POLICIER FILM

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Un genre multiple

En 1980, Bob Raphelson réalise Le facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice). Cette quatrième adaptation du polar éponyme de James M. Cain se distingue des précédentes par la mise en images de la passion charnelle des amants meurtriers ainsi que par l'absence de tout jugement moral sur leurs actions. Dans les années qui suivent, les spectateurs découvrent Witness de Peter Weir (1984), film dans lequel la communauté anabaptiste des Amish est confrontée à la corruption et à la violence, Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud (1986), film policier historique à énigme adapté du roman d'Umberto Eco, dont l'intrigue se déroule dans une abbaye de bénédictins, Frantic (1987), véritable ode au suspense de Roman Polanski, et La Main droite du diable (Betrayed, 1988) de Costa-Gavras, un film policier fortement politisé.

C'est à cette époque que commencent à fleurir toute une série de films formatés par Hollywood, dans lesquels un être inquiétant vient perturber l'ordre et la quiétude d'un univers familier et familial présenté comme idéal : les plus connus sont sans doute Liaison fatale (Fatale Attraction, 1987) d'Adrian Lyne, J.F. partagerait appartement (Single White Female,1992) et La Main sur le berceau (The Hand that Rocks the Craddle, 1992), respectivement de Barbet Schroeder et de Curtis Hanson, qui sont également les auteurs d'œuvres plus subtiles, comme Le Mystère von Bülow (Reversal of Fortune, 1990) et L.A. Confidential (1997), d'après le roman de James Ellroy. Parallèlement, la drôlerie, déjà préconisée chez le maître du genre, Hitchcock, l'emporte dans certains films, comme Dangereuse sous tous rapports (Something Wild, 1986) et Veuve mais pas trop (Married to the Mob, 1988), du réalisateur Jonathan Demme, celui-là même qui tourne en 1990 Le Silence des agneaux (The Silence of Lambs), virtuose face à face psychologique, œuvre couverte d'oscars deux ans plus tard. La suite, Hannibal (2000), sera signée Ridley Scott.

Dans l'univers ultraviolent de Reservoir Dogs (1992), Pulp Fiction (1994,) Jackie Brown (1998) et Kill Bill (2003 et 2004), Quentin Tarantino emprunte à la fabrication des clips, se réfère aux séries télévisées, à la bande dessinée, au cinéma asisatique et pastiche à tout va. À l'intrigue policière, David Lynch ajoute une forte touche d'onirisme, dans Blue Velvet (1986, Grand Prix à Avoriaz en 1987), Sailor et Lula (Palme d'or à Cannes en 1990), Lost Highway (1997) et Mulholland Drive (2001).

Après Les Affranchis (Goodfellas, 1989), Martin Scorsese filme, toujours en compagnie de son acteur de prédilection, Robert De Niro, l'univers frelaté d'un Casino (1995), tandis que Stephen Frears joue avec les règles du genre dans Les Arnaqueurs (The Grifters, 1990), et que De Palma poursuit, entre références incessantes à l'œuvre d'Hitchcock (Body double, en 1984, est saturé de variations cinématographiques) et virtuosité technique (il ouvre en 1998 son film Snake Eyes par un plan-séquence d'une longueur exceptionnelle), une œuvre très personnelle. Quant à Bryan Singer, il s'en tient dans Usual Suspects (1994) à une typologie des personnages, et complique le scénario pour mieux perdre le spectateur en route. Ce jeu sur grand écran a obtenu l'oscar du meilleur scénario original. En 1995, avec Fargo, Joel Coen fait d'une shérif enceinte son héroïne et campe un polar sous la neige où le rire tient plutôt du ricanement Une dimension volontiers parodique que l'on retrouve dans The Big Lebowski (1997) ou dans The Man who wasn't here (2007). La même année, David Fincher, dans Seven (1995), met en scène avec une stylisation extrême un tueur qui revisite les sept péchés capitaux et un couple de policiers effarés devant l'horreur de ses tableaux successifs. Avec plus de subtilité, Zodiac (2007) renoue par la suite avec cette thématique du psycho killer.

Dans la veine du Boucher et de Que la bête meure, Claude Chabrol semble toujours s'amuser à portraiturer une certaine bourgeoisie, qu'il s'agisse de La Cérémonie (1995), ou de Merci pour le chocolat (2000). Mathieu Kassovitz tourne Les Rivières pourpres (2000), un film policier « d'action » tiré d'un best-seller de Jean-Christophe Grangé, alors que la même année, avec Scènes de crimes, Frédéric Schoendoerffer s'attache davantage au quotidien des policiers ainsi qu'aux nouvelles méthodes scientifiques mises en œuvre dans l'exercice de leur métier.

En Asie, le film policier connaît un formidable développement, notamment grâce à John Woo, qui, passant des films d'arts martiaux aux films noirs inspirés de la tradition américaine, connaît en 1989 un succès mondial avec The Killer, et se fait une place dans le cinéma américain d'aujourd'hui avec Volte Face (Face Off, 1997), et à Takeshi Kitano, qui, après Violent Cop (1989) à la violence très stylisée, tourne Sonatine (1993), film de yakusa inhabituel qui le fait connaître en dehors du Japon, ainsi qu'Hana-Bi (1997), un drame psychologique.

Le film policier est aujourd'hui très diversifié ; à côté de Traffic (2001) de Steven Soderbergh, ayant pour sujet le trafic de drogue, un film comme Huit femmes (2001) de François Ozon fait jouer le spectateur au Cluedo, dans la grande tradition du roman à énigme, le divertit en lui adressant moult clins d'œil cinéphiles (à commencer par la référence au Women de Cukor), tant en ce qui concerne les films précédents des actrices de la distribution, que leurs costumes, leurs coiffures et leurs gestes, et mélange les genres quand le film tourne à la comédie musicale.

On le voit, le genre est plus que vivant. En témoignent encore ces incontestables réussites que sont A History of violence (2005) et Les Promesses de l'ombre (2007), de David Cronenberg, ainsi que Little Odessa (1994) et La nuit nous appartient (2007), de James Gray.

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Rashomon, A. Kurosawa

Rashomon, A. Kurosawa
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Alfred Hitchcock

Alfred Hitchcock
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Le Carrefour de la mort, H. Hathaway

Le Carrefour de la mort, H. Hathaway
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Laura, d'Otto Preminger, 1944, affiche

Laura, d'Otto Preminger, 1944, affiche
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  • : professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean TULARD, « POLICIER FILM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/film-policier/