BERNARD CLAUDE (1813-1878)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Recherches sur le système nerveux

Dans l'œuvre scientifique de Claude Bernard, les recherches sur le système nerveux occupent une très grande place. Son premier inspirateur en ce domaine fut Magendie. Ce physiologiste avait observé qu'en excitant la branche lacrymale de la cinquième paire de nerfs crâniens, on faisait couler abondamment les larmes et que, au contraire, la section de ce nerf faisait cesser la sécrétion lacrymale. Ces faits suggérèrent à Claude Bernard l'idée d'un possible contrôle nerveux de l'activité des glandes digestives : salivaires, gastriques, hépatiques, pancréatiques, intestinales.

Claude Bernard entreprit donc, à partir de 1843, des expérimentations systématiques sur les effets de la section des nerfs spinal, vague, facial et des branches de la cinquième paire de nerfs crâniens. En 1844, il établit que la section des nerfs pneumogastriques arrêtait la digestion en paralysant les mouvements de l'estomac et en interrompant la sécrétion du suc gastrique. Les mouvements de ventilation respiratoire au niveau des poumons étaient également très ralentis, ce qui entraînait une diminution de la consommation de sucre dans les tissus.

Ces observations incitèrent Claude Bernard à rechercher un contrôle nerveux de la fonction glycogénique du foie. Le physiologiste réussit, en 1849, à déclencher un « diabète artificiel » (une glycosurie) chez le lapin, le chien ou divers oiseaux, en piquant avec une longue aiguille, directement à travers le crâne, le plancher du quatrième ventricule cérébral (un peu au-dessus de l'origine de la huitième paire de nerfs crâniens). Il conclut d'abord que ce « point diabétogène » du cerveau correspondait à une zone de contrôle (par les nerfs pneumogastriques) de la fonction glycogénique du foie ; il changea d'avis par la suite, après la découverte des nerfs vasomoteurs, et il évoquera alors un contrôle indirect de cette fonction par le système nerveux régulant la dilatation des vaisseaux sanguins. Cette interprétation n'était pas valable. Les neurophysiologistes du xxe siècle ont démontré que la « piqûre diabétogène » de Claude Bernard libérait en fait des endomorphines dans le cerveau, qui provoquaient à leur tour une forte libération d'adrénaline dans les glandes surrénales, ce qui stimulait finalement l'hydrolyse du glycogène au niveau du foie.

Les découvertes les plus importantes de Claude Bernard dans ses recherches sur le système nerveux concernent les nerfs modifiant le calibre des vaisseaux sanguins, c'est-à-dire les nerfs vasomoteurs, vasoconstricteurs ou vasodilatateurs.

Claude Bernard étudia aussi, longtemps, les effets « des substances toxiques ou médicamenteuses » sur le système nerveux. La paralysie due au curare retint notamment son attention. Des expériences conduites sur la grenouille lui montrèrent qu'après administration de curare, les nerfs moteurs ne fonctionnent plus, la respiration s'arrête, le sang ne décharge plus son gaz carbonique, l'hémoglobine ne s'oxygène plus ; finalement la mort survient ; « mais, écrit Claude Bernard, vient-on à remédier à cet accident consécutif en entretenant la respiration artificielle, le poison s'élimine, le milieu intérieur se purifie et l'organisme revient à son état normal » (Leçons sur la chaleur animale, 1876).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

  • : professeur honoraire de biologie cellulaire, université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

Classification

Autres références

«  BERNARD CLAUDE (1813-1878)  » est également traité dans :

CLAUDE BERNARD : CONCEPT DE MILIEU INTÉRIEUR

  • Écrit par 
  • François CHAST
  •  • 240 mots

Claude Bernard (1813-1878) écrit en 1855 : « On s'est longtemps fait une très pauvre idée de ce qu'est un organe sécrétoire. L'histoire du foie et de sa fonction glycogénique établit [...] qu'il y a des sécrétions internes, dont le produit, au lieu d'être déversé à l'extérieur, est transmis directement dans le sang […] Lire la suite

CLAUDE BERNARD : ŒUVRES - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • François CHAST
  •  • 280 mots

1843 Du suc gastrique et de son rôle dans la nutrition.1848 « De l'origine du sucre dans l'économie animale », in Arch. Gén. Méd.1849 « Du suc pancréatique et de son rôle dans les phénomènes de digestion », in Mém. Soc. Biol.1850 « Recherche […] Lire la suite

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DE LA MÉDECINE EXPÉRIMENTALE (C. Bernard)

  • Écrit par 
  • Jean-Gaël BARBARA
  •  • 982 mots
  •  • 1 média

L’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale est une œuvre importante de méthodologie scientifique publiée en 1865 par Claude Bernard, professeur au Collège de France, considéré comme le fondateur de l’école de physiologie française. De manière assez paradoxale, l’Introduction a d’ab […] Lire la suite

MÉDECINE EXPÉRIMENTALE : CLAUDE BERNARD

  • Écrit par 
  • Pascal DURIS
  •  • 229 mots

Mise en œuvre dès le xviie siècle dans les sciences physiques puis dans les sciences chimiques à la fin du xviiie siècle,la méthode expérimentale fut appliquée à la médecine par le physiologiste français Claude Bernard […] Lire la suite

BIOLOGIE - La maintenance de l'organisme

  • Écrit par 
  • Marc PASCAUD
  •  • 2 737 mots
  •  • 10 médias

« C'est toujours la même lampe qui éclaire, pourtant ce n'est jamais la même flamme qui brûle puisque la flamme se nourrit d'un combustible sans cesse renouvelé. Ainsi l'homme : toujours un, toujours autre, puisqu'il est perpétuellement recréé par l'agrégation et la désagrégation des cinq khandas ou agrégats physiques et psychiques qui composent l'être » (Nagasena, disciple du Bouddha, vi e  siècl […] Lire la suite

CHIRURGIE

  • Écrit par 
  • Claude d' ALLAINES, 
  • Jean-Édouard CLOTTEAU, 
  • Didier LAVERGNE
  •  • 8 642 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « La recherche expérimentale »  : […] C'est Claude Bernard (1813-1878) qui introduisit la méthode expérimentale dans la recherche médicale. Claude Bernard n'était pas médecin, mais physiologiste ; il fit comprendre l'importance du raisonnement expérimental et de l'expérimentation sur l'animal. C'est grâce à cette expérimentation que les maladies purent être reproduites, que les opérations purent être essayées et leurs conséquences ét […] Lire la suite

DÉTERMINISME

  • Écrit par 
  • Étienne BALIBAR, 
  • Pierre MACHEREY
  •  • 9 720 mots

Dans le chapitre « Liberté humaine et nécessité naturelle »  : […] Selon Bloch et Wartburg ( Dictionnaire étymologique de la langue française ), le mot déterminisme n'apparaît en français qu'en 1836. Mais il est plus ancien en allemand, où il appartient au vocabulaire de la théologie et de la philosophie morale ( Determinismus ). Dans le réseau contradictoire des échanges de significations et de problèmes, qui vont de l'idéologie à l'activité scientifique et qui […] Lire la suite

ENDOCRINIEN SYSTÈME

  • Écrit par 
  • René LAFONT
  •  • 5 256 mots
  •  • 7 médias

La coordination des activités au sein d'un organisme pluricellulaire nécessite l'existence de « dialogues » entre les différentes cellules qui le constituent. Cette communication peut se réaliser selon trois grandes modalités : communication directe, grâce à l'existence de jonctions communicantes par lesquelles les substances de petit poids moléculaire peuvent diffuser librement (de telles jonct […] Lire la suite

EXPÉRIENCE (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 784 mots

Dans le chapitre « La naissance de l’expérimentation »  : […] Pour quelles raisons les Grecs n’ont-ils pas inventé les sciences de la nature, qui ne verront le jour qu’à la Renaissance , alors qu’ils disposaient d’un arsenal conceptuel très suffisant pour forger une physique mathématique ? C’est probablement parce qu’ils considéraient que notre planète était plutôt chaotique, et que seul le ciel était mathématisable. Ils ont donc posé les bases de l’astrono […] Lire la suite

GAYON JEAN (1949-2018)

  • Écrit par 
  • Laurent LOISON
  •  • 1 256 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Gayon et l’épistémologie historique »  : […] L’intérêt de Gayon pour l’histoire des concepts tendrait au contraire à le rapprocher du « style français » en histoire et philosophie des sciences, souvent résumé sous le vocable fortement polysémique d’« épistémologie historique » et dont les figures principales furent successivement Gaston Bachelard, Georges Canguilhem et Michel Foucault. Cependant, si lui-même aimait à dire, au cours des dern […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Paul MAZLIAK, « BERNARD CLAUDE - (1813-1878) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-bernard/