BANDE DESSINÉE

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Toute bande dessinée est fondée sur une juxtaposition d'images, organisée en séquences narratives. Chaque image – dite « vignette » – se trouve généralement à l'intérieur d'un cadre rectangulaire, la « case ». Un alignement de cases forme un « registre » ou « strip ». Une superposition de registres occupant toute une page d'une revue ou d'un album constitue une « planche ».

La bande dessinée, dont le Suisse Rodolphe Töpffer a l'intuition dès les années 1830, naît, en tant qu'activité professionnelle reconnue, à la fin du xixe siècle aux États-Unis ; la présence de ballons (dialogues écrits dans des bulles ou phylactères) s'y généralise à partir du Yellow Kid d'Outcault (1896). Durant la première moitié du xxe siècle, la bande dessinée américaine domine, tant en quantité qu'en qualité, la production mondiale ; ses premiers chefs-d'œuvre sont Little Nemo de McCay (1905) et Krazy Kat de Herriman (1913). La naissance de Superman en 1938 ouvre la voie aux « super-héros ». Malgré quelques réussites exceptionnelles, comme Peanuts de Schulz (1950) ou Maus de Spiegelman (1986), la seconde partie du xxe siècle voit un recul des États-Unis, et l'émergence de bandes dessinées marquantes au Japon (les mangas d'Osamu Tezuka), en Belgique (Tintin par Hergé, Spirou par Franquin, Blake et Mortimer par E.P. Jacobs), en Italie (Corto Maltese par Hugo Pratt) et en France (Astérix par Uderzo et Goscinny, récits de politique-fiction par Bilal).

Dans les années 1980 s’affirme le « roman graphique », plus libre dans la forme, et qui aborde les sujets les plus divers. Au début du xxie siècle naît la bande dessinée numérique, qui s’impose en Corée du Sud. La bande dessinée, à l'image de la société, est désormais divisée en courants multiples et contradictoires. Elle est autant diversifiée que peut l'être la littérature ou le cinéma : il n'existe plus aujourd'hui une bande dessinée, mais des bandes dessinées.

Histoire de la bande dessinée des origines à 1970

Définitions et statut de la bande dessinée

Si tous les théoriciens s'accordent à penser qu'il n'y a pas bande dessinée sans une succession d'images interdépendantes, le texte qui accompagne les dessins, bien qu'il ne constitue pas un élément indispensable (puisqu'il existe des histoires muettes), est source de débats qui touchent à la définition du genre. Dans l'acception la plus large, il y a bande dessinée si à chaque image correspond un texte précis, même imprimé en dehors des cases. Pour les tenants d'une définition plus restrictive, le texte doit non seulement figurer à l'intérieur des cases, mais encore se présenter essentiellement sous forme de dialogues écrits dans des phylactères (appelés plus communément « ballons » ou « bulles »), c'est-à-dire des panneaux ou nuages semblant s'échapper de la bouche des personnages. Selon la définition adoptée, La Famille Fenouillard ou Bécassine, par exemple, sera donc assimilée à une bande dessinée ou définie comme une « histoire en images ».

Sous l'influence de la production américaine, adepte dès la fin du xixe siècle, de textes placés uniquement dans des ballons, la bande dessinée au sens strict s'est progressivement imposée dans le monde au cours des années 1930, non sans susciter de nombreuses critiques dans des pays à forte tradition littéraire comme la Grande-Bretagne ou la France : l'emploi généralisé de la bulle éloignait définitivement la bande dessinée du genre romanesque, puisqu'elle réduisait le texte à des dialogues (rapprochant ainsi la bande dessinée du théâtre ou du cinéma parlant).

Même si le combat pour sa reconnaissance culturelle semble aujourd’hui gagné, le statut de la bande dessinée reste ambigu. Bien que désigné parfois sous l'appellation de « neuvième art », ce mode d'expression reste méconnu (il n'est souvent considéré que comme une pure distraction) et mal compris : sa nature hybride (images et texte) rend difficile sa perception comme forme d'expression indépendante, qui ne peut être jugée qu'en elle-même, et non par rapport à des œuvres uniquement littéraires ou picturales : la bande dessinée n'est ni une sous-littérature ni une sous-peinture, mais un art autonome reposant sur une double articulation, l'une synchronique (la relation, à l'intérieur d'une case, entre l'image et le texte), l'autre diachronique (la relation que chaque case entretient avec toutes les autres, et en particulier avec celle qui la précède et celle qui la suit). La bande dessinée, art de l'ellipse (le lecteur contribue à la continuité du récit en reliant mentalement des cases, dont chacune n'est qu'un instantané, figé dans le temps), a donc ses propres critères, ce qui rend vaine sa comparaison – néanmoins fréquente, et forcément défavorable – avec la littérature ou les arts graphiques.

Les origines de la bande dessinée

L'idée de recourir simultanément à un texte et à des dessins pour raconter une histoire est aussi ancienne que l'écriture elle-même, comme en témoignent de nombreux papyrus et peintures de l'Égypte antique. Les Romains n'ignorent pas le récit en images (décor sculpté de la colonne Trajane, vers 110 après J.-C.), devenu banal au Moyen Âge qui donne un exemple de longue figuration narrative avec la « tapisserie de Bayeux » (vers 1077) et invente le phylactère au xive siècle. Au xviiie siècle, le peintre britannique William Hogarth (1697-1764) conçoit des récits constitués de suites de gravures légendées (La Carrière du roué, 1735).

Comme toute forme d'art, le récit en séquence d'images n'est donc pas né brusquement, il a évolué au cours du temps. Cependant, tout en s'inscrivant dans cette tradition millénaire, ce mode d'expression tel qu’il s’est développé au xxe siècle – c'est-à-dire une œuvre reproduite à plusieurs exemplaires sur un support papier en vue d'être diffusée – est né en deux temps au xixe siècle, ces deux étapes correspondant aux deux conceptions du genre, selon que l'on fait ou non de la présence du phylactère un critère déterminant.

De Töpffer à Outcault, ou d'une naissance à l'autre (1833-1896)

Le « père fondateur » de la bande dessinée sans phylactères est le Suisse francophone Rodolphe Töpffer (1799-1846). Dès 1827, il compose, sans les commercialiser, des « histoires en estampes », admirées par Goethe. En mars 1833, Töpffer publie Histoire de Monsieur Jabot, qui sera suivi de six autres albums. Il est aussi le premier théoricien de ce mode d'expression, dont il définit en 1837 la spécificité : « Les dessins, sans le texte, n'auraient qu'une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. » Il a, en France et ailleurs, de nombreux é [...]

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Bécassine en apprentissage

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Winsor McCay, Little Nemo

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Pour citer l’article

Dominique PETITFAUX, « BANDE DESSINÉE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bande-dessinee/