CLOÎTRES

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L'art des cloîtres romans

L'esprit cistercien

Réceptacle de la méditation, le cloître cistercien est une construction dépouillée dont la claire architecture ne doit sa beauté qu'à l'accord des volumes purs avec la simplicité du plan et de l'élévation. Le cloître de Fontenay, bâti du vivant de saint Bernard, est un type achevé de ces constructions abstraites d'où toute décoration superflue est bannie. L'arcature groupe des baies géminées sur colonnettes sous de grands arcs de décharge en plein cintre reposant sur des piles fortes composées. La galerie est couverte d'une voûte en berceau à pénétrations. Au Thoronet, où les galeries sont voûtées d'un berceau brisé, l'architecture fortement structurée met en valeur les inégalités du terrain : ce cloître, de plan trapézoïdal, dont les ailes se situent à des niveaux différents, est, dans sa singularité, le meilleur témoin de la spiritualité cistercienne ; l'appareil est rude, les arcades brutalement percées dans l'épaisseur du mur. Mais les baies géminées surmontées d'un oculus projettent dans le promenoir la clarté sans équivoque d'un motif trinitaire et rythment de stations lumineuses le cheminement des moines.

L'esprit cistercien – on peut parler d'une esthétique plutôt que de modes de bâtir – a ainsi marqué l'art des cloîtres d'une empreinte durable : cet idéal ascétique, lorsqu'il se survit dans sa pureté, perpétue en plein xiiie siècle des formes romanes, en dépit de l'adoption occasionnelle des nouvelles techniques de voûtement (Fontfroide, Fossanova, Casamari). En dehors même de l'Ordre, l'idéal de saint Bernard a infléchi l'esthétique des Grandmontains (cloître de Saint-Michel de Lodève) et, quoique à un moindre degré, celle des Prémontrés.

Les cloîtres historiés

La doctrine des clunisiens sur le décor des cloîtres ne s'est jamais aussi clairement définie que celle de saint Bernard. Mais, en réaction contre l'esprit de Cîteaux, les cloîtres des grands monastères bénédictins comme ceux de la plupart des églises cathédrales et collégiales se signalent par la profusion du décor, la richesse du matériau, l'ambition du programme iconographique. Les grands cloîtres de la région rhodanienne : SaintTrophime d'Arles, Montmajour, Saint-Guilhem-le-Désert, Saint-Donat-sur-l'Herbasse, constituent, malgré leurs dates de construction diverses, un groupe cohérent dont la splendeur s'oppose aux constructions cisterciennes voisines de Sénanque, du Thoronet et de Silvacane. Les solutions plastiques de Moissac ont été enrichies et poussées jusqu'à leur ultime logique. Les piles maîtresses reçoivent un décor plaqué de hauts-reliefs ; il s'y greffe même parfois de véritables statues, figures isolées de prophètes, d'apôtres et de saints, ou même protagonistes d'une action dramatique réunis en un groupe fermé : ainsi, à Saint-Trophime, la Flagellation du Christ, la Rencontre d'Emmaüs ou l'Incrédulité de saint Thomas.

Les cloîtres de marbre alliaient à la richesse du décor sculpté la perfection du matériau, parfois rehaussé d'incrustations. Leur densité est surtout grande sur le littoral méditerranéen, en raison du cabotage qui facilitait le transport des blocs, travaillés ou non. Les colonnes et les chapiteaux du cloître de Monreale, exécuté à la fin du xiie siècle, sont en marbre de Paros et en pentélique. Leur nombre exclut que la totalité du matériau ait pu être récupérée sur les monuments grecs de Sicile. L'immense cloître de Tarragone, terminé au xiiie siècle, est en marbre de Carrare. Dans le cas d'Avignon, nous disposons d'un témoignage explicite : en 1156, le pape Adrien IV demande aux chanoines de Pise de faire bon accueil à leurs frères de Saint-Ruf d'Avignon venus se pourvoir en blocs de Carrare pour bâtir leur cloître. Sans doute les chanoines de Saint-Ruf usèrent-ils du même privilège pour ramener les matériaux du cloître de Notre-Dame-des-Doms, dont les restes sont dispersés en France et en Amérique : un document antérieur leur faisait en effet une obligation d'exécuter des travaux d'art pour le chapitre de la cathédrale avignonnaise auquel ils étaient soumis.

Cloître de la cathédrale de Monreale

Photographie : Cloître de la cathédrale de Monreale

Cloître de la cathédrale de Monreale. Fin du XIIe siècle. Sicile, Italie. 

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Le travail du marbre exigeait une main-d'œuvre spécialisée et plusieurs de ces cloîtres de prix furent exécutés en atelier, comme des pièces de mobilier liturgique. Nou [...]

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Cour du Palais Medici-Riccardi, Florence

Cour du Palais Medici-Riccardi, Florence
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Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab

Couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Umm es-Surab
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Cloître de la cathédrale de Monreale

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Pour citer l’article

Léon PRESSOUYRE, « CLOÎTRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cloitres/