PASTEUR LOUIS (1822-1895)

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La lutte contre les maladies contagieuses

En 1867, Pasteur succède à Balard dans la chaire de chimie physiologique de la Sorbonne. Le chercheur dispose désormais d'un laboratoire bien équipé. Mais en 1868, à l'âge de quarante-six ans, il est frappé par une attaque d'hémiplégie cérébrale dont il ne se relèvera que lentement, restant en grande partie paralysé du côté gauche. Sa jambe raide le handicapera beaucoup pour marcher. Il ne pourra plus manipuler lui-même au laboratoire et devra s'en remettre à ses collaborateurs (Roux, Yersin, Duclaux, Haffkine, Metchnikoff). Il assistera cependant à toutes les expériences et surveillera de près tous les travaux : mais ne plus pouvoir être directement expérimentateur fut certainement pour lui un grand drame. Quelques années plus tôt, en 1859, 1865 et 1866, il avait perdu trois filles de la typhoïde et du choléra.

Au milieu de tous ces malheurs, une réorientation importante de la carrière de Pasteur va se produire : il va se consacrer à l'étude des maladies d'origine microbienne. La « théorie des germes », la présence universelle des micro-organismes dans l'air atmosphérique, révélée par les expériences sur la génération spontanée, la perte de ses propres enfants, devaient logiquement conduire Pasteur vers ces nouvelles recherches. Ce mouvement fut précipité par une demande de son ancien maître, Jean-Baptiste Dumas, devenu sénateur du Gard.

Une maladie d'origine mystérieuse dévastait les élevages français de vers à soie dans le Midi de la France. Dumas obtint que Pasteur, auréolé de la gloire acquise lors de ses travaux sur les « maladies » du vin, de la bière, du vinaigre, etc., se rende sur place, à Alès, entouré de plusieurs collaborateurs, pour étudier les maladies du ver à soie ; c'est-à-dire de la chenille du papillon Bombyx du mûrier. Deux affections principales touchaient les élevages : la pébrine, qui couvrait les vers de fines taches brunes (leur donnant un aspect « poivré ») et la flacherie ou « maladie des morts flats » ; les deux affections étaient mortelles pour les vers et s'accompagnaient de la présence de « corpuscules » microscopiques dans les chenilles et les papillons malades. Pour se débarrasser des vers malades, Pasteur met au point la méthode du « grainage ». Une partie des œufs d'un élevage de Bombyx du mûrier, recueillis sur un papier, est broyée et le broyat est observé au microscope : si les œufs ainsi examinés contiennent des « corpuscules », ils doivent être éliminés ; s'ils n'en contiennent pas, l'élevage peut être mis en route. Pasteur constitua ainsi d'importantes réserves d'œufs sains ; il les distribua largement aux sériciculteurs de la région. En 1869, pour prouver l'efficacité de sa méthode, Pasteur organisa (comme il le fera toujours par la suite) une démonstration publique : les lots d'œufs sains avaient toujours donné des élevages exempts de maladie ; en revanche, les lots à « corpuscules » avaient donné des vers touchés par la pébrine ou la flacherie. La sériciculture française fut ainsi sauvée. L'agent infectieux de la pébrine est aujourd'hui connu : c'est un protozoaire (Nosema bombycis) ; l'agent de la flacherie est un virus encore mal caractérisé.

L'étude de ces maladies du ver à soie par Pasteur illustre la démarche qu'il suivra constamment dans l'étude de toute maladie contagieuse : 1) recherche du « germe » de la maladie pour établir un diagnostic ; 2) recherche d'un traitement curatif ou préventif ; 3) une fois le traitement (généralement prophylactique) trouvé, organisation de démonstrations publiques prouvant l'efficacité de sa méthode thérapeutique. Chaque démonstration sera l'occasion de réclamer aux pouvoirs publics ou à des souscripteurs divers l'argent nécessaire au financement de la recherche. Notons ici une grande différence entre les travaux des « pastoriens » et ceux, tout à fait contemporains, de l'école bactériologique allemande fondée par Robert Koch (1843-1910). Les recherches allemandes visaient surtout à préciser la méthodologie de l'obtention de germes en culture pure, pour bien les caractériser, préciser leurs besoins nutritifs, leurs exigences vis-à-vis du milieu, etc., de façon à préciser l'étiologie des maladies. Les travaux de Pasteur (qui était chimiste de formation) avaient d'emblée un but e [...]

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Acides dextroracémique et lévoracémique

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Le laboratoire de Pasteur

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  • : professeur honoraire de biologie cellulaire, université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

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Pour citer l’article

Paul MAZLIAK, « PASTEUR LOUIS - (1822-1895) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-pasteur/