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ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE

L'équilibre « de concurrence parfaite »

Un équilibre de concurrence parfaite est donc un ensemble de prix, un par bien, tel que, à ces prix, il y a égalité entre l'offre et la demande (globales) de chaque bien, les offres et les demandes émanant d'individus (ménages, entreprises) qui adoptent un comportement de « preneurs de prix » (au sens défini ci-dessus). La concurrence est « parfaite », dans le sens où tout le monde possède la même information sur « le monde extérieur » (les prix affichés par l'instance centrale) ; mais peut-on dire qu'il y a « concurrence » lorsque personne ne cherche à savoir ce que fait, ou va faire, son voisin – et se contente de « prendre » passivement les prix proposés ? Rien n'est moins sûr. Une chose est toutefois certaine : le modèle de concurrence parfaite suppose une forme d'organisation très particulière, très centralisée, des relations économiques, et a donc un rapport très lointain avec l'idée que l'on se fait habituellement de la concurrence. Pourquoi alors s'intéresser à ce modèle, et à ses équilibres, qui servent en fait de référence dans la plupart des discours théoriques en économie ? On peut avancer deux raisons à cela : d'une part, la relative simplicité du modèle de concurrence parfaite, simplicité qui découle du fait que les offres et les demandes ne dépendent que des prix ; d'autre part, les équilibres de concurrence parfaite ont une propriété intéressante d'un point de vue normatif : ce sont des optimums, au sens de Pareto (Manuel d'économie politique, 1906). Ce qui signifie que, lorsque les offres et les demandes (aux prix d'équilibre) sont satisfaites – les échanges ayant été effectués, par l'intermédiaire du commissaire-priseur –, il ne subsiste plus d'occasion de faire des échanges mutuellement avantageux (on ne peut améliorer la situation d'un individu sans détériorer celle d'au moins un autre). Cette propriété d'optimalité découle de la forme même du modèle : en centralisant les offres et les demandes à des prix donnés, puis en faisant varier ceux-ci, le commissaire-priseur explore en fait toutes les situations où il y a des échanges mutuellement avantageux – il s'arrête lorsque celles-ci sont épuisées, c'est-à-dire lorsqu'il trouve les prix d'équilibre. Pour qu'il y ait optimalité, il faut toutefois supposer que l'activité du commissaire-priseur est sans coût – lui-même étant totalement bénévole. On ne prend donc pas en compte – ou on tient pour négligeable – l'activité des intermédiaires qui, dans la pratique, permettent d'aller du producteur au consommateur (activité qui intervient souvent pour une part importante dans le prix des produits consommés).

Dans le cadre de la concurrence parfaite, le processus de recherche des équilibres fondé sur la « loi de l'offre et de la demande » peut alors être décrit par une équation de la forme :

(3)pt+1pt = k(d(pt) — o(pt)) k > 0,

ce qui signifie que la variation de prix entre t et t + 1, pt+1 — pt, a le même signe que la différence entre la demande et l'offre en t, d(pt) — o(pt) : autrement dit, le commissaire-priseur augmente le prix d'un bien quand sa demande est supérieure à son offre, il le diminue dans le cas contraire. On dit souvent de la relation (3) qu'elle décrit le tâtonnement walrasien (du nom de Léon Walras, qui fut le premier à évoquer ce type de processus – Éléments d'économie politique pure, 1874).

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette représentation simple, et idéalisée, de la « loi de l'offre et de la demande » ne conduit pas au résultat attendu : la convergence vers un équilibre de concurrence parfaite. En règle générale, le processus de « recherche de l'équilibre » se poursuit[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Équilibre partiel : représentation de l'équilibre

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Équilibre partiel (déplacement de l'équilibre)

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Équilibre de Nash et multiplicité d'équilibres

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Autres références

  • ALLAIS MAURICE (1911-2010)

    • Écrit par Universalis, Françoise PICHON-MAMÈRE
    • 1 317 mots

    C'est un économiste français aussi brillant que peu consensuel qui s'est éteint le 9 octobre 2010 à Paris. Participant en 1947 à la première réunion de la très libérale Société du Mont-Pèlerin, partisan de l'Algérie française qui dénonçait le « génocide » commis à l'encontre...

  • ARROW KENNETH JOSEPH (1921-2017)

    • Écrit par Jean-Marc DANIEL
    • 1 242 mots
    ...truchement de son livre Value and Capital, qui paraît en 1939. Arrow tombe par hasard sur cet ouvrage et y découvre son nouveau sujet de réflexion : existe-t-il bel et bien un équilibre économique général et non pas seulement, comme le pensait Marshall, une série d'équilibres sur des marchés particuliers...
  • AUTRICHIENNE ÉCOLE, économie

    • Écrit par Pierre GARROUSTE
    • 1 607 mots
    Pour les tenants de la tradition économique autrichienne, le marché doit être analysé comme un processus et non comme un résultat. « À l'équilibre, il n'y a pas d'échanges », écrit Menger. Ses disciples vont insister sur cet aspect central. L'idée qui fonde cette conception est liée à la fois au...
  • BOULDING KENNETH EWART (1910-1993)

    • Écrit par Guy CAIRE
    • 263 mots

    Né à Liverpool (Grande-Bretagne), étudiant à Oxford puis à Chicago, Kenneth E. Boulding sera assistant à l'université d'Édimbourg de 1934 à 1937, puis à Colgate (États-Unis) de 1937 à 1941. Professeur d'économie à Mcgill University (1946) puis à l'université de Michigan (1949-1968), il devient cette...

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