SAGESSE LIVRES DE

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Les Livres de sagesse sont les ouvrages bibliques qui se donnent pour but d'enseigner la sagesse. On les désigne ainsi non seulement à cause de leur contenu, mais aussi parce que le mot « sagesse » (en hébreu hokmah, en grec sophia) revient fréquemment dans le texte et apparaît même dans les titres de certains d'entre eux. Quelquefois l'expression de Livres de sagesse (ou Livres sapientiaux) est appliquée à l'ensemble des ouvrages bibliques de la troisième catégorie, les Livres (Ketoubim) qui s'ajoutent à la Loi (Torah) et aux Prophètes (Nebiim) pour constituer la Bible. En réalité, le titre ne convient réellement qu'à une partie des ouvrages de cette catégorie. De plus, il est important de noter que les divers canons (ou catalogues) de la Bible comportent en ce domaine une discrimination remarquable. Le canon hébreu, adopté plus tard par les Églises protestantes, n'admet parmi les livres sacrés que Job, les Proverbes et l'Ecclésiaste. Le canon du judaïsme hellénistique et le canon chrétien ajoutent deux autres ouvrages, la Sagesse de Salomon et la Sagesse de Jésus Ben Sira, appelée aussi l'Ecclésiastique, que les juifs et les protestants rangent parmi les apocryphes. Ces livres ont été étudiés et commentés maintes fois par les auteurs juifs et chrétiens. À l'époque moderne, la critique biblique s'est appliquée à en élucider le sens ainsi qu'à en préciser la date et le Sitz im Leben. Les résultats de ces recherches sont admis, avec beaucoup de nuances, par la plupart des spécialistes. Néanmoins, plusieurs grands problèmes se posent encore, qui divisent les critiques au sujet de ces ouvrages. Tout d'abord, faut-il, comme on l'a fait pendant longtemps, considérer comme parfaitement originale la sagesse d'Israël, du fait qu'elle apparaît au sein d'une religion monothéiste ? N'est-elle pas en réalité une simple adaptation d'une littérature étrangère beaucoup plus ancienne qui était parvenue depuis longtemps à son apogée quand les sages d'Israël commencèrent à l'imiter ? En second lieu, les Livres de sagesse contenus dans la Bible forment-ils un corpus monolithique, où s'expriment les idées d'une classe de scribes homogène et disciplinée ? Faut-il, au contraire, les envisager comme des œuvres divergentes et parfois violemment opposées, qui manifestent une évolution profonde au sein du groupe des scribes et aussi la coexistence de plusieurs courants en lutte les uns avec les autres ? Enfin, le courant de pensée qui s'exprime dans les Livres de sagesse appartient-il exclusivement à la religion d'Israël, au point d'avoir cessé d'exister avec l'apparition du judaïsme rabbinique et du christianisme ? Ou bien faut-il y voir l'origine des mouvements profonds qui ont agité le peuple d'Israël aux environs de l'ère chrétienne et qui ont amené la naissance de ces deux nouvelles formes religieuses ? C'est à ces trois questions qu'on essaiera de répondre.

Les sagesses orientales

Bien avant l'apparition du peuple d'Israël, il y avait des sages dans l'ancien Orient, et spécialement en Égypte et en Babylonie. La Bible fait d'ailleurs fréquemment allusion à eux (I Rois, v, 10-11 ; Jérémie, xlix, 7). On sait combien les Grecs admiraient cette sagesse orientale, qu'ils tenaient pour la source de leur propre philosophie. Du côté de la Mésopotamie, la littérature cunéiforme comporte bien des textes de sagesse, mais il faut constater que les textes purement accadiens sont en assez petit nombre. La majorité des recueils sont bilingues et particulièrement suméro-accadiens. Cela semble indiquer que l'origine véritable de cette littérature est sumérienne. Souvent, il s'agit simplement de collections de proverbes de niveau populaire. Mais on connaît aussi des textes très profonds, en particulier une œuvre datant peut-être de 2000 avant J.-C., où sont débattus des problèmes semblables à ceux du livre de Job. D'autre part, bien des récits mythiques sur les origines de l'humanité et de la civilisation apparaissent comme de véritables livres de sagesse. Cette littérature sumérienne s'est répandue dans tout l'Orient par l'intermédiaire des Accadiens, des Hittites, des Hourrites..., mais elle a pris sa forme « classique » en Babylonie dans des ouvrages comme le Poème du juste souffrant, la Théodicée babylonienne, le Dialogue du pessimisme, qu'on peut dater approximativement de 1000 avant J.-C.

En Égypte, la littérature de sagesse apparaît encore plus abondante et plus spécifique, car elle prend très tôt l'allure d'une instruction d'un père à son fils ou d'un maître à son disciple. On y trouve notamment la Sagesse pour Kagemni (IIIe dynastie), les Maximes de Ptahhotep (Ve dyn.), les Instructions pour Merikaré (IXe dyn.), les Instructions d'Amenemhat (IXe dyn.) et, plus célèbres encore, la Sagesse d'Amenemopé (autour de 1000 av. J.-C.), les Instructions d'Ankhshanqy et le Papyrus Insinger (nettement plus récents).

Si les deux extrémités du Croissant fertile fournissent une abondante moisson de textes, les pays intermédiaires, sans être aussi riches, ont aussi laissé des trésors en ce domaine. Les découvertes de Ras-Shamra (Ugarit) ont révélé un dossier datant approximativement de 1400 avant J.-C., où les éléments de littérature de sagesse ne manquent pas. Mais on connaissait déjà un ouvrage célèbre, les Paroles d'Ahiqar, qui fut rédigé vraisemblablement au viie siècle en Assyrie et s'était répandu dans tout l'Orient ; on l'avait même retrouvé dans une version araméenne parmi les papyrus d'Éléphantine (Assouan).

Il est donc évident que l'ancien Orient était imprégné de cette littérature de sagesse, dont on peut se demander si elle est religieuse. Elle apparaît en Égypte comme l'œuvre d'une classe de scribes, dont le but est de transmettre aux disciples ou aux enfants les règles générales du succès dans la carrière. En Mésopotamie, au contraire, l'aspect religieux est beaucoup plus net, au point que certains ont voulu identifier plus ou moins les sages et les prêtres. Sans aller jusque-là, on peut considérer comme indéniable que la sagesse de Babylone est beaucoup plus liée à la religion que celle d'Égypte. Mais, là aussi, il semble qu'assez rapidement la sagesse soit passée de l'énumération des règles de vie à une sorte de philosophie de la vie, liée à une réflexion sur les conditions d'existence de l'homme. Elle a donc cherché à pénétrer le [...]

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  • : professeur à l'Université libre de Bruxelles

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Pour citer l’article

Jean HADOT, « SAGESSE LIVRES DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/livres-de-sagesse/