SIGNORELLI LUCA (1450 env.-1523)

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La vigueur dans le traitement plastique de la forme et la violence dramatique du mouvement constituent l'essence du langage figuratif de Signorelli. Cet artiste vécut au moment où la Renaissance italienne traversait une crise profonde de la pensée et du goût. Son activité se situe en Toscane, dans les Marches, à Rome et en Ombrie ; elle témoigne d'une inspiration dramatique qui s'exprime avec une puissance sculpturale remarquable, qualités qui annoncent Michel-Ange et s'opposent à la tendance à la douceur qu'adoptait, à la même époque, Pérugin et qui passera de ce dernier à Raphaël.

Avec ses connaissances techniques sans défaut et un métier qu'il possède souverainement, Signorelli est considéré comme le dernier grand peintre toscan à fresque du xve siècle ; cependant, pendant sa maturité notamment, et après les fresques d'Orvieto, les limites de son art se révèlent dans l'incapacité de l'artiste à saisir dans leur plénitude les problèmes nouveaux qu'avait déjà posés ou qu'était en train de poser la société de son temps. Ces problèmes l'incitent en effet à s'enfermer dans une sorte de provincialisme, qu'on peut déceler avant même les fresques d'Orvieto, sous des formes certes ténues et quasi imperceptibles, mais qui trouve une expression accentuée et fâcheuse dans presque toutes ses dernières œuvres.

Formation et premières activités

Luca Signorelli est né à Cortone, on ne sait pas au juste en quelle année, mais certainement pas après 1450. Il était très jeune quand il entra dans l'atelier de Piero della Francesca, qu'il avait probablement rencontré à Arezzo, lors de l'exécution des célèbres fresques de l'église Saint-François. L'ascendant exercé par le grand maître sur Luca fut considérable, et Vasari ira même jusqu'à dire qu'un travail de jeunesse de Signorelli ressemblait tellement aux œuvres de Piero qu'on n'arrivait pas à les distinguer. Cela n'empêcha cependant pas Signorelli de s'engager d'emblée dans de multiples autres directions, à la suite de rencontres avec d'autres artistes, venus travailler à Florence et à Urbino. On ne dispose pas, à ce jour, de documents permettant d'établir avec certitude que Luca séjourna, encore jeune, dans ces deux villes ; mais ces séjours sont concevables si l'on tient compte du caractère de ses premières œuvres certaines : une fresque datée de 1476 à la pinacothèque municipale de Città di Castello, la Flagellation et la Vierge à l'Enfant de la Galerie Brera à Milan, et la décoration de la sacristie de la « Cura » dans la basilique de Lorette. De la fresque de Città di Castello, qui représente la Vierge à l'Enfant entre saint Jérôme et saint Paul, il ne reste que des fragments ; cependant, le personnage de saint Paul nous est parvenu sous une forme à peu près complète ; il montre clairement que si l'artiste se rattache à l'école de Piero par l'immobilité abstraite de l'image et l'exaltation des valeurs plastiques, il connaissait déjà le langage nerveux d'un Pollaiolo et d'un Baldovinetti, au point d'introduire dans le tissu épidermique des formes une intense vibration continue, obtenue grâce au mouvement tranchant des contours. On est en droit de supposer qu'aussitôt après l'exécution de cette fresque, Signorelli effectua un premier voyage à Urbino, au cours duquel il put entrer en contact avec Francesco di Giorgio et Bramante et prendre connaissance des œuvres du Ferrarais Ercole de Roberti. L'effet de ces rencontres se laisse clairement discerner dans la Flagellation de Brera et les fresques de Lorette, œuvres qui témoignent avec force du degré de maturité atteint par l'artiste, désormais en possession d'une authentique originalité. Dans la Flagellation, le souvenir de Piero et de Pollaiolo se marie aux influences exercées par les œuvres de Francesco di Giorgio et d'Ercole de Roberti, tandis que dans les fresques de Lorette la structure architectonique rappelle Bramante ; mais les figures peintes à l'intérieur de ce cadre révèlent l'influence de Botticelli, de Donatello et de Verrocchio, tout en se caractérisant par une vitalité [...]

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La Cène, Luca Signorelli

La Cène, Luca Signorelli
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La Vie de saint Benoît, Luca Signorelli

La Vie de saint Benoît, Luca Signorelli
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Scènes de la vie de saint Benoît, L. Signorelli

Scènes de la vie de saint Benoît, L. Signorelli
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Écrit par :

  • : consultant auprès des Musées du Vatican pour la restauration des œuvres d'art

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Pour citer l’article

Pasquale ROTONDI, « SIGNORELLI LUCA (1450 env.-1523) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/luca-signorelli/