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FRESQUE

Thèmes et rôles des fresques

Sous leur forme purement ornementale, les peintures murales ont servi à imiter des revêtements de marbre (comme dans le premier et le second style pompéien) aussi bien que des étoffes et des mosaïques. Dans l'Antiquité, les ornements qu'on peignait sur les murs alternaient souvent avec des scènes à personnages, des vues d'architecture ou des paysages en trompe l'œil dont le but avoué était d'élargir l'espace de la pièce où elles se trouvaient. Cette pratique se retrouve plus de mille ans plus tard à la fin de la Renaissance et à la période baroque en Italie (cf. les peintures de Véronèse à la villa Maser et le plafond de l'église San Ignazio à Rome par le frère Andrea Pozzo).

Femmes assises, peinture murale, Pompéi - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Femmes assises, peinture murale, Pompéi

Décor architectural, Boscoreale - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Décor architectural, Boscoreale

Moldavita (Roumanie) - crédits : Gavriel Jecan/ Getty Images

Moldavita (Roumanie)

En dehors de leur emploi comme ornement, dans les demeures privées aussi bien que dans les édifices religieux, les peintures murales ont rempli une fonction didactique – non pas seulement comme substitut de la parole, mais aussi pour donner à des idées un caractère tangible, imposant et dramatique. Dans l'architecture chrétienne, il existait en gros deux formules picturales pour atteindre ce but. À Byzance, les schémas de composition, plus hiératiques que discursifs, vont dans un sens vertical, rayonnant du sommet vers le bas, suivant un plan central en croix grecque. Dans l'Occident latin, la basilique, avec ses grandes lignes horizontales, s'est avérée le lieu par excellence pour traiter des cycles narratifs à l'échelle monumentale. Dans ce dernier cas, l'organisation des scènes soulignait les véritables divisions de la structure de l'édifice. Dans le reste de l'Europe médiévale (France, Espagne, Angleterre, Allemagne et Autriche) les peintures murales ont été, pour autant qu'on puisse en juger d'après les vestiges, des reflets ou des variantes provinciales de la tradition latine ou de la tradition byzantine, ou même des deux. Le Pantocrator de Byzance, par exemple, a été le thème presque universellement adopté pour les peintures de l'abside et du chœur, de Constantinople à la Catalogne et de la Sicile aux îles Britanniques. Ces thèmes picturaux furent diffusés par les pèlerins et les croisés, les ordres monastiques et les manuscrits enluminés. En dehors de l'Italie, à quelques exceptions près, la composition des peintures murales a un caractère moins architectonique ; souvent, les scènes se déroulent sur des bandes ou des frises en ruban qui sont rarement articulées selon les divisions architectoniques.

Il ne reste que peu d'ensembles peints du début du Moyen Âge. Les plus beaux exemples italiens sont donnés par les peintures de Sant'Angelo in Formis, qui datent du xie siècle. On y trouve, pour l'essentiel, le programme des basiliques paléo-chrétiennes, avec des ornements italo-byzantins. Mais par le style de son décor, cette église ressemble à quelques-unes des miniatures de manuscrits provenant de l'abbaye bénédictine de Monte Cassino, toute proche ; et il est probable que des peintres de cette école ont réalisé les peintures murales de Sant'Angelo. Un autre exemple bénédictin nous est donné par les deux couches superposées de cycles narratifs peints dans l'église Saint-Jean à Mustair (Grisons, Suisse), et qui datent respectivement de l'époque carolingienne et des xiie et xiiie siècles. Une fois de plus, ces peintures reproduisent un prototype de la métropole latine. Cependant, les peintures du xie siècle de l'église bénédictine de Lambach, en Autriche, s'inspirent de modèles byzantins. Parmi les ensembles romans espagnols les plus importants se trouvent les peintures provenant de San Clemente et Santa Maria à Tahull, exécutées vers 1123 (elles ont été détachées et sont maintenant exposées au Museo de Arte de Cataluña à Barcelone). Elles montrent, mêlées à des éléments caractéristiques[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Fresques de Pompéi - crédits :  Bridgeman Images

Fresques de Pompéi

<it>La Flagellée et la bacchante</it> - crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

La Flagellée et la bacchante

<it>La Vierge, saint François et les anges</it>, Cimabue - crédits : Universal History Archive/ Getty Images

La Vierge, saint François et les anges, Cimabue

Autres références

  • AFGHANISTAN

    • Écrit par Daniel BALLAND, Gilles DORRONSORO, Universalis, Mir Mohammad Sediq FARHANG, Pierre GENTELLE, Sayed Qassem RESHTIA, Olivier ROY, Francine TISSOT
    • 37 316 mots
    • 19 médias
    ... s. apr. J.-C. ?). À Dilbarjin (I. T. Kruglikova, 1971, 1974, 1977...), la ville contenait de véritables ensembles religieux et laïques, couverts de fresques ; des divinités indiennes et locales sont reconnaissables à leurs attributs (Śiva et Parvati, la Grande Déesse de Bactriane) ; sur certaines frises...
  • AJAṆṬĀ

    • Écrit par Rita RÉGNIER
    • 2 260 mots
    • 1 média
    Dans les cavernes nos 1, 2, 16 et 17 se voient les fresques classiques les plus importantes ; il s'en trouve également, surajoutées, dans les sanctuaires nos 9 et 10. On admet généralement aujourd'hui que les surfaces murales étaient enduites et prêtes à recevoir leur revêtement pictural alors...
  • ANDREA DEL CASTAGNO (1390 ou 1406 ou 1421-1457)

    • Écrit par Philippe LEVANTAL
    • 741 mots
    • 3 médias

    Au début du Quattrocento, divers peintres florentins élaborent un style qui brise avec ce que le Trecento, dominé par Giotto, comportait encore d'empreinte gothique. La conquête, par Masaccio, d'un espace cohérent ouvre la voie à Uccello, à Andrea del Castagno, qui, de manière fort...

  • ANGELICO FRA (1400 env.-1455)

    • Écrit par Georges DIDI-HUBERMAN
    • 4 179 mots
    • 4 médias
    ...salle capitulaire, corridors, cellules de la clausura – Fra Angelico réalisera, avec l'aide de ses disciples, l'un des plus beaux cycles de fresques de toute l'histoire de l'art : cycle que l'on pourrait nommer un cycle de l'incarnation, où l'allégorie théologique dépasse toute pédagogie,...
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Voir aussi