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ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE

Le thème de l'équilibre est très présent en théorie économique, du moins à partir de la fin du xixe siècle. Au départ, il était associé à une certaine idée d'harmonie, de compatibilité entre les décisions prises par les acteurs économiques, en interaction les uns avec les autres. Ainsi, Léon Walras (1834-1910), considéré comme l'un des fondateurs de la théorie économique moderne, aime établir, dans ce qu'il appelle l'« économie pure », un rapport entre ses analyses et celles de la « mécanique rationnelle » – où la notion d'équilibre joue un rôle central, les « forces » en jeu étant celles de l'offre et de la demande. Vilfredo Pareto (1848-1923), autre théoricien de renom, a apporté une dimension normative à l'équilibre de Walras, en montrant qu'il est, d'une certaine façon, optimal, au sens où, à partir de cette situation, on ne peut augmenter la satisfaction de quelqu'un sans diminuer celle de quelqu'un d'autre, au moins.

John Maynard Keynes (1883-1946) a remis en cause cette vision optimiste de l'équilibre, en envisageant des situations, également d'équilibre, qui sont peu satisfaisantes – par exemple parce qu'elles comportent un chômage élevé (équilibre de sous-emploi). Pour cela, plutôt que d'évoquer des « forces » qui agissent dans le sens du bien pour tous, il met l'accent sur la psychologie des individus, sur leurs croyances, qui peuvent conduire à des situations aberrantes ou non voulues, et qui se perpétuent.

Les théories actuelles comportent une multitude de types d'équilibre, qui dépendent des hypothèses faites – notamment lors de la construction des modèles qui traduisent formellement (en équations) ces théories. Plutôt que de décrire chacun d'entre eux, ce qui serait impossible, mieux vaut revenir sur la notion même d'équilibre, en général, et voir le sens que lui donnent les économistes, selon le type de modèle envisagé.

Si on se réfère au Vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André Lalande, on dit, en mécanique, qu'un « système est en équilibre sous l'action de forces déterminées lorsqu'il est susceptible de rester indéfiniment en repos sous l'action de ces forces » ou, en physique, « s'il peut rester indéfiniment dans cet état en présence de ces actions ». La notion d'équilibre est donc étroitement associée à l'idée d'état permanent, qui ne se modifie pas tant que l'environnement dans lequel il se trouve demeure lui-même inchangé. En économie, c'est presque toujours en ce sens qu'on utilise ce mot, avec en arrière-plan la métaphore des forces : un équilibre est une situation où les « forces » agissant sur le système « se compensent » – et donc, où « rien ne bouge ».

Pourquoi accorder de l'importance aux équilibres ?

Les équilibres jouent un rôle central dans toutes les théories économiques, et cela pour une raison fort simple : les situations hors équilibre étant, par définition, fugaces, il est difficile, sinon impossible, de les caractériser. En outre, la nature passagère de telles situations limite l'intérêt de leur étude : pourquoi s'acharner à étudier des états dont on sait qu'ils vont rapidement disparaître ? Il est vrai, cependant, que le monde dans lequel nous vivons est en perpétuel mouvement – quel qu'en soit l'aspect envisagé – et ne comporte pas à proprement parler d'équilibres, au sens strict. Ceux-ci ne sont donc définis que dans le cadre d'une théorie, par essence simplificatrice : c'est parce qu'un certain nombre de phénomènes sont négligés qu'on peut envisager des situations ayant une certaine permanence – le rôle du théoricien étant de choisir entre ce qu'il considère comme important et ce qu'il néglige.[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Équilibre partiel : représentation de l'équilibre

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Équilibre partiel (déplacement de l'équilibre)

Équilibre partiel (déplacement de l'équilibre)

Équilibre de Nash et multiplicité d'équilibres

Équilibre de Nash et multiplicité d'équilibres

Autres références

  • ALLAIS MAURICE (1911-2010)

    • Écrit par Universalis, Françoise PICHON-MAMÈRE
    • 1 317 mots

    C'est un économiste français aussi brillant que peu consensuel qui s'est éteint le 9 octobre 2010 à Paris. Participant en 1947 à la première réunion de la très libérale Société du Mont-Pèlerin, partisan de l'Algérie française qui dénonçait le « génocide » commis à l'encontre...

  • ARROW KENNETH JOSEPH (1921-2017)

    • Écrit par Jean-Marc DANIEL
    • 1 242 mots
    ...truchement de son livre Value and Capital, qui paraît en 1939. Arrow tombe par hasard sur cet ouvrage et y découvre son nouveau sujet de réflexion : existe-t-il bel et bien un équilibre économique général et non pas seulement, comme le pensait Marshall, une série d'équilibres sur des marchés particuliers...
  • AUTRICHIENNE ÉCOLE, économie

    • Écrit par Pierre GARROUSTE
    • 1 607 mots
    Pour les tenants de la tradition économique autrichienne, le marché doit être analysé comme un processus et non comme un résultat. « À l'équilibre, il n'y a pas d'échanges », écrit Menger. Ses disciples vont insister sur cet aspect central. L'idée qui fonde cette conception est liée à la fois au...
  • BOULDING KENNETH EWART (1910-1993)

    • Écrit par Guy CAIRE
    • 263 mots

    Né à Liverpool (Grande-Bretagne), étudiant à Oxford puis à Chicago, Kenneth E. Boulding sera assistant à l'université d'Édimbourg de 1934 à 1937, puis à Colgate (États-Unis) de 1937 à 1941. Professeur d'économie à Mcgill University (1946) puis à l'université de Michigan (1949-1968), il devient cette...

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