LAOS

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Laos : carte physique

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Laos : drapeau

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Moine bouddhiste au Laos

Moine bouddhiste au Laos
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Laos : corridors de développement

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Nom officielRépublique démocratique populaire lao (LA)
Chef de l'ÉtatBoungnang Vorachit (depuis le 19 avril 2016)
Chef du gouvernementThongloun Sisoulith (depuis le 19 avril 2016)
CapitaleVientiane
Langue officiellelao
Unité monétairekip (LAK)
Population6 481 000 (estim. 2016)
Superficie (km2)236 800
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Le Laos, ou « pays du Million d'éléphants », est situé au cœur de l'Asie du Sud-Est continentale. Nul territoire dans cette région n'a mieux mérité le nom d'Indochine puisqu'il est situé à la charnière géographique des deux plus vieilles cultures de l'Asie. Terre de carrefour et en même temps terre isolée, le Laos a toujours été une terre contestée. De cette position, il a tiré sa grandeur au temps du royaume du Lan Xang (xvie siècle) où il a su s'imposer parmi des voisins divisés. De là aussi sa faiblesse lorsque ceux-ci, ayant retrouvé leur puissance, ont fait de son territoire un terrain d'affrontement.

Laos : carte physique

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Carte physique du Laos. 

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Laos : drapeau

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Laos (1975). Ce dessin fort simple a été choisi par le Pathet Lao pour remplacer le drapeau royal aux trois éléphants. La symbolique officielle y exprime la force populaire (rouge sang), les ressources naturelles et la pureté de c.ur du peuple lao ; on peut y voir aussi le disque blanc de la... 

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Aujourd'hui, on le qualifie souvent d'État tampon ; mais le conflit d'hégémonie, dont il est l'enjeu, ne doit pas faire oublier la guerre civile qui a déchiré ce peuple réputé pour sa douceur.

La culture laotienne a pourtant survécu aux bouleversements historiques. Son essor date de la fondation du royaume de Lan Xang par le roi Fa Ngum, au milieu du xive siècle. Ce roi, élevé à la cour du Cambodge, avait réuni les principautés de Luang Prabang et de Vientiane après une expédition, de Bassak au Trân-ninh. Des campagnes victorieuses le conduisirent, au sud, jusqu'au plateau de Khorat et, au nord-ouest, jusqu'au royaume de Lan Na, dans l'actuelle Thaïlande. Ainsi, dès qu'il commença à s'épanouir, l'art lao fut en contact avec l'art khmer et les arts de Thaïlande, art de Sukhodaya et art du Lan Na. Toutefois, ce serait une vue bien superficielle que d'attribuer aux influences étrangères une trop grande importance. Apparenté aux autres arts de la péninsule indochinoise de culture bouddhique theravāda, l'art lao s'est cependant révélé d'une originalité et d'une vitalité incontestables.

Des monuments édifiés à l'époque de la constitution du Lan Xang, il ne reste pratiquement rien. Certes, bien des monastères remontent à une date ancienne : à Luang Prabang, Vat Vixun fut fondé en 1503 et Vat Xieng Thong en 1561 ; à Vientiane, le That Luang fut sans doute construit dans la seconde moitié du xvie siècle. Ces fondations eurent à souffrir du temps et des événements qui affectèrent le Laos, événements dont l'un des plus tragiques fut l'invasion thaï qui, en 1827, traversa le pays et saccagea Vientiane ; mais les restaurations successives surent généralement conserver les caractères traditionnels de l'art lao.

Moine bouddhiste au Laos

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Moine bouddhiste au temple de Vat Mai, à Luang Prabang (Laos). 

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—  Christian TAILLARD, Madeleine GITEAU

Géographie

Le Laos a connu, au cours du xxe siècle, trois transformations économiques et politiques majeures : partition de fait entre le gouvernement royal et le Pathet Lao de 1954 à 1975 lors de la seconde guerre du Vietnam ; puis collectivisation hâtive et de courte durée à l'avènement de la République démocratique populaire lao de 1976 à 1979, ce qui a provoqué le départ de 12 p. 100 de la population ; enfin, nouveaux mécanismes économiques replaçant l'économie de marché et les échanges internationaux au cœur de la stratégie de développement depuis le début des années 1980. On assiste aujourd'hui à la redéfinition de la place du Laos dans la péninsule indochinoise grâce à son intégration à la Région du Grand Mékong.

Laos : corridors de développement

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La place centrale du Laos dans la péninsule indochinoise. 

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Un pays montagneux et sous-peuplé

Pays montagneux situé au cœur de la péninsule indochinoise où les zones d'altitude inférieure à 200 mètres ne représentent que 16 p. 100 du territoire, le Laos s'étire depuis les confins de la Birmanie et de la Chine, au nord, jusqu'au Cambodge, au sud ; il s'insère entre la Thaïlande et le Vietnam. La chaîne Annamitique en constitue l'échine, massive au nord, très allongée au centre avant de se raccorder aux plateaux du vieux massif central indochinois. À ces hautes terres, il faut ajouter le couloir du Mékong, très rétréci dans le nord, où le fleuve se fraye un difficile passage à travers des montagnes couvertes de vastes forêts. À partir de Vientiane, le couloir s'élargit en une série de plaines qui atteignent une extension maximale dans la région de Savannakhet, où domine la forêt claire (savane arborée).

Le Laos est soumis à un régime de mousson, qui oppose cinq mois de saison des pluies, de mai à septembre, où tombent 88 p. 100 des précipitations, à sept mois de saison sèche, d'octobre à avril. La pluviométrie varie de 1 300 à plus de 3 000 millimètres selon l'exposition à la mousson du Sud-Ouest et l'altitude. À ces variations interrégionales s'ajoutent de fortes irrégularités, tant entre les années (amplitude de 1,7 dans la plaine de Vientiane) qu'entre les dates de début et de fin de la saison des pluies. De plus il faut prendre en compte une petite rémission au cours de la saison des pluies, dont la durée et la date varient en juillet-août, au moment où le riz vient d'être repiqué. L'irrégularité de la pluviométrie nécessite un apport complémentaire d'eau pour la récolte principale en saison des pluies, lequel n'est réalisé, grâce à l'irrigation traditionnelle, que dans le nord du Laos. Une irrigation est donc nécessaire pour la culture de saison sèche, mais elle ne concerne que le quart de la superficie irrigable. L'irrégularité des précipitations explique aussi la fréquence des inondations qui, pour le Mékong, prennent un caractère catastrophique tous les six ans en moyenne.

Le Mékong, axe historique de peuplement pour les populations lao qui se répartissent sur les deux rives du fleuve, au Laos comme en Thaïlande, constitue une frontière artificielle, issue de la colonisation. Aussi le fleuve apparaît-il beaucoup plus comme un trait d'union entre ces populations que comme un axe de circulation. Les fortes variations de son régime tropical et l'existence de nombreux rapides et chutes qui entravent son cours rendent la navigation difficile et multiplient les ruptures de charge.

La vallée du Mékong et les terres basses en général concentrent près des deux tiers de la population sur un tiers de la superficie. Les densités y sont comprises entre 20 et 90 habitants par kilomètre carré, bien inférieures à celles du Nord-Est thaïlandais, sur l'autre rive du Mékong (de 100 à 300 habitants par kilomètre carré). Les terres hautes du Laos, occupées par des minorités ethniques, connaissent des densités inférieures à 20 habitants par kilomètre carré, alors qu'au Vietnam limitrophe elles sont comprises entre 50 et 100 habitants par kilomètre carré. À l'échelle péninsulaire, le Laos apparaît donc comme une dépression démographique encadrée par les fortes densités des basses terres du Vietnam et de Thaïlande, dépassant 500 habitants par kilomètre carré. Ce sous-peuplement explique en partie les difficultés que connaît le gouvernement lao pour établir une infrastructure socioculturelle solide, ainsi que son coût relativement élevé.

Un État pluriethnique au territoire décentré par rapport au Mékong

La République démocratique populaire lao (R.D.P.L.) est le plus petit État de la péninsule indochinoise. Sa population atteignait 5,6 millions d'habitants au recensement de 2005 (population estimée à 6,3 millions en 2011), ce qui ne représente qu'un peu moins de la moitié de celle du Cambodge, et entre 6 et 10 p. 100 des populations du Myanmar (Birmanie), de Thaïlande et du Vietnam. Son territoire de 236 800 kilomètres carrés la place en avant-dernière position, entre le Vietnam (330 400 km2) et le Cambodge (181 000 km2), loin derrière la Thaïlande (513 100 km2) et le Myanmar (676 600 km2). À la différence de ses voisins occidentaux, le Laos ne contrôle que 25 p. 100 du bassin du Mékong, qui est partagé entre six pays.

Le poids de l'ethnie dominante est bien plus faible au Laos que chez ses voisins. Les Lao ne représentaient que 54,6 p. 100 de la population au recensement de 2005, qui a procédé par auto-déclaration. Avec les autres ethnies constituant la famille ethnolinguistique tai-kadai, ils atteignent 64,9 p. 100 de la population, soit légèrement moins que les 68 p 100 généralement accordés aux Birmans du Myanmar. On est loin cependant de la domination de la famille tai-kadai en Thaïlande (estimée à 83 p. 100), môn-khmer au Cambodge (85 p. 100) ou viet-muong au Vietnam (87 p. 100). Chacune des ethnies dominantes a, au terme d'une « marche vers le sud », créé son État. Les Lao, suivant le Mékong, se sont installés dans la vallée du fleuve et de ses affluents où ils pratiquent la riziculture humide, d'où leur appellation Lao loum (du bas). Ils ont repoussé sur les versants les peuples autochtones austro-asiatiques, qualifiés de Lao theung (des pentes), qui représentent 24 p. 100 de la population. Enfin, les familles ethnolinguistiques miao-yao (8,5 p. 100) et tibéto-birmane (2,6 p. 100), arrivées au xixe siècle, ont dû s'installer sur les sommets, d'où le qualificatif Lao soung (des cimes) qui leur est attribué. Contrairement à toutes les autres ethnies du Laos, les Miao-Yao n'habitent pas des maisons sur pilotis, mais construites à terre, comme les Vietnamiens et les Chinois.

Ce bassin fluvial fractionné entre plusieurs pays et cette structure fortement pluriethnique s'expliquent par le retard de la « marche vers le sud » des Lao. Le déplacement de la capitale du royaume du Lane Xang de Luang Prabang à Vientiane s'est opéré en 1563, et la « descente » s'est arrêtée là. Les Thaïs, quant à eux, ont continué à déplacer leur capitale de Chiangmai à Sukhothai, puis à Ayuthaya en 1350, à la tête du delta de la Chao Phraya. Ils ont ainsi pris, en 1431, le contrôle de l'Empire khmer déclinant et fermé aux Lao l'accès au delta du Mékong. Privés de la base matérielle rizicole et des échanges maritimes indispensables pour développer une construction étatique d'envergure, les Lao ne se sont plus trouvés en mesure de rivaliser avec leurs voisins.

Le rapport de forces inégal avec le royaume de Siam s'est traduit au xixe siècle par la perte des territoires de la rive droite du Mékong, lesquels constituent aujourd'hui le Nord-Est thaïlandais et rassemblent les plaines les plus étendues du bassin moyen du fleuve. De plus, par deux fois en un demi-siècle, en 1778 puis 1827-1828, les populations lao de la rive gauche ont été déportées sur la rive siamoise. Aussi les Lao de l'ancien royaume du nord de la Thaïlande et de l'Isan au nord-est, qu'on estime à respectivement 30 et 20 p. 100 de la population tai-kadai du pays, sont-ils neuf fois plus nombreux que les 3 millions de la R.D.P.L. en 2005.

Les configurations territoriales de l'État-tampon

Le poids du Laos en Asie du Sud-Est continentale tient surtout à sa fonction politique d'espace intermédiaire au cœur de la péninsule. Les principautés lao ont en effet permis de séparer, jusqu'au xive siècle, les royaumes qui se sont succédé au Yunnan de ceux qui étaient centrés sur le delta du Mékong. Après cette date, le royaume du Lane Xang a séparé les royaumes birman et siamois d'une part, viet d'autre part. La fracture politique entre les régimes communistes et les pays d'économie libérale de la péninsule a ensuite traversé le territoire lao à la période de partition méridienne entre la zone contrôlée par le gouvernement royal à Vientiane et celle qui était tenue par le Pathet Lao à Xam Neua, pendant les années de guerre. Cette ligne de fracture s'est fixée sur le Mékong, depuis la réunification du pays en 1975, jusqu'à ce que le Laos rejoigne l'Association of South East Asian Nations (A.S.E.A.N.) en 1997, peu après le Vietnam (1995).

De cette difficile construction nationale découlent deux héritages, que la R.D.P.L. a dû assumer. Elle a d'abord pansé les blessures de la guerre, qui a provoqué le départ à l'étranger de 414 000 personnes (12 p 100 de la population), et qui a déplacé à l'intérieur du pays le quart de la population de 1973 (730 000 personnes), dont il a fallu organiser le retour progressif vers leurs provinces d'origine. Il faudra encore beaucoup de temps pour que le déminage des territoires bordant les routes de l'ancienne zone Pathet Lao rende accessibles tous les terroirs villageois, 31 p. 100 des districts longeant la frontière vietnamienne ayant été minés.

La configuration méridienne du territoire national ajoute des contraintes supplémentaires. Il s'étend du nord au sud sur 1 835 kilomètres par la route (1 865 km par le Mékong) et sa largeur atteint 500 kilomètres dans le nord, mais se réduit à 150 kilomètres à la hauteur de Thakhek dans le centre, ce qui rend difficile l'intégration territoriale. Cet étirement a introduit de tout temps des coupures transversales. La R.D.P.L. a vite renoncé au modèle de gestion centralisée adopté en 1975, comme avaient dû le faire avant elle les Siamois puis les Français. En effet, dès le xive siècle, le roi Fa Ngum, après avoir unifié les principautés lao, a organisé le Lane Xang en trois entités, le territoire royal à Luang Prabang, prolongé au sud par deux autres, Vientiane et Champassak. Ces trois entités reproduisaient, à leur échelle, le modèle à auréoles d'encadrement décroissant du centre vers la périphérie, caractéristique des systèmes politiques thaïs. Devenus des royaumes concurrents au xviiie siècle, leur empreinte demeure jusqu'à l'époque coloniale dans les trois ensembles historiques régionaux (haut, moyen et bas Laos) qui se succèdent le long du fleuve.

Le retournement des réseaux dans la péninsule indochinoise

Le Laos a connu un singulier retournement de son insertion dans la péninsule indochinoise au cours des années 1980. Il est en effet passé de la situation de « marche » à la période coloniale (séparant la partie « utile » de l'Indochine, le Vietnam, de la Thaïlande) puis d'« enclavement » après l'indépendance (il ne disposait plus de liaisons privilégiées pour se connecter aux flux maritimes), à la situation de « carrefour » mettant en relation les pays de l'Asie du Sud-Est continentale, Yunnan compris. Il a ainsi retrouvé une situation qui prévalait à la période précoloniale, où des routes caravanières sillonnaient la péninsule, reliant le Yunnan, sur la route méridionale de la soie, et la côte de la mer de Chine méridionale aux deltas de l'Irrawaddy et de la Chao Phraya. Ces axes structurants, interrompus par la colonisation et les guerres, sont réapparus dès que les conditions politiques ont ouvert de nouvelles perspectives d'intégration régionale, grâce à l'initiative de la Banque asiatique de développement (B.A.D.). Tirant profit du passage d'une logique d'affrontement entre systèmes politiques différents, où l'État-tampon sépare des adversaires potentiels afin d'assurer la paix, à une logique de coopération, où il relie des partenaires rassemblés désormais dans l'A.S.E.A.N., le Laos se trouve aujourd'hui au carrefour des corridors méridiens et transversaux de la Région du Grand Mékong.

Le corridor Nord-Sud

Les échanges s'intensifient aujourd'hui entre les deux provinces chinoises du Yunnan et du Guangxi, d'une part, et les pays de la péninsule, d'autre part. Bien que la Chine ait investi ces dernières années dans l'axe méridien occidental traversant le Myanmar, elle n'oublie pas que les entrepreneurs sino-thaïs sont les premiers investisseurs de l'A.S.E.A.N. dans le pays, et que la Thaïlande est son principal concurrent commercial. Aussi prête-t-elle une grande attention au corridor Bangkok-Kunming (la capitale du Yunnan) qui traverse le quadrilatère du nord de la péninsule, l'ancien « triangle d'or », dont les branches birmane et laotienne sont mises en concurrence.

La branche occidentale a pris de l'avance, puisqu'elle a été achevée en 2004. Elle relie désormais Chiang Rai (nord de la Thaïlande) à Jing Hong, au Sipsong Panna (sud du Yunnan), via Mae Sai et Kengtung au Myanmar, par une route asphaltée à deux voies de 375 kilomètres, dédiée essentiellement aux transports légers et au tourisme. La branche orientale, par Huay Xai et Luang Nam Tha au Laos, ouverte en 2007, est bien plus courte (280 km seulement), et son financement tripartite (Thaïlande, Chine et Laos) a permis la construction d'une route à quatre voies accessible aux transports lourds. La construction d'un pont entre Chiang Khong et Huay Xay, cofinancée avec la Chine et la Thaïlande, parachèvera bientôt la branche laotienne du corridor. Le temps de transport entre Kunming et Bangkok, malgré la traversée de deux frontières, devrait être ainsi ramené de cinq jours à seulement une journée. Le retard de la branche lao sur la branche birmane ne semble pas rédhibitoire. Les avantages comparatifs devraient lui permettre de l'emporter si le Laos met en place en temps utile les services économiques, notamment aux deux postes frontaliers sino-lao et lao-thaïs.

Le corridor Est-Ouest et son double plus au sud

Les 1 450 kilomètres du corridor Est-Ouest, achevés en 2007, relient les deux façades maritimes, orientale et occidentale, de la péninsule par le col de Lao Bao, le plus bas de la cordillère Annamitique. Il met en relation le port de Danang et la ville de Hué, dans le centre du Vietnam, avec Savannakhet sur le Mékong. Il gagne ensuite Khon Kaen, dans le Nord-Est thaïlandais, puis Phitsanulok, au nord de la plaine centrale, où il croise le corridor Nord-Sud. Il rejoint alors Mae Sot et la frontière birmane avant d'atteindre le port de Moulmein (ou Mawlamyine). Ce corridor est le plus grand défi de la Région du Grand Mékong, car il ne dessert aucune des capitales de la péninsule. Bénéficiant d'enjeux moindres, il joue un rôle pilote dans la stratégie de la B.A.D., grâce à d'importants financements japonais. Le Laos bénéficie de ces investissements, notamment avec l'achèvement du troisième pont sur le Mékong à Savannakhet et la transformation de l'aéroport de cette ville en aéroport international partagé, desservant les deux rives du Mékong et cofinancé par la Thaïlande, ce qui constitue une première pour la Région du Grand Mékong.

Le triangle de développement Cambodge-Laos-Vietnam, créé en 1999 à l'initiative du Vietnam, favorise la réalisation d'une nouvelle transversale, reprenant l'option la plus méridionale étudiée par la B.A.D. pour le corridor Est-Ouest. La route Pakse-Attopeu (Attapu), dans la partie méridionale du Laos, traversant le plateau des Bolovens, a été reconstruite en 2006. Au Vietnam, une nouvelle route méridienne Hô-Chi-Minh a été créée pour doubler la route littorale soumise aux typhons, entre Danang et la métropole du sud, par les plateaux du centre du Vietnam. Il ne restait plus qu'à relier ces deux routes pour ouvrir un nouveau couloir transversal, ce qui a été réalisé en 2006. Il donne notamment accès à la vallée de la Se Kaman, à l'est du plateau des Bolovens, qui intéresse les Vietnamiens pour son potentiel hydroélectrique. Avec ces deux couloirs transversaux, le Sud Laos se place, comme le Centre et le Nord, sur des axes d'échanges régionaux.

De la diagonale indochinoise au corridor Nord-Est

Dans le maillage des corridors de la Région du Grand Mékong, Vientiane apparaît comme un cul-de-sac au centre de la péninsule, au débouché de la route stratégique construite par les Thaïlandais dans les années 1960 entre Bangkok et Nongkhai pour protéger le nord-est de la menace communiste et soutenir le gouvernement royal lao qui contrôlait la rive orientale du Mékong. Aussi le gouvernement lao a-t-il proposé de placer Vientiane sur une diagonale indochinoise reliant Bangkok à Hanoï. Avec les réformes économiques entreprises au Vietnam depuis 1986, Hanoï rattrape une partie de son retard sur Hô Chi Minh-Ville, et devient l'une des métropoles économiques de la péninsule. De plus, l'encombrement des ports d'Haiphong et de Bangkok va favoriser le développement des échanges par voie terrestre. Cette diagonale permet aussi de désenclaver le plateau de Xieng Khouang, l'une des dernières frontières agricoles de la péninsule indochinoise, avec le plateau des Bolovens. Xieng Khouang possède aussi des mines de fer à forte teneur exploitables à ciel ouvert, et dispose d'un riche potentiel hydroélectrique.

Cette diagonale, replaçant Vientiane sur un axe régional, trouve une nouvelle actualité depuis l'intégration, en 2005, du Guangxi dans la Région du Grand Mékong. La planification du corridor Nord-Est Nanning-Bangkok, via Hanoï et Vientiane, change l'échelle de la proposition laotienne. Le Japon s'y intéresse, car ce couloir relie trois destinations de prédilection des investissements japonais en Asie (Hong Kong-Canton, Hanoï et Bangkok). La Chine, de son côté, peut être intéressée par l'accès ouvert à de nouvelles et importantes ressources minières, juste à sa porte. Le pragmatisme aidant, les deux pays pourraient participer à son financement.

Une intégration régionale en bonne voie

Grâce à la création de la Région du Grand Mékong, en 1992, le pari de placer le Laos à la croisée des corridors et axes structurants du maillage régional est en passe d'être gagné. Chacune des quatre régions se succédant le long du fleuve, de Luang Prabang à Paksé en passant par Vientiane et Savannakhet, va disposer d'un corridor de développement la plaçant en position de lien avec les pays voisins : la Chine et la Thaïlande pour la région Nord, le Vietnam et la Thaïlande pour les trois régions situées en aval. Au lieu d'être le champ de bataille des rivalités régionales, le Laos devient le point de convergence des aides publiques au développement et des investissements directs étrangers émanant de ses trois grands voisins, qui s'ajoutent, pour la première fois, aux financements des bailleurs de fonds internationaux et bilatéraux. Même si la compétition demeure entre ces trois acteurs régionaux et si la coopération bilatérale est souvent préférée, les initiatives conjointes sont de plus en plus fréquentes, qu'il s'agisse d'investissements dans les infrastructures de transport ou dans les barrages hydroélectriques.

Le Laos est donc désormais en position de pouvoir tirer parti des flux qui traversent son territoire et de devenir un opérateur commercial sur ces nouveaux corridors. Il doit cependant veiller à conjuguer, grâce à une politique d'aménagement territorial lucide, l'intégration nationale, structurée autour de l'axe de gravité méridien que constituent le Mékong et la route nationale 13, et la valorisation des articulations péninsulaires à l'échelle de la Région du Grand Mékong, afin de recevoir une juste part des revenus générés par la mise en réseau des économies. Ces deux objectifs, apparemment contradictoires pour un État à structure méridienne, conditionnent cependant son insertion dans la nouvelle donne péninsulaire. Sa force tient à l'intérêt croissant qu'ont ses voisins à commercer entre eux.

Les transformations de l'économie laotienne liées à l'intégration régionale

Les accords de libre-échange par corridors de la Région du Grand Mékong ne font que précéder celui de l'A.F.T.A. (A.S.E.A.N. Free Trade Area). Les droits de douanes ont été abaissés à moins de 5 p. 100 dès 2007 pour les premiers adhérents de l'organisation et pour le Vietnam, suivis en 2008 par le Laos et le Myanmar et en 2010 par le Cambodge. Pour permettre à ces derniers de rattraper le niveau de développement des membres fondateurs, un fonds a été créé. De plus, les nouveaux mécanismes économiques et l'ouverture aux pays étrangers ont permis au Laos de faire des percées significatives dans trois secteurs économiques : la production électrique, le tourisme et, plus récemment, les mines.

Avec une reprise survenue plus tôt que prévu après la crise asiatique de 1997, la Thaïlande planifie à nouveau son approvisionnement énergétique à moyen terme. Elle fait déjà appel au gaz birman et a signé avec le Laos un contrat d'achat prioritaire d'électricité, à partir de 2006, de 1 883 mégawatts provenant de trois nouveaux barrages d'affluents. L'hydroélectricité, grâce aux 690 mégawatts de puissance installée, rapporte déjà 90 millions de dollars par an. Les années 2001-2005 ont connu un ralentissement des aménagements, avec seulement 150 mégawatts nouveaux, la crise asiatique ayant gelé bien des projets. La reprise a permis à la Thaïlande de porter l'accord de principe d'achat d'électricité à 3 000 puis 5 000 mégawatts en 2010.

En avril 2005, la Banque mondiale a apporté sa garantie financière au barrage Nam Theun-2, après une longue période d'arrêt de ses interventions dans ce type de projet. Après une décennie d'étude englobant les coûts sociaux et environnementaux, et malgré les réserves des écologistes, ce projet de 1 070 mégawatts (dont 95 p. 100 seront vendus à la Thaïlande) et de 1,32 milliard de dollars (soit près la moitié du P.I.B. laotien) est entré en production en 2009. Par une conduite forcée de 350 mètres de dénivelé détournant les eaux de la haute Nam Theun vers la Xe Bang Fai, il permet de valoriser le site le plus favorable du pays et la principale ressource du Laos, qui possède les trois quarts du potentiel du bassin inférieur du Mékong. Un fonds de 70 millions de dollars (soit près de 10 p. 100 des coûts de construction), abondé par les investisseurs, permettra d'assurer, pendant les cinq années de la construction et les vingt-cinq ans de la concession attribuée à un consortium dirigé par E.D.F., la protection de 4 000 kilomètres carrés de forêt primaire entourant le réservoir, le suivi des 6 500 personnes déplacées sur le plateau et la compensation de pertes éventuelles de revenus liées aux lâchers des eaux turbinées pour les personnes vivant en aval, sur les rives de la Xe Ban Fai. Selon l'accord signé avec la Banque mondiale et sous son contrôle, le gouvernement laotien abondera de son côté, grâce aux revenus dégagés, un fonds de réduction de la pauvreté doté de 80 millions de dollars pendant la concession, puis de 240 millions par an. Le Laos, fort dépendant des aides étrangères, devra donc faire la preuve de sa nouvelle capacité à autofinancer en partie son développement.

La demande croissante d'énergie provoquée par le rythme soutenu du développement vietnamien, notamment dans le Centre fortement déficitaire, génère également une importante demande d'électricité. C'est pourquoi le Vietnam a décidé d'investir à son tour dans un barrage au Laos : Xe Kaman-3 (250 MW) sur un affluent de la Xe Kong. Ce barrage de 273 millions de dollars est le plus grand investissement vietnamien à l'étranger. Un accord bilatéral, signé en 2003, stipule la livraison de 1 500 mégawatts à partir de 2010, nécessitant la construction de plusieurs autres barrages sur ce même affluent. Cet accord permet de briser le monopole de fait de la Thaïlande sur l'achat d'électricité laotienne, ce qui redonne une marge de manœuvre à Vientiane pour les futures négociations sur le prix de l'électricité qu'il produit.

L'ouverture a aussi conforté un rapide développement touristique, le Laos ayant dépassé le million de visiteurs en 2005. Alors que, en 2002, 80 p. 100 des touristes arrivaient par avion, ils viennent aujourd'hui pour 60 p. 100 par la route, par les sept postes frontaliers ouverts avec la Thaïlande, les six avec le Vietnam, les deux avec la Chine et le poste avec le Cambodge. Cela confirme le poids des pays limitrophes (respectivement 55, 15 et 4 p. 100 des entrées) et le succès de la promotion touristique à l'échelle de la Région du Grand Mékong. Grâce à sa position au cœur de la péninsule, le Laos va bénéficier des nouveaux produits touristiques régionaux : descente de la vallée du Mékong du Yunnan au Cambodge, circuit des anciennes capitales de l'intérieur de la péninsule ou encore les sites classés du centre du Vietnam et du moyen Mékong. Grâce à l'ouverture d'aéroports internationaux, les nouveaux circuits permettent d'éviter le transit par les capitales nationales, jusqu'alors les principales bénéficiaires des flux touristiques.

Aux revenus provenant du tourisme et de l'exportation de l'électricité s'ajoutent ceux du bois et de ses dérivés, qui demeurent une ressource sûre malgré les risques de surexploitation par l'abattage illicite. En revanche, la confection ne peut que régresser avec l'ouverture des marchés, au début de 2005, qui a renforcé la concurrence chinoise depuis son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce. Un nouveau gisement de devises provient des exportations de minerais. Au gypse et à l'étain s'ajoutent depuis 2003 l'or et le cuivre et, à court terme, le lignite (avec la centrale thermique de Hongsa) et la potasse. L'entrée de groupes étrangers dynamise le secteur. Le minerai de fer du plateau de Xieng Khouang attend des investissements, sans commune mesure mais à la portée d'une Chine désormais avide de matières premières.

L'agriculture, qui rapporte peu de devises, exception faite du café, n'en occupe pas moins une place importante dans la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté. Les cultures vivrières permettent d'assurer la sécurité alimentaire en absence de catastrophes climatiques (les sécheresses et les inondations sont fréquentes), le riz occupant 80 p. 100 de la superficie cultivable. Les cultures commerciales (tabac, coton, canne à sucre, maïs, légumes, etc., s'ajoutant au café) dégagent des revenus monétaires pour les besoins des ménages et s'appuient sur des industries de transformation au caractère encore largement familial, exception faite des quatre plus grandes villes jalonnant la vallée du Mékong. La nouveauté dans ce secteur provient d'investissements étrangers (principalement chinois dans le nord, vietnamiens dans le sud et malais dans le centre) dans des plantations industrielles d'hévéas. La faiblesse des loyers versés et l'éviction des populations autochtones ont souvent accru les inégalités et la pauvreté, notamment pour les minorités des montagnes déjà les plus défavorisées. Aussi, une redéfinition de la politique gouvernementale en la matière est-elle en cours.

L'intégration régionale du Laos lui permet de développer aujourd'hui les ressources dont il dispose : un riche potentiel hydroélectrique et minier, complété par des patrimoines, historique et naturel, préservés. Ces derniers lui ont permis de voir deux sites classés au patrimoine mondial de l'humanité inventorié par l'U.N.E.S.C.O. (l'ancienne capitale royale de Luang Prabang, dans le nord, en 1995, et le temple préangkorien de Vat Phou, dans le sud, en 2001) et de faire de l'écotourisme une priorité. De plus, sa position d'intermédiaire sur les corridors et couloirs de la péninsule lui permet de retrouver un poids international sur la scène asiatique, comme le symbolise l'accueil, en 2004, de la conférence annuelle des chefs d'État de l'A.S.E.A.N., moins de dix ans après son adhésion et, en 2009, des Jeux de l'Asie du Sud-Est, organisés également par l'A.S.E.A.N.

—  Christian TAILLARD

Une mosaïque ethnique

Le Laos est le pays indochinois qui comporte le plus grand nombre d'ethnies différentes. À la difficulté que crée cette multiplicité s'ajoute le fait qu'il n'existe guère de monographies ni même d'ouvrages généraux sérieux sur le sujet ; il en va de même des statistiques.

En gros, sur les quelque 5 600 000 habitants que compte le Laos en 2005, environ 1 250 000 parlent des langues môn-khmer, 3 530 000 des langues thaï-kadai et 700 000 des langues tibéto-birmanes.

Indonésiens aux parlers môn-khmer

Les Kha

Les Kha sont les plus anciens occupants actuellement survivants du sol laotien ; les Thaï les ont refoulés des terres irrigables vers celles des régions accidentées et boisées du Laos (ils les appellent kha, c'est-à-dire « sauvages, esclaves »).

Du nord au sud, les plus importantes de ces tribus sont celles des Phu Thaï (« petits hommes », en thaï). Très nombreux dans la province de Phong Saly, bouddhistes peu convaincus, ils n'incinèrent que les corps de leurs moines et enterrent les autres. Les Khmu occupent aussi cette province, mais la débordent largement et s'étendent sur les provinces limitrophes de Hua Khong, de Luang Prabang et de Sayabury. Les Lamet, objet d'une monographie remarquable de Karl Izikowitz, sont installés au nord-ouest de Luang Prabang dans le Hua Khong. Les Phu Theng (en thaï, « hommes d'en haut »), qui habitent le Luang Prabang, sont en outre représentés dans la province de Vientiane. Des Phu Thaï, des Bô, Sô et Sek, qui parlent thaï lao, peuplent les dolines de la fantastique région calcaire à lapiés du Kham Muan. Dans la province de Savannakhet, il y a encore des Sô, Phu Thaï, Alkak, Leu, Kattang, Tahoï. Des Souei, Phu Thaï, Alak, Nghê, Kassen, Boloven demeurent dans la province de Saravane.

Pratiquant l'écobuage, les Kha cultivent le riz et, pour ménager le sol, se déplacent dans un cercle forestier assez restreint, propriété du village. Ils élèvent de la volaille, des chiens, des porcs, des buffles, ces derniers pour les sacrifier et les manger rituellement. Ils se livrent collectivement à la cueillette, à la pêche et à la chasse, qui complètent leurs ressources alimentaires. La bière de riz – fermentée dans des jarres et bue avec des chalumeaux, lors des fêtes – le bétel et le tabac sont en usage chez tous. Chaque village vit en autarcie et produit les ustensiles, outils, armes, tissus nécessaires (autrefois le tapa, ou écorce battue, était répandu).

Certains villages ont, cependant, une production spécialisée qui est échangée ou vendue : poterie, vannerie, métallurgie, orfèvrerie. Le transport s'effectue à dos d'homme au moyen de hottes soutenues par un bandeau frontal. Les éléphants servent au traînage des bois, parfois à la chasse au tigre à dos d'éléphant ; le plus souvent ils sont des montures de prestige, acquis et vendus à ce titre aussi aux Lao. Leur capture et leur dressage sont l'affaire de certaines tribus, celle des Boloven par exemple. Les guerres intestines étaient endémiques autrefois et justifiaient la possession d'une riche collection d'armes : arbalètes redoutables, lances, javelines, sabres et haches à lames longues et à manches recourbés en crosse, boucliers tantôt circulaires (en bois), tantôt oblongs (en vannerie recouverte de cuir laqué).

Les tribus Kha construisent des habitations sur pilotis, en bois et bambou, dont le toit est en chaume ou parfois en vannerie d'un travail remarquable. Elles sont familiales ou claniques et abritent tous les membres d'une même lignée, avec les familles alliées. Les villages, sub-circulaires ou allongés, possèdent une maison des hommes au centre et une esplanade sacrificielle pour les fêtes. Les greniers sont généralement sur pilotis et très écartés des maisons.

Les vêtements sont différents selon les régions. Dans le Nord, où les hivers sont froids, l'influence chinoise se fait sentir. Les hommes Kha Bit, Kha Khmu sont vêtus de pantalons et de camisoles que portent aussi leurs épouses, par-dessus la jupe-sarong des Thaï. Les femmes ont le cou chargé de colliers d'argent et les lobes des oreilles distendus par de lourds anneaux ou des fiches-bobines, comme toutes leurs parentes du centre et du sud Laos.

Les Indonésiens de ces régions vont torse nu, hommes et femmes. Les uns portent la ceinture-tablier, parfois très réduite, les autres, un simple sarong ; aux jours de fêtes, boléro ou tunique fendue pour les hommes et les femmes. Certains ont des chignons qu'ils transpercent de longues épingles d'argent ou de laiton d'aluminium, de peignes de bois incrustés d'étain, de touffes de plumes. Chez d'autres tribus, les hommes coupent leurs cheveux au bol. Des turbans de toute sorte sont très fréquents.

La société Kha, de type patriarcal patrilinéaire, tempéré par l'autorité de l'oncle maternel, comporte des clans subdivisés en familles restreintes. L'autorité revient aux anciens et aux riches. Ils enterrent leurs morts dans des cercueils, près des habitations ou dans des cimetières : occasion, entre maintes autres, de faire des sacrifices et de boire. Animistes, terrorisés par les mauvais génies et les jeteurs de sorts, ils sont la proie de leurs sorciers-guérisseurs.

Les Thaïs

Descendus des régions montagneuses situées dans le Sud-Est chinois, les Thaïs (« Libres ») envahirent progressivement le Laos, depuis au moins le xe siècle. Du point de vue racial, ce sont des mongoloïdes, métissés d'Indonésiens autochtones, mais ce métissage ne se fait guère sentir – mise à part la classe noble, endogame – qu'à partir du moyen Laos et dans le Sud. Leur langue est rattachée maintenant au groupe des langues môn-Khmer.

Parmi les Thaïs, les Lao constituent le groupe le plus nombreux, près de 2 000 000, et, culturellement, le plus développé. Ils occupent, en général, la vallée du Mékong et de ses affluents, depuis Ban Huey Saï, au nord, jusqu'à Stung Treng au Cambodge septentrional. Les autres Thaïs sont : les Lü, des confins de la frontière chinoise et du nord du Laos, qui faisaient partie, avant 1895, du Sud chinois ; les Nûa (« l'amont », c'est-à-dire le nord, au Laos), qui peuplent surtout les Hua Phan, avec les Thaï Dèng (« Rouges ») et les Thaï Dam (« Noirs », selon la couleur des jupes des femmes) ; les Thaï Khao (« Blancs » d'après la couleur des corsages des femmes), qui sont, quant à eux, installés dans la province de Phong Saly et, comme les Nyang, fort peu nombreux au Laos. La province de Xieng Khouang est habitée par des Lao Phwan surtout. Des Lao Yuan, vraisemblablement émigrés de Thaïlande, occupent la province de Sayabury.

Ils pratiquent tous l'irrigation et cultivent essentiellement le riz, particulièrement le riz glutineux en labourant à l'aide de buffles. Des cucurbitacées, des patates douces, des choux et des feuilles comestibles forment avec le porc, la volaille, et surtout le poisson pêché ou piégé, la saumure de poisson ou de crevettes d'eau douce, l'essentiel de la nourriture des Thaï du Laos. Ils font également un grand usage du bétel. Filage et tissage étaient encore, jusqu'à nos jours, l'affaire des femmes de la maisonnée. Des villages étaient aussi spécialisés dans la poterie, mais, en général, tout Thaï était apte à confectionner les vanneries, les charpentes des maisons (dont l'édification est encore œuvre collective), ainsi que les ustensiles nécessaires du ménage, des pièges à animaux et à poissons, des nasses, des filets, etc. Chaudrons métalliques, armes blanches et lingots d'argent, d'or, de fer, de cuivre et d'étain étaient importés : ces derniers servaient à l'outillage et à l'orfèvrerie.

Les villages sont en général établis dans les vallées, allongés près des cours d'eau (dans les villes, les quartiers s'appellent encore ban ou « villages »). Les maisons, sur pilotis, de forme rectangulaire abritent une famille restreinte. Leur charpente, selon la richesse du propriétaire, est soit en bois et bambou, soit tout en bois. Leur couverture est en chaume ou en bois. Aujourd'hui, la brique et la tuile s'imposent avec le béton dans les villes. Les greniers sont toujours sur pilotis dans les campagnes. Deux escaliers de bois ou échelles conduisent à la véranda ouverte et à la salle commune, où les hôtes dorment près d'un foyer ou bien encore à la cuisine qui se trouve à l'opposé de l'entrée, avec son foyer de terre argileuse battue dans un cadre de bois. De grosses nattes de rotin couvrent les planchers de bois ou de bambou écrasé. Des nattes plus fines, avec des traversins de section carrée, bourrés de kapok, servent de lits. Habits, objets précieux, talismans sont conservés dans de vastes paniers rectangulaires, à couvercle ; ils peuvent être facilement emportés en cas d'incendie. Auprès des villages thaï non bouddhistes s'élèvent des cases sur pilotis souvent fort grandes : elles sont les demeures des « génies » (phi), âmes des défunts, ou de ceux préposés à la garde de la maison et du sol.

Les transports se font à dos d'hommes, dans les régions montagneuses ou aux forêts trop denses ; en charrettes à bœufs, en plaine ; et surtout, sur le Mékong et sur les autres cours d'eau, par pirogues monoxyles, pour la plupart très longues et d'un travail admirable. Aux hautes eaux, en été, les descentes s'effectuent généralement sur des radeaux constitués de plusieurs pirogues réunies par des traverses et un plancher ou par de simples bambous longs et empilés. Les Lao, excellents piroguiers, avec les Thaï Dam, se livrent habituellement au commerce pendant leurs loisirs de la saison sèche. Luang Prabang doit son antique importance à sa position commerciale de choix, étant à la croisée des grandes voies reliant le nord et le sud, l'est et l'ouest du Laos et les pays voisins. Les marchandises transportées comportent du benjoin et du stick-lac (laque en bâton) venant des Hua Phan, des melons, du riz, des peaux et du sel extrait surtout dans la région de Vientiane.

Au début de ce siècle, les hommes lao étaient encore tatoués depuis la ceinture jusqu'aux genoux, soit d'emblèmes totémiques – car les Lao descendaient, selon les Chinois, d'un dragon et d'une femme – soit de marques de virilité. Jadis, toutes les femmes allaient le torse nu ceint d'une écharpe assez large, aujourd'hui remplacée par corsages et boléros. Le fourreau de leur jupe, assez ample, est replié sur le devant, au ventre, et retenu par une ceinture ou un nœud pris dans l'étoffe. Les hommes portent, en général, des vestes et pantalons courts, « à la chinoise », des turbans en coton blanc ou teints à l'indigo. Ils ont tous des vêtements de soie pour les fêtes, qui sont fort nombreuses. Ce sont des sortes de culottes constituées par un large fourreau de soie, dont ils replient l'extrémité entre les jambes. Les femmes portent des chignons et les hommes se coupent les cheveux.

La société thaï est patrilinéaire, patriarcale, avec un matrilocat plus ou moins temporaire. La « famille étendue » existe encore, mais il se produit une évolution vers la « famille restreinte ». Une noblesse de sang existe chez les Lü, les Lao et les Lao Phwan. Une chefferie, avec des prérogatives féodales, existait chez la plupart des Thaï, dans le Laos du Nord, même sous le protectorat français.

La campagne thaï est restée très attachée à l'animisme (le sacrifice d'un buffle aux génies du pays eut lieu en 1942 à Vientiane). Cette foi n'est d'ailleurs pas tout à fait incompatible avec le bouddhisme que les Lü, Yuan, Lao et Phwan pratiquent toujours avec ferveur. Les autres Thaï du Laos ne sont pas bouddhistes. Les croyances qui ont trait aux enfers, au paradis, à la réincarnation, enseignées par cette religion de salut, ses règles morales, sa conception du monde imprègnent profondément la mentalité des Lao et leur comportement.

Tribus de langues tibéto-birmanes

Wu-ni, A-kha, Kao-kho que l'on assimile aux Lo-lo, Mu-so ou Lahu, Man et Yao ainsi que les Méo, ou mieux Hmung, les plus nombreux de tous, occupent les terres situées entre 1 000 et 1 400 mètres des provinces de Hua Khong, Phong Saly, Luang Prabang ; les Méo débordent largement sur les Hua Phan, le Xieng Khouang, poussant jusqu'au Kham Muan. Ces tribus sont descendues de Chine, il y a environ cent cinquante ans, pour occuper les terres délaissées par leurs prédécesseurs au Laos.

Tous cultivent le riz par écobuage, sauf les Hmung qui le remplacent par le maïs. Ceux-ci, par ailleurs, en ne laissant pas la forêt se reconstituer, détruisent définitivement la couche arable. Choux chinois, aubergines, tomates, aulx et oignons, viande de buffle, de porc, de chèvre, et volailles complètent la nourriture de ces tribus. Les Hmung pratiquent avec habileté la délicate culture du pavot à opium dont ils retirent de grands profits. Le trafic se fait à dos d'hommes et par caravanes de bœufs trotteurs et bâtés. Les chevaux sont montés par les chefs. Les habitations sont généralement adossées aux pentes et surélevées par des pilotis ; elles sont construites à même le sol chez les Hmung.

Le costume des hommes consiste en un pantalon court, une veste boutonnée et un turban. Les Hmung ont des boléros très courts qui laissent découverts la poitrine et le ventre, en toute saison ; outre les turbans, ils portent des calottes chinoises. Les femmes de ces tribus ont des vêtements et des bijoux des plus variés. Les femmes A-kha ont des « mini-jupes » avec ou sans tablier, le torse nu ou couvert d'un boléro avec plastron, des coiffures en tiares coniques cousues de perles, de rondelles ou rosettes d'argent ou des écharpes en turban, le tout brodé et décoré d'appliques à foison, comme le sont les jupes plissées, blanches ou sombres, les corsages à col marin, les turbans, souvent volumineux, des femmes Hmung. Des jambières d'étoffe sont portées par les femmes A-kha, des molletières par les femmes Hmung. Toutes se parent d'une multitude de colliers, de torques, de boucles d'oreille, de broches, boutons, etc., en argent décoré, d'une valeur prophylactique, comme ces torques avec plaques à leur nom que les Hmung portent continuellement.

Toutes ces tribus sont patrilinéaires, patriarcales et patrilocales. Le mariage par rapt est courant chez les A-kha. Chez ces derniers, le village est dirigé par un chef et un adjoint secondés par des notables. On rend un certain culte aux ancêtres et le chamane y joue un rôle considérable, celui de guérisseur et de psychopompe, surtout chez les Hmung. Il y a sacrifice de buffles lors des enterrements, où l'on fait usage de cercueils. La mantique connaît un grand développement dans presque toutes les ethnies du Laos. Trait particulier : les Man ou Yao croient descendre d'une princesse chinoise et du chien Pan-h'ou, d'où le tabou sur la viande de chien. La légende de la Courge, mère des hommes et du Déluge, est commune à toutes ces ethnies et à leurs voisines d'Indochine.

—  Paul LÉVY

Histoire

Le Laos, avec ses nombreuses vallées, a été, dès les temps préhistoriques un lieu de passage et un carrefour de routes où ont transité (et aussi séjourné) des populations très diverses (Austronésiens, Austro-Asiatiques...). Les plus anciens occupants connus sont des peuplades à qui on peut attribuer une origine indonésienne, d'idiomes môn-khmers. Elles vivent aujourd'hui dans l'est, le sud-est et le sud du pays, où les ont refoulées, au cours des âges, les Khmers et les Thaïs. On les désigne sous le nom général de Kha (sauvages, esclaves) que leur ont donné les Thaïs. Venus plus tard, les Khmers ont occupé tout le bassin moyen du Mékong, sur les deux rives, asservissant les Indonésiens (Kha) et les Môn ou les refoulant vers les zones montagneuses boisées. L'empire khmer s'étendit, pendant des siècles, sur une grande partie du Laos actuel, jusqu'au coude du grand fleuve et c'est sous son influence que s'indianisèrent, et se convertirent au bouddhisme, les souverains locaux kha et môn.

Les Thaïs, venus du nord (Yunnan) par Dien Biên Phu et les vallées de la Nam Ou et de la Nam Suong, atteignirent le Mékong vers le xie siècle et nouèrent des relations avec l'empire khmer. Parmi ces Thaïs, certains, les Lao, fondèrent sur la rive gauche du Mékong, au confluent de la Nam Kham, une principauté, le Muong Xua, avec comme capitale Xieng Tong (la future Luang Prabang). D'autres, les Lao Phuan, s'établirent plus à l'est, dans la plaine de Xieng Khouang. Ces Lao subjuguèrent les Kha, tout en repoussant la majorité d'entre eux vers les montagnes. Le Muong Xua accepta la suzeraineté des rois d'Angkor et leur influence civilisatrice. Un de ses princes, Fa Ngum, en querelle avec sa famille, s'exila à Angkor, où il épousa une parente du roi khmer. Puis, avec l'appui de ce dernier, il s'empara du Bassac (Champassak) et de Xieng Khouang et finalement, en 1353, s'installa sur le trône à Xieng Tong. Il fonda le royaume du Lan Xang (Million d'éléphants).

Le royaume du Lan Xang

D'Angkor, Fa Ngum avait apporté une statue précieuse du Bouddha, le Pra Bang, qui allait devenir le palladium du royaume. Il adopta le système politique khmer mais conserva de nombreuses structures thaïes. La société du Lan Xang était très hiérarchisée, avec une noblesse militaire et administrative, une « roture » de cultivateurs et d'artisans et enfin des esclaves. Roi conquérant, Fa Ngum imposa son autorité à de nombreux vassaux, occupa une grande partie du plateau de Korat et défia Ayuthia et Sukhothaï. Ses audaces conduisirent sa famille à le détrôner en 1373. Mais les chefs locaux soumis, devenus gouverneurs de provinces ou de pays (muong), continuèrent à diriger leurs fiefs de façon très autonome. La persistance de ces petits fiefs, aux ressources agricoles limitées, que la configuration du terrain, accidenté et boisé, protégeait de leurs voisins, caractérise l'histoire des principautés laotiennes et explique que n'ait pu se constituer un fort État unitaire.

Le Lan Xang envoya des forces au chef vietnamien Lê Loi en lutte contre les Chinois (1421) mais la trahison, au moment décisif, de l'armée lao créa chez les Vietnamiens une défiance tenace à l'égard du Lan Xang. En 1479, les Vietnamiens envahirent le Lan Xang, et prirent Xieng Khouang et Xieng Tong. Cette guerre fut néanmoins sans lendemain. Non seulement le Lan Xang reprit avec le Vietnam des relations normales, mais il devint, pendant l'usurpation des Mac, le refuge des partisans de la dynastie Lê.

Les Lao, qui avaient adopté le bouddhisme theravada, cherchèrent à l'imposer à l'ensemble des peuples du royaume. En 1527, un édit du roi Pothisarat interdit le culte sanglant des génies tutélaires et esprits (phi), ce qui provoqua la résistance des populations animistes des régions montagneuses.

L'extension géographique du royaume (notamment vers le sud) rendait de plus en plus difficile un contrôle direct depuis la capitale, d'autant que les principautés de Xieng Khouang et de Bassac avaient tendance à s'affranchir de l'autorité lointaine du roi. La capitale, Xieng Tong, était elle-même trop exposée aux attaques des Birmans, qui menaient une politique expansionniste vers l'est. Pour être en position plus centrale, pour maintenir aussi une meilleure liaison avec son allié le roi siamois d'Ayuthia, également menacé par les Birmans, le roi du Lan Xang Setthathirat (1559-1571) transféra, en 1563, la capitale de son royaume à Vientiane. Il y apporta un fameux Bouddha d'émeraude, qu'il déposa dans une magnifique pagode (le Wat Pra Keo), et construisit à proximité de la ville un grand temple reliquaire, le That Luang, un des chefs-d'œuvre de l'architecture laotienne. L'ancienne capitale, Xieng Tong, prit alors le nom de Luang Prabang (1563). La mort de Setthathirat, disparu en 1571 au cours d'une expédition contre les Kha du Sud, ouvrit une période d'anarchie, puis un interrègne (1583-1591) marqué par de nouvelles invasions birmanes, de continuelles intrigues de cour à Vientiane et l'émancipation accrue de Xieng Khouang qui, à la fin du xvie siècle, payait un tribut annuel au Vietnam, mais seulement triennal au Lan Xang.

Le règne de Suriya Vongsa

Un grand roi, Suriya Vongsa (qui régna de 1637 à 1694, soit plus d'un demi-siècle), rétablit l'unité et l'ordre dans le royaume en s'imposant aux factions et en administrant avec sévérité. La paix extérieure qu'il sut également assurer permit au royaume de connaître une réelle prospérité matérielle. C'est sous son règne, en novembre 1641, que le Lan Xang reçut la visite du premier européen, le Hollandais Gerrit Van Wusthof, envoyé du gouverneur de Java. Selon les descriptions d'un autre visiteur, le jésuite italien De Marini, Vientiane était alors une grande et belle ville, et un important centre bouddhique où les bonzes du Cambodge et du Siam venaient faire des études.

Les limites du Lan Xang furent fixées à ce moment de façon précise par des accords passés avec les princes voisins. Avec le Vietnam, il fut convenu que toutes les populations vivant dans « des maisons sur pilotis et avec véranda » seraient réputées sujettes du roi de Vientiane, et que celles qui habitaient « des maisons sans pilotis ni véranda » appartiendraient au Vietnam. Suriya Vongsa se brouilla, pour une affaire matrimoniale, avec le prince de Xieng Khouang (1652). C'en fut fini des bonnes relations entre les deux États.

La difficile succession de Suriya Vongsa marqua la fin de l'unité laotienne. Les prétendants au trône s'affrontèrent violemment. En 1696, un neveu du défunt, Sai Hong Hue, dont le père s'était, sous le règne précédent, réfugié à Hué, reconnut par anticipation (pour prix d'un soutien des seigneurs nguyên à son entreprise) la suzeraineté vietnamienne sur le Lan Xang. En 1700, Sai Hong Hue, devenu le maître de Vientiane, se proclama roi du Lan Xang. Il s'avéra incapable d'en maintenir l'intégrité. Il dut céder le trône de Luang Prabang à son cousin, un fils de Suriya Vongsa (1707), tandis que le prince de Bassac faisait sécession (1713). Le Lan Xang, où aucune conscience nationale n'avait pu naître, disparaissait en tant que grande puissance souveraine. C'était aussi le point de départ d'un siècle de luttes fratricides où allaient s'épuiser les deux royaumes de Vientiane et de Luang Prabang.

Dans l'orbite siamoise

Les États voisins, qui guettaient l'héritage du Lan Xang, ne pouvaient que tirer avantage de ces scissions qui, d'abord provisoires, devaient vite s'avérer fort durables. En 1753, les Birmans du roi Alompra prennent et pillent Luang Prabang, puis se retirent. En 1771, Luang Prabang attaque Vientiane, qui est secourue par les Birmans. Luang Prabang, de nouveau pillée par eux, sollicite alors la protection siamoise (1774). En 1778, les Siamois s'emparent de Vientiane, emportent le Bouddha d'émeraude (Pra Keo) et placent pour quatre ans le royaume sous leur administration directe. Mais, dès 1791, le roi de Vientiane Ong Nan (que les Siamois avaient laissé revenir dans sa capitale) reprend l'offensive, prend et met à sac Luang Prabang dont il annexe une province. Alors le Siam, déposant Ong Nan, impose aux deux royaumes son alliance, qui est en fait une dure suzeraineté (Bangkok intronisera désormais les rois laotiens et incorporera leurs troupes dans ses armées).

Sous ce véritable protectorat, Tiao Anou, qui était à Vientiane (depuis 1792) le second de son frère le roi In, monta en 1805 sur le trône. Voulant s'affranchir de la tutelle siamoise et restaurer la puissance de son pays, il choisit de s'appuyer sur le Vietnam (maintenant sorti de sa crise et unifié sous Gialong). Il reprit dès 1806 le tribut triennal qu'avant la révolte des Tayson Vientiane payait à Hué. Puis, en 1820, il entreprit secrètement de mettre Luang Prabang dans son jeu. N'ayant pu, en 1825, obtenir de Bangkok le rapatriement des populations laotiennes que les Siamois avaient transférées en 1778 sur la rive droite du Mékong, Tiao Anou, croyant le Siam à la veille d'une guerre avec l'Angleterre, l'envahit et marcha sur Bangkok (1826). Il fut néanmoins battu à 100 kilomètres de la ville. Les Siamois contre-attaquèrent et s'emparèrent de Vientiane (1827). La ville fut mise à sac et incendiée. Les Siamois ravagèrent alors le Kham Mouan, dont ils emmenèrent une partie des habitants.

Cependant, en 1828, Anou, qui s'était réfugié à Hué auprès de son suzerain, l'empereur du Vietnam Minh Mang, revint au Laos et, avec l'aide des Vietnamiens, reprit Vientiane dont il massacra la garnison adverse. La répression siamoise fut impitoyable : Vientiane fut rasée (1830), toute sa population déportée, les archives du royaume détruites. Anou fut livré aux Siamois par son vassal, le prince de Xieng Khouang, et mourut en captivité à Bangkok (1835). Son royaume fut annexé par le Siam qui le dépeupla systématiquement, tout en mettant le Bassac dans sa mouvance et en affirmant sa suzeraineté sur Luang Prabang (1836).

De son côté, le Vietnam, pour punir le prince de Xieng Khouang de sa trahison, l'avait fait exécuter et avait annexé son royaume. En 1855 cependant, Hué, qui se heurtait à la résistance des populations, rendit le pouvoir à un prince local qui s'engagea à payer le tribut.

Interventions étrangères

À la même époque, le Laos commença à subir les effets des événements de Chine. Vers 1845-1850, les Hmung (Meo), venus du Setchouan et du Yunnan, pénétrèrent au Laos, s'installant sur les hauteurs dans la région du Tranninh et des Houa Phan. Ils dévastèrent les sommets et s'attirèrent par leur attitude la méfiance ou l'hostilité des Lao et des Kha. Peu après, en 1864, s'infiltrèrent dans tout le nord de l'Indochine les Ho, débris d'unités combattantes de la guerre civile chinoise (Taiping). Leurs bandes, organisées en « pavillons », allaient pendant près de trois décennies se livrer à un brigandage chronique, semant la terreur dans de vastes régions.

Sous le prétexte de débarrasser les territoires « frontaliers » de ces bandes de pirates, le Siam chercha alors à étendre son contrôle bien au-delà de Luang Prabang, jusqu'aux confins du Vietnam (bassin de la rivière Noire). Il s'enhardit d'autant plus que le Vietnam était affaibli par sa guerre avec la France, que celle-ci venait de s'établir au Cambodge (1863) et commençait à explorer le cours du Mékong (des explorateurs français, Mouhot en 1861 et Doudart de Lagrée en 1867, étaient même parvenus jusqu'à Luang Prabang). Le gouvernement de Bangkok profita de l'avènement d'un nouveau roi, Oun Kham, à Luang Prabang (1869), pour accroître sa pression. Il utilisa le prétexte de l'invasion des Ho au Tranninh (1872) et de leur attaque surprise sur Vientiane (1873), puis d'une grave révolte des Kha (1872-1876), pour offrir ses services à Oun Kham, envoyer ses troupes jusqu'à la rivière Noire et lancer une expédition dans la Tranninh et le Kham Mouan. Mais la cour de Hué, invoquant le traité qu'elle avait signé en 1884 avec Paris, demanda alors à la France de sauvegarder les droits du Vietnam au Laos, en l'espèce sa suzeraineté sur le Tranninh, le Kham Mouan et Vientiane.

Le Siam dut admettre (mai 1886) l'installation d'un vice-consulat de France à Luang Prabang. Le poste fut confié à Auguste Pavie. Lorsqu'il arriva dans la ville (févr. 1887), elle était menacée par les Pavillons noirs (irréguliers chinois) et tomba peu après entre leurs mains (juin 1887). Après que Pavie l'eut aidé à reprendre sa capitale, le roi Oun Kham, pour sauver son royaume, demanda le protectorat de la France. L'infiltration siamoise au Kham Mouan et au Tranninh et les incidents constants qu'elle suscitait amenèrent finalement la France, en mai 1893, à occuper militairement, grâce à une opération éclair, toute la rive gauche du Mékong, de Paksane jusqu'à Khône. Par le traité du 3 octobre 1893, le Siam dut renoncer à tout droit sur tous les territoires situés sur la rive gauche du Mékong, où la France héritait des droits du Vietnam. En 1902 et 1904, il remit encore à la France, cette fois sur la rive droite, les territoires de Bassac et de Paklay, dépendances traditionnelles du royaume lao. Au roi Oun Kham (mort en déc. 1895) avait succédé son fils Zakarine.

Le protectorat français

En 1893, le Laos ne représentait pas une entité politique. Seul le royaume de Luang Prabang, dernier vestige du Lan Xang, conservait encore l'apparence d'un État. Les royaumes de Vientiane, de Xieng Khouang et de Bassac avaient disparu. Des familles princières continuaient cependant à y exercer une certaine autorité. La France considéra l'ensemble comme de simples territoires où elle devait désormais faire régner la paix, l'ordre et la loi.

Ayant reconnu au nom de la France le pouvoir du roi de Luang Prabang, Pavie organisa les autres régions, confirmant les autorités traditionnelles (chaomuong et autres chefs) dans leurs prérogatives, reconstituant une « province » de Vientiane, définissant les régions du Cammon (Kham Mouan), de Xieng Khouang (Tranninh), de Savannakhet et de Khong. Après son départ (sept. 1895), le Laos fut d'abord divisé en deux territoires (Haut- et Bas-Laos), qui furent réunis en 1899 par le gouverneur général Paul Doumer et placés sous l'autorité d'un résident supérieur installé à Vientiane, capitale historique. Le Laos prenait sa place dans la Fédération indochinoise et dans son système douanier et monétaire. Il fut divisé en dix provinces, dont une formait le royaume de Louang Prabang à régime spécial de protectorat (Sisavang Vong y succéda en 1904 à son père le roi Zakarine) ; les neuf autres étaient placées en fait sous l'administration directe de résidents français, les chefs lao se trouvant réduits à des rôles subalternes.

La pacification complète du pays prit des années et même des décennies. Sur le plateau des Boloven, une insurrection des Kha, qui dura de 1901 à 1907, força l'administration française à adopter, à l'égard de ces populations, une politique prudente. Ce n'est que vers 1936 que le Sud-Laos put être considéré comme entièrement soumis. De 1914 à 1922, des révoltes de Hmung et de Chinois affectèrent d'autre part la sécurité dans le nord du pays.

Le développement économique et social

Pour Paul Doumer, l'objectif prioritaire était de débloquer le Laos, complètement isolé à l'intérieur des terres et difficilement accessible, que ce soit par le Mékong (coupé de rapides nécessitant transbordement) ou par voie terrestre, car le terrain était très défavorable à l'est et au sud. Les études ayant rapidement conclu à la non-rentabilité d'un chemin de fer reliant le Mékong à la côte d'Annam, le projet fut abandonné et on choisit, d'une part, d'aménager sur le fleuve des biefs navigables, d'autre part, de construire des routes empierrées praticables au moins en saison sèche : les principales furent la route Tourane-Savannakhet par Tchepone (achevée en 1930) et la route Saigon-Thakkek par Pakse, le long du Mékong (déclarée « accessible aux automobiles en saison sèche » en 1930). Une autre route, Vinh-Xieng Khouang-Luang Prabang, fut achevée en 1937.

Le développement économique du Laos resta toutefois très faible. Sur le plan alimentaire, le pays se suffisait à lui-même et n'exportait rien. Les Français tentèrent quelques expériences agricoles (notamment sur les terres riches du plateau des Boloven). Les richesses minières étaient en fait le seul élément suscitant un intérêt extérieur, voire des spéculations boursières (actives vers 1920-1922). On ne trouva guère que de l'étain en quantité exploitable, et c'est en 1923 que démarra l'usine de concentrés de la vallée de la Nam Pathène, dont la production finit par atteindre plus de 1 000 tonnes par an. Mais il fallut faire venir des travailleurs de l'Annam voisin et il en résulta une importante agglomération ouvrière vietnamienne dans la région de Thakkek... et des problèmes politiques. L'activité commerciale manquait de ressort. Des commerçants chinois assuraient, ici comme ailleurs en Indochine, l'essentiel de la distribution et aussi du crédit. Les importations étaient très faibles.

L'isolement et la pauvreté du pays, les difficultés de communication, l'absence relative de produits d'exportation profitables, le caractère des populations enfin n'incitèrent pas les Français à fournir un important effort économique et financier au Laos. Celui-ci sera en quelque sorte le « parent pauvre » de l'Indochine française (574 Européens seulement y résidaient en 1937). Faute de matière imposable, l'administration ne parvenait même pas à financer ses dépenses courantes et ne couvrait ses déficits que par des subventions fédérales. Le Laos, déjà, vivait au-dessus de ses moyens. L'effort de l'administration dans le domaine sanitaire et scolaire resta limité : on put enrayer la dépopulation et les épidémies, faire reculer les maladies, mettre sur pied un petit système scolaire. En 1936, le Laos ne comptait encore que 1 012 000 habitants, 6 hôpitaux, 52 dispensaires, 440 écoles avec 12 400 élèves. Son seul établissement secondaire, le collège Pavie de Vientiane, n'avait en 1937 que 110 élèves (44 Laotiens et 61 Vietnamiens) et 8 professeurs. Quant à la formation de personnel technique, elle était dérisoire.

L'évolution politique

Sur le plan politique, les cinquante premières années du protectorat français au Laos furent marquées par un calme confinant à la stagnation. Le statut politique du Laos demeura assez mal défini. La pacification fut menée à bonne fin, tant avec les Hmung qu'avec les Boloven. Le système politique et administratif fut en partie modernisé avec la création d'une assemblée consultative en 1923, une réforme de l'administration provinciale, puis la mise en place d'une école de droit et d'administration destinée à former des fonctionnaires lao. Mais, dans la fonction publique comme dans le commerce, les Français utilisaient bien davantage des Vietnamiens immigrés que des Laotiens, jugés trop indolents. Une classe d'« évolués » laotiens, formés à l'occidentale, émergeait toutefois, dont les membres appartenaient, pour la plupart, aux familles aristocratiques ou aisées des villes principales. On y distinguait des princes, notamment trois demi-frères, Pethsarath, Souvanna Phouma et Souphanouvong (ces deux derniers ingénieurs sortis des grandes écoles de Paris).

À partir de 1937, le Laos dut faire face à une résurgence des ambitions siamoises, due à l'avènement au pouvoir à Bangkok d'une nouvelle classe politique et militaire de tendance nationaliste. Le Siam, devenu Thaïlande, profita de la défaite de la France en juin 1940 pour entreprendre un harcèlement de l'Indochine qui, en décembre 1940, se transforma en agression. Grâce au soutien japonais, il put obtenir de Vichy, (mai 1941) la rétrocession des deux territoires (Bassac et Paklay) qu'il avait perdus en 1902-1904. En guise de compensation, le gouvernement de Vichy attribua au royaume de Luang Prabang trois nouvelles provinces (Haut-Mékong, Xieng Khouang et Vientiane). Dans le cadre d'une réorganisation du gouvernement royal, le prince Pethsarath, renonçant à ses droits au trône de Vientiane, devint alors Premier ministre. Les Français conservaient néanmoins tous les pouvoirs de décision dans l'ensemble du Laos.

L'amiral Jean Decoux, représentant du régime de Vichy, encouragea le « patriotisme » local et s'efforça de former les cadres modernes dont avait besoin le Laos. Un important effort fut accompli dans le domaine des travaux publics et de nouveaux progrès réalisés dans l'aménagement des villes et du réseau routier, mais aussi dans le domaine scolaire et sanitaire. Sur le plan politique, un « mouvement lao » fut lancé, afin, surtout, de combattre la propagande thaïlandaise qui influençait les intellectuels dans un sens à la fois antifrançais et antivietnamien.

En mars 1945, au Laos comme dans le reste de l'Indochine, les Japonais éliminèrent l'administration française, mais nombre de Français purent ici échapper aux Nippons pour s'engager dans la guérilla. Sous une intense pression japonaise, le roi Sisavang Vong proclama, le 8 avril 1945, l'indépendance de son royaume.

L'indépendance et l'unité

À la capitulation japonaise, Pethsarath réaffirma (1er sept. 1945), la déclaration d'indépendance. Il annonça le 14 septembre l'unification du pays par réunion du royaume de Luang Prabang et des quatre provinces du Sud. Un Comité du peuple laotien, réuni à Vientiane, adopta, le 12 octobre, une Constitution du Laos unifié et, le même jour, fut formé un gouvernement provisoire de l'État lao (Pathet Lao), dont le premier acte fut de dénoncer tous les traités signés avec la France, ce qui le mit en conflit avec le roi. L'État lao reçut immédiatement l'assurance du soutien total de la république démocratique du Vietnam (R.D.V.) qui venait d'être proclamée à Hanoi. Un traité d'amitié et de défense commune fut signé peu après avec elle. Le prince Souphanouvong, nommé ministre de la Défense, préconisait une alliance avec la R.D.V.

Cependant, les Français, qui avaient maintenu dans le pays des unités de guérilla, revenaient rétablir leurs positions. Aidés par leurs amis laotiens (au premier rang desquels figurait le prince Boun Oum, du Bassac), ils reprirent successivement les villes de la vallée du Mékong, Savannakhet (10 mars 1946), Thakkek, Vientiane (24 avril) et enfin Luang Prabang (13 mai). Le gouvernement Pethsarath s'était déjà réfugié à Bangkok.

Avec le roi, qu'ils avaient libéré, les Français conclurent, le 27 août 1946, un modus vivendi. La France accordait au Laos l'autonomie interne dans la Fédération indochinoise et l'Union française. Le prince Boun Oum renonçant à ses droits sur le Champassak (Bassac), le Laos se trouva unifié sous l'autorité du roi de Luang Prabang. Une assemblée, élue le 15 décembre 1946, adopta le 11 mai 1947 une Constitution qui faisait du pays une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Les Français gardaient toutefois (surtout par le biais de l'administration fédérale) des pouvoirs considérables. La situation économique était désastreuse, mais la domination de l'aristocratie lao se trouvait en fait consolidée. Quant aux minorités ethniques, livrées aux fonctionnaires lao, elles ne cachaient plus leur frustration.

En septembre 1947, Souphanouvong, n'ayant pu entraîner le gouvernement lao de Bangkok dans une unité d'action avec la R.D.V., se sépara de ses collègues et rejoignit Hô Chi Minh, pour s'engager à ses côtés dans une active résistance antifrançaise où il allait s'appuyer essentiellement sur les minorités ethniques, les paysans et les ouvriers exploités par l'administration.

Le 19 juillet 1949, Boun Oum, devenu Premier ministre à Vientiane, signait avec la France une convention par laquelle le Laos accédait cette fois à l'indépendance, comme État associé à la France dans le cadre de l'Union française (il aurait une armée et une diplomatie). Jugeant satisfaisant ce nouveau statut, le gouvernement lao de Bangkok décida, en septembre 1949, de se dissoudre et la plupart de ses membres (avec à leur tête le prince Souvanna Phouma) rentrèrent à Vientiane où ils se rallièrent au gouvernement royal. Dès novembre 1951, Souvanna Phouma devenait Premier ministre d'un cabinet d'union.

Souphanouvong, de son côté, agissait. Réuni dans le nord-est, un « Congrès national du peuple lao » décidait, le 13 août 1950, la constitution d'un « Front uni du Laos libre » (Neo Lao Isara) et celle d'un gouvernement provisoire du Pathet Lao, prenant la suite de celui qui s'était dissous à Bangkok. Souphanouvong en prenait la tête, avec Phoumi Vongvichit comme Premier ministre adjoint et Kaysone Phomvihane comme ministre de la Défense. Il demanda notamment l'indépendance totale du pays et la formation d'un gouvernement de coalition. Fort de l'appui vietnamien, le gouvernement Pathet Lao put s'établir à Samneua en mars 1953 et s'assurer progressivement le contrôle d'une « zone libérée », comprenant la majeure partie du plateau des Boloven (au sud), des provinces de Samneua, Xieng Khouang, Phong Saly et Luang Prabang, au nord.

À la conférence de Genève sur l'Indochine (1954), l'Union soviétique, la Chine et la R.D.V. acceptèrent de reconnaître l'indépendance du Laos et le gouvernement royal si celui-ci consentait à une neutralisation militaire du pays et à une intégration politique du Pathet Lao. L'accord, conclu le 21 juillet 1954, stipulait, outre un cessez-le-feu, un retrait du Laos des forces vietnamiennes et un regroupement de celles du Pathet Lao dans les provinces de Phong Saly et de Samneua, en attendant l'intégration politique et militaire convenue. Sauf quelques facilités concédées à la France, le Laos ne devait accorder de bases à aucune puissance étrangère ni laisser pénétrer de troupes étrangères sur son territoire. L'indépendance du Laos était reconnue par les deux blocs (le Laos sera admis à l'O.N.U. en décembre 1955). À l'intérieur des frontières, il restait à opérer la fusion entre le régime royal et celui du Pathet Lao.

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954

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Crédits : The Image Bank

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Pour celui-ci, qui se considérait toujours comme l'État légitime, expression de la volonté populaire, l'intégration ne pouvait signifier un ralliement au gouvernement royal. Elle devait être négociée. Mais la droite conservatrice, représentée par Phoui Sananikone et Katay Sasorith, soutenue par les Américains (dont l'influence au Laos avait déjà pris le pas sur celle de la France), refusait tout neutralisme et tout partage du pouvoir. Elle croyait pouvoir sinon éliminer, du moins soumettre la gauche, au besoin par la force. Elle tint, à la fin de 1955, des élections dans la zone qu'elle contrôlait.

Pour faciliter l'accord, la gauche décidait, au début de janvier 1956, de substituer au « gouvernement provisoire du Pathet Lao » une simple organisation politique, le Front patriotique lao (Neo Lao Haksat), visant à rassembler les Laotiens de toutes ethnies et appartenances sociales ou politiques. Son but était désormais d'obtenir la formation d'un gouvernement de coalition avec les forces « patriotiques » et « réalistes » se situant du côté du gouvernement royal. Celui-ci, présidé de nouveau depuis le 22 mars 1956 par Souvanna Phouma, se déclara décidé à agir pour rétablir l'unité nationale par la négociation. Les conversations engagées aboutirent, en août 1956, à un accord de principe sur la cessation des hostilités et la suprématie de l'autorité royale. Avec la participation du Front cette fois, des élections complémentaires auraient lieu et un gouvernement d'union nationale serait formé, qui s'engagerait à pratiquer une politique extérieure de neutralité. Le 2 novembre 1957, malgré les manœuvres et l'obstruction de la droite et des Américains, les accords définitifs étaient signés. Le 19 novembre, un gouvernement de coalition, présidé par Souvanna Phouma, était investi ; Souphanouvong et Phoumi Vongvichit y entraient comme ministres. Le 18 février 1958, les forces armées du Pathet Lao étaient intégrées dans l'armée royale, et les élections du 4 mai 1958, marquées par un succès très net du Neo Lao Haksat, semblèrent parachever le difficile processus de réconciliation et d'unification nationale. Un équilibre des forces semblait atteint qui pouvait assurer au Laos, dans une neutralité réelle et avec l'aide des deux blocs, la paix et un développement raisonnable.

L'intervention américaine et la guerre civile

Cependant, la droite n'admettait pas ce partage du pouvoir avec cette gauche de « communistes provietnamiens » et de « sauvages » (les minorités ethniques). Une puissante classe urbaine de fonctionnaires, de commerçants et de politiciens, bénéficiaires à divers titres de l'aide économique étrangère (surtout américaine), s'était développée à Vientiane et dans la vallée du Mékong. S'y alliait une classe assez particulière de militaires. Ayant pratiquement pris en charge les soldes de l'armée laotienne, les États-Unis s'y étaient constitué une vaste et redoutable clientèle, un instrument de leur politique visant à faire du Laos un solide glacis anticommuniste devant couvrir la Thaïlande, mais dirigé aussi contre Hanoi et Pékin. L'aide économique américaine avait aussi profondément perturbé la primitive économie laotienne par une injection massive de dollars et l'importation de biens de consommation en quantité sans rapport avec les moyens de paiement réels du pays. Un chiffre illustrait le déséquilibre : les importations du Laos atteignaient en 1958 1 041 millions de kips, les exportations 55 seulement. Le découvert était financé par l'aide américaine. Mais la manne étrangère ne bénéficiait qu'à une fraction assez faible, essentiellement urbaine, de la population. L'enrichissement de cette minorité de parasites par le trafic, la spéculation et la corruption, les contrastes sociaux qui en résultaient, démoralisaient la nation. Mais les milieux privilégiés n'admettaient pas que le Front vienne compromettre leur domination et, avec l'appui des services américains, agirent pour revenir au régime antérieur au 18 novembre 1957, afin de provoquer une rupture profonde avec la gauche qui rendrait impossible toute nouvelle coalition.

Dès juillet 1958, l'Assemblée ayant forcé Souvanna Phouma à démissionner, la droite, avec Phoui Sananikone et Phoumi Nosavan, prenait le pouvoir. Elle mettait fin immédiatement à la coalition et à la politique de neutralité, alignant le Laos sur Saigon et surtout Washington. Au roi Sisavang Vong, qui mourut en octobre 1959, succédait son fils Savang, dont les sentiments proaméricains étaient notoires. Le gouvernement de Vientiane adoptait dans tous les domaines une politique violemment anticommuniste et anti-R.D.V.

La reprise de la guerre civile apparut dès lors comme inévitable. Depuis juillet 1959, les forces du Front patriotique, se dégageant de l'armée royale, avaient repris le contrôle total du Nord-Est. Un coup d'État de militaires neutralistes dirigés par le capitaine Kong Lê, le 9 août 1960, rendit le pouvoir à Souvanna Phouma dont on espérait qu'il pourrait conjurer la guerre civile. Mais les forces de droite, soutenues par la Thaïlande et les États-Unis, regroupées à Savannakhet, reprirent Vientiane où elles installèrent un gouvernement Boun Oum en décembre 1960. Cependant, le gouvernement Souvanna Phouma était soutenu par le Front et reconnu par la France, l'Angleterre, l'U.R.S.S., la Chine, la R.D.V. et d'autres pays. Après un accord soviéto-américain à Vienne, en juin 1961, les puissances imposèrent une reconstitution du gouvernement de coalition, présidé par Souvanna Phouma (avec Souphanouvong et Boun Oum). Une conférence de quatorze pays aboutit, après un an de négociations, à un nouvel accord de Genève sur la neutralité du Laos, le 23 juillet 1962.

Mais, dès l'année suivante, la droite forçait par le terrorisme les politiciens du Front à quitter Vientiane. Elle allait imposer ensuite à Souvanna Phouma, d'abord par un coup d'État militaire, le 19 avril 1964, puis par une pression politique, l'abandon de toute négociation et la reprise d'une politique anticommuniste et antivietnamienne. Washington entendait en effet utiliser le Laos à la fois pour faire pression sur Hanoi et pour liquider le Front patriotique, qu'il accusait de protéger la « piste Hô Chi Minh » par laquelle Hanoi ravitaillait les forces communistes au Sud-Vietnam. Quant à la droite, son but était d'éliminer la gauche (qu'elle dépeignait comme l'instrument des Vietnamiens) avec l'aide des Américains. Dans cette difficile conjoncture, les neutralistes, affaiblis, se divisèrent, se ralliant les uns au Front, les autres au gouvernement royal.

Les Américains menèrent alors au Laos une « guerre spéciale », prenant pratiquement en main l'armée royale, recrutant de nombreux partisans chez les Hmung du clan Touby Lifung, et même des mercenaires en Thaïlande. Le Front, de son côté, bénéficiait du concours des Hmung du chef Faydang, auquel se ralliaient d'autres ethnies.

Le Laos et la guerre au Vietnam

À partir de janvier 1965, l'aviation américaine, pour soutenir les opérations de l'armée royale et surtout détruire la « piste Hô Chi Minh », entreprit le bombardement massif et systématique de la zone contrôlée par le Front. Dès 1964-1965, le Laos, dont Hanoi utilisait la région orientale pour acheminer hommes et matériel vers le sud, était devenu un champ de bataille. L'aviation américaine multipliait les raids sur la zone tenue par le Front patriotique lao (Neo Lao Hak Xat) par où passaient les lignes de ravitaillement vietnamiennes. Par ailleurs, la C.I.A recrutait et armait des unités spéciales parmi la minorité meo, pour perturber et harceler les arrières du Front. En 1965 déjà, les bombardements avaient forcé 250 000 montagnards à quitter leurs villages et à se réfugier dans la vallée du Mékong tenue par les forces royales et par les Américains. Le Front s'était retiré vers les zones les moins accessibles tandis que les troupes nord-vietnamiennes venaient, à ses côtés, assurer la défense de la piste Hô Chi Minh. Malgré ce repli, le Front occupait encore 50 p. 100 du territoire laotien, mais avec seulement 30 p. 100 de la population. L'économie de la zone gouvernementale était tombée dans la dépendance complète de l'aide américaine qui finançait la majorité des importations, fournissait l'essentiel des soldes et de l'équipement de l'armée royale, prenant même complètement en charge les unités spéciales meo.

Pendant huit ans, de 1965 à 1973, le groupe de Souvanna Phouma, d'une part, et les « modérés » du Front patriotique, d'autre part, vont chercher patiemment à trouver à cette situation une solution politique qui permette au Laos de survivre en tant qu'État indépendant et unifié, et de mettre fin à l'intervention étrangère et aux souffrances et destructions qui en résultaient.

Cette recherche s'est heurtée à de multiples obstacles : Souvanna Phouma souhaitait certes reconstituer la coalition tripartite et rétablir ainsi l'unité politique du pays, mais le Front mettait comme préalable à des conversations un arrêt des bombardements américains, ce que le Premier ministre ne jugeait pas possible d'obtenir tant que les Vietnamiens ne se seraient pas retirés du Laos. La droite mettait comme condition à toute négociation ce retrait vietnamien (sans lequel elle ne pouvait espérer écraser la gauche et s'allier efficacement avec Saigon). Dialogue de sourds, renouvelé périodiquement mais qui n'empêcha pas les parties de maintenir un contact utile et qui contribua à faire prévaloir à Vientiane la conscience qu'aucune solution ne pourrait intervenir au Laos aussi longtemps que se prolongerait le conflit vietnamien.

Voie de passage sans laquelle Hanoi ne pouvait poursuivre la guerre au Sud, le Laos était condamné à rester un objectif de choix de l'intervention militaire américaine. L'ouverture des conversations américano-vietnamiennes à Paris, en mai 1968, loin d'atténuer l'épreuve du Laos, ne fit que l'aggraver, Washington s'acharnant davantage encore à priver Hanoi des moyens de continuer la guerre, soit en obtenant par voie diplomatique une évacuation du Laos par les Nord-Vietnamiens, soit en coupant la piste Hô Chi Minh par une intensification des bombardements aériens et des actions terrestres. L'activité aérienne américaine au Laos tripla ainsi au cours de l'année 1968 pour se stabiliser à une moyenne de 400 sorties par jour. En cinq ans, la zone tenue par le Front allait subir 200 000 raids et recevoir plus de 2 millions de tonnes de bombes, soit plus que l'ensemble du théâtre européen pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa vie collective fut totalement disloquée, les pertes humaines et les destructions considérables, et 700 000 personnes (les deux tiers de sa population) durent la quitter et venir se réfugier dans la zone gouvernementale. Ni ces bombardements ni les opérations aéroportées (telles que « Lam Son 719 », entreprise par les Américains et les Sud-Vietnamiens en févr.-mars 1971) ne parvinrent néanmoins à couper la piste Hô Chi Minh.

Ces échecs successifs de l'action militaire la plus violente, l'étendue des destructions, la gravité de la désintégration sociale et l'aspiration générale de la population à la paix devaient finalement convaincre Vientiane de s'engager dans la voie d'un accord politique avec le Front. Celui-ci proposait le 6 mars 1970 un retour aux bases de l'accord de 1962 : indépendance, souveraineté, unité et neutralité du Laos, fin de toute ingérence étrangère, cessez-le-feu, délimitation des zones de contrôle, reconstitution d'un gouvernement provisoire de coalition, élections générales démocratiques. La position du Front devait être peu à peu renforcée par ses succès militaires. Si des zones (comme la plaine des Jarres et la route no 9 reliant Tchepone au Mékong) avaient plusieurs fois changé de mains (selon les saisons), le Front, par contre, put consolider régulièrement son influence dans le nord et le sud du pays, en isolant ou neutralisant les garnisons de l'armée de Vientiane. Cette détérioration progressive de la situation militaire, la démoralisation et l'épuisement de l'armée royale, les pertes sévères subies par leurs mercenaires meo amenèrent les États-Unis, à partir de 1971, à recruter en Thaïlande une nouvelle force d'intervention.

Finalement, le rapprochement entre Washington et Pékin et la perspective d'un retrait américain du Vietnam conduisirent le gouvernement de Vientiane, qui ne contrôlait plus qu'un tiers du territoire et qui redoutait une défaite militaire, à négocier sérieusement avec le Front sur la base des propositions faites par celui-ci en 1970.

La « solution politique » : les accords de 1973-1974

La conclusion de l'accord de Paris sur le Vietnam (27 janvier 1973) eut un effet immédiat au Laos. Dès le 12 février 1973, un accord était conclu entre les parties laotiennes pour un cessez-le-feu sur place, l'arrêt des bombardements américains, le retrait des forces étrangères dans les quatre-vingt-dix jours, une délimitation nouvelle des zones de contrôle et l'ouverture de négociations pour la reconstitution d'un gouvernement de coalition. Le 14 septembre 1973, un accord de base était signé sur la reconstruction politique, la composition du nouveau gouvernement et du Conseil politique national consultatif (sorte d'Assemblée nationale provisoire). Le 3 avril 1974, après que la neutralisation des deux capitales Luang Prabang et Vientiane eut donné à la gauche les sécurités qu'elle souhaitait, le prince Souphanouvong, leader du Front, revenait triomphalement à Vientiane, où il assumait la présidence du Conseil national politique. Le 5 avril, le « gouvernement provisoire d'union nationale » entrait en fonctions sous la présidence du prince Souvanna Phouma. La paix semblait rétablie.

—  Philippe DEVILLERS

Reconstruction et développement

L'union nationale va rester un vœu pieux. En effet, le Front pousse rapidement son avantage et recourt, si nécessaire, à la contrainte pour asseoir son emprise sur le pays, principalement dans la vallée du Mékong. Après le report des élections générales qui devaient se dérouler en juillet, plus rien ne s'oppose à la prise du pouvoir par le Front. C'est chose faite vingt-deux ans après l'indépendance : le 2 décembre 1975, le Laos abolit sa monarchie – le 29 novembre, le roi Savang Vatthana (1907-1978) a été contraint d'abdiquer à Luang Prabang – et devient la République démocratique populaire lao (R.D.P.L.). Le prince Souphanouvong (1909-1995) est élu chef de l'État et Kaysone Phomvihane (1920-1992), chef du gouvernement révolutionnaire.

La victoire des comités révolutionnaires qui se sont formés dans les villes de la région de Vientiane au printemps de 1975 et du Front patriotique lao (Neo Lao Haksat) est, en réalité, celle du Parti communiste agissant sous le nom de Parti populaire révolutionnaire lao (P.P.R.L.). Elle est effective depuis le 23 août et l'installation de l'administration révolutionnaire dans la capitale. Le succès politico-militaire final des unités du Pathet Lao a été précipité par la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges (17 avril) puis celle de Saïgon (30 avril) par les communistes vietnamiens.

De 1975 à 1979 : collectivisation et exode

La réunification territoriale après des décennies de combats s'accompagne de la fermeture de la frontière thaïlandaise (novembre 1975-juillet 1976), l'arrêt en juin 1975 de l'aide américaine et une collectivisation brutale des terres et des biens visant à remodeler en profondeur la société en éliminant les legs du passé. Tout en héritant d'une situation humaine et économique difficile, les nouveaux dirigeants vont conduire des politiques qui ne font, dans un premier temps, qu'aggraver la situation.

Meurtri par une guerre civile nourrie par les rivalités des grandes puissances et leurs affidés de la sous-région (Thaïlande, Vietnam), le Laos sort du conflit avec un bilan humain effroyable. Les bombardements américains et les combats au sol qui ont opposé les troupes du Pathet Lao et leurs alliés vietnamiens aux partisans du gouvernement royal on forcé près de sept cent cinquante mille personnes à quitter leur lieu de résidence (soit un quart de la population de l'époque), ont causé la mort d'au moins deux cent mille personnes et fait deux fois plus de blessés. Les conséquences des affrontements se font durablement sentir. De multiples sources d'eau et de nombreux terrains s'avèrent inexploitables, pollués par les épandages d'agent « orange », de napalm et de millions d'engins non explosés, en particulier dans la plaine des Jarres et le long du réseau des pistes Hô Chi Minh, utilisé par l'armée vietnamienne pour approvisionner ses troupes au sud du 17e parallèle.

Alors que l'une des premières préoccupations du nouveau régime est d'inciter au retour dans leur région d'origine les personnes déplacées par les combats, les premières années sont marquées par une rigide rhétorique révolutionnaire, un contrôle policier de la société dans le cadre de la lutte contre les ennemis de l'intérieur et la mise à l'écart de tous les collaborateurs de l'ancien régime. Les uns sont envoyés en camps de rééducation (samana, de 10 000 à 15 000 personnes), les autres sont dans l'obligation d'assister à des séances répétées d'éducation politique au cours desquelles ils se doivent de faire publiquement leur autocritique (tamniko san). Quant à ceux qui ont été « pervertis » par l'esprit capitaliste (drogués, prostituées...), ils sont incarcérés. Cette politique de terreur a conduit, de 1974 à 1979, plus de 10 p. 100 de la population à trouver refuge en Thaïlande puis, principalement, en Australie, en France et aux États-Unis. Cette hémorragie démographique fut d'autant plus lourde de conséquences pour le pays qu'elle concerna, en premier lieu et pour l'essentiel, les classes moyennes et supérieures.

Au-delà des mots d'ordre et des déclarations d'autosatisfaction des dirigeants, la République est fragile. Elle se montre incapable de consolider sa cohésion sociale et ethnique et inapte à résoudre ses difficultés économiques. L'État connaît une sérieuse crise et échoue à imposer ses coopératives. La sécheresse de 1976 puis les inondations de 1977-1978 provoquent une disette qu'accentuent les contrôles instaurés sur le commerce des marchandises, les personnes et leurs déplacements hors des centres urbains. La fuite, dès le milieu de l'année 1976, de vingt mille Chinois et quinze mille Vietnamiens, en majorité des commerçants, aggrave encore la situation. Ces problèmes, les difficultés de ravitaillement de la capitale, la hausse des prix aggravent les tensions intérieures et la défiance de la population vis-à-vis des cadres issus des maquis, peu éduqués et majoritairement venus du nord du pays. Les gens de Xam Neua, où le Pathet Lao avait installé sa « capitale » pendant les années de guerre, monopolisent les pouvoirs et suscitent jalousie et mécontentement.

Les résistances s'accumulent. Kaysone Phomvihane échappe à plusieurs tentatives d'assassinat en 1976. Des mouvements de rébellion renaissent, en particulier dans la région de la plaine des Jarres. Les premiers à se révolter sont les Hmong. Ils cherchent appui auprès des hommes du général Vang Pao, le chef de guerre historique hmong ayant combattu au côté de la France puis des États-Unis pendant les guerres d'Indochine, mais qui ont dû trouver refuge en Thaïlande après la fin de la guerre.

Même si la lutte armée multiplie les escarmouches et se répand en 1977-1978, elle ne menace pas l'existence même du régime. Il est vrai que Hanoï ne ménage pas son soutien à Vientiane : pour contrer la guérilla, l'armée vietnamienne apporte un important soutien à son homologue laotienne, au sol comme dans les airs. Plusieurs dizaines de milliers d'hommes de l'armée populaire vietnamienne stationnent au Laos, tandis que les deux États développent tous azimuts leurs relations. Le 18 juillet 1977, ils signent des accords frontaliers mais aussi de coopération culturelle, économique et politique. Un traité d'amitié et de coopération est même adopté pour vingt-cinq ans.

Soutenu par l'Union soviétique, le Laos adhère comme observateur au Conseil d'assistance économique mutuelle (C.A.E.M. ou Comecon) que la République socialiste du Vietnam rejoindra comme membre de plein droit en 1978. Il bénéficiera à ce titre, pendant dix ans, d'une aide estimée à plus de 450 millions de dollars. Mais les liens tissés avec les pays d'Europe centrale et orientale, les « relations spéciales » établies avec le Vietnam isolent rapidement le Laos de deux de ses grands voisins : la Chine et la Thaïlande. Bien que le Laos soit le seul des trois États communistes de l'ex-Indochine française à avoir maintenu des liens diplomatiques, si réduits soient-ils, avec les États-Unis, ses espoirs de neutralité se traduisent, compte tenu de l'éclatement du troisième conflit indochinois en décembre 1978, par un alignement presque sans faille sur la politique étrangère vietnamienne pendant une décennie.

De la construction du socialisme à l'économie socialiste de marché

À partir de l'intervention militaire vietnamienne contre les Khmers rouges (déc. 1978), la République démocratique populaire lao se retrouve non seulement prise dans l'étau de ses alliances idéologiques et politico-militaires mais, bien plus encore, l'otage des rivalités sino-vietnamiennes. À l'intérieur, des cadres du parti et du gouvernement sont arrêtés pour leurs sympathies avec la Chine (en 1978, le vice-ministre du Commerce), d'autres sont envoyés en rééducation à Hanoï pour avoir perpétré des « actes antivietnamiens » (en 1979, les ministres des Télécommunications et de l'Agriculture), voire exécutés (une centaine). Cette politique se traduit par un isolement diplomatique régional, mais aussi international aux Nations unies. Tant que perdure le conflit cambodgien, le Laos est enfermé dans ses solidarités avec les pays du C.A.E.M. et son alliance avec la République socialiste du Vietnam.

À l'heure où le Laos bâtit, sous l'égide de Hanoï, une triple alliance avec le Vietnam et la République populaire du Kampuchéa, installée avec l'aide des bo dois (soldats vietnamiens), il poursuit sa « marche vers le socialisme » sous la conduite du Front lao pour la reconstruction nationale qui a succédé, en janvier 1979, au Neo Lao Haksat mis en place en 1956. Mais, en juillet 1979, la R.D.P.L. modifie brutalement ses principes de politique économique. La collectivisation de l'agriculture est suspendue. En novembre puis en décembre, la politique s'infléchit encore. La septième résolution du plénum du comité central et le discours du secrétaire général du parti, Kaysone Phomvihane, le 26 décembre 1979, rompent avec les principes des premières années de la révolution. Après avoir dévalué la monnaie, des réformes visant à (ré)introduire certains mécanismes de marché dans l'économie sont annoncées. Il s'agit d'améliorer, au plus vite, les conditions de vie de la population en encourageant les investissements et la production privée, en réduisant les taxes et en libéralisant le commerce intérieur. Les premiers résultats ne se font pas attendre, la production de riz s'accroît comme celles de toutes les exportations sources de devises. De 1979 à 1983, on assiste à une croissance significative des surfaces cultivées (33 p. 100) et plus forte encore de la production (66 p. 100). Alors que l'autosuffisance est atteinte, la corruption s'étend, tout comme l'exploitation intensive pour ne pas dire excessive des ressources naturelles (à l'exemple du bois).

Peu à peu, la libéralisation économique s'est instaurée en droit et dans les faits. Pour autant, les congrès du P.P.R.L. qui se succèdent (IIIe congrès : avril 1982 ; IVe : novembre 1986 ; Ve : mars 1991) confirment tous le rôle central du parti unique et sa fonction de leader au sein du Front pour la reconstruction nationale. L'introduction des élections au suffrage universel pour les responsables des districts, municipalités et provinces (novembre 1988) puis des députés de l'Assemblée suprême du peuple (mars 1989) ne bouleverse pas plus cette hégémonie.

Libéralisation économique et intégration régionale

En libéralisant son économie et son commerce, le Laos reprend langue avec ses voisins. Alors que son commerce extérieur s'articule autour de ses relations privilégiées avec le C.A.E.M., le Laos se soucie toutefois de limiter ses déficits avec les États à monnaies convertibles, en plafonnant en 1984 les importations à hauteur des rentrées de devises provenant des exportations vers les pays à économie de marché. L'étain, le gypse, les produits forestiers, le café tirent les exportations. Néanmoins, dès le milieu des années 1980, les exportations d'électricité (barrage de la Nam Ngum) vers la Thaïlande sont devenues un formidable atout et incitent les dirigeants de Bangkok à redéfinir leurs relations avec le Laos. Le 24 septembre 1983, les deux pays adoptent un protocole sur les échanges d'informations en cas de crises et de tensions aux frontières. Les relations bilatérales n'en demeurent cependant pas sans anicroches (avril-octobre 1984). Les escarmouches les plus violentes peuvent même s'avérer particulièrement meurtrières ; sept cents personnes auraient ainsi été tuées de décembre 1987 à février 1988 pour le contrôle de 80 kilomètres carrés aux confins des provinces de Sayaboury (Laos) et Phitsanulok (Thaïlande) ; les soldats laotiens moins nombreux et moins bien armés que leurs adversaires se montrent cependant plus combatifs et efficaces.

Si le Laos et la Thaïlande peinent à établir le tracé de leurs 1 754 kilomètres de frontière commune, notamment aux abords du Mékong, Vientiane a su, dès 1992, trouver un règlement de ses litiges frontaliers avec la Chine populaire. N'étant plus menacée dans son essence, la République démocratique populaire lao peut donc voir sans crainte le retrait des troupes vietnamiennes de la sous-région, achevé en septembre 1989, et se montrer disposée à une redéfinition de ses relations avec la Thaïlande. La politique étrangère du gouvernement de Chatichai Choonhavan (1988-1991) va en être l'occasion. Le Premier ministre thaïlandais, en promouvant une « péninsule dorée » (Suvannaphumi), affirme vouloir pousser les échanges avec ses voisins plutôt que perpétuer une logique de confrontations armées. Le Laos est d'autant plus tenté de répondre à cette approche qu'il sait ne plus pouvoir compter sur l'aide de l'Union soviétique, qui vient de s'effondrer. Or, de 1975 à 1986 (année où l'U.R.S.S. a arrêté son aide directe, suivie par le Vietnam), la dépendance du Laos à l'endroit de l'aide internationale était l'une des plus élevées au monde.

Le rapprochement avec la Thaïlande, bien qu'il s'avère indispensable à la croissance économique du pays, n'est pas sans réveiller craintes et suspicions. L'expansion siamoise aux dépens des principautés laotiennes, du xviie au xixe siècle, ne fut stoppée que par la conquête française de l'Indochine et suscite encore, dans certains cercles thaïlandais, une volonté de reconquête des territoires « perdus » au profit de la France. En outre, à Vientiane, on s'inquiète tout autant de l'hégémonie culturelle et linguistique thaïe que de l'appétit des entrepreneurs thaïlandais, avides des ressources naturelles laotiennes alors que la très grande majorité des investissements étrangers placés dans l'économie locale provient déjà du puissant voisin de l'ouest. Mais, avec la fin de la guerre froide, ce sont toutes les relations inter-étatiques de la péninsule indochinoise que Bangkok entend redéfinir, ainsi que celles de la sous-région avec le reste de l'Asie et, en premier lieu, la Chine et l'Association des nations du Sud-Est asiatique (A.S.E.A.N.). Bangkok a ainsi encouragé la Birmanie, le Cambodge, le Laos et le Vietnam à rejoindre les organisations régionales. La Thaïlande bénéficie à cette fin du soutien de la Banque asiatique de développement et des agences des Nations unies qui promeuvent les coopérations transfrontalières pour améliorer les infrastructures de transport (Greater Mekong Subregion, Asia Highway Network), accroître les échanges économiques à l'intérieur des hautes terres attenantes du Laos (Quadrilatère d'or) et favoriser l'extension des interconnexions fluviales, Ayeyawady-Chao Phraya-Mekong Economic Cooperation Strategy (A.C.M.E.C.S.) ou bien encore la croissance du tourisme (Triangle d'émeraude). Dans cet espace, la coopération autour du Mékong est devenue un enjeu majeur.

La mise en service du pont de l'Amitié qui relie, depuis avril 1994, la ville de Nong Khai (Thaïlande) à la capitale laotienne puis l'installation, en 2005 à Vientiane, du secrétariat de la Commission du Mékong, restaurée en 1995, symbolisent la redéfinition de la place stratégique du Laos en Asie du Sud-Est. Il n'est plus un État-tampon entre les territoires communistes et l'Asie du Sud-Est « libre », rassemblée dans l'A.S.E.A.N. Il (re)devient un espace de circulation, un lien entre la Chine et le golfe du Siam, entre l'Asie méridionale et la mer de Chine, du Gange au Mékong. Cette intégration s'est néanmoins avérée coûteuse lors de la crise asiatique de 1997-1998, et préoccupante à l'heure de la crise sanitaire du SRAS ou de la grippe aviaire.

Une intégration régionale sans démocratisation

En signant le traité d'amitié et de coopération (T.A.C.) de l'A.S.E.A.N. en juillet 1992, puis en devenant un membre de plein droit de l'Association le 23 juillet 1997, le Laos s'est réinscrit dans son espace stratégique et géo-économique. La Thaïlande voit en lui un partenaire pour contrebalancer, au sein de l'A.S.E.A.N., un axe Jakarta-Hanoï, la Chine, un relais de son emprise grandissante sur la sous-région et le Vietnam, une garantie de sa sécurité. Cette démarche, qui repose d'abord sur une logique économique (le Laos a pour objectif de rejoindre l'A.F.T.A., A.S.E.A.N. Free Trade Area, en 2008) pour un pays dont 75 p. 100 de la population, en ce début de xxie siècle, vit avec moins de 2 dollars par jour, ne fait pas obstacle à un maintien des relations étroites avec Hanoï. Le Laos se montre même soucieux de cultiver ses relations étroites avec le Cambodge et le Vietnam. En octobre 1999, Vientiane organise un nouveau sommet des chefs de gouvernement des États « indochinois » où se sont rendus Phan Van Khai (Vietnam) et Hun Sen (Cambodge) ; une réunion renouvelée en 2002 et qui se tient maintenant tous les deux ans : le triangle Cambodge-Laos-Vietnam devient une réalité. Non seulement Vientiane n'a pas rompu ses relations privilégiées avec Hanoï, mais le parti a continué d'entretenir des relations politico-doctrinales étroites avec son homologue vietnamien, les deux formations politiques évoluant véritablement en synergie.

Les congrès du parti (VIe : mars 1996 ; VIIe : mars 2001 ; VIIIe : mars 2006 ; IXe : mars 2011) ou les élections législatives successives (décembre 1997, février 2002, avril 2006, avril 2011) n'ont entraîné ni bouleversements politiques majeurs ni inquiétudes chez le « grand frère » vietnamien. L'adoption de la première Constitution, édictée en août 1991, même si elle ne fait plus mention de la construction du socialisme et reconnaît le principe de la propriété privée, n'a pas ébranlé l'ordonnancement des institutions. Les changements à la tête de l'État depuis le décès, le 21 novembre 1992, du président Kaysone Phomvihane qui dirigeait depuis sa création en 1955 le Parti populaire révolutionnaire se sont déroulés sans heurts ni inflexions politiques significatives : Nouhak Phomsavan (1992-1998), le général Khamtay Siphandone (1998-2006), Choummaly Sayasone (depuis 2006). Il en est de même pour la direction du gouvernement où se sont succédé des cadres aguerris : Khamtay Siphandone (1991-1998), Sisavath Keobounphanh (1998-2001), Boungnang Vorachith (2001-2006), Bouasone Bouphavanh (2006-2010), Thongsing Thammavong (depuis 2010).

Tout en restant très dépendant de l'aide extérieure qui finance 85 p. 100 des dépenses budgétaires d'investissement et permet de moderniser ses principales infrastructures (construction du barrage hydroélectrique de Nam Theun II), le Laos se refuse à tout processus de démocratisation. Cette absence de transformation des institutions politiques a alimenté la renaissance de la rébellion hmong depuis l'an 2000, généré des attentats en 2003 jusque dans la capitale et suscité des vagues de critique régulières dans les pays occidentaux. Des campagnes amplifiées, tour à tour, par les interpellations et condamnations à des peines d'emprisonnement du parlementaire européen Olivier Dupuis (novembre 2001) ou encore de deux journalistes venus enquêter clandestinement au Laos sur la guérilla hmong (juin-juillet 2003). Des polémiques qui mettent à mal l'image d'un pays soucieux d'affirmer sa stabilité pour accueillir un nombre croissant de touristes et d'investisseurs appelés à moderniser une économie encore très largement agricole (40 p. 100 du P.I.B.), déjà malmenée par la croissance des trafics de stupéfiants sur son sol, et qui demeure celle d'un pays parmi les moins avancés.

—  Christian LECHERVY

L'art du Laos

Architecture religieuse

L'art lao est essentiellement religieux. Des œuvres d'art ont été accumulées dans les monastères, les vat. On y a multiplié les constructions, toutes enrichies d'admirables décors architecturaux. On désigne habituellement le sanctuaire sous le nom très imprécis de «  pagode ». C'est le plus souvent une salle rectangulaire ouverte à l'est par un porche et prolongée, parfois, à l'ouest, par un second porche. À l'intérieur, la salle peut être divisée en trois ou en cinq nefs par des rangs de colonnes : au fond s'élève l'autel bouddhique chargé d'innombrables statues du Buddha en maçonnerie, en bois, en bronze ; sur les murs se déroulent parfois des fresques, tandis que le sanctuaire reçoit un mobilier précieux. Dans le Tran-ninh et la région de Luang Prabang, le sanctuaire est couvert d'un immense toit en bâtière aux pentes incurvées ; à ses extrémités, l'arête du toit se relève en cornes faîtières. Ces toits, qui protègent l'édifice comme de larges ailes, découvrent, au-dessus des porches, de grands pignons ornés de frontons sculptés. Dans la région de Vientiane et la principauté de Champassak, les sanctuaires sont plus élevés ; il arrive que, sous le toit en bâtière, un toit inférieur en appentis à quatre pentes couvre un péristyle. Un des meilleurs exemples de ce type est sans doute le Vat Phra Keo de Vientiane, relevé de ses ruines.

Sanctuaire bouddhiste (Laos)

Sanctuaire bouddhiste (Laos)

photographie

Un sanctuaire bouddhiste à Luang Prabang. 

Crédits : Thomas Renaut, Tony Stone Images/ Getty

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Aux abords du sanctuaire s'élèvent des stūpa, les that. Sensiblement différents des stūpa indiens, les that lao présentent une grande variété de formes. Les that hémisphériques sont rares. La forme en cloche posée sur un soubassement rappelle les stūpa de Thaïlande et de Birmanie. La forme la plus typique du Laos comprend, au-dessus d'un soubassement mouluré, un bulbe galbé, appelé parfois « bulbe en carafe ». C'est cette forme qui a été reconstituée au sommet du That Luang de Vientiane.

Les cours des monastères abritent encore de nombreux édicules : salles de réunion, chapelles, bibliothèques. Imitant parfois la forme de tout petits sanctuaires, les chapelles sont le plus souvent de modestes constructions entièrement maçonnées, voûtées d'un berceau brisé ; d'un côté, sous un arc richement décoré, elles s'ouvrent par une porte aux vantaux ciselés. Destinées à abriter les manuscrits, les bibliothèques sont un peu plus vastes que les chapelles. Vientiane possède deux bibliothèques originales : à Vat In Peng, l'édifice, en forme de huche à pain, conserve une partie de son décor stuqué ; à Vat Sisakhet, les toits étagés de l'élégante bibliothèque révèlent une influence birmane.

Le décor et le mobilier

Sur les murs des sanctuaires et des that, les artistes lao ont modelé toute une parure en stuc parfois enrichie de plomb vitrifié : palmettes, rangs de pétales de lotus, animaux affrontés, personnages en prière. Du sanctuaire, actuellement détruit, de Yot Keo, à Vientiane, le décor stuqué a été partiellement préservé, en particulier deux orants aux lignes très belles. Presque tous les sanctuaires de quelque importance présentent, au-dessus de leurs baies en trapèze, un riche décor figurant, en bas relief, des architectures à étages décroissants surmontés d'une flèche, motifs d'une grande élégance qui couronnent harmonieusement les baies.

La blancheur des murs fait ressortir la décoration en bois sculpté et doré, enrichie de paillettes émaillées or, argent, carmin, turquoise. Des frontons décorent les pignons ; sous l'entrait, le fronton se prolonge par un pendentif ouvragé descendant entre deux arcs jumelés. Le décor végétal peut couvrir tout le triangle du fronton en une seule composition autour d'un personnage central ; mais, fréquemment, la surface est divisée en caissons. Orants et figures mythiques animent les volutes de feuillage. Les vantaux des portes comptent parmi les plus beaux de l'Asie du Sud-Est. Aux portes principales des grands monastères, les artistes ont sculpté, sur fond de rinceaux, les gardiens du sanctuaire, gracieuses figures au corps souple, richement parées, auréolées d'un nimbe flamboyant. Lorsque l'influence chinoise se fait sentir, les gardiens sont des guerriers barbus. Les bords du toit sont soutenus par des consoles en bois en forme de nāga ou d'oiseaux mythiques ; on tend aujourd'hui à leur donner plus d'importance ; ainsi, sur les consoles d'un édifice de Vat Xieng Thong à Luang Prabang, se déroulent des scènes du Rāmāyana.

L'intérieur des sanctuaires renferme, dans la pénombre, tout un mobilier en bois chatoyant de dorure et d'émail : chaires à prêcher, pupitres, porte-luminaire, autels-reposoirs, hang-lin, coffres à manuscrits. Les chaires sont de petits pavillons au toit effilé dont les angles redentés sont soutenus par des colonnettes dressées sur un socle élevé. Les reposoirs ont une forme assez analogue, mais leur couverture ne comporte pas de flèche, car son centre est percé d'un orifice pour laisser passer l'eau des ablutions coulant du hang-lin. Le hang-lin est une sorte de gouttière dont une extrémité, sculptée d'un oiseau, forme le réceptacle des eaux parfumées que les fidèles versent pour ondoyer les images saintes ; les eaux s'écoulent le long du canal orné d'écailles, corps d'un makara à la gueule ouverte d'où surgissent les têtes d'un nāga formant déversoirs.

Statuaire et peinture

Des influences khmères se sont exercées sur la statuaire lao à ses débuts. Le Pra Bang, image du Buddha palladium du royaume, vint du Cambodge au xive siècle. L'iconographie bouddhique de Thaïlande et de Birmanie a également marqué le Laos. Cependant la statuaire lao qui, à partir de cette iconographie, a multiplié les images de Buddha, présente une réelle originalité.

Le Buddha lao classique a un visage ovale aux arcades sourcilières fortement incurvées ; l'œil au regard méditatif est souvent incrusté de nacre ou d'argent ; le nez busqué prend, au xviiie siècle, une forme en bec d'aigle ; l'oreille au lobe étiré est extrêmement stylisée. L'uṣṇiṣa (protubérance au sommet de la tête), couvert de boucles comme le crâne, est surmonté d'une flamme ou d'une pointe. Le costume monastique couvre tout le corps ou découvre une épaule selon l'attitude du Bienheureux.

Dans ces représentations, les artistes n'ont pas cherché le naturalisme, mais la figuration des caractères fixés par les textes ; ils n'ont pas craint la stylisation à l'extrême de ce corps si lumineux que le buste et le vêtement inférieur transparaissent sous le manteau monastique. Une école de sculpture s'est attachée à modeler le corps du Buddha idéalisé, long et mince, d'une parfaite harmonie de lignes. Pourtant, sur quelques petites images, l'artiste, se dégageant des canons habituels, a réussi à exprimer une réelle émotion ; on citera seulement un groupe de collection royale représentant deux disciples pleurant sur le corps du Buddha quittant cette vie.

La peinture est sans doute l'art qui a le plus souffert. Il ne reste que peu de fragments anciens sur les façades peintes protégées seulement par des porches. En revanche, sur les murs de Vat Pa Ké à Luang Prabang, une fresque, composée en registres, enrichit le sanctuaire de ses tons doux relevés de quelques taches vives. Ailleurs, des peintures au pochoir sur fond rouge ou noir content des épisodes des existences antérieures ou de la dernière vie du Buddha. Continuant des traditions anciennes ou les renouvelant, des peintures ont été récemment exécutées selon cette technique sur les murs de Vat Xieng Thong à Luang Prabang. Elles témoignent du sens de la vie et du merveilleux de l'art lao, en même temps que de sa fidélité à ses traditions.

—  Madeleine GITEAU

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D. Gentil & P. Boumard dir., Le Laos, doux et amer, C.C.L.-Karthala, Paris, 2005

Y. Goudineau dir., Cultures minoritaires du Laos, U.N.E.S.C.O., Paris, 2003

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J. Halpern, Government, Politics and Social Structure in Laos : a Study in Tradition and Innovation, Yale Univ. Press, New Haven (Conn.), 1964 ; Economy and Society in Laos, ibid.

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C. Lechervy & N. Regaud, Les Guerres d'Indochine, du Xe au XXe siècle, P.U.F., Paris, 1996

C. Payen, Laos, la guerre oubliée, Robert Laffont, Paris, 2007

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※ L'art du Laos

M. Giteau, Art du Laos, Picard, Paris, 1994

H. Marchal, L'Art décoratif au Laos, Paris, 1964

H. Parmentier, L'Art au Laos, E.F.E.O., 2 vol., Paris, 1964.

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S.
  • : membre de l'École française d'Extrême-Orient
  • : ancien directeur de l'École française d'Extrême-Orient, président honoraire de la Ve section de l'École pratique des hautes études (sciences religieuses), président fondateur de la Société des études euro-asiatiques, musée de l'Homme
  • : docteur ès lettres (histoire), historien, professeur (relations internationales)
  • : enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales

Classification


Autres références

«  LAOS  » est également traité dans :

A.S.E.A.N. (Association of South East Asian Nations) ou A.N.S.E.A. (Association des nations du Sud-Est asiatique)

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 225 mots

Organisation internationale fondée en août 1967 par l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande pour remplacer l'Association de l'Asie du Sud-Est (A.S.A.), l'Association des nations du Sud-Est asiatique vise à coordonner l'action de gouvernements hostiles à la remise en cause […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/a-s-e-a-n-association-of-south-east-asian-nations-ou-a-n-s-e-a-association-des-nations-du-sud-est-asiatique/#i_27531

ASIE (Structure et milieu) - Géographie physique

  • Écrit par 
  • Pierre CARRIÈRE, 
  • Jean DELVERT, 
  • Xavier de PLANHOL
  •  • 34 836 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Les formations végétales »  : […] à rhizomes, meurent en saison sèche, formant une sorte de paillasson que le feu dévore. L'unique strate arborée est généralement formée d'arbres peu élevés, à feuilles caduques : en mars, la forêt claire, sur d'immenses étendues du bas Laos, du Cambodge, de l'est de la Thaïlande, jonchée de feuilles rouges, est désolée. Les arbres sont adaptés à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/asie-structure-et-milieu-geographie-physique/#i_27531

BOUN OUM (1911-1980)

  • Écrit par 
  • Philippe DEVILLERS
  •  • 1 090 mots

Issu d'une des deux familles souveraines du Laos, Boun Oum, né le 11 décembre 1911, était le fils du Chao (prince) Nhouy qui, en 1899, avait succédé à son père comme prince et gouverneur du Bassac (ou Champassak). Après des études secondaires au lycée français de Saigon, il entre dans l'administration coloniale où il occupe […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/boun-oum/#i_27531

CALENDRIERS

  • Écrit par 
  • Jean-Paul PARISOT
  •  • 9 874 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Autres calendriers »  : […] tous les cinq ou six ans au mois de chet un jour est ajouté, portant ce mois à 30 jours. Dans le calendrier laotien, les mois sont désignés par un numéro (de 1 à 12 ou 13). Laotiens et Cambodgiens baptisent les années dans un cycle de 60 ans dans lequel ils combinent un cycle de 12 ans et un cycle de 10 ans. Chaque année porte donc deux noms et on […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/calendriers/#i_27531

COMMUNISME - Histoire économique des pays communistes

  • Écrit par 
  • Marie LAVIGNE
  •  • 10 453 mots
  •  • 7 médias

de Tito a adopté un modèle unique d'économie fondée sur la « propriété sociale » et l'autogestion. Cuba, d'une part, le Vietnam puis le Laos, de l'autre, ont cherché à concilier le schéma traditionnel du mécanisme économique centralement planifié et les exigences du développement, dans un contexte de forte dépendance par rapport à l'aide soviétique […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/communisme-histoire-economique-des-pays-communistes/#i_27531

FA NGUM (1316-1374) roi du Lan Xang (1353-1373)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 402 mots

Fondateur du royaume lao de Lan Xang, né en 1316, mort en 1374 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fa-ngum/#i_27531

GENÈVE CONFÉRENCE DE (1954)

  • Écrit par 
  • Georges-Henri SOUTOU
  •  • 443 mots
  •  • 2 médias

La conférence de Genève réunit du 26 avril au 21 juillet 1954 les représentants des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'U.R.S.S., de la France, de la république populaire de Chine (dont ce fut l'entrée sur la scène diplomatique), des deux Corées, du Laos, du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/conference-de-geneve/#i_27531

KAYSONE PHOMVIHANE (1920-1992)

  • Écrit par 
  • Philippe DEVILLERS
  •  • 1 218 mots

Homme politique laotien. Né le 13 décembre 1920 à Savannakhet, d'un père fonctionnaire de l'administration coloniale, Kaysone Phomvihane a fait ses études secondaires et supérieures à Hanoi où, dès 1942, il milite avec les associations clandestines de gauche. En septembre 1945, Hô Chi Minh l'envoie organiser le mouvement d'indépendance à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kaysone-phomvihane/#i_27531

LUANG PRABANG ou LOUANGPHRABANG

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 244 mots
  •  • 1 média

Capitale royale du Laos jusqu'en 1975, Luang Prabang (40 000 hab. environ en 2005) est un port fluvial de la rive gauche du Mékong, situé à 210 kilomètres au nord de la capitale, Vientiane, sur un carrefour de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/luang-prabang-louangphrabang/#i_27531

MÂN

  • Écrit par 
  • Yvan BARBÉ
  •  • 524 mots

Appellation vietnamienne des Yao. L'origine et la répartition des différentes ethnies mân sont fortement controversées. Elles se divisent en six familles, issues des unions incestueuses que contractèrent entre eux les descendants de Panhu, leur ancêtre : les Mân Coc, Mân Tien, Lan Tien, Quan Trang, Quan Coc, Cao Lan […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/man/#i_27531

MÉKONG

  • Écrit par 
  • Christian TAILLARD
  •  • 5 350 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Du « fleuve tumultueux » au « fleuve des neuf dragons » »  : […] le « triangle d'or », entre Thaïlande, Myanmar (Birmanie) et Laos (365 m d'altitude) et devient alors un fleuve tropical de montagne. La vallée ne s'élargit qu'à la traversée de bassins comme ceux de Jinghong au Yunnan ou de Luang Prabang au Laos, qui jalonnent le cours supérieur. Gagnant ensuite […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mekong/#i_27531

PAVIE AUGUSTE (1847-1925)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 356 mots

de Siam, le Cambodge et le Vietnam, devenant très familier de leurs coutumes et de leurs langues. Espérant prendre le contrôle des royaumes lao de la vallée du Mékong, les autorités françaises forcent le Siam à reconnaître Pavie comme vice-consul de Luang Prabang, la capitale royale du Laos, en 1886. Pendant les cinq […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/auguste-pavie/#i_27531

PHOUMI VONGVICHIT (1909-1994)

  • Écrit par 
  • Philippe DEVILLERS
  •  • 1 080 mots

Une des grandes figures qui ont marqué la vie politique laotienne pendant quatre décennies, la lutte pour l'indépendance du pays et l'instauration d'un régime socialiste, Phoumi Vongvichit s'est éteint à Vientiane, le 7 janvier 1994. Il fut, durant toute sa vie active, le second du leader de la gauche laotienne, le prince […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/phoumi-vongvichit/#i_27531

PHOUMSAVANH NOUHAK (1910-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 165 mots

Ancien président du Laos et dirigeant historique du régime communiste. Phoumsavanh Nouhak participe au soulèvement anticolonial du Laos contre la France dans les années 1940 puis devient le représentant du Front patriotique lao, pro-communiste, à la Conférence internationale de Genève en 1954 qui scelle la fin de l'Indochine […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nouhak-phoumsavanh/#i_27531

SOUPHANOUVONG (1909-1995)

  • Écrit par 
  • Yvan BARBÉ
  •  • 573 mots
  •  • 1 média

Leader presque aussi populaire dans la péninsule indochinoise que le fut Hô Chi Minh, Souphanouvong, le « prince rouge », a étudié au lycée Louis-le-Grand et à l'École des ponts et chaussées de Paris, dont il sort diplômé en 1937 ; revenu au Laos en 1938, il s'y marie avec une Vietnamienne, allant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/souphanouvong/#i_27531

SOUVANNA PHOUMA (1901-1984)

  • Écrit par 
  • Philippe DEVILLERS
  •  • 1 132 mots

Né le 7 octobre 1901, le prince Souvanna Phouma est le fils du prince Boun Khong (« second roi », ou Maha Oupahat, de Luang Prabang) et de la princesse Thongsy, de la famille royale régnante. Après des études supérieures en France, il revient en 1931 au Laos et travaille à la direction des Travaux publics […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/souvanna-phouma/#i_27531

THAÏ

  • Écrit par 
  • Guy MORÉCHAND, 
  • Solange THIERRY
  •  • 3 893 mots
  •  • 2 médias

Deux de ces populations ont constitué les États de Thaïlande et du Laos. La Chine populaire a accordé l'autonomie à la région du Houang-si (Guangxi), de majorité Zhuang. Les autres sont de plus petites unités de montagnards, disséminées dans les hautes régions de Chine méridionale, du nord du Vietnam […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/thai/#i_27531

THAÏLANDE

  • Écrit par 
  • Jean BOISSELIER, 
  • Achille DAUPHIN-MEUNIER, 
  • Christian LECHERVY, 
  • Christian TAILLARD, 
  • Solange THIERRY
  • , Universalis
  •  • 24 712 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « La dictature militaire (1957-1973) »  : […] vers la fin des années 1950, quand le Pathet Lao a recruté des Méos pour lutter contre l'Armée royale laotienne dans la province de Xieng Khouang, c'est à partir de 1965 que le Parti communiste de Thaïlande (P.C.T.), en dépit de ses faiblesses, est lancé par ses parrains chinois et vietnamiens dans la guerre. Sa propagande se nourrit de l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/thailande/#i_27531

VIENTIANE

  • Écrit par 
  • Christian TAILLARD
  •  • 711 mots
  •  • 1 média

La capitale du Laos, Vientiane, comptait 373 000 habitants au recensement de 2005. Cette population urbanisée ne doit pas être confondue avec les 700 000 habitants de la préfecture de Vientiane, renommée Vientiane Capitale, qui comprend des districts périurbains et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/vientiane/#i_27531

Voir aussi

Pour citer l’article

Christian TAILLARD, Madeleine GITEAU, Paul LÉVY, Philippe DEVILLERS, Christian LECHERVY, « LAOS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/laos/