AÏT AHMED HOCINE (1926-2015)

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Chef « historique » du Front de libération nationale (F.L.N.), qui décide d’une insurrection contre la France en novembre 1954, Hocine Aït Ahmed incarnera, après l’indépendance de l’Algérie, la figure de l’opposant irréductible aux différents pouvoirs en place.

Né le 20 août 1926 à Aïn el-Hammam (ex-Michelet) en Grande Kabylie, Hocine Aït Ahmed appartient à une grande famille de marabouts (saints musulmans qui font l’objet d’un culte local) déclassés par la colonisation française. Titulaire de la première partie du baccalauréat, il mène de front d’excellentes études et une activité politique précoce. Il adhère au Parti du peuple algérien (P.P.A., parti indépendantiste fondé en 1937 par Messali Hadj) alors qu’il est encore très jeune lycéen, en 1943, à Tizi Ouzou. Le credo républicain, porteur de liberté et de progrès, dont il a été imprégné pendant sa scolarité laisse en lui une impression durable.

Après les événements sanglants de Sétif en mai-juin 1945, il se montre très actif en Kabylie, gravit rapidement les échelons des responsabilités politiques et ses premiers écrits sont très remarqués. Il rédige un rapport en 1948 pour la réunion du comité central de la principale formation nationaliste, le P.P.A.-M.T.L.D. (fondé également par Messali Hadj en 1946, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratique réclame, comme le P.P.A., l’indépendance de l’Algérie) où il insiste sur « l’importance de la lutte armée liée au facteur politique ». Il est coopté au bureau politique, chargé de l’« Organisation spéciale » (O.S.) clandestine, qui préparera une insurrection armée. Mais, l’année suivante, le climat se dégrade dans l’organisation. Hocine Aït Ahmed est accusé de « séparatisme » berbère et destitué en 1949 de son poste de dirigeant de l’O.S. au profit d’Ahmed Ben Bella.

Recherché par la police française, il gagne Le Caire en 1951. Au moment de la scission du P.P.A.-M.T.L.D. entre partisans et adversaires de Messali Hadj en 1954, il se prononce pour l’action armée et participe à la création du Front de libération nationale (F.L.N.), proclamé comme organisation le 1er novembre 1954. Membre de la délégation extérieure du Front, il assiste à la première conférence afro-asiatique de Bandung en avril 1955, puis séjourne à New York en vue de la préparation des débats à l’O.N.U.

Depuis le congrès du F.L.N. tenu en août 1956 dans la vallée de la Soummam en Kabylie, il est membre du Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A.). Deux mois plus tard, alors que les responsables du F.L.N. sont recherchés activement par la police française, l’avion qui les transporte de Rabat vers Tunis est « piraté » en plein ciel par l’armée française (une première du genre). Le grand public découvre alors le visage d’Hocine Aït Ahmed sur une photo qui fait la une de la presse internationale le 23 octobre 1956. On y voit cinq hommes (Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf et Hocine Aït Ahmed), ces invisibles chefs de la « rébellion algérienne », comme on disait à l’époque, enchaînés les uns aux autres. Aït Ahmed restera emprisonné pendant toute la durée de la guerre d’Algérie et sera libéré après le cessez-le-feu de mars 1962. À la veille de l’indépendance algérienne, il dénonce les luttes intestines qui déchirent le F.L.N. et s’oppose au groupe animé par Ben Bella, Ferhat Abbas et l’état-major dirigé par Houari Boumediene.

Après l’indépendance, il anime depuis la Kabylie une vive opposition au régime du F.L.N. qui tourne en 1963 à l’insurrection contre le président Ahmed Ben Bella, notamment par la création, le 29 septembre 1963, du Front des forces socialistes (F.F.S.). Arrêté en octobre 1964, il est condamné à mort, puis maintenu en prison après le coup d’État de Houari Boumediene en juin 1965. Il s’évade de la prison d’El-Harrach en 1966, et s’exile en Europe. Hocine Aït Ahmed va désormais se situer résolument dans l’opposition. Très affecté par l’assassinat à Paris de son ami et bras droit au sein du F.F.S Ali Mecili en 1987, vraisemblablement sur ordre de l’État algérien, il poursuit son combat pour un « socialisme démocratique ».

Il rentre en décembre 1989 en Algérie et il fait adopter par son parti le slogan « Ni État policier, ni république intégriste ». En janvier 1992, il se prononce contre l’interruption du pro [...]

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Benjamin STORA, « AÏT AHMED HOCINE - (1926-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hocine-ait-ahmed/