LAOS

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Nom officielRépublique démocratique populaire lao (LA)
Chef de l'ÉtatBoungnang Vorachit (depuis le 19 avril 2016)
Chef du gouvernementThongloun Sisoulith (depuis le 19 avril 2016)
CapitaleVientiane
Langue officiellelao
Unité monétairekip (LAK)
Population7 335 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)236 800

Reconstruction et développement

L'union nationale va rester un vœu pieux. En effet, le Front pousse rapidement son avantage et recourt, si nécessaire, à la contrainte pour asseoir son emprise sur le pays, principalement dans la vallée du Mékong. Après le report des élections générales qui devaient se dérouler en juillet, plus rien ne s'oppose à la prise du pouvoir par le Front. C'est chose faite vingt-deux ans après l'indépendance : le 2 décembre 1975, le Laos abolit sa monarchie – le 29 novembre, le roi Savang Vatthana (1907-1978) a été contraint d'abdiquer à Luang Prabang – et devient la République démocratique populaire lao (R.D.P.L.). Le prince Souphanouvong (1909-1995) est élu chef de l'État et Kaysone Phomvihane (1920-1992), chef du gouvernement révolutionnaire.

La victoire des comités révolutionnaires qui se sont formés dans les villes de la région de Vientiane au printemps de 1975 et du Front patriotique lao (Neo Lao Haksat) est, en réalité, celle du Parti communiste agissant sous le nom de Parti populaire révolutionnaire lao (P.P.R.L.). Elle est effective depuis le 23 août et l'installation de l'administration révolutionnaire dans la capitale. Le succès politico-militaire final des unités du Pathet Lao a été précipité par la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges (17 avril) puis celle de Saïgon (30 avril) par les communistes vietnamiens.

De 1975 à 1979 : collectivisation et exode

La réunification territoriale après des décennies de combats s'accompagne de la fermeture de la frontière thaïlandaise (novembre 1975-juillet 1976), l'arrêt en juin 1975 de l'aide américaine et une collectivisation brutale des terres et des biens visant à remodeler en profondeur la société en éliminant les legs du passé. Tout en héritant d'une situation humaine et économique difficile, les nouveaux dirigeants vont conduire des politiques qui ne font, dans un premier temps, qu'aggraver la situation.

Meurtri par une guerre civile nourrie par les rivalités des grandes puissances et leurs affidés de la sous-région (Thaïlande, Vietnam), le Laos sort du conflit avec un bilan humain effroyable. Les bombardements américains et les combats au sol qui ont opposé les troupes du Pathet Lao et leurs alliés vietnamiens aux partisans du gouvernement royal on forcé près de sept cent cinquante mille personnes à quitter leur lieu de résidence (soit un quart de la population de l'époque), ont causé la mort d'au moins deux cent mille personnes et fait deux fois plus de blessés. Les conséquences des affrontements se font durablement sentir. De multiples sources d'eau et de nombreux terrains s'avèrent inexploitables, pollués par les épandages d'agent « orange », de napalm et de millions d'engins non explosés, en particulier dans la plaine des Jarres et le long du réseau des pistes Hô Chi Minh, utilisé par l'armée vietnamienne pour approvisionner ses troupes au sud du 17e parallèle.

Alors que l'une des premières préoccupations du nouveau régime est d'inciter au retour dans leur région d'origine les personnes déplacées par les combats, les premières années sont marquées par une rigide rhétorique révolutionnaire, un contrôle policier de la société dans le cadre de la lutte contre les ennemis de l'intérieur et la mise à l'écart de tous les collaborateurs de l'ancien régime. Les uns sont envoyés en camps de rééducation (samana, de 10 000 à 15 000 personnes), les autres sont dans l'obligation d'assister à des séances répétées d'éducation politique au cours desquelles ils se doivent de faire publiquement leur autocritique (tamniko san). Quant à ceux qui ont été « pervertis » par l'esprit capitaliste (drogués, prostituées...), ils sont incarcérés. Cette politique de terreur a conduit, de 1974 à 1979, plus de 10 p. 100 de la population à trouver refuge en Thaïlande puis, principalement, en Australie, en France et aux États-Unis. Cette hémorragie démographique fut d'autant plus lourde de conséquences pour le pays qu'elle concerna, en premier lieu et pour l'essentiel, les classes moyennes et supérieures.

Au-delà des mots d'ordre et des déclarations d'autosatisfaction des dirigeants, la République est fragile. Elle se montre incapable de consolider sa cohésion sociale et ethnique et inapte à résoudre ses difficultés économiques. L'État connaît une sérieuse crise et échoue à imposer ses coopératives. La sécheresse de 1976 puis les inondations de 1977-1978 provoquent une disette qu'accentuent les contrôles instaurés sur le commerce des marchandises, les personnes et leurs déplacements hors des centres urbains. La fuite, dès le milieu de l'année 1976, de vingt mille Chinois et quinze mille Vietnamiens, en majorité des commerçants, aggrave encore la situation. Ces problèmes, les difficultés de ravitaillement de la capitale, la hausse des prix aggravent les tensions intérieures et la défiance de la population vis-à-vis des cadres issus des maquis, peu éduqués et majoritairement venus du nord du pays. Les gens de Xam Neua, où le Pathet Lao avait installé sa « capitale » pendant les années de guerre, monopolisent les pouvoirs et suscitent jalousie et mécontentement.

Les résistances s'accumulent. Kaysone Phomvihane échappe à plusieurs tentatives d'assassinat en 1976. Des mouvements de rébellion renaissent, en particulier dans la région de la plaine des Jarres. Les premiers à se révolter sont les Hmong. Ils cherchent appui auprès des hommes du général Vang Pao, le chef de guerre historique hmong ayant combattu au côté de la France puis des États-Unis pendant les guerres d'Indochine, mais qui ont dû trouver refuge en Thaïlande après la fin de la guerre.

Même si la lutte armée multiplie les escarmouches et se répand en 1977-1978, elle ne menace pas l'existence même du régime. Il est vrai que Hanoï ne ménage pas son soutien à Vientiane : pour contrer la guérilla, l'armée vietnamienne apporte un important soutien à son homologue laotienne, au sol comme dans les airs. Plusieurs dizaines de milliers d'hommes de l'armée populaire vietnamienne stationnent au Laos, tandis que les deux États développent tous azimuts leurs relations. Le 18 juillet 1977, ils signent des accords frontaliers mais aussi de coopération culturelle, économique et politique. Un traité d'amitié et de coopération est même adopté pour vingt-cinq ans.

Soutenu par l'Union soviétique, le Laos adhère comme observateur au Conseil d'assistance économique mutuelle (C.A.E.M. ou Comecon) que la République socialiste du Vietnam rejoindra comme membre de plein droit en 1978. Il bénéficiera à ce titre, pendant dix ans, d'une aide estimée à plus de 450 millions de dollars. Mais les liens tissés avec les pays d'Europe centrale et orientale, les « relations spéciales » établies avec le Vietnam isolent rapidement le Laos de deux de ses grands voisins : la Chine et la Thaïlande. Bien que le Laos soit le seul des trois États communistes de l'ex-Indochine française à avoir maintenu des liens diplomatiques [...]

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Laos : carte physique

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Laos : drapeau

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Laos : corridors de développement

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Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954
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Écrit par :

  • : docteur ès lettres (histoire), historien, professeur (relations internationales)
  • : membre de l'École française d'Extrême-Orient
  • : enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : ancien directeur de l'École française d'Extrême-Orient, président honoraire de la Ve section de l'École pratique des hautes études (sciences religieuses), président fondateur de la Société des études euro-asiatiques, musée de l'Homme
  • : directeur de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Philippe DEVILLERS, Madeleine GITEAU, Christian LECHERVY, Paul LÉVY, Christian TAILLARD, « LAOS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/laos/