Nord, encouragé par les missions, le flux migratoire de travailleurs vers les plantations rhodésiennes et les mines sud-africaines s'amplifiait. Sur le plan politique et social, la voix des Africains ne fut guère entendue puisque, d'abord représentés par des missionnaires, ils durent attendre 1949 et 1959 pour être présents au Conseil législatif et au Conseil exécutif. L'importance du système éducatif mis en place par les missions avait pourtant favorisé le développement d'une conscience politique dès le début du xxe siècle, mais celle-ci ne put s'exprimer d'abord que sous des formes millénaristes et religieuses : les sectes, les Églises schismatiques africaines, les prophètes furent les ferments de toute une agitation que dut réprimer l'administration coloniale. Les tensions culminèrent avec le mouvement et le soulèvement menés sans succès par John Chilembwe en 1915. La formation et l'action d'associations indigènes (Native Associations), qui regroupaient plutôt des notables et des intellectuels et dont les revendications ne visaient qu'à quelques aménagements du système colonial, échouèrent aussi bien à susciter la mobilisation populaire africaine qu'à obtenir une véritable compréhension et une coopération de la part des autorités coloniales. Pour prendre une dimension historique, la lutte anticoloniale avait besoin d'une cause identifiable et sensible à la majorité des Africains mais aussi d'une équipe dirigeante efficace.

La création par Londres d'une Fédération d'Afrique centrale unissant le Nyassaland et les deux Rhodésies en 1953 précipita le cours de la mobilisation populaire africaine : pour beaucoup, la Fédération signifiait la généralisation des pratiques discriminatoires en usage en Rhodésie du Sud. En pratique, le Nyassaland devenait de plus en plus un réservoir de main-d'œuvre et dépendait pour beaucoup de Salisbury. L'artisan de la lutte antifédérale fut sans doute Hastings Kamusu Banda. Celui-ci avait quitté le pays en 1904 et avait par la suite accumulé les diplômes aux États-Unis et en Grande-Bretagne, avant d'installer son cabinet médical à Londres. Là, il était en contact avec des hommes tels que Kwame Nkrumah et Jomo Kenyata. Ses virulentes attaques contre la Fédération eurent tôt fait de donner naissance à des mouvements de protestation parfois violents. Autour de lui, de jeunes intellectuels, ceux qui l'avaient convaincu de rentrer au Nyassaland en 1958 (Henry Chipembere, Kanyama Chiume, Yatuta et Dunduzu Chisiza), imprimaient une dynamique nationaliste plus militante au Congrès national africain, créé par James Sangala en 1944 et bientôt transformé en Malawi Congress Party (1960). Avec la montée de la violence, l'instauration de l'état d'urgence et l'emprisonnement de H. K. Banda et de ses lieutenants (1959), le dénouement approchait : en 1961, aux premières élections ouvertes aux Africains au suffrage censitaire, le M.C.P. s'imposait avec 94 p. 100 des voix. La sécession du Nyassaland sonnait le glas de la Fédération (1963), et l'État indépendant du Malawi naissait le 6 juillet 1964. Membre du Commonwealth, il était transformé en République par le Constitution de 1966.

La monopolisation du pouvoir par H.K. Banda

L'unité qui avait animé le mouvement nationaliste devait, dès septembre 1964, s [...]

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Malawi : territoire et activités

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Pour citer l’article

Philippe GERVAIS-LAMBONY, Philippe L'HOIRY, « MALAWI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/malawi/