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ENFANCE (Les connaissances) La socialisation

L'enfant grandit au sein de relations interpersonnelles au cours desquelles il élabore des attitudes de sociabilité, à la fois d'attachement et de rejet, à l'égard des sujets qui l'entourent. Activité complexe, où les émotions, les imitations, les agressions, les identifications, plus tard les comparaisons entre personnes, jouent des rôles multiples. Mais ces relations se poursuivent dans un système d'institutions – famille, techniques, échanges, État, culture, idéologies... – qui sont à la fois interdépendantes et inévitablement divergentes. La socialisation peut être définie et par la formation des attitudes du sujet inhérentes à la sociabilité, et par l'installation de l'individu, en tant que socius, dans le réseau conflictuel que constitue la société globale. L'une des questions qui se posent alors va concerner les relations qui existent entre ces deux processus.

Car ils ne peuvent être considérés comme distincts. Dans l'accomplissement de ses rôles sociaux au sein des institutions, l'individu rencontre nécessairement des sujets : dans le travail, la vie politique ou la culture, il doit s'appuyer sur des attitudes de sociabilité – ouverture ou fermeture, curiosité ou indifférence, domination ou dépendance, objectivation ou fusion – pour réaliser ses tâches. De même, ses relations à autrui s'amorcent à propos de réalisations et de problèmes institutionnels. Dans quelle mesure les attitudes interpersonnelles peuvent-elles contribuer, soit à adapter l'individu aux institutions, soit à le rendre critique à leur égard ? Quel équilibre trouver entre ces deux exigences ? Problème d'éducation. D'autre part, quelles institutions promouvoir pour que les rapports entre les personnes soient le plus riches, le plus heureux possible – pour que le travail, par exemple, n'engendre pas des relations de chef à subordonné qui fassent de celui-ci quasiment un esclave, ou pour que la culture ne soit pas l'affaire de quelques créateurs, pour que la création soit, selon des modes divers, partagée ? Problème de société.

Les théories

De ce double processus, les théories de la socialisation soulignent tel ou tel aspect, en fonction des idéologies qui leur sont sous-jacentes, mais aussi en raison des méthodes qu'elles privilégient. Ainsi a-t-on relevé la tendance des Anglo-Saxons à souligner dans la socialisation les relations interpersonnelles, la recherche par les individus de l'utile et du plaisir, tandis que les sociologues français, formés à l'école d'Auguste Comte, partaient de l'existence de la société et de ses valeurs comme d'un fait premier.

Plus ancien encore, et toujours actif, est le débat nature-histoire au sujet de la sociabilité. D'un côté, on fait de celle-ci un attribut de la nature humaine. Cette attitudemétaphysique, liée à une méthode classificatrice, se trouve exprimée encore dans l'Éthique, où Spinoza, ayant posé que « chacun, en vertu des lois de sa nature, désire ce qu'il juge être bon », il ne peut faire autrement que se lier aux autres, car « il n'est dans la nature aucune réalité singulière qui soit plus utile à l'homme qu'un homme vivant sous la conduite de la raison » (liv. IV, prop. 35, coroll. 1). La perspective historique se dégage lentement au xviiie siècle. Ainsi Rousseau pense-t-il, en 1754, que la sociabilité est apparue lorsque les hommes ont été amenés par les difficultés de l'existence à sortir de l'état de nature (où ils connaissaient la pitié mais ne savaient pas contracter entre eux des liens durables), pour constituer de vastes familles, inventer langues et techniques, fonder la propriété (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité).

L'idée que la sociabilité a des fondements innés est toujours présente.[...]

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Jeu d'enfants sur la plage

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