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AFGHANISTAN

Dépourvu d'accès à la mer, l'Afghanistan Afghanistan : carte administrativeAfghanistan : drapeauest entouré au nord par le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan ; à l'ouest par l'Iran ; au sud et à l'est par le Pakistan ; au nord-est, le corridor de Wakhan est limitrophe du Xinjiang chinois.

Afghanistan : carte administrative Carte

Afghanistan : carte administrative Carte administrative de l'Afghanistan. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Afghanistan : drapeau Dessin

Afghanistan : drapeau Afghanistan (2004). Ce pays détient le record du nombre de drapeaux nationaux successifs depuis son indépendance : plus d'une vingtaine ! Aux premiers drapeaux, noirs aux armes royales, à son retour d'Europe en juin 1928, le roi Amanoullah adopta un tricolore vert, noir et rouge (peut-être influencé… 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

L'Afghanistan est plus grand que la France (652 000 km2) mais sa population, estimée entre 25 et 30 millions d'habitants au milieu des années 2000, est très inégalement répartie sur un territoire occupé, pour plus de la moitié, par de hauts plateaux et d'imposantes montagnes où s'accumulent les neiges. Le reste du sol est partagé entre des plaines fertiles qu'arrosent les cours d'eau formant un certain nombre de bassins agricoles, des steppes, quelques forêts, des marécages et des déserts de sable.

L'histoire de l'Afghanistan, qui remonte à l'aube de la civilisation, a été influencée, dans une grande mesure, par sa situation géographique. Situé au centre du continent asiatique et à cheval sur l'imposante barrière de l'Hindou-Kouch, il a contrôlé depuis la préhistoire les voies de passage vers le sous-continent indien, qui fut toujours l'objet de convoitise des grands conquérants. Il fut envahi, dévasté et traversé, à tour de rôle, par les armées perses, grecques et arabes, mais plus fréquemment par les hordes nomades habitant les steppes et les forêts du Nord, telles que les Aryens, les Scythes, les Parthes, les Kushana, les Huns et, vagues après vagues, par des tribus turco-mongoles dirigées par des conquérants bien connus comme Gengis khan et Tamerlan.

Jusqu'au xvie siècle de l'ère chrétienne, les événements se déroulaient selon le schéma suivant : une population pressée par des motifs économiques aussi bien que politiques et climatiques quittait son habitat traditionnel et, traversant l'Oxus, occupait l'Afghanistan du Nord. Après une pause plus ou moins longue, elle réussissait soit à vaincre la barrière de l'Hindou-Kouch, soit à la contourner à son extrémité ouest, dans la vallée du Hari-Rud, et s'établissait dans les bassins de Kaboul et de Kandahar. Après une nouvelle pause, elle se frayait un chemin vers le bassin de l'Indus et déferlait dans la plaine indo-gangétique, où elle ne tardait pas à être absorbée dans la masse de la population indienne. Entre-temps, la frontière de l'Indus, négligée et restée sans défense, était attaquée par une nouvelle vague de peuples nomades, qui, après avoir suivi à peu près le même itinéraire, subissait un sort semblable.

Cela explique en partie la richesse archéologique du pays dont le sol, malgré les travaux accomplis par les différentes équipes de recherche, surtout celle de la France (D.A.F.A.), a été à peine égratigné et peut révéler bien des faits historiques encore inconnus. Cela explique aussi la grande diversité ethnique et linguistique de la population de l'Afghanistan.

Par ailleurs, les caravanes ayant toujours suivi les armées, après chaque invasion, l'Afghanistan reprenait son rôle de zone de transit et servait d'entrepôt aux marchandises échangées par les pays qui faisaient du commerce. Mais les échanges eux-mêmes étaient de nature diverse. Outre les marchandises, ils concernaient la transmission des idées et des cultures. C'est en effet par l'Afghanistan que le bouddhisme, chassé de l'Inde, passa en Chine et dans les autres pays de l'Extrême-Orient, que l'hellénisme pénétra en Inde et que l'islam se répandit dans le sous-continent et en Transoxiane.

Mais, à partir du xvie siècle, l'ouverture de la voie maritime entre l'Europe et l'Asie, en privant l'Afghanistan de son rôle de pays de transit, contribua considérablement à sa décadence économique et culturelle. Malgré l'établissement de l'empire des Durani par Ahmad shah, au xviiie siècle, l'isolement du pays continua, favorisé par l'obscurantisme et la suspicion excessive de la monarchie. Même au xixe siècle, quand la plupart des pays d'Asie et d'Afrique faisaient l'expérience directe de la pensée et de la technique modernes apportées par les pays colonisateurs, l'impérialisme britannique préféra maintenir l'Afghanistan dans un état d'isolement complet sur le plan politique et culturel.

Durant cette période, la monarchie afghane chercha à consolider sa position face à des tribus et à des groupements ethno-linguistiques puissants qui tâchaient, par tous les moyens, de préserver leur autonomie locale. Quoiqu'elle eût réussi à rétablir l'unité politique et administrative du pays, elle échoua dans la tâche, plus importante, de l'intégration économique, sociale et culturelle de sa population, surtout à cause de sa propre dépendance à l'égard de certains groupements qui l'obligeaient, en échange de leur appui, à préserver la structure tribale et féodale du pays.

L'État afghan, indépendant depuis sa création (1747), devient une république en 1973. Théâtre d'incessants conflits ethnico-religieux, le pays subit l'occupation soviétique (1979-1988), destinée à soutenir le pouvoir en place, en butte à la résistance islamiste, armée par les États-Unis. Le retrait soviétique en 1992 est suivi de l'affrontement pour le pouvoir entre les deux principales ethnies, les Pachtouns et les Tadjiks. En 1996, un groupe radical, les talibans, s'empare du pouvoir et instaure un régime islamique strict. Après les attentats du 11 septembre 2001, Washington, dans sa lutte contre le terrorisme, attaque l'Afghanistan, dont le régime protège Oussama ben Laden, et obtient le départ des talibans. La mise en place de nouvelles institutions redonne espoir à la population.

Mir Mohammad Sediq FARHANG
Sayed Qassem RESHTIA
Universalis

1.  Géographie

État enclavé au cœur du continent asiatique, l'Afghanistan couvre 652 000 km2. Sa situation au carrefour de l'Asie centrale, du sous-continent indien et du Moyen-Orient, trois ensembles géographiques auxquels on peut légitimement le rattacher, en a fait au cours de l'histoire le point de passage obligé de nombreuses invasions et un foyer de rivalités internationales qui n'ont jamais cessé jusqu'à aujourd'hui. Ses frontières, totalement arbitraires, ont d'ailleurs été fixées à la fin du xixe siècle par ses deux puissants voisins d'alors, l'empire des Indes et l'empire tsariste, soucieux de ménager entre eux un espace-tampon après y avoir entretenu des visions de conquête.

  Le milieu naturel

Le cœur de l'Afghanistan correspond au massif de l'Hindou-Kouch et à ses annexes, prolongement occidental de l'Himalaya, dont l'étymologie populaire (« tueur des Hindous ») dit assez l'obstacle topographique formidable qu'il a représenté dans l'imaginaire collectif. C'est aussi une limite biogéographique et culturelle majeure séparant, sur un millier de kilomètres, le Turkestan, au nord, du monde irano-indien au sud. Très large mais pas très haut à l'ouest (4 182 m au Koh-e Malmond), il se rétrécit en même temps que son altitude croît en direction de l'est, où il finit par se fondre avec les autres chaînes centrasiatiques dans l'imposant nœud orographique du Pamir, aux confins de la Chine, du Tadjikistan et du Pakistan. C'est là que se localise le point culminant du pays (Nowshak, 7 492 m). Des cols très élevés, le plus souvent impraticables en hiver, assurent des relations difficiles entre les deux versants ; seul le doublement de l'un d'entre eux, le col du Salang (3 360 m), par un tunnel routier en 1964 a rendu moins aléatoires les liaisons entre Kaboul, sur le versant sud, et les villes du piémont turkestanais au nord.

C'est aussi un formidable château d'eau, d'où descendent des cours d'eau pérennes dont les apports sont vitaux pour l'économie afghane. Seuls ceux du versant sud-est, appartenant au bassin-versant de l'Indus, parviennent à la mer. Tous les autres, sans exception, sont endoréiques. Leurs eaux se perdent dans d'immenses cuvettes lacustres comme celle du Sistan, partagée entre l'Afghanistan et l'Iran, pour le bassin du Helmand, ou celle de l'Aral, pour l'Amou-Darya et ses affluents ; parfois elles se perdent dans les sables en de vastes deltas intérieurs qui ont précocement localisé de vastes oasis dont les plus notables sont celles de la Margiane (deltas du Hari Roud et du Mourghab, sur le territoire actuel du Turkménistan) et de la Bactriane (delta du Balkhab, entièrement en territoire afghan).

L'Afghanistan appartient en effet dans sa quasi-totalité à la diagonale aride de l'Ancien Monde. Les précipitations y sont rares (310 mm/an à Kaboul, tombant en 69 jours) et aléatoires, concentrées sur la saison froide pendant laquelle elles tombent partiellement sous forme neigeuse en raison de la continentalité du pays (vingt jours de neige à Kaboul). Les confins afghano-pakistanais, de part et d'autre de la passe de Khyber, constituent toutefois une exception. S'y fait en effet encore sentir l'influence, très irrégulière, de la mousson d'été indienne. Cet « Afghanistan des moussons » est en réalité une antichambre de la péninsule indienne. On y trouve les seules véritables forêts du pays, étagement de chênes sur les basses pentes et de conifères plus haut en altitude, dont le très beau cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodara), qui atteignait ici ses avant-postes les plus occidentaux avant qu'un déboisement incontrôlé dans la seconde moitié du xxe siècle n'en limite les peuplements aux régions les plus reculées. Partout ailleurs, ce qu'on baptise forêts ne sont en réalité que des peuplements très clairsemés de pistachiers ou de genévriers. La formation végétale dominante est la steppe à armoises, enrichie au printemps d'éphémérophytes qui peuvent brièvement constituer des pâturages opulents, particulièrement sur les collines lœssiques du piémont bactrien.

  La population

La population de l'Afghanistan reste une des plus mal connues du monde. Un seul recensement, très imparfait, y a été réalisé (1979). Les chiffres disponibles sont donc des estimations, à commencer par celui de la population totale, qui oscille, selon les sources, entre 25 et 30 millions d'habitants en 2005, soit une incertitude de l'ordre de 20 p. 100 qui s'explique en partie par l'inégale prise en compte des émigrés. Ce qui est incontestable, en revanche, c'est le retard de la transition démographique : l'indice de fécondité culmine à 6,8 enfants par femme, un taux qui n'est dépassé que par quelques États africains ; la mortalité générale est de l'ordre de 22 p. 1 000 et la natalité de 48 p. 1 000, des chiffres qui, s'ils devaient se maintenir, conduiraient à une population d'une cinquantaine de millions d'habitants dès 2025 ; l'espérance de vie à la naissance est de 41 ans pour les hommes, 42 ans pour les femmes, l'une des plus basses du monde. Rien d'étonnant à cela au demeurant, dans un pays où 87 p. 100 de la population n'a pas accès à l'eau potable et où l'infrastructure sanitaire et médicale, en légers progrès dans les années 1970, s'est considérablement dégradée au cours des vingt-cinq années de guerre qui ont suivi. Le nombre de dispensaires a récemment été estimé à 800, alors que les besoins seraient de l'ordre de 6 000. Des maladies d'ordinaire bien contrôlées, telles que le choléra, la poliomyélite ou le tétanos (10 000 décès par an), ont ainsi acquis un statut endémique. Le paludisme est fréquent dans les régions basses. Seule la rougeole, responsable de plus de 30 000 décès en 2000, est désormais sous meilleur contrôle (559 décès enregistrés en 2004) grâce à des campagnes régulières de vaccination dont l'efficacité demeure toutefois insuffisante par suite de l'inaccessibilité physique des régions les plus reculées et de l'insécurité ou de l'absence de contrôle gouvernemental sur une partie du pays. La mortalité infantile (172 p. 1 000, record mondial) et maternelle soustraierait quotidiennement la vie à six cents enfants (un décès toutes les deux minutes et demie) et à cinquante femmes (un décès toutes les trente minutes).

Une population déracinée

Depuis le recensement de 1979, la répartition de la population a connu de tels bouleversements que les résultats en sont aujourd'hui totalement caducs. Vingt-cinq années de guerre et d'insécurité chronique ont en effet jeté sur les routes de l'émigration vers l'étranger ou de l'exode intérieur, parfois les deux successivement, un tiers au moins de la population totale, avec des phases de rémission marquées par des retours partiels mais pas toujours définitifs. Le déracinement est ainsi devenu une des spécificités les plus significatives de la population afghane. S'il existe désormais une véritable diaspora afghane à horizon mondial (Europe occidentale, Amérique du Nord, Australie), le gros de l'émigration s'est toutefois dirigé préférentiellement vers les pays bordiers à forte affinité culturelle : l'Iran a accueilli jusqu'à trois millions de réfugiés, et le Pakistan cinq autres millions ; de 2002 à 2006, un ambitieux programme de rapatriement et d'aide à la réinsertion a été mis en œuvre sous l'égide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (H.C.R.), aboutissant au retour de plus de 4 millions de personnes (2,8 du Pakistan et 1,4 d'Iran). Il resterait toutefois encore plus d'un million de réfugiés en Iran et 2,5 au Pakistan, prémices d'une implantation durable à moyen ou à plus long terme. Cette population, souvent bien intégrée aux marchés du travail locaux, a maintenu cependant des liens étroits avec les localités d'origine : retours périodiques, alliances matrimoniales et transferts massifs d'argent (sans doute entre 1 et 2 milliards de dollars par an) contribuent de manière décisive à la survie et à l'ouverture sur le monde extérieur de maintes communautés rurales qui vivaient naguère repliées sur elles-mêmes. La multiplication des bazars ruraux permanents dans les années 1990 illustre de manière spectaculaire cette monétarisation exogène croissante de l'économie villageoise, jusque dans des localités d'accès difficile : on en compterait aujourd'hui près de trois mille, répartis dans tout le pays, auxquels s'ajoutent un nombre indéterminé de bazars temporaires, hebdomadaires ou saisonniers.

Quant à l'exode intérieur, il a principalement contribué à accélérer une urbanisation jusqu'alors bien modeste. Certes, avec moins de 30 p. 100 de population urbaine, l'Afghanistan reste l'un des États les moins urbanisés du monde. L'insécurité, jointe à l'hésitation ou à l'impossibilité, pour de nombreux réfugiés, de se réinstaller dans leur région d'origine, notamment lorsque les infrastructures d'irrigation vitales étaient devenues inutilisables ont toutefois changé les choses. Kaboul, capitale excentrée, est ainsi devenue une ville de quelque trois millions d'habitants, alors qu'elle en comptait six fois moins en 2001. La crise du logement et le sous-emploi y atteignent une ampleur sans précédent, encore aggravée par les traces toujours béantes des combats fratricides à l'arme lourde qui ont opposé entre eux les divers clans de maquisards anticommunistes après leur entrée dans la ville en 1992. Les autres villes importantes se répartissent de manière régulière sur les piémonts des montagnes centrales, le long d'une rocade routière restée inachevée dans le nord-ouest : Kandahar, métropole du Sud, vieille capitale impériale un temps ressuscitée dans ce rôle par le régime des talibans ; Herat, métropole de l'Ouest afghan, déjà très iranienne par bien des aspects ; Mazar-i-Sharif, métropole du Nord, la seule de ces villes sans passé prestigieux, aujourd'hui la plus dynamique économiquement. Entre elles, un semis de villes moyennes assurent les activités de services requises par la population : chefs-lieux de province, petits centres industriels (surtout dans le nord-est), gros marchés de collecte de produits agricoles et de distribution de biens de consommation. Les montagnes, elles, restent sous-urbanisées, les difficultés de circulation entraînant le maintien d'une vie encore largement autarcique dans nombre de hautes vallées. L'émigration de survie qui y prévaut a toutefois fait apparaître de nouveaux modes de consommation, annonciateurs de changements profonds.

La mosaïque ethnique

Si l'Afghanistan est étymologiquement le « pays des Afghans », c'est-à-dire des Pashtouns, il est en réalité une mosaïque de peuples diversAfghanistan : répartition des groupes ethniques dont l'unification politique n'a jamais été vraiment réalisée et qui occupent presque tous des aires géographiques chevauchant les frontières du pays, ce qui a toujours compliqué les relations de celui-ci avec ses voisins. Les ethnies parlant l'une des langues iraniennes sont de très loin les plus nombreuses, contribuant à faire de l'Afghanistan un prolongement culturel de l'Iran auquel son destin historique a d'ailleurs été longtemps lié. Les Pashtouns, tribalisés au sein d'une mégastructure généalogique patrilinéaire qui les fait mythiquement descendre d'un ancêtre commun, et par ailleurs fondateurs de l'État afghan moderne (1747) au sein duquel ils sont toujours restés politiquement dominants, représentent sans doute près de 40 p. 100 de la population, surtout concentrés dans le sud du pays ; les Tadjiks, parlant le dari, variante orientale du persan et lingua franca du pays, en constituent autour de 25 p. 100, principalement dans l'Ouest et le Nord-Est ; les Baloutches, disséminés dans les déserts bordiers de la frontière méridionale, sont moins de 2 p. 100 ; beaucoup plus nombreux (environ 15 p. 100), les Hazaras du centre de l'Hindou-Kouch représentent le cas particulier d'une population d'origine turco-mongole linguistiquement iranisée. Les turcophones, implantés exclusivement dans le nord du pays et dont les effectifs ont été renforcés au cours du second quart du xxe siècle par un afflux de réfugiés en provenance de l'Asie centrale soviétique, sont représentés par des Ouzbeks (6 p. 100) et des Turkmènes (moins de 2 p. 100), ainsi que par quelques milliers de Kirghiz dans le Wakhan, ou Pamir afghan. Enfin, l'Hindou-Kouch oriental abrite des isolats linguistiques originaux, Pashaïs et Nouristanis du versant sud, tardivement islamisés au xvie et à la fin du xixe siècle respectivement, Wakhis, Ishkashmis ou Monjanis du versant nord, parfois collectivement désignés sous le nom de Tadjiks du Pamir.

Afghanistan : répartition des groupes ethniques Dessin

Afghanistan : répartition des groupes ethniques Répartition des groupes ethniques en Afghanistan (d'après V. Gregorian, « The Emergence of modern Afghanistan »). 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Les appartenances religieuses ne coïncident qu'imparfaitement avec les clivages ethniques. Si la population est sunnite à 80 p. 100, ce qui constitue une différence fondamentale avec l'Iran voisin, il existe une importante minorité de chiites duodécimains (Hazaras, Tadjiks de l'ouest) ou ismaéliens (Tadjiks du Pamir et de l'Hindou-Kouch oriental). Quelques communautés commerçantes indiennes de religion hindoue ou sikhe vivent par ailleurs dans les principales villes du pays, lointaines héritières d'une époque où l'Afghanistan était l'une des principales plaques tournantes du grand commerce transasiatique.

Dans les faits, la société afghane fonctionne pourtant moins sur la base de rapports de force entre des cellules ethno-linguistiques clairement identifiées que sur celle d'une segmentation en groupes de solidarité, indistinctement appelés qawm, que l'origine en soit lignagère, professionnelle, territoriale, religieuse, voire même politique.

  Une économie essentiellement agricole

L'économie de l'Afghanistan est encore fondamentalement agricole : c'est le seul pays de la région où l'agriculture emploie plus de la moitié de la population active et contribue pour plus de 50 p. 100 à la formation du P.N.B. Rien pourtant de figé dans cette situation : l'agriculture afghane est brusquement entrée de plain-pied dans les circuits de l'économie mondiale depuis les années 1980.

Un système ancestral

Malgré quelques variantes locales, la plupart des villages illustrent encore le schéma de la vieille civilisation agro-pastorale pan-iranienne qui associe, d'une part, un terroir central irrigué (âbi), souvent enterrassé, parfois exigu, voué à une rotation entre des cultures vivrières d'hiver, blé surtout (production estimée entre moins de 2 et plus de 5 millions de tonnes selon les années, moyenne 3 400 000 tonnes), et des cultures d'été plus diversifiées (riz, maïs, plantes fourragères, cultures maraîchères), toujours associées à une arboriculture fruitière rémunératrice ; et, d'autre part, un terroir périphérique non irrigué, espace non aménagé, à peine épierré, où l'on tente dès que possible une céréaliculture pluviale de printemps (lalmi), particulièrement sur le piémont bactrien où les pluies de printemps sont plus tardives qu'ailleurs, et vers lequel migre quotidiennement le cheptel villageois au terme d'une stabulation hivernale dont la durée est fonction de la rigueur hivernale du climat. Cette association d'une agriculture savante, diversifiée, irriguée par des réseaux de canaux de dérivation (juy) qui peuvent devenir spectaculairement acrobatiques en montagne ou, sur les piémonts sud, par des réseaux non moins spectaculaires de galeries captantes souterraines (karez), et d'un élevage qui lui est parfaitement intégré (collecte des déjections animales pour fertiliser les champs, utilisation du gros bétail pour les travaux agricoles, cultures de légumineuses fourragères enrichissantes comme la luzerne et le trèfle), a longtemps assuré la stabilité du système de production.Engrais naturel Seule l'apparition d'une transition démographique, pourtant timide, à partir du milieu du xxe siècle, a entraîné la rupture des équilibres traditionnels, l'apparition d'un déficit de ressources alimentaires, encore aggravé par plusieurs graves crises de sécheresse (la dernière en 1999-2001), et le déclenchement d'un exode rural saisonnier ou durable. Une partie de cet exode se transforme d'ailleurs en émigration plus ou moins clandestine vers l'Iran et le Pakistan, ainsi que, dans une moindre mesure, vers les monarchies du golfe Persique, où le marché du travail est plus ouvert qu'en Afghanistan et où des centaines de milliers de travailleurs immigrés d'origine afghane constituent une population flottante (sans attache résidentielle et sans activité professionnelle régulière) qui se distingue mal des réfugiés de même origine.

Engrais naturel Photographie

Engrais naturel Femme afghane faisant sécher de la bouse de vache à Kaboul. Utilisable comme engrais naturel, la bouse de vache peut aussi servir, sous forme de «galettes» séchées, comme combustible pour se chauffer pendant les mois d'hiver. 

Crédits: F. Wahidy/ AFP/ Getty Consulter

La quasi-totalité de l'espace rural est par ailleurs traversé par un réseau exceptionnellement dense d'itinéraires de migrations pastorales empruntés par une population nomade (kuchi) longtemps surestimée et partout déclinante, mais néanmoins forte encore de plusieurs centaines de milliers de personnes. Tous les groupes ethniques sont représentés en son sein, les Pashtouns en constituant toutefois la majorité. Les itinéraires de nomadisation relient des quartiers d'hivernage (garmsir) situés dans les basses terres périphériques, jusque, parfois, en plein territoire pakistanais, et des quartiers d'estivage (sardsir) en altitude. Les nomades ont aujourd'hui perdu l'une de leurs fonctions essentielles, le commerce caravanier, vecteur à la fois du grand commerce transasiatique mais également de l'approvisionnement des villages les plus reculés, supplanté désormais par le camionnage que contrôlent d'ailleurs en grande partie certains clans devenus sédentaires. De dramatiques crises de sécheresse récurrentes ont par ailleurs anéanti une bonne partie du cheptel ovin et camelin, et engendré une sédentarisation péri-urbaine d'anciens nomades paupérisés, ainsi que la multiplication d'une population flottante tout aussi misérable de nomades de service, désormais privés de revenus pastoraux et maintenant à la recherche de travaux agricoles ou urbains.

Une narco-économie

Mais ce qui caractérise, au début du xxie siècle, l'agriculture afghane dans son ensemble, et contribue d'ailleurs à la stigmatiser aux yeux du monde, c'est la place grandissante que la culture du pavot à opium y a prise en quelques décennies, au point d'avoir promu le pays au rang de premier producteur mondial d'opium dès 1991. Il fournit aujourd'hui plus de 90 p. 100 de la production mondiale, ce qui représenterait près de la moitié du P.N.B. national. Il y a un demi-siècle, la culture du pavot n'était guère pratiquée que dans les hautes vallées reculées de l'Hindou-Kouch oriental et du Pamir, où elle alimentait une consommation purement locale. Ailleurs, on cultivait le chanvre indien, plante ubiquiste, mais toujours de manière marginale. Aujourd'hui, on peut véritablement parler d'une narco-agriculture, notamment, mais pas seulement, dans les régions qui avaient vu la réalisation de grands programmes hydro-agricoles dans les années 1960-1970 (périmètres du Helmand au sud et du Nangrahar à l'est, où la culture du pavot s'est implantée dès le début des années 1980). L'économie de guerre, l'influence de notables locaux soucieux de se procurer des ressources financières pour asseoir leur autorité et acheter des armes, l'importance des revenus procurés, l'absence de contrôle étatique, la rusticité d'une plante, enfin, qui croît jusqu'à 3 000 mètres d'altitude et réclame moins d'eau que le blé : tout a concouru à asseoir la réussite de la culture du pavot au détriment des cultures industrielles, introduites avec difficulté à partir des années 1930 et acceptées avec réticence par les agriculteurs (coton surtout), mais aussi aux dépens des cultures vivrières, aggravant de la sorte la dépendance alimentaire d'un pays qui, bon an mal an, doit importer entre 1 et 2 millions de tonnes de blé. Localement le pavot prend même des allures de monoculture.

Tous les efforts gouvernementaux, appuyés par une aide internationale généreuse mais mal gérée et trop souvent détournée, ont échoué dans leur objectif d'éradiquer (par le feu, l'épandage d'herbicides, ...) cette nouvelle forme mondialisée, donc en un sens « moderne », de l'agriculture afghane. Les chiffres sont accablants : 25 000 hectares de pavot et 875 tonnes d'opium en 1987, passés respectivement à 91 000 hectares et 4 600 tonnes en 1999, 131 000 hectares et 4 100 tonnes en 2004, 165 000 hectares et 6 100 tonnes en 2006... Moins de 4 p. 100 de la superficie cultivée du pays, mais plus de 3 milliards de dollars de valeur à l'exportation. Comme le montre l'exemple de l'année 2001, la dernière du régime des talibans, au cours de laquelle ceux-ci, soucieux de se doter d'une respectabilité internationale dont ils étaient privés en raison de leurs excès idéologiques, avaient réussi à faire chuter la production à 185 tonnes (sur 7 600 hectares), ce qui semble manquer, en réalité, pour enrayer pareille progression, c'est la volonté politique au plus haut niveau. Trop de profiteurs des circuits de commercialisation de la drogue – transformée en morphine et en héroïne dans des laboratoires clandestins situés sur les confins pakistano-afghans et exportée dans toutes les directions, principalement via l'Iran et le Pakistan — gravitent dans l'ombre des autorités locales et même nationales. Quant aux quelque 350 000 petits producteurs, qui représentent un bon tiers des paysans afghans et font vivre environ 13 p. 100 de la population du pays, leur bonne conscience est légitimée, à leurs yeux, par la rentabilité sans pareille de la culture : en 2006, dans la province méridionale du Helmand, qui produit à elle seule le quart de l'opium afghan et où un tiers de la population tire de sa production l'essentiel de ses revenus, le pavot assure un revenu net par unité de surface dix fois supérieur à celui du blé, et la production en est de surcroît moins sensible aux aléas climatiques. L'absence d'alternatives crédibles représente un facteur particulièrement aggravant : les rares tentatives de reconversion, souvent inspirées par des O.N.G., comme la culture du crocus à safran à l'Ouest ou celle de la rose à parfum dans les montagnes de l'Est, apparaissent en effet anecdotiques, et dérisoires à l'échelle nationale. Le problème dépasse à l'évidence le cadre de l'Afghanistan.

Le secteur non agricole

Introduite dans les années 1930 pour transformer certaines productions agricoles (coton et betterave à sucre dans le Nord, fruits secs dans le Sud), puis diversifiée dans les années 1960-1970 (cuir, produits pharmaceutiques, plastiques – principalement à Kaboul), l'infrastructure industrielle a été ruinée par les décennies de guerre qui en ont désorganisé les circuits en amont et en aval. De timides efforts de reconstruction sont en cours de réalisation (réouverture de la raffinerie de sucre de Baghlan). Mais la pénurie de sources d'énergie d'une part (un peu de houille dans l'Hindou-Kouch, des réserves de gaz naturel, naguère exploitées, mal connues en Bactriane, une infrastructure hydroélectrique défaillante), l'insuffisance du réseau de transport d'autre part, constituent des handicaps difficiles à surmonter. Dans ces conditions, les ressources minières (minerais de cuivre et de fer surtout) restent à l'état de potentialités, à l'exception de la mine de lapis-lazuli de Sar-e Sang, sur le versant sud de l'Hindou-Kouch oriental (Badakhshan), connue depuis l'Antiquité mais qui échappe aujourd'hui au pouvoir central. L'artisanat du tapis reste une activité importante qui alimente une exportation notable.

Déjà lourdement tributaire de l'aide internationale avant 1980, en raison de la faiblesse structurelle de son économie, l'Afghanistan l'est encore bien davantage aujourd'hui, au terme des décennies les plus dramatiques de son histoire contemporaine. Tout, ou presque, est à reconstruire ou, au moins, à réhabiliter. La communauté internationale s'est montrée généreuse, tant par l'aide publique, bilatérale ou multilatérale, que par l'aide privée véhiculée par une myriade d'O.N.G. à l'œuvre dans toutes les régions du pays, et souvent spécialisées dans un secteur d'intervention (réfection de routes et de ponts, irrigation, écoles, santé, etc.). Plus de 10 milliards de dollars auraient ainsi été injectés dans l'économie afghane depuis 2001, alors que le pays n'en avait reçu au total que 1,7 entre 1957 et 1977. Cela représente largement plus que le P.N.B. annuel du pays, estimé à 7,2 milliards de dollars en 2006. Force est pourtant de constater que les changements sont lents à se faire sentir, et que les pesanteurs culturelles n'en sont pas les seules, ni même sans doute les principales responsables. Cette aide, en effet, est très mal utilisée (trop d'intermédiaires à l'efficacité douteuse, par exemple, en ponctionnent une partie importante), quand elle n'est pas franchement détournée au profit de réalisations ostentatoires ou d'enrichissements personnels. Les plus hauts responsables internationaux n'hésitent plus à fustiger un système qui aboutit, dans les faits, à une déperdition de l'ordre de 40 p. 100 des crédits alloués, davantage même sur certains programmes spécifiques, une situation qu'eux-mêmes qualifient d'aberration unique au monde... Quant à la majorité des Afghans, comment s'étonner que, face à une telle gabegie succédant à la levée de tels espoirs après la chute des talibans, ils soient tentés par des idéologies extrémistes ?

Daniel BALLAND

2.   Histoire

Situé au cœur même de l'Asie et contrôlant les voies de passage vers le sous-continent indien, l'Afghanistan a dû subir, durant sa longue histoire, l'invasion de la plupart des grands conquérants, à commencer par Cyrus le Grand pour finir par la Russie soviétique. Son histoire mouvementée se divise, en somme, en deux parties principales de longueurs presque égales : l'Antiquité et la période islamique, avec les Temps modernes en annexe de cette dernière.

Durant la première période, quoique le pays subît, presque régulièrement, l'incursion des peuples nomades habitant les régions du Nord, les influences culturelles dominantes étaient celles de la Perse, de la Grèce et des Indes.

La deuxième période fut, au contraire, dominée presque entièrement par l'Islam, qui influença profondément la culture du pays. Durant ce temps, l'Afghanistan non seulement fut transformé lui-même en un pays musulman, mais, grâce toujours à sa position géographique, dut servir de base militaire et idéologique à la propagation de la nouvelle religion dans les pays voisins.

C'est seulement au xixe siècle que le pays entra en contact avec l'impérialisme européen, à la suite des invasions anglaises provoquées par l'éventualité d'une avance russe en direction des Indes.

Quoique le pays ait réussi à recouvrer son indépendance en 1919, sa lente marche vers la modernisation fut brutalement stoppée par une série de coups d'État d'inspiration étrangère, aboutissant, à la fin de décembre 1979, à l'invasion du pays par l'armée soviétique et, par conséquent, à la résistance en masse du peuple afghan.

  Les Aryens

La période historique commence en Afghanistan au Ier millénaire avant J.-C., avec la réforme religieuse prêchée par le prophète Zoroastre, en Bactriane, dans la vallée de l' Amou-Daria (l'Oxus des historiens classiques). La nouvelle religion, fondée sur une conception dualiste du monde et de l'histoire, reflétait au fond le conflit perpétuel existant entre les tribus aryennes, sédentaires, pratiquant l'élevage et l'agriculture, d'un côté, et les hordes nomades habitant les pays du Nord et se déplaçant vers le sud, en quête de pâturages et de terres fertiles, de l'autre. Cela explique la place privilégiée accordée dans la nouvelle religion à la protection des animaux domestiques, surtout à celle de l'espèce bovine que l'on retrouve dans le culte de la vache chez les hindous de notre temps, descendants de la branche indienne des Aryens. Outre le bœuf, les Aryens avaient réussi à domestiquer d'autres animaux nécessaires à leur économie rurale, tels que le cheval, le chameau et le chien, qu'ils tenaient en grande estime comme gardien de leur bétail. Ils cultivaient le blé, l'orge et d'autres céréales. La religion, pour eux, était enracinée dans le sol et avait comme tâche de sauvegarder les intérêts d'une communauté agricole dépendant, avant tout, de son bétail. C'est ainsi que pour les Aryens convertis au zoroastrisme, le vrai et le bon (Ahura Mazda) se confondaient avec l'utile et le profitable, tandis que le faux et le mal (Angra Maina) correspondaient à tout ce qui était nuisible à la prospérité de la communauté. D'après les traditions des Parsis, descendants des anciens zoroastriens, le prophète vivait au vie siècle avant J.-C., en Bactriane, au nord de l'Afghanistan actuel, sous le règne du roi local Hystaspe, qu'il réussit à convertir à sa religion. L'existence de ce souverain indique que les tribus aryennes avaient déjà atteint dans leur évolution socio-économique l'étape de la formation d'une administration centrale sous la forme d'une monarchie. Notre connaissance sur l'histoire de ce royaume, qui, en dehors de la Bactriane, comprenait aussi la partie nord-est de la Perse ainsi que le Turkménistan d'aujourd'hui, reste bien limitée. Nous savons cependant que, peu après, le pays fut conquis par le souverain mède Cyrus le Grand (559-530 av. J.-C.), qui le rattacha à l'empire achéménide. À la suite de cette conquête, la nouvelle religion put se répandre largement et devint la religion officielle de l'empire. Cependant, les Aryens ne connaissant pas l'écriture au temps de Zoroastre, le texte de leur livre sacré, Avesta, garda pendant longtemps la forme d'une tradition orale, transmise d'une génération à l'autre, comme les chants védiques de leurs cousins des Indes. En effet, l'Avesta ne prit sa forme actuelle que sous les Sassanides (226-636 apr. J.-C.), après avoir subi un grand nombre de vicissitudes, aussi bien entre les mains de ses gardiens (les mages) que par suite du vandalisme des conquérants. La seule partie du texte actuel qui peut être attribuée à Zoroastre lui-même est celle qui contient les Gathas, ou hymnes religieux, écrits dans un dialecte de l'Iran oriental.

L'empire des Achéménides, fondé par Cyrus le Grand, étendit ses frontières vers l'est au-delà de l'Indus, par suite des conquêtes de Darius Ier (522-486 av. J.-C.). Grâce aux inscriptions sur pierre laissées par ce dernier dans différentes localités, on peut identifier pour la première fois les provinces achéménides correspondant aux principales régions de l'Afghanistan actuel. Ce sont Aria (Herat), Bactriane (Balkh), Arachosia (la vallée de la rivière Arghandab), Gandahara (la vallée de la rivière Kaboul et une partie de l'Indus) et Sattagydia (encore mal identifiée). Un autre témoignage qui vient à notre secours, presque à la même époque, est celui de l'historien grec Hérodote, qui parle non seulement de certaines régions comme Gandarioi ( Gandhara), mais aussi de peuples occupant ces régions, que certains historiens modernes ont essayé, avec plus ou moins de succès, d'identifier à certaines ethnies contemporaines.

  Le passage d'Alexandre

Alexandre de Macédoine (356-323 av. J.-C.) envahit l'Afghanistan. Après avoir détruit les armées de Darius III, dernier des Achéménides, il entra en Afghanistan par Aria, à la poursuite de Bessus, satrape de Bactriane, qui s'était proclamé empereur et successeur légal de Darius. Le conquérant macédonien était un grand bâtisseur de villes. Cela tenait autant à sa culture hellénique qu'à la nécessité de consolider ses arrières dans sa marche vers les régions inconnues et explique que l'emplacement des villes qu'il a fondées offrait un intérêt autant stratégique que commercial et administratif. La première ville qu'il fit construire en Afghanistan fut l'Alexandrie des Aryens dans la vallée du Hari-Rud, probablement le Herat actuel. De là, il se dirigea vers la Bactriane, au nord de l'Hindou-Kouch, mais une révolte déclenchée par le satrape Artibazane ayant éclaté à Aria sur ses arrières l'obligea à rebrousser chemin. Après avoir mis fin avec sa promptitude et sa brutalité habituelles à l'insurrection, il changea son itinéraire et se dirigea vers Darandjiana, au sud-ouest de l'Afghanistan, s'arrêtant quelque temps à Phrada, qu'on a identifiée soit à Farah, soit à Nadé Ali, situé près de l'embouchure du Helmand. De Phrada, il se porta, en remontant le Hilmand, vers Kandahar, où il fit bâtir l'Alexandrie d'Arachosie, et, se tournant vers le nord, il passa l'hiver 330-329 en Propamizade (Kohistan actuel), région fertile située au pied de l'Hindou-Kouch, où il fonda une autre Alexandrie, celle de Caucasie. Le printemps suivant vit le conquérant traverser l' Hindou-Kouch par le col de Khawak, à une altitude d'à peu près 4 000 mètres, et surprendre à Drapsaca, dans la vallée du Kunduz, Bessus qu'il captura et mit à mort, pour son prétendu crime de lèse-majesté contre Darius III. Après avoir mis de l'ordre dans les affaires de la Bactriane, Alexandre traversa l'Oxus à Zariaspa et poursuivit ses conquêtes jusqu'au-delà de l'Iartaxe (Syr-Daria). En 327, il retourna dans la région de Kaboul, d'où il pénétra en Inde par la vallée du Kunar.

Nous avons indiqué quelques-unes des villes construites en Afghanistan, souvent pour des raisons stratégiques, par ordre d'Alexandre. Il y en eut certainement d'autres dont l'histoire a perdu la trace. Mais ce qui est plus significatif dans les chroniques sur la conquête macédonienne est la référence aux villes qui existaient déjà dans le pays au moment de l'invasion, telles que Phrada (Farah ou Zaranj), Drapsaca (Baghlan ou Kunduz) et Zariaspa, sur l'Amou-Daria. L'existence de ces centres urbains prouve qu'au moment de l'invasion d'Alexandre les provinces formant l'Afghanistan d'aujourd'hui avaient, dans le processus de leur développement socio-économique, atteint la phase de l'urbanisme, qui implique à son tour l'apparition de classes moyennes, composées de commerçants, d'artisans et de fonctionnaires d'État.

  Les Gréco-Bactriens

Après la mort prématurée d'Alexandre, à Babylone en 323 avant J.-C., son empire devint un enjeu pour ses lieutenants ambitieux qui, au bout d'une période de troubles et d'anarchie, le partagèrent entre eux en trois parties principales. Tandis que les provinces indiennes retournaient aux souverains locaux, la majorité des conquêtes asiatiques d'Alexandre devenait le fief de Séleucos Nicator (355-280) qui dut toutefois céder l'Afghanistan situé au sud de l'Hindou-Kouch à Chandragupta, fondateur de l'empire Maurya des Indes. Le premier document écrit, découvert en Afghanistan, est dû à l'empereur Açoka, petit-fils de Chandragupta, qui fut célèbre aussi bien par ses conquêtes que par son zèle pour le bouddhisme et par ses sentiments humanitaires. C'est un édit bilingue, en grec et en araméen (langue officielle de la cour), gravé sur pierre et découvert à Kandahar en 1958.

Cependant, au nord de l'Hindou-Kouch, la domination des Séleucides, dont le centre se trouvait à Antioche, en Syrie, céda, petit à petit, la place à une administration locale, fondée par les colonies grecques de Bactriane, tandis que plus à l'ouest les Parthes, tribus nomades venant des steppes du Nord, fondaient une nouvelle dynastie qui régna sur la plus grande partie de l'Iran jusqu'au iiie siècle après J.-C.

Euthydème de Magnésie (225-190 av. J.-C.), un des premiers souverains gréco-bactriens, reprit aux Maurya, affaiblis après Açoka, les anciennes satrapies achéménides situées au sud de l'Hindou-Kouch, et son fils Démétrios (189-167 env.) étendit son royaume jusqu'aux bords du Gange.

Après Démétrios, le royaume gréco-bouddhique devint, à son tour, la proie de guerres internes, et son centre de gravité passa d'abord à Gandhara et ensuite, avec le roi Ménandre (l'Indien Malinda), à Sialkot dans le Pendjab. La branche de Bactriane succomba sous les coups d'une nouvelle vague de tribus nomades, les Scythes, venant aussi du nord, au début du ier siècle avant J.-C., tandis que celle des Indes végétait encore pendant quelques décennies. Les noms et les dates des souverains gréco-bactriens nous sont révélés par leurs monnaies, qui ont été découvertes en grande quantité en Afghanistan aussi bien qu'au Pakistan et en Inde. Ce sont des pièces, en or et en argent, remarquables par leur qualité artistique et possédant une grande valeur historique. Mais elles ne sont pas les seules traces de l'hellénisme retrouvées dans cette partie lointaine de l'Asie.

À Ai Khanoum (signifiant en langue ouzbek la dame-lune), situé au nord de l'Afghanistan, au confluent de la rivière Kokcha et de l' Amou-Daria, les ruines d'une ville grecque, avec toutes ses caractéristiques architecturales, qui furent mises au jour par la mission archéologique française témoignent de l'étendue de l'influence hellénique dans le pays de l'Hindou-Kouch sous les Gréco-Bactriens. On doit aussi conclure, d'après les pièces de monnaie déjà mentionnées, que c'est durant cette période que le pays fut doté pour la première fois d'une écriture.

  L'invasion des Scythes

Les Scythes, qui furent connus en Asie plus souvent sous le nom de Saka, appartenaient à un conglomérat de tribus souvent nomades, habitant les confins septentrionaux du monde prétendument civilisé, décrit par les historiens classiques. Ces tribus ont joué un rôle souvent déterminant dans la destinée des grandes puissances de l'Antiquité, en Europe aussi bien qu'en Asie, et en Extrême-Orient. Car, habitant des régions peu fertiles, ils se mettaient de temps en temps en mouvement, poussés par des raisons complexes qui tenaient au climat, à la démographie et à l'économie, et envahissaient les régions plus fertiles situées au-delà de la zone qu'ils occupaient habituellement. Il en résultait des conflits prolongés avec les États organisés de l'époque qui, essayant de défendre leur territoire, finissaient quelquefois par s'écrouler sous la pression persistante des envahisseurs, prélude à une période de destruction et d'anarchie plus ou moins prolongée.

Au iie siècle avant J.-C., les Saka subissaient fortement la pression des tribus Yue-Tche qui, ne pouvant plus pénétrer en Chine, du fait de la consolidation de l'Empire sous les Han, s'étaient mis en marche en direction de l'ouest. Après avoir détruit le royaume gréco-bactrien, les Saka, détournés de l'Iran par les Parthes, prirent la direction du sud et, d'après les informations fournies par la numismatique, arrivèrent à Gandhara au début du ier siècle avant J.-C. En passant par Darandjiana, dans le sud-ouest de l'Afghanistan, ils lui donnèrent leur nom : Sakestan, au Moyen Âge, et Sistan aujourd'hui. Ensuite, poussant vers le nord et le nord-est, ils pénétrèrent dans la vallée de l'Indus par les passages de Touchi et de Gomal. Ils envahirent le Pendjab sous la conduite de Manès qui régna de 97 à 77 avant J.-C.

Après la mort de ce dernier, qui avait établi sa capitale à Taxila, près de Peshawar, une période de troubles, marquée par l'habituelle guerre de succession, intervint, jusqu'à ce que Azès Ier réussît à rétablir la paix et à asseoir son autorité. Il consolida le pouvoir des Saka dans le nord de l'Inde, son fils Azilizès, puis son petit-fils Azès II, lui succédant sur le trône.

Les Saka, comme la plupart des autres peuples de la steppe, étaient d'excellents cavaliers qui employaient au combat des lances de grande longueur, déjà remarquées par les chroniqueurs d'Alexandre durant la bataille de Gaugamèle.

Les Parthes, qui avaient commencé leurs incursions sur le plateau iranien bien avant les Saka, appartenaient aussi aux tribus nomades habitant les steppes de l'Asie centrale. Comme leurs cousins les Saka, ils étaient des cavaliers intrépides, redoutables par leurs charges à cheval et par leur adresse au tir à l'arc. Après avoir établi leur pouvoir sur la partie nord du plateau, ils étendirent leurs possessions à l'est jusqu'aux limites de l'empire achéménide.

Les hordes parthes envahirent le royaume des Saka par le Sistan durant les premières années de l'ère chrétienne, et la nouvelle dynastie indo-parthe fut établie dans la région contrôlée auparavant par les Saka. Le représentant le mieux connu du nouveau pouvoir fut Gondopharès (mort en l'an 48) dont le nom est associé à la mission, probablement apocryphe, de l'apôtre saint Thomas dans l'Inde du Nord. Malgré leurs prouesses guerrières, les Saka et les Parthes n'ont pas contribué d'une manière significative au progrès économique et culturel des pays qu'ils ont conquis. Leur époque n'était, au fond, qu'une période obscure et destructive, dont les seuls témoignages sont les monnaies, toujours frappées dans le style grec de leurs prédécesseurs.

  L'empire kushana

Au moment même où les Parthes essayaient de consolider leur pouvoir dans la vallée de l'Indus, la Bactriane était envahie et occupée par une nouvelle vague de nomades, les Kushana, qui faisaient partie de la confédération des Yue-Tche, tribus habitant les régions situées au nord de la Chine. Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine ethnique des Yue-Tche. Certains les considèrent comme étant d'origine turco-mongole, tandis que d'autres voient en eux une branche des Scythes. Au début de l'ère chrétienne, les Kushana-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine, qui après leur conquête de la Bactriane avaient adopté un mode de vie sédentaire et maîtrisé l'art de l'administration centralisée, déferlèrent au sud de la barrière de l'Hindou-Kouch et réussirent à établir un empire qui, à son apogée, s'étendait jusqu'au Gange. Dans cette invasion, ils étaient menés par le premier grand souverain kushana, Kujula Kadphisès. Son fils, Vima Kadphisès (92-144), consolida l'empire et établit des relations diplomatiques avec Rome et la Chine. Mais c'est avec Kanịska, le fils et successeur de Vima, que l'empire atteignit son apogée.

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine Vidéo

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine Mochica et Nasca dans les Andes. Les Han en Chine. Rome. Les quatre siècles qui encadrent le début de notre ère sont caractérisés par la prédominance de vastes empires. En Occident tout d'abord, la république romaine supplante l'empire carthaginois dans la domination des rives de la Méditerranée oc… 

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Kanishka, qui est sans doute une des figures les plus remarquables de l'Antiquité, fut en même temps un grand général, un administrateur habile et un protecteur des arts. Sous son règne, le bouddhisme, qui après Açoka avait dû céder la place, en Inde, au brahmanisme militant, mais avait tout de même conservé sa place au Gandhara, connut une nouvelle période d'épanouissement, grâce à la tolérance religieuse et à l'éclectisme culturel des Kushana, et il s'infiltra avec les caravanes des commerçants dans le Turkistan chinois, en Mongolie, en Chine proprement dite et plus tard en Corée et au Japon.

Sous les Kushana, dont l'ascension correspond au déclin du pouvoir parthe, les échanges commerciaux se développèrent entre l'Empire romain d'un côté et la Chine et l'Inde de l'autre. L'Afghanistan actuel, qui se trouvait au point d'intersection des axes d'échanges, notamment la célèbre Route de la soieroute de la soie, connut une période de prospéritésans précédent, dont témoigne le résultat des fouilles pratiquées dans plusieurs régions du pays et surtout à Begram, qui servait de capitale d'été aux souverains kushana. Dans un seul palais, on a mis au jour des objets d'art et des fragments de meubles provenant non seulement d'Inde et de Chine, mais aussi de pays aussi lointains que l'Égypte, la Syrie et d'autres régions de l'Empire romain. Tandis que Rome exportait des vaisselles en or et en argent, des étoffes de lin et de laine, du topaze, du corail, de l'ambre, du vin et des objets de verre, l'Inde envoyait des tissus de coton, de l'indigo, des épices, de l'ivoire, des perles, de la laine de Cachemire et des épées en acier ; l'Afghanistan fournissait le lapis-lazuli, le rubis, l'argent, la gomme et certains médicaments. La Chine exportait de la soie brute à Rome et des broderies de soie en Asie centrale et aux Indes. De Sibérie et de Mandchourie, des fourrures et de l'or étaient envoyés vers Rome et l'Inde.

Route de la soie Dessin

Route de la soie La route de la soie : Iersiècle après J.-C. (d'après J.-C. Blanc, « L'Afghanistan et ses populations », Éditions Complexe). 

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Kanishka mourut en 151 après J.-C. et lui succédèrent trois souverains de sa lignée : Vaseska, Huviska et Vasudeva. Certains historiens, se fondant sur l'étymologie de ces noms, ont conclu que le brahmanisme fut de retour en Afghanistan sous les derniers Kushana, mais cette thèse n'est pas confirmée par l'archéologie et la numismatique, qui indiquent la prépondérance du bouddhisme. Vasudeva, le dernier des « grands Kushana », régna jusqu'au milieu du iiie siècle après J.-C. sur un empire élargi par de nouvelles conquêtes. Mais, déjà en Perse, au sud-ouest du plateau iranien, apparaissait un nouveau pouvoir, indigène et nationaliste, qui aspirait à la restauration de l'empire des Achéménides dans toute son étendue. C'était la dynastie sassanide dont le deuxième souverain, Shapour Ier, envahit l'empire des Kushana et, après avoir vaincu ses armées, mit à sac sa capitale d'été, Bagram. Toutefois, à cause de la pression continuelle qu'exerçaient les Romains sur la frontière ouest du nouvel empire, il ne réussit pas à consolider son pouvoir en Afghanistan et dut se résoudre à le contrôler indirectement par l'intermédiaire des autorités locales.

Avec la chute des Kushana allait prendre fin une période d'à peu près cinq siècles de prospérité économique et d'épanouissement artistique et culturel, qui avait commencé avec l'établissement de l'État gréco-bactrien et atteint son apogée sous le règne de Kanishka. Quoique l'art dit gréco-bouddhique fleurît encore dans le pays de l'Hindou-Kouch, enrichi par l'apport des écoles sassanide et brahmanique, l'essor du commerce interrégional passant par l'Afghanistan, qui se trouvait à la base de sa prospérité économique, avait disparu en raison du conflit permanent entre les empires sassanide et romain d'un côté, et de l'isolement de la Chine de l'autre.

  L'invasion des Huns

Les Huns Hephtalites500 à 600. Reconquêtes, qui sont connus aussi sous le surnom de Huns blancs, étaient des hordes turco-mongoles originaires de l'Altaï. Vers la fin du ive siècle, ils pénétrèrent dans les steppes de l'Asie centrale et occupèrent la Sogdiane et la Bactriane. Un peu plus tard, ils traversèrent l'Hindou-Kouch et descendirent au Gandhara, où ils ruinèrent la civilisation qui avait donné naissance à l'art gréco-bouddhique. De là, comme d'habitude, ils passèrent en Inde et poussèrent jusqu'aux bords du Gange. Cependant, leur conquête, comme celle de leurs cousins d'Europe, fut de courte durée. Ils perdirent les Indes en 528, au bénéfice d'une alliance de souverains locaux, et disparurent de l'histoire lorsque leur armée, prise entre les forces des Sassanides et celles des Turcs, fut écrasée dans le Turkistan en 568.

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500 à 600. Reconquêtes Justinien empereur. Apogée de Constantinople. Chosroès Ier empereur sassanide en Iran. Les Sui réunifient la Chine. Les bouleversements du siècle précédent se poursuivent au VIe siècle. En Occident, les Francs étendent leur domination sur pratiquement toute l'ancienne Gaule, t… 

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À la suite de cette victoire, les Turcs occupèrent les régions situées au nord de l'Oxus, tandis que l'Afghanistan tombait de nouveau entre les mains des Sassanides. Mais ceux-ci, ayant perdu leur dynamisme initial, le nord de l'Hindou-Kouch fut partagé par les princes Hephtalites, et, au sud, des satrapes d'origine kushana proclamèrent leur indépendance. Vers le milieu du viie siècle, quand l'empire dégénéré des Sassanides s'écroula sous les coups des Arabes musulmans, les Turcs et les Hindous s'infiltrèrent dans les régions nord-est et est de l'empire et contribuèrent à leur tour à l'anarchie causée par la chute de l'administration centrale.

Cependant, malgré des péripéties continuelles, les dernières années de la période pré-islamique furent remarquables par la grande activité religieuse des pèlerins chinois, qui traversaient l'Afghanistan pour se rendre en Inde, en quête de textes bouddhiques. Le plus connu est Huang Tsan, qui nous a laissé une description informative, quoique fragmentaire, de la prospérité relative de régions telles celles des Balkh, Bamian, Kaboul et Jalalabad actuels, vers le milieu du viie siècle.

Par ailleurs, à la suite de l'infiltration des Hindous et de l'établissement de la dynastie connue sous le nom des Kaboul Shah, le brahmanisme réussit enfin à supplanter le bouddhisme comme religion dominante et s'opposa pendant à peu près deux siècles à l'extension du pouvoir musulman dans la région orientale de l'Afghanistan centrée sur Kaboul.

  La conquête arabe

Les Arabes entrèrent en Afghanistan vers le milieu du viie siècle sur deux fronts parallèles : par la ville de Herat au nord et par la province du Sistan au sud. De Herat, ils poussèrent vers Balkh, chef-lieu de l'ancienne Bactriane, où ils se heurtèrent aux Turcs, qui s'y étaient établis après la destruction de la puissance des Hephtalites. Malgré la résistance farouche de ceux-ci, l'armée arabe, soutenue par son prosélytisme, occupa la ville et, poussant au-delà, atteignit la Transoxiane au nord et Tokhar à l'ouest. C'est au cours d'une escarmouche avec l'armée chinoise, dans ces parages, qu'ils firent un certain nombre de prisonniers. Or, parmi ces captifs se trouvaient des artisans du papier qui, une fois installés en Iran, y introduisirent leur technique, ce qui donna un grand essor au développement de la science islamique.

Sur le front du sud, après avoir établi une base solide au Sistan, les Arabes essayèrent d'atteindre Kaboul, capitale des Kaboul Shah brahmaniques. Mais, là, ils eurent moins de succès et durent se contenter de la soumission nominale de ces derniers. L' islam, une fois vainqueur, supplanta complètement en Afghanistan (qui reçut de la part des géographes arabes le nom de Khorassan, ou « pays de l'Est ») les religions mazdéenne, bouddhique et brahmanique, qui s'étaient pendant longtemps disputé le pays. Il exerça une influence profonde sur la vie économique et sociale ainsi que sur la culture de la population. L'inclusion du pays dans un vaste empire qui s'étendait des Pyrénées jusqu'aux bords de l'Indus favorisa grandement les échanges commerciaux. Le nombre des habitants de villes telles que Herat, Balkh et Zaranj connut une augmentation sans précédent, et l'agriculture profita d'un marché agrandi. La classe des propriétaires fonciers, les dehkhans, devint le pilier qui soutint, un peu plus tard, les mouvements de libération indigènes.

Sur le plan culturel, tandis que les arts représentatifs (et surtout la sculpture) souffraient des limitations imposées par l'islam, la science et la littérature profitaient de l'épanouissement intellectuel survenu à Bagdad, qui reposait avant tout sur la traduction des œuvres des philosophes grecs et des auteurs iraniens et hindous.

  L'apparition de pouvoirs indigènes

Vers le milieu du ixe siècle, l'islam avait perdu une grande partie de son dynamisme, et, quoique le calife de Bagdad fût toujours considéré comme le chef suprême du monde musulman, des mouvements centrifuges se faisaient sentir dans les régions éloignées de l'empire. Les théoriciens du mouvement furent les Cha‘oubites, qui se servaient aussi bien des préceptes égalitaires de l'islam que de la rhétorique grecque pour rejeter le chauvinisme raciste de l'aristocratie arabe. Sur le plan culturel, ils étaient soutenus par un mouvement parallèle en faveur des langues indigènes contre la domination de l'arabe, mouvement qui, dans la partie est du plateau de l'Iran, aboutit à l'apparition d'une langue nouvelle, le persan dari, ou dari tout court, amalgame du pahlawi, la langue officielle des Sassanides, avec les langues locales. La nouvelle langue adopta l'alphabet arabe, qui, malgré ses imperfections, prouva son efficacité pour la propagation des lettres et des sciences.

Une des premières dynasties indigènes qui proclama son indépendance de la tutelle du califat fut celle des Saffarides, fondée vers 861 par un certain Ya‘kub ben Layth al-Saffar, dans la province du Sistan. Après avoir conquis Herat et Balkh, Ya‘kub se rendit à Kaboul et mit fin au pouvoir des Kaboul Shah brahmaniques. Il fut suivi sur le trône par son frère, qui fut vaincu en 903 par les Samanides alors en plein essor.

Descendants de l'aristocratie rurale, les Samanides, originaires de Boukhara, régnèrent de 900 à 990 sur la Transoxiane, le Khorassan et une partie de l'Iran. Grands protecteurs des gens de lettres, ils les encouragèrent à composer leurs œuvres en dari, la langue de leur cour. Mais, avec le temps, leur autorité s'affaiblit, par suite de la maladie commune aux dynasties orientales, à savoir les guerres de succession causées avant tout par la polygamie des souverains. Vers la fin du xe siècle, leur pouvoir succomba devant l'effort commun des Karakhanides, habitant les steppes du Nord, et de la nouvelle dynastie des Ghaznévides, établie par un de leurs propres esclaves-combattants à Ghazni, au sud de Kaboul.

  La domination turque

Avec la disparition des Samanides, le pouvoir passa de nouveau aux mains des Turcs, venus des steppes du Nord en quête de pâturages. Leur modèle s'imposa encore une fois, mais heureusement la destruction, au moins en Afghanistan, resta limitée. Car les nouveaux conquérants, qui avant d'arriver au pouvoir avaient passé quelque temps au service des Samanides, avaient non seulement adhéré à l'islam, mais assimilé, dans une certaine mesure, la culture locale. Ils devinrent donc à leur tour des protecteurs des lettres et des sciences. Cela s'applique surtout à Mahmoud de Ghazni, qui est connu dans l'histoire aussi bien pour sa générosité envers les poètes que pour son zèle iconoclaste.

Mas‘oud ben Mahmoud subit une défaite écrasante devant une nouvelle vague de tribus turques, connues sous le nom de Ghuz, près de Merv en 1038, et il dut se retirer dans son domaine indien.

Les Ghuz établirent la dynastie des Seldjoukides, qui régna surtout en Iran, tandis qu'en Afghanistan le pouvoir affaibli des Ghaznévides subit en 1150 l'assaut du terrible Alauddin de Ghur, qui reçut le surnom de Djahan Soz ou « incendiaire du monde » à cause de la destruction totale de la belle ville de Ghazni, sur son ordre.

Shamsuddin Mohammad, successeur d'Alauddin, envahit à son tour les Indes et, après avoir détruit le pouvoir des Rajputs, s'empara de Delhi où il établit une nouvelle dynastie qui fut le point de départ du pouvoir musulman dans l'Inde du Nord. Ironie de l'histoire, malgré son influence durable dans les Indes, le pouvoir ghuride fut de courte durée dans son pays d'origine, l'Afghanistan. Car il fut attaqué à son tour par une nouvelle puissance, d'origine turque, celle des Khwarazam Shah, établie dans l'oasis d'Organj, à l'embouchure de l'Amou-Daria. Par conséquent, au début du xiiie siècle, alors qu'une des plus effroyables invasions de l'histoire se préparait en Mongolie, sous la direction du terrible Gengis khan, le Khorassan faisait partie de l'empire de Khorezm, qui fut le premier à subir le choc de la nouvelle avalanche.

Avec cette invasion, la phase ascendante de la civilisation islamique touche à son terme. La région du Khorassan, qui comprenait en grande partie l'Afghanistan actuel, avait beaucoup contribué à l'épanouissement de cette civilisation. Quoique cette partie de l'Asie eût subi plusieurs invasions et de fréquents changements de dynastie, la technique administrative s'y était perfectionnée avec le temps grâce à la création des services nécessaires (finances, armée, justice, etc.), le tout contrôlé par un vizir, correspondant plus ou moins à un Premier ministre. Des grands vizirs, comme Maïwandi, sous les Ghaznévides, et Nezam-ul-Mulk, sous les Seldjoukides, avaient contribué à donner à l'administration un caractère institutionnel.

  L'avalanche des Mongols

Les Mongols étaient l'une des innombrables tribus de race jaune habitant le plateau du Gobi, situé au cœur même de l'Asie, entre la Chine et la Sibérie. Au début du xiiie siècle, cette petite tribu acquit une importance sans commune mesure avec sa taille, grâce à la personnalité de son chef, Temujin, surnommé Gengis khan, qui unissait, à un rare degré, le génie militaire et l'astuce politique1200 à 1300. L'Asie des Mongols. Après avoir conquis la Chine du Nord et le bassin du Tarim, il envahit en 1220, avec une armée de 150 000 cavaliers, l'empire des rois du Khorezm, qui avait remplacé les Seldjoukides et les Ghurides comme pouvoir dominant en Asie centrale. La Transoxiane fut occupée et ravagée de fond en comble. Puis ils attaquèrent le plateau de l'Iran. Une colonne, prenant le chemin de l'ouest, passa par Herat et une autre, se dirigeant vers le sud, traversa l'Hindou-Kouch. Elles réussirent, en deux ans, à occuper, piller, incendier tous les centres urbains, ainsi que les fermes et les villages situés sur leur chemin, et à en massacrer les habitants. Ce fut une destruction quasi totale des fruits de la civilisation islamique, accompagnée de l'extermination de la population urbaine. Seuls les artisans eurent la chance d'échapper au massacre, en acceptant d'être déportés en Mongolie.

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1200 à 1300. L'Asie des Mongols Gengis-Khan. Empire mongol. Croisades en Europe. Émergence du Mali en Afrique. Le XIIIe siècle est celui des Mongols. À partir de 1206, les troupes de Gengis Khan déferlent sur l'Asie et l'Europe. Xixia, Jin, Kharezm, Qipcaq, principautés russes sont vassalisés. Les descendants du conqu… 

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En 1222, Gengis khan retourna en Mongolie en laissant le Khorassan à son fils Jaghataï, qui ne montra pas beaucoup d'ardeur pour l'administration de son domaine.

Les Tadjiks, qui occupaient la vallée du Hari-Rud, furent les premiers à établir une dynastie indigène semi-indépendante, celle des Karts, au Khorassan. Ils réussirent à reconstruire en partie la ville de Herat et à remettre en valeur les installations abandonnées, comme les barrages, les canaux d'irrigation, les ateliers d'artisanat.

  Timour le Boiteux et les Timourides

Peu de temps après, un nouveau conquérant vint mettre fin à l'œuvre commencée. C'était Timour Leng « le Boiteux » ou Tamerlan, qui, se mettant à la tête des hordes turco-mongoles, envahit le plateau de l'Iran, avec le zèle destructeur d'un nouveau Gengis khan. Les Karts résistèrent à Herat reconstruit par leurs soins, mais n'arrivèrent pas à arrêter l'ouragan et périrent avec la ville en 1383. Le reste du plateau iranien subit le même sort. La destruction fut tellement complète qu'au Sistan même les digues conduisant l'eau dans les canaux d'irrigation n'y échappèrent pas, et cette riche et prospère oasis retourna au désert.

Heureusement, les descendants du terrible conquérant furent d'une tout autre qualité. Ayant assimilé la culture islamique, ils essayèrent, par tous les moyens, non seulement de réparer les dégâts causés par leur terrible ancêtre, mais aussi de promouvoir les arts et les sciences. Par conséquent, au xve siècle, la ville de Herat fut le berceau d'une renaissance qui ne le cédait en rien à sa rivale de la même époque, en Italie.

  Période de décadence

Il n'est pas aisé de déterminer avec précision les raisons de la décadence économique et culturelle dont fut victime le Khorassan, après la défaite des Timourides devant les Ouzbek, dans les premières années du xvie siècle. Mais il est de fait qu'après cet événement les régions constituant l'Afghanistan d'aujourd'hui perdirent, dans une grande mesure, la vitalité qui, auparavant, les incitait à se relever chaque fois qu'elles avaient subi les ravages des invasions. D'un côté, les incursions répétées des armées turco-mongoles avaient sapé en profondeur les classes laborieuses qui constituaient la base de la civilisation islamique dans la région, et, de l'autre, le partage du Khorassan, entre les deux empires (les Grands Moghols à l'est et les Safavides à l'ouest) privait le pays d'une capitale qui jouait un rôle civilisateur. Mais la cause la plus déterminante fut sans doute le fait que, juste à ce moment, le progrès technique de la navigation permit aux nations européennes d'emprunter des voies de commerce maritime avec les pays d'Orient, au détriment de la voie continentale qui traversait l'Afghanistan et le mettait en contact avec les régions civilisées du monde. Le résultat en fut l'isolement prolongé du pays, aggravé par l'obscurantisme culturel de la classe dirigeante, qui ne prit fin qu'avec la proclamation de l'indépendance au xxe siècle.

Durant les deux siècles suivants, tandis que l'est de l'Afghanistan (avec la ville de Kaboul) était contrôlé par les Grands Moghols et l'ouest (avec la ville de Herat) par les Safavides, Kandahar, située à un point stratégique entre les deux empires, devint la pomme de discorde qui les jetait l'un contre l'autre. C'est pendant cette période, et en partie à la suite de cette rivalité, qu'un nouvel élément ethnique local, celui des Pachtoun, fit son apparition sur la scène politique de la région.

  Les Ghilzai

Au début du xviiie siècle, la révolte à Kandahar de la tribu Ghilzai, dirigée par son chef Mir Waïs, libéra la ville après l'assassinat du gouverneur safavide. Mir Waïs, qui était aussi intelligent que courageux, avait auparavant étudié de près l'état déplorable de la cour d'Ispahan et préparé judicieusement son plan de campagne.

Il mourut en 1715 et, après l'usuelle dispute de succession entre son frère et son fils Mahmoud, celui-ci accéda au pouvoir et conduisit son armée, composée de tribus pachtounes et autres, à la conquête d'Ispahan, capitale de l'Iran, où il entra en 1722, après un siège de plusieurs mois.

Le roi safavide, Sultan Husain, ayant cédé son trône au vainqueur, Mahmoud se mit à administrer le pays comme successeur du régime précédent. Malheureusement, ce n'était pas une tâche aisée, parce que le conflit entre Persans et Pachtoun était rendu encore plus complexe en raison de l'hostilité traditionnelle opposant les Iraniens schī‘ites aux Afghans sunnites. Mahmoud, qui d'ailleurs souffrait de paranoïa, détruisit les dernières possibilités de coexistence par le massacre gratuit de la famille royale iranienne et par d'autres actes de tyrannie, aussi cruels qu'inutiles. Cela fournit à son cousin Ashraf, fils du défunt Aziz, l'occasion de se venger comme le prescrivait le code tribal des Pachtoun. Profitant d'une crise nerveuse du souverain, il le mit à mort et s'empara du pouvoir. Ashraf était un homme de tout autre calibre que son prédécesseur. Non seulement il repoussa les armées turque et russe, qui avaient pénétré en Iran, mais il se préparait à consolider sa position à l'intérieur du pays lorsqu'il se heurta à la personnalité du nouveau commandant des forces iraniennes, le futur Nadir shah. Malgré son courage et sa persévérance, Ashraf fut vaincu, dans une série de rencontres, grâce à la supériorité tactique de son adversaire, et il périt alors qu'il s'enfuyait aux environs de Kandahar en 1730.

Peu après, Nadir, qui s'était entre-temps fait élire empereur de Perse, assiégea Kandahar, où Husain, cousin d'Ashraf, dut se soumettre à lui, après une défense prolongée. Le conquérant iranien se rendit alors par Kaboul en Inde, où il mit à sac Delhi, capitale des Grands Moghols.

Nadir shah passa comme un éclair sur l'horizon de l'histoire de l'Asie centrale. Ayant perdu son équilibre mental, il périt en 1747, victime d'un complot tramé par ses propres courtisans.

  L'empire des Durani

Originaire du Khorassan et élevé dans la religion sunnite, Nadir avait choisi les membres de sa garde personnelle parmi les Pachtoun et les Ouzbek, sunnites comme lui-même. À sa mort, et selon ses ordres, un des capitaines de la garde, Ahmad khan, se mettant à la tête des cavaliers pachtouns, prit le chemin de Kandahar. Là il convoqua une assemblée des chefs des tribus pachtounes, dominée par ceux qui lui étaient favorables et, avec l'assistance d'une personnalité connue pour sa ferveur religieuse, il se fit élire souverain d'une nouvelle dynastie, qu'il appela Durani.

FAfghanistan : frontièresidèle à la tradition, Ahmad shah se tourna vers l'Inde et y dirigea entre 1748 et 1767 huit expéditions. Quoiqu'il eût poussé son armée au-delà de Delhi, qu'il eût mis à sac et décimé en 1761 la confédération hindoue des Marhattes, vers la fin de son règne il avait perdu, face au pouvoir naissant des Sikhs, une grande partie du Pendjab. Il avait eu la sagesse de ne pas déplacer sa capitale, qui resta à Kandahar, dans une ville nouvelle qu'il fit construire à peu de distance de la ville détruite par Nadir shah.

Afghanistan : frontières Dessin

Afghanistan : frontières Frontières de l'Afghanistan actuel par rapport à celles de l'empire d'Ahmad Shah en 1762 (d'après Dupree, 1973). 

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Outre ses conquêtes en Inde, Ahmad shah annexa à son empire la partie nord-ouest de l'Iran et le versant nord de l'Hindou-Kouch jusqu'à l'Amou-Daria. C'était un souverain sage, plein d'énergie mais modéré dans ses goûts. Son administration reposait sur un système tribal et féodal, dans lequel l'autorité était déléguée par le souverain aux khans ou chefs de tribus qui contrôlaient, de façon héréditaire, le pouvoir, aussi bien dans l'administration centrale que dans celle des provinces. L'armée était formée essentiellement de contingents fournis par eux, à la demande du souverain. En échange de ces services, les khans recevaient des terres agricoles comme fief et obtenaient le droit de percevoir l'impôt. À la tête de la hiérarchie tribale se trouvaient les Durani qui avaient reçu les meilleurs lots de terre avec des privilèges ayant trait au paiement de l'impôt ; puis venaient les autres tribus pachtounes, et, en bas de l'échelle, se trouvaient les Tadjik, les Hazara et les autres ethnies. À côté de la loi religieuse, les usages pachtouns – qui privaient les filles de leur part d'héritage et obligeaient la veuve à se remarier dans la famille de son époux défunt – étaient appliqués par décret royal.

Ahmad shah fut suivi sur le trône, en 1773, par son fils Timour qui, pour se soustraire à l'influence des chefs Durani, déplaça la capitale de Kandahar à Kaboul. Timour qui, du vivant de son père, avait été gouverneur de Herat et de Lahore, fut un bon administrateur et sut préserver, dans ses grandes lignes, l'empire dont il avait hérité. Mais, accessible à tous les plaisirs, il eut un large harem et laissa derrière lui, à sa mort en 1793, plus de vingt fils qui, après s'être disputé le trône pendant un quart de siècle, perdirent le pouvoir au profit d'une autre branche des Durani, celle des Barekzai. C'est au milieu de cette période de troubles perpétuels que les Anglais, inquiets des manœuvres de Napoléon Bonaparte en direction de l'Inde, décidèrent d'établir des relations privilégiées avec leurs voisins du nord de la péninsule. Leur envoyé, Mountstaurt Elphinstone, visita à cette fin Peshawar en 1809 et conclut avec Shah Shudja un traité d'alliance qui n'eut pas, d'ailleurs, l'occasion d'être mis à l'épreuve.

  Dost Mohammad et la première guerre anglo-afghane

Les Barekzai, ou plutôt leur branche des Mohammadzai, qui avaient arraché le pouvoir aux descendants d'Ahmad shah, commencèrent par partager le pays en un certain nombre de principautés indépendantes. Ayant perdu auparavant leur chef, le dynamique vizir Fateh khan, il fallut à peu près cinquante ans aux frères de ce dernier pour rendre à l'Afghanistan un semblant d'unité sous l'égide de l'infatigable Dost Mohammad, un des frères cadets de Fateh khan. Entre-temps, Peshawar, la capitale d'hiver des Sadozai, tomba aux mains des Sikhs, et Herat fut attaqué par le souverain persan, Mohammad shah. Bien que les Hératis aient repoussé l'armée persane, les Anglais, hantés par la possibilité d'une offensive russe en direction des Indes, décidèrent de restaurer sur le trône de Kaboul leur protégé sadozai Shah Shudja, qui conclut avec eux le traité de Lahore en 1838. L'année suivante vit l'armée britannique s'avancer vers Kandahar et Kaboul, par le défilé de Bolan. Après une série de rencontres indécises, Dost Mohammad se rendit aux Anglais et fut envoyé aux Indes. Mais Shudja ne réussit pas à rallier la population à cause de ses liens avec les Britanniques, et, lorsque la révolte éclata dans sa capitale même, il dut se retirer dans son château. L'armée anglaise capitula et fut décimée au cours de sa retraite, durant l'hiver de 1841-1842.

Après une courte expédition « punitive », durant laquelle ils détruisirent quelques-uns des plus beaux monuments de la capitale afghane, les Anglais évacuèrent le pays en y renvoyant l'émir Dost Mohammad, qui remplaça Shudja, assassiné au moment de sa fuite.

De 1843 à 1863, Dost réussit par sa persévérance à refaire l'unité de l'Afghanistan, dans des limites plus restreintes qu'auparavant, en éliminant l'une après l'autre les principautés semi-indépendantes de Kandahar et de Herat. Il abandonna Peshawar aux Anglais, qui s'y étaient établis après la chute du gouvernement sikh en 1846 et, en revanche, reconquit le Turkestan afghan situé au nord de l'Hindou-Kouch. Il y renforça son pouvoir par l'établissement de colonies pachtounes parmi les populations indigènes. Il mourut en 1863 à Herat, après avoir rattaché cette ville à l'administration centrale.

  Shir Ali et la deuxième guerre anglo-afghane

Après la traditionnelle guerre de succession entre les fils de Dost, dont le nombre dépassait la vingtaine, Shir Ali l'emporta et put régner jusqu'en 1878 sans encombre. Il entreprit un certain nombre de réformes, dont la plus importante fut l'établissement d'un Conseil des ministres et la création d'une armée de type moderne. Sous son règne, l'imprimerie fut introduite et le premier journal publié. Mais il négligea d'introduire l'éducation moderne, et l'effet bien modeste de ses réformes fut annulé par sa désastreuse politique étrangère.

Après avoir accepté pendant quelque temps l'assistance des Britanniques, il se brouilla avec eux pour des raisons d'importance secondaire et se laissa manipuler par la Russie tsariste, dans une manœuvre politique qui fournit aux Anglais le prétexte à une nouvelle invasion de l'AfghanistanGuerre anglo-afghane. La guerre se prolongea pendant deux ans, durant lesquels l'émir mourut à Mazar, dans le nord de l'Afghanistan, sans réussir à obtenir l'aide russe qui lui avait été promise. Son fils et successeur Ya‘koub fut banni et exilé en Inde, après avoir conclu avec les Anglais un traité qui leur cédait des régions d'importance stratégique. Mais le peuple ne se laissa pas pacifierSoldats afghans, et les Anglais, hantés par le désastre de la première guerre, se retirèrent après avoir conclu avec le futur roi Abdul Rahman un nouvel accord.

Guerre anglo-afghane Photographie

Guerre anglo-afghane Bala Bagh, près de Kaboul, lors de la deuxième guerre anglo-afghane, vers 1880. 

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Soldats afghans Photographie

Soldats afghans Deux Afghans en arme, au cours de la deuxième guerre anglo-afghane, vers 1880. 

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  Période de consolidation

L'émir Abdul Rahman gouverna l'Afghanistan pendant vingt et un ans (1880-1901) d'une poigne de fer. Il pacifia les chefs récalcitrants des tribus, en imposant au pays un régime de terreur excessif et souvent inhumain. Sur le plan extérieur, il s'arrangea pour délimiter les frontières de l'Afghanistan avec l'assistance des Anglais, dont il avait accepté la tutelle dans ses relations extérieures.

Son fils Habibullah lui succéda sur le trône. Quoique d'un caractère différent, celui-ci poursuivit, dans le domaine de la politique étrangère, les grandes lignes tracées par son prédécesseur, et il réussit, malgré les efforts des Turcs et des Allemands, à maintenir la neutralité afghane pendant la Première Guerre mondiale. À l'intérieur, il mit fin au régime de terreur instauré par son père, et il introduisit dans le pays l'éducation moderne. Mais, se consacrant aux plaisirs des sens, il abandonna de plus en plus les affaires d'État à son entourage et fut assassiné au cours d'une partie de chasse en 1919.

3.   L'Afghanistan contemporain

  Le royaume d'Afghanistan

Les réformes amanistes

C'est sous le règne de l'émir Habibullah que le premier mouvement constitutionnel fit son apparition en Afghanistan. Ses chefs les plus radicaux furent exécutés ou mis en prison. Mais le mouvement, qui avait réussi à pénétrer la cour, ne fut pas étouffé complètement, et l'un de ses membres les plus énergiques succéda à l'émir assassiné, en la personne de son fils Amanullah. Le nouveau roi inaugura son règne par la double déclaration de l'indépendance et d'une série de réformes dont l'objectif général était la modernisation de l'État afghan. La déclaration d'indépendance aboutit à une courte guerre contre l'Angleterre qui décida assez vite d'accepter les demandes du nouveau régimeConflit anglo-afghan. Après ce succès, le nouveau souverain se mit à organiser son gouvernement sur le modèle des administrations modernes, et il introduisit une série de réformes dans le domaine social et économique. Certaines d'entre elles furent accueillies avec enthousiasme, comme l'abolition du servage, mais d'autres, surtout celles touchant au statut des femmes, provoquèrent l'hostilité des éléments privilégiés, et lorsque le roi, à la suite d'un voyage en Europe, voulut en hâter le rythme, le mécontentement éclata en révolte, et Amanullah fut forcé de quitter le pays et de chercher refuge à l'étranger.

Conflit anglo-afghan Photographie

Conflit anglo-afghan Il est formellement interdit de passer cette limite et d'entrer en territoire afghan. C'est l'avertissement que l'on peut lire sur le panneau planté à la passe de Khyber occupée par les troupes britanniques, en 1919. 

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Nadir shah et sa famille

Après un court intervalle pendant lequel un ancien brigand occupa provisoirement le trône, un des cousins d'Amanullah, ancien commandant de son armée, s'empara de la capitale et se fit proclamer roi d'Afghanistan sous le nom de Nadir shah. Il régna pendant quatre ans, soutenu par les éléments conservateurs à l'intérieur et par la Grande-Bretagne sur le plan international. Lorsque sa politique se heurta aux critiques des éléments progressistes, il élimina les opposants d'une façon sommaire, ce qui aboutit à son propre assassinat commis par un étudiant en 1933.

Nadir shah fut suivi sur le trône par son fils Zahir, qui avait fait des études en France. Pendant longtemps, Zahir shah laissa les affaires d'État aux membres de sa famille, qui, en plus de la présidence du Conseil, occupèrent d'autres fonctions importantes. Il y eut cependant une courte période de détente, juste après la Seconde Guerre mondiale, avec quelques tentatives, plutôt timides, en direction de la démocratie. L'arrivée au pouvoir du prince Daoud, cousin du roi, en 1953, non seulement arrêta les mesures prises dans ce sens, mais instaura de nouveau un régime policier et répressif. Cependant, cette période se distingue aussi par des tentatives de développement économique et de réformes en ce qui concerne la situation des femmes. Le système d'économie dirigée, à base de planification, fut adopté, et des projets d'infrastructures furent réalisés, surtout dans le domaine des communications et de l'énergie. Mais c'est sur le plan de la politique étrangère que des changements significatifs eurent lieu. Après le départ des Anglais du sous-continent indien et la formation du Pakistan en 1947, le gouvernement afghan, alléguant des raisons historiques et ethniques, réclama pour les habitants de la province de la Frontière du Nord-Ouest et du Baloutchistan pakistanais le droit à l'autodétermination. Cela donna naissance à la question du Pachtounistan, qui allait envenimer pour longtemps les relations entre l'Afghanistan et le Pakistan. Daoud, qui était un des partisans les plus zélés du Pachtounistan, se rapprocha de l'Union soviétique, qui l'encouragea dans cette voie, et il prit la grave décision de confier à ses nouveaux amis le monopole de la formation des cadres et de l'armement de l'armée afghane.

En 1963, il dut quitter le pouvoir en raison du fiasco de sa politique relative au Pachtounistan et du mécontentement général suscité par ses méthodes policières. Avant sa démission, Daoud avait présenté au roi un plan de « réforme » politique, fondé sur l'établissement d'un parti unique. Mais Zahir shah, optant pour un système plus démocratique, chargea le docteur Mohammad Yussuf, ministre de l'Industrie et des Mines, de former le nouveau gouvernement. Il lui assigna aussi la tâche de préparer une nouvelle constitution et d'entreprendre des réformes allant dans le sens de la démocratie. Le nouveau Premier ministre, après avoir formé un gouvernement composé d'intellectuels et de technocrates, prépara une constitution fondée sur le principe de la monarchie constitutionnelle, avec interdiction faite aux membres de la famille royale d'accéder aux postes de l'État. La Constitution fut adoptée par le Loy Djirga (Grande Assemblée) et promulguée par le roi, le 1er octobre 1964. Les premières élections au scrutin secret eurent lieu l'été suivant, et le nouveau Parlement commença son travail en octobre 1965.

Dès les premiers jours, on put discerner trois tendances différentes au sein du Parlement : une majorité de conservateurs, composée surtout de grands propriétaires fonciers et de chefs de tribus, s'opposant à toute réforme substantielle ; une minorité centriste, cherchant à appliquer l'esprit de la Constitution et les réformes qu'elle prévoyait ; enfin, un petit groupe de communistes, suivant la ligne de Moscou. Ce dernier réussit à s'infiltrer parmi les étudiants et à fomenter des troubles qui poussèrent le nouveau gouvernement du docteur Yussuf à démissionner. Le gouvernement de Mohammad Hashim Maiwandwal qui suivit s'inclina devant la nouvelle force de gauche, qui, profitant des circonstances favorables, consolida sa position parmi la jeunesse et endoctrina le corps des officiers subalternes formés par les Soviétiques. Plus tard, lorsque le Premier ministre entreprit de former son propre parti, avec un programme éclectique, il fut balayé du pouvoir par la collusion des deux extrêmes et remplacé en 1967 par son ministre des Affaires étrangères, Noor Ahmad Etemadi.

Les années 1963 à 1968 furent décisives dans l'histoire de l'Afghanistan moderne. Car, après une longue période de stagnation politique et sociale, caractérisée par la domination de la famille royale, s'appuyant sur les chefs de tribus – avant tout, ceux de l'ethnie pachtoune –, une tentative venait d'être faite pour élargir la base du pouvoir, offrant à la nouvelle couche de technocrates l'occasion de prendre part au gouvernement du pays, et au peuple en général la possibilité d'exhaler ses plaintes et d'exprimer ses espoirs. Mais une collaboration imprévue entre une partie de la famille royale et certains éléments de gauche créa une atmosphère défavorable à la réalisation de ces plans, et le roi, se laissant intimider par les pressions venant des deux côtés, n'osa pas promulguer les lois qui devaient compléter la Constitution (comme celle sur la formation des partis politiques), condamnant ainsi le Parlement à la paralysie et le peuple au désespoir.

Mir Mohammad Sediq FARHANG
Sayed Qassem RESHTIA

  Les tentatives de modernisation du pays

Entre 1968 et 1973, la monarchie afghane paraissait à tous les observateurs soucieuse de maintenir ses privilèges au point qu'elle laissait se perdre dans les sables tout projet de modernisation. C'était elle pourtant qui avait lancé le mouvement. C'était à elle qu'il devait profiter. Il faut en effet se souvenir que pendant les années soixante une tentative « démocratique » pour sortir le pays de la stagnation a existé. Cette tentative correspondait aux besoins de la partie la plus cultivée de la classe dirigeante et convenait bien aux impatiences de ses fils, souvent formés à l'étranger et empêchés d'exercer tous leurs talents en raison du caractère archaïque des institutions. Le roi Zaher, d'esprit libéral, favorisa cette tentative en faisant élaborer puis promulguer une constitution, le 1er octobre 1964, qui proposait la mise en place d'un régime parlementaire très modéré.

Mais c'était déjà trop pour que se comblât le divorce entre, d'une part, les « traditions historiques et culturelles du pays » et, d'autre part, les « exigences de l'époque ». Il n'existait pas encore de partis politiques au sens habituel du terme, mais des groupuscules d'extrême gauche réunis autour d'un homme ou d'une idée, ce qui explique les rivalités personnelles violentes dès le départ et, entre autres, l'échec de Babrak Karmal aux élections de 1969.

Toute cette période « démocratique », de 1964 à 1973, fut en fait une représentation que se donna une classe dirigeante très étroite, au cours de laquelle les extrémistes, très peu nombreux au départ, purent se regrouper et se reconnaître, s'infiltrer dans les services publics et l'armée, et préparer des lendemains qui chanteraient.

La République du prince Daoud

Le coup d'État du prince Daoud, cousin germain et beau-père du roi, ancien Premier ministre de 1953 à 1963, mit fin à l'expérience démocratique qui avait été marquée, sur le plan intérieur, par l'immobilisme.

Malgré sa réputation d'homme énergique, et bien que son coup d'État ait eu pour objet de « faire avancer » l'État afghan dans la voie des transformations modernes, le régime nouveau s'enlisa bientôt. Les amis de B. Karmal, du parti Parcham, se rallièrent à Daoud, mais leur pression conduisit le nouveau chef de l'État à les éloigner, puis à rechercher l'aide de l'Arabie Saoudite et des autres pays musulmans pour équilibrer la dépendance croissante du régime vis-à-vis de Moscou. Cette velléité d'indépendance coûta la vie à Daoud et mit fin à son régime ; en effet, déçus de son attitude, les Soviétiques encouragèrent de plus en plus les marxistes afghans à s'unir et à peser sur Daoud. Une fois regroupées dans un Parti démocratique et populaire, en 1977, les deux factions Khalq et Parcham n'avaient plus qu'à attendre l'occasion propice, qui se présenta le 27 avril 1978.

C'est que la déception avait touché toutes les catégories de la population afghane. Après une phase d'état de grâce, on s'aperçut vite que la solution républicaine du prince Daoud n'était que la version « progressiste » du maintien de la classe aristocratique déçue par les incapacités de la monarchie. Aussi, au pouvoir et à la tête des affaires, s'installa un petit clan, tandis que l'aristocratie issue de l'ancienne famille royale se tenait, pour l'essentiel, dans l'expectative. Elle conservait les bases de sa puissance. Sous le régime de Mohamed Daoud, la vie politique, tout comme la vie économique, resta dominée par le jeu des rapports entre clans, familles, clientèles, relations occultes. Quelques riches propriétaires terriens régnaient encore de loin sur les campagnes, traitaient les administrateurs locaux par le mépris et l'argent et prélevaient entre 30 et 40 p. 100 de la récolte obtenue par leurs métayers ; dans les villes où se trouvaient les riches, qui n'était pas petit commerçant ou ne travaillait pas dans un petit atelier ne pouvait être que serviteur, colporteur, travailleur occasionnel. Il y avait très peu d'ouvriers d'industrie (de 40 000 à 50 000), peu de professions libérales, un clergé en déclin mais encore bien entretenu par la population sur laquelle l'islam maintenait son emprise. La société afghane demeurait figée, engluée dans des pratiques qui accentuaient le décalage par rapport à l'évolution parfois rapide des pays voisins. Restait la fonction publique : le sort des fonctionnaires d'exécution n'était guère plus enviable que celui des autres catégories défavorisées. Mais dès qu'on accédait à quelque parcelle du pouvoir d'État, tout pouvait s'acheter. Ainsi se constituaient des fortunes par divers prélèvements sur la population. Il en résultait l'accroissement numérique d'une administration inefficace, incompétente et corrompue, issue de pratiques féodales. L'État afghan, au lieu de devenir un État moderne, demeurait un des freins les plus puissants au développement du pays. En même temps, les classes moyennes, qui devaient leur existence soit au gouvernement, soit au début du développement favorisé par l'aide internationale, se trouvaient dans la position d'une petite bourgeoisie empêchée de réaliser ses aspirations par la seule présence d'une couche aristocratique avide et amorphe. Ces blocages internes étaient suffisants pour qu'une nouvelle étape soit franchie dans l'évolution de la société afghane.

La « révolution de Saur »

Le coup d'État communiste du 27 avril 1978, couramment appelé en Afghanistan la « révolution de Saur » (Saur est le mois du calendrier afghan qui va du 22 avril au 22 mai), ne mit pas tout de suite en éveil la majorité des forces conservatrices du pays. On peut d'ailleurs penser que, si elles avaient été capables de réagir instantanément à ce type de coup d'État, elles auraient pu mettre auparavant en place un régime qui aurait proposé une solution de droite, de type fasciste, aux blocages du sous-développement. Il faut une fois encore chercher dans le comportement tribal des forces politiques de droite l'absence d'une réponse organisée aux défis de la gauche, bref l'inexistence d'un comportement politique adapté aux problèmes complexes du monde moderne.

Cette incapacité revenait donc à laisser le champ libre aux instituteurs, ingénieurs, petits serviteurs de l'État, aux élèves des lycées urbains, aux militaires surtout, à tous les membres des catégories sociales qui ne pouvaient participer au pouvoir des anciennes clientèles. En fait, les membres des Partis communistes et leur soutien sont le produit du développement de l'instruction publique combiné à la stagnation économique. L'absence de perspectives pour des jeunes gens sous-payés, sous-employés et surtout surqualifiés pour les tâches qu'on leur demandait d'exécuter ne pouvait que favoriser la diffusion d'une idéologie revendicatrice, radicale et socialisante. L'immobilisme des uns donnait aux autres l'impression qu'ils disposaient d'une dynamique puissante qu'ils pouvaient étayer sur un sens de l'histoire fourni opportunément par le marxisme vulgaire.

Une partie du peuple mesura aussitôt les conséquences du changement. Alors que le coup d'État de 1973 n'avait entraîné le départ du pays que de 1 500 personnes environ, celui d'avril 1978 déclencha l'exode de 110 000 personnes au PakistanRéfugiés afghans. C'est que la revendication marxiste hautement affirmée ne pouvait que créer une réaction islamique brutale en retour (exil) ou bien, plus généralement, une résistance passive extraordinairement enracinée dans les consciences.

Réfugiés afghans Photographie

Réfugiés afghans À la passe de Khyber, en 1980, des réfugiés afghans franchissent la frontière vers le Pakistan. 

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Face à la coalition des mécontentements voilés et des premières actions violentes de guérilla, la peu nombreuse minorité qui avait pris le pouvoir ne put s'empêcher de déclencher une répression d'autant plus incohérente que les rivalités entre Khalq et Parcham avaient repris de plus belle. Qui plus est, le nouveau pouvoir, au fur et à mesure de ses règlements de compte (emprisonnements, exils, purges, assassinats, culte de la personnalité), ne parvenait à se maintenir qu'en instaurant la bureaucratisation, la militarisation et le totalitarisme. C'est ainsi que, dès juillet-août 1978, B. Karmal et les siens étaient chassés du pouvoir par le Khalq et expédiés dans des ambassades lointaines ; en septembre 1979, Taraki était abattu par son second, Hafizullah Amin ; en décembre 1979, Amin était à son tour abattu par les Soviétiques, et B. Karmal venait au pouvoir dans les fourgons de l'arméeOccupation soviétique de Kaboul.

Occupation soviétique de Kaboul Photographie

Occupation soviétique de Kaboul Le 27 décembre 1979, l'armée soviétique entre dans Kaboul et installe au pouvoir le communiste Babrak Karmal. Cette «intervention», qui provoque aussitôt une brusque tension des relations Est-Ouest, entraîne l'exode de centaines de milliers d'Afghans et amorce une guerre de dix ans dont le coût humain et financier sera considérable. L'U.R.S.S. achève son retrait d'Afghanistan en février 1989. 

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Pendant toutes ces péripéties, les paysans, les artisans, les travailleurs modestes, les petits propriétaires et les quelques dizaines de milliers d'ouvriers (soit 90 p. 100 de la population) non seulement ne participaient en rien aux luttes pour le pouvoir qui se déroulaient à Kaboul, mais en plus étaient soumis à des réformes brutales, des campagnes de mots d'ordre excessifs, des menaces concernant leur foi. Les arrestations se multipliaient, les tortures également, bref le cortège habituel qui accompagne la création des régimes totalitaires. Et les réfugiés, qui étaient passés à 193 000 lors du coup d'Amin (sept. 1979), étaient 400 000 au début de janvier.

  Le bilan de l'occupation soviétique

Un accord en quatre points sur le retrait militaire soviétique a été signé le 14 avril 1988 à Genève par le Pakistan, l'Afghanistan, les États-Unis et l' U.R.S.S., en présence du secrétaire général de l'O.N.U. Il comportait les points suivants :

– accord bilatéral entre l'Afghanistan et le Pakistan sur les principes de relations mutuelles (non-interférence et non- intervention) ;

– accord bilatéral entre l'Afghanistan et le Pakistan sur le retour volontaire des réfugiés ;

– garanties internationales signées par l'U.R.S.S. et les États-Unis ;

– accord sur l'échelonnement sur neuf mois du retrait soviétique à partir du 15 mai 1988, le tout étant achevé le 15 février 1989Retrait soviétique d'Afghanistan.

Retrait soviétique d'Afghanistan Photographie

Retrait soviétique d'Afghanistan Les forces soviétiques sur la route du col de Salang lors de leur retrait d'Afghanistan, en 1989. 

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Les raisons du départ de l'armée soviétique sont diverses ; elles existaient depuis longtemps et participaient même, avant le déclenchement de la guerre, du refus de certains dirigeants de l'époque de suivre l'équipe Brejnev en 1978-1979 dans cette aventure. On peut citer, pêle-mêle, le gain diplomatique que représente ce retrait dans le Tiers Monde, particulièrement dans le monde islamique ; l'absolue nécessité pour Mikhaïl Gorbatchev d'offrir ce règlement comme cadeau de bienvenue dans les discussions soviéto-américaines sur le désarmement ; la nécessité de réduire les dépenses militaires pour aider à la réussite de la perestroïka ; l'échec patent du régime communiste à Kaboul. Rien n'exprimait mieux peut-être l'état d'esprit des Soviétiques que l'article d'Alexandre Prokhanov paru en février 1988 dans la Literatournaia Gazeta :

« Nous supposions que le parti démocratique du peuple de l'Afghanistan serait à même de créer dans le pays une structure efficace et que cette stabilité l'emporterait. Ce ne fut pas le cas.

« Pourquoi ? Des erreurs de ligne, des formules inadéquates pour imposer le socialisme sous une forme « non afghane », « non islamique » qui offensa la tradition et tourna à la violence et à la répression, à la persécution des mollahs et au mépris des coutumes. Les luttes de factions à l'intérieur du parti, l'érodant, le démoralisant et le paralysant ; l'extermination des leaders ; la peur inhibante et le manque de créativité. Et, à l'arrière-plan, la bureaucratisation, le refus de se sacrifier pour la révolution, la peur de se retrouver au milieu des foules de paysans musulmans, l'incapacité d'arriver à un dialogue avec le peuple : tout cela créa et aggrava le drame. À partir de ces jours de décembre 1979, la ligne politique du gouvernement de Kaboul changea à plusieurs reprises. Des forums d'État furent précédés par les prières des mollahs. Le drapeau cessa d'être rouge et gagna une bande verte islamique. Le parti cessa de parler de la création d'une société socialiste. Il renonça au monopole du pouvoir. Il proclama le pluralisme. [...] La réconciliation nationale fut proclamée, une ligne de compromis sans précédent avec les ennemis. Tout cela pour dire que les buts originaux n'ont pas été atteints. »

L'économie de l'Afghanistan était devenue extrêmement dépendante de l'U.R.S.S. pour la totalité de ses importations de sucre et une bonne partie de ses besoins en céréales et en riz, pour 95 p. 100 des produits dérivés du pétrole, pour 84 p. 100 de ses équipements en machines et 65 p. 100 du coton. Le commerce extérieur du pays se faisait en 1989 aux deux tiers sur la base des accords de troc avec l'U.R.S.S. et l'Europe de l'Est. Tel est le fait majeur avec lequel devront compter les nouveaux maîtres du pays, quels qu'ils soient.

Une enquête réalisée par le professeur Azam Gul pour le comité suédois pour l'Afghanistan a montré que l'état de l'agriculture afghane après dix ans de guerre ne permettait pas d'envisager le retour des réfugiés afghans avant au moins deux ou trois ans : 30 p. 100 des fermes ont été abandonnées, le cheptel a diminué de 55 p. 100, le système d'irrigation a été fortement endommagé ou détruit, la production alimentaire n'est plus que le tiers de celle de 1979. Non seulement les campagnes ont durement souffert, mais les grandes villes ont reçu un afflux de réfugiés intérieurs (11 p. 100 de la population) qui déséquilibre complètement la production.

Kaboul est passée de 600 000 à 3,5 millions d'habitants. La surpopulation de la capitale est due, dans une large mesure, à une arrivée massive de ruraux fuyant les campagnes.

Dans le cas où la situation politique s'envenimerait, la base économique d'une partition de fait existe, entre un Nord afghan et tout ce qui se trouve au sud de l'Hindou Kouch. Le Nord est la région d'exploitation des gisements de gaz, dont l'U.R.S.S. « pompait » chaque mètre cube grâce à un gazoduc relié à son propre territoire : un peu plus de 2,7 milliards de mètres cubes par an. La région de Mazar-i-Sharif, Maimana et Balkh a été une région modèle de l'« amitié » soviéto-afghane : en 1987 et au début de 1988, deux protocoles de coopération avaient été signés avec l'Ouzbékistan soviétique, chacun d'eux pour une valeur dépassant 1 million de roubles. Tous les aspects socio-économiques étaient concernés, notamment le développement agricole et industriel, le commerce, l'éducation et les affaires.

Plusieurs éventualités avaient été admises par les observateurs au début de 1989, après le retrait des troupes soviétiques du pays :

– Le maintien de Najibullah au pouvoir dans une zone réduite à Kaboul, à l'extrême nord et à quelques grandes villes.Mohammad Najibullah Victoire soviétique, mais hypothèse très improbable : seul l'éclatement immédiat d'une guerre civile parmi les moudjahidin sur une grande échelle avait empêché Kaboul de tomber aux mains de la résistance un jour ou l'autreMilice prosoviétique.

Mohammad Najibullah Photographie

Mohammad Najibullah Mohammad Najibullah, président et secrétaire général du Parti démocratique du peuple de l'Afghanistan, vassal des Soviétiques qui l'ont choisi pour succéder à Babrak Karmal à la tête de l'État, qu'il dirige de 1986 à 1992. 

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Milice prosoviétique Photographie

Milice prosoviétique Membres d'une milice locale armés par le gouvernement de Kaboul pour défendre leur village contre les attaques des moudjahidin, en 1988. 

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– La mise en place à Kaboul d'un gouvernement de moudjahidin, nécessairement faible, mais suffisamment légitime pour combler le vide politique (en laissant la province aux mains des fronts militaires déjà constitués par la résistance) ; un tel gouvernement (qui serait soit le gouvernement en exil de Peshawar, soit un gouvernement présidé par le roi, soit tout autre combinaison), reconnu par l'O.N.U. et les grandes puissances, avait pu seul rétablir indépendance et neutralité, sans vraiment administrer le pays.

– La ruée vers le pouvoir des différents partis de la résistance, aussitôt suivie d'un reclassement général des alliances entre commandants de la résistance et chefs militaires du régime de Kaboul sur des bases ethniques et non politiques. Cette hypothèse suppose la disparition totale du régime de Najibullah, supprimant ainsi le seul ciment commun aux résistants : l'esprit de « guerre sainte ». Dans ce cas, les réalignements se feraient sur des bases ethniques (surtout pachtounes contre persanophones), ravivant le clivage naturel entre Nord et Sud. C'est la « libanisation » de l'Afghanistan, où la clé des conflits, derrière la rhétorique politique, serait en fait ethnique et communautaire. Les différents fronts ne reconnaîtraient alors aucun État central (ou bien des États opposés).

C'est cette dernière éventualité qui a prévalu, mais en avril 1992 seulement.

  La guerre civile

Quatorze ans après la « révolution de Saur », qui avait porté au pouvoir un maigre Parti communiste composé de deux fractions rivales, le communisme disparaît en Afghanistan, en avril 1992, comme il avait disparu quelques mois plus tôt dans l'ex-empire soviétique. Le cycle réduit parcouru s'inscrit dans plusieurs autres cycles dont les dates précises restent à définir par les historiens. On devine les contours de certains d'entre eux, qui concernent directement l'Afghanistan. Les uns sont à peine plus longs (1950-1990, le Tiers Monde ; 1917-1991, le bolchevisme), d'autres de durée variable et d'intensité également variable (le grand jeu russo-anglais de 1815 à 1895, l'antinomie développé-sous-développé, 1492- ?, la vie des grands empires centrasiatiques comme celui de Bābur, le rapport entre islam et laïcité, les relations entre nomades et sédentaires, etc.). À ces cycles se superposent deux cycles proprement afghans, celui de la domination pachtoune sur le pays, qui a pris la forme d'une monarchie depuis 1880, puis d'une révolution islamique à partir des années 1960 ; celui de la composition ethnique du pays, marqueterie de peuples qui ne vivent ensemble depuis 1747 que pour des raisons de proximité géographique.

La fin du cycle communiste court remet au premier plan les incertitudes sur le sort du pays, qui paraissent devoir durer au moins plusieurs décennies. Elle contraint les observateurs à se poser de nouveau l'ensemble de la question afghane depuis les origines. Dans un système monde défini, pour quelque temps, à la fois par la prééminence des États constitués et par celle de pouvoirs extra-nationaux fondés sur la gestion mondiale de l'économie (« multinationales » et organisations internationales), les jeux complexes auxquels ils se livrent, fondés sur des dizaines d'autres cycles plus ou moins particuliers, concernent au plus haut point l'État afghan, qui fait partie des États faibles, constitués naguère pour des raisons extérieures à leur propre dynamique. Les craintes exprimées ici ou là pour conjurer un éclatement du pays soulignent une fragilité ancienne.

Qu'est-ce qu'être afghan aujourd'hui ? Le concept d'identité nationale, qui fonde chez tout individu son appartenance à un État, paraît étrangement déformé dans les différentes populations qui constituent l'État afghan actuel, et particulièrement difficile à définir. En première analyse, on pourrait dire que les frontières géographiques du pays constituent un champ clos dans lequel des forces s'exercent, qui tendent toutes, avec ou sans appuis extérieurs, à prendre la meilleure part possible de l'ensemble. À partir de bases régionales, chaque entité tente de s'approprier la meilleure part du centre de décision que représente le pouvoir d'État à Kaboul. Par un accord tacite, aucun des autres États du monde ne souhaite le dépeçage de l'État afghan, pour des raisons parfois contradictoires, et chacun de ceux qui se sentent concernés pèse pour soutenir l'un des groupes majeurs qui occupent le champ clos.

Quelles sont donc les forces en présence ? La nouveauté est la constitution d'une sorte d'État dans l'État dans le nord-est du pays, que le commandant Massoud a passé plusieurs années à construire. Depuis sa capitale de Taleqan, il dominait onze provinces sur trente et une, levait des impôts, faisait fonctionner l'enseignement, assurait sa propre police. Nécessité faisant loi, il mit même en construction une route carrossable permanente pour joindre sa région au Chitral pakistanais, créant l'axe commercial entre Pakistan et Tadjikistan ex-soviétique dont personne n'osait plus rêver. L'autre rêve d'une liaison ferroviaire entre l'Asie centrale et les mers chaudes devrait faire l'objet de projets.

Pour mieux saisir l'ensemble de la situation, il faut partir d'une carte des peuples, la fin du xxe siècle étant caractérisée par l'émergence généralisée des ethnies qui n'ont pu se constituer en État-nation au xixe siècle, ou qui ont été maltraitées à cette période. La carte qui représentait les implantations territoriales des groupes ethniques avant la guerre, déjà très complexe, s'est encore modifiée depuis. Le changement majeur paraît être un retour à la période d'avant 1880, quand les colonisations d'Abd ur Rahman n'avaient pas conduit nombre de fractions de tribus pachtounes sur les terres des peuples établis au nord de l'Hindou Kouch. Les Pachtounes avaient appris à régner en maîtres sur le pays, avec la bénédiction de leurs voisins, à condition qu'ils maintiennent à l'intérieur du pays un ordre acceptable et s'abstiennent de troubler les zones frontalières. À l'exception des problèmes avec le Pakistan dans les années 1950 et 1960, nombre de tribus nomades se déplaçant de part et d'autre de la frontière, la tranquillité avait été générale. Certes, des revendications avaient bien éclaté çà et là, au sud avec les Baloutches, au centre avec les Hazaras chiites, mais, globalement, l'ordre avait régné. Ce n'est pas un hasard si les maîtres du pays, y compris les communistes, furent des Pachtounes, tel l'ancien président du pays, de 1986 à 1992, Mohamed Najibullah. Il appartient à la fraction ahmedzaï des Ghilzaï, qui a donné à l'Afghanistan plusieurs maîtres depuis un siècle. Pendant les dernières années de guerre, son souci principal fut de se concilier les différents groupes ethniques, ou de faire abattre secrètement leurs chefs quand ils résistaient. Bourgeois devenu communiste, passé par Moscou en 1979 et fort lié au K.G.B., il rentra dans son pays avec l'armée soviétique en décembre 1979. Chef de la sécurité de Babrak Karmal, son prédécesseur à la tête de l'État, puis responsable des services secrets, il était de tous les dirigeants le mieux armé pour réduire les conflits ethniques, grâce à sa connaissance détaillée des moindres alliances, quand Gorbatchev décida de quitter l'Afghanistan envahi par Brejnev. Le Pachtoune Najibullah a réussi à créer dans le Nord une milice ouzbèke et une autre ismaïlienne à ses ordres, avec le soutien de généraux laïcs issus de familles pachtounes du Sud. Il a su négocier finalement avec son ennemi Massoud, Tadjik, chef du parti Jamiat, islamiste modéré, et n'a dû quitter le pouvoir qu'en raison du changement de camp du général des milices ouzbèkes Dostom. En revanche, ses relations avec Gulbuddin Hekmatyar, Pachtoune lui aussi, mais islamiste fondamentaliste, allié temporairement aux chiites d'Iran, soutenu par le Pakistan, furent toujours extrêmement tendues et lui auraient valu, si Massoud ne l'avait emporté, un sort moins enviable que l'exil en France.

La chute du régime de Mahomed Najibullah, attendue dès l'annonce du retrait soviétique, a pris beaucoup de temps, du 15 février 1989 au 16 avril 1992, en raison de conflits internes à la résistance afghane et du maintien de l'aide soviétique jusqu'au coup d'État manqué d'août 1991 à Moscou. Elle s'est passée, contre toute attente, calmement. Il a suffi d'un accord entre Massoud et Dostom pour que les Pachtounes du régime Najibullah se rallient à un État islamique modéré, tandis que d'autres Pachtounes rejoints par des musulmans fondamentalistes de tous bords passaient dans l'opposition ouverte. Kaboul, en mai 1992, est une curieuse capitale, installée au centre d'un État dont la géographie est étrange : un centre de plusieurs millions d'habitants borné par un périmètre de sécurité de 35 kilomètres, des bases militaires installées en camps retranchés, que se partagent des factions, les grandes villes, les routes contrôlées par des groupes armés susceptibles de devenir soit une armée nationale, soit les troupes de choc de conflits ethniques ; des campagnes qui commencent à reprendre une vie de temps de paix, où se reconstruisent les villages et se tissent les relations nouvelles entre familles parfois opposées ; des zones frontalières encore dangereuses, que commencent à traverser en un mouvement centripète les premiers milliers des 3 millions de réfugiés qui avaient fui les combats ; des grandes puissances intéressées, guettant ce que fait le voisin et tentant d'accroître leur rôle dans le pays, etc. Au gouvernement, la répartition des postes est toute provisoire. Elle résulte d'accords fragiles, qui se présentent comme une sorte de partage des dépouilles. Sebghatullah Modjadeddi, rentré de Peshawar où il était exilé, est le nouveau président du pays. Le commandant Massoud, maître du Nord-Est,ministre de la Défense, a réuni autour de lui les cinq autres courants sunnites, dont le Harakat, l'Ettehad, le Mahaz. Le général Dostom, chef ouzbek des milices du Nord-Ouest ralliées aux résistants, doit repartir dans sa capitale provinciale, Mazar-i-CharifSoldats ouzbeks du général Dostom. L'ennemi commun est devenu le chef fondamentaliste du Hezb-i-Islami, Gulbuddin Hekmatyar, qui tient les provinces du Sud-Est. En revanche, le parti Watan (La Patrie), anciennement au pouvoir sous le sigle de P.D.P.A. (Parti démocratique du peuple afghan), reprend du service en accord avec les Tadjiks du Pandjchir.

Soldats ouzbeks du général Dostom Photographie

Soldats ouzbeks du général Dostom Lance-roquettes sur le dos, en Afghanistan en 1996, des soldats ouzbeks du général Dostom, un des chefs de l'alliance anti-talibans, qui perdra en 1998 son fief de Mazar-i-Sharif. 

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Mais, en mars 1993, la signature d'un accord de paix stipule que Hekmatyar devient Premier ministre, tandis que le Tadjik Burhanuddin Rabbani, membre du Jamiat-i-Islami et président par intérim depuis juin 1992, le restera jusqu'en 1995.

Pierre GENTELLE
Universalis

  Le régime des talibans

Après la prise de Kaboul par les moudjahidin en avril 1992, les conflits internes, en Afghanistan, devinrent principalement ethniques, opposant les Tadjiks d'Ahmed Shah Massoud, les Ouzbeks de Rashid Dostom, les Hazaras chiites, organisés dans le parti Wahdat, et le Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar, qui recrutait essentiellement parmi les Pachtoun constituant la majorité de la population. Alors que Massoud tenait Kaboul, au nom du gouvernement présidé par Burhanuddin Rabbani, il devait faire face à l'opposition des trois autres groupes. Les Pakistanais, par l'intermédiaire des services secrets de l'armée, mettaient tout leur poids derrière Hekmatyar, jouant la carte pachtoune et fondamentaliste. Mais Hekmatyar était loin de faire l'unanimité parmi les Pachtoun, rejeté aussi bien par les milieux cléricaux que par l'aristocratie tribale. Par ailleurs, les Saoudiens et les Américains, qui coordonnaient leur action avec les services pakistanais depuis l'invasion soviétique de 1979, se méfiaient désormais de Hekmatyar, qui avait soutenu Saddam Hussein en 1990 et était notoirement lié aux milieux radicaux islamistes du Moyen-Orient. L'impasse était totale, la population lassée était prête à accepter n'importe quelle autre voie.

L'émergence des talibans

En août 1994, un nouvel acteur apparaît soudainement, les talibans1989 à 1999. Le monde contemporain. Ceux-ci s'emparent de la ville de Kandahar en novembre et rétablissent l'ordre dans tout le Sud afghan, ouvrant les routes, éliminant les petits chefs de guerre devenus bandits de grand chemin et imposant partout la charia. Leur image de moines guerriers, intègres et intégristes, est faite. Les talibans exigent la reddition et le désarmement immédiat de tous les groupes armés, qu'ils obtiennent en général sans combat. Leur progression ne rencontre aucune opposition dans toutes les zones pachtounes. En septembre 1995, ils prennent tout l'Ouest afghan, avec la ville de Herat, et, le 25 septembre 1996, ils entrent dans Kaboul, évacué par les troupes de Massoud, qui se replie dans son fief de la haute vallée du Panjshir. Le 24 mai 1997, ils s'emparent brièvement de la dernière grande ville qui échappait à leur contrôle, Mazar-i-Charif, dans le Nord afghan : le général Dostom est trahi par son adjoint, Abdul Malik, qui leur livre la ville. C'est l'apogée du pouvoir des talibans. Mais ceux-ci commettent l'erreur de vouloir désarmer leur nouvel allié et s'attaquent en même temps à la mosquée chiite de la ville. Les chiites, qui n'ont rien à attendre des talibans, contre-attaquent, aussitôt rejoints par Malik. Les talibans subissent une sévère défaite la semaine suivante et se replient sur la ville de Kunduz, tandis que Massoud contre-attaque en juillet sur Kaboul. En septembre, les talibans lancent une seconde offensive sur Mazar-i-Charif (ils prendront finalement la ville lors de leur troisième tentative, en août 1998). À la guerre civile statique, centrée jusqu'en 1995 autour de Kaboul, fait suite une guerre mobile faite d'avancées et de replis brutaux, de retournements, de trahisons et de ralliements motivés tantôt par l'argent, tantôt par la solidarité ethnique.

1989 à 1999. Le monde contemporain Vidéo

1989 à 1999. Le monde contemporain Effondrement des régimes communistes. Mondialisation. Regroupements régionaux. Poussées nationalistes. L'éclatement de l'U.R.S.S. et du bloc communiste marque de façon déterminante la fin du XXe siècle. La destruction du Mur de Berlin, en 1989, fait office d'événement symbolique qui a po… 

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Les opposants aux talibans – Tadjiks du Nord-Est avec Massoud, Ouzbeks du Nord sous la direction du général Dostom, Hazaras chiites du centre du pays – s'unissent dans une coalition qui est, en théorie, dirigée par le président Rabbani, garant d'une continuité étatique, mais dont le pouvoir est quasi nul. Le véritable homme fort de la coalition est le commandant Massoud, bien que chaque groupe conserve sa totale autonomie. L'Iran, la Russie, l'Ouzbékistan et l'Inde, inquiets de la montée d'un fondamentalisme sunnite à leurs frontières, soutiennent, sans trop s'investir, la coalition du Nord, tandis que le Pakistan et l'Arabie Saoudite se rangent ouvertement derrière les talibans, discrètement approuvés en cela par les Américains.

Qui sont les talibans ? Il ne s'agit pas d'un mouvement surgi subitement du désert. Leur nom signifie « étudiants en religion ». Ils sont originaires du sud de l'Afghanistan, plus particulièrement de la ceinture tribale pachtoune, parmi les confédérations Dourrani et Ghilzay. Ils ont été formés dans des madrasas (écoles religieuses) installées de part et d'autre de la frontière avec le Pakistan. Traditionnellement en Afghanistan, et bien avant la guerre contre les Soviétiques, les étudiants en théologie et en droit islamique commençaient leurs études dans de petites madrasas privées, rurales pour la plupart et constituées autour d'une famille de religieux souvent liée, au moins nominalement, à des confréries religieuses, en général naqshbandi. Ils parachevaient ensuite leurs études au Pakistan, également en zone pachtoune, puis pour les meilleurs, à Lahore et Karachi. Les madrasas afghanes étaient ainsi liées, dans le sous-continent indien, à des réseaux religieux dont elles épousaient les querelles.

Ces réseaux de madrasas ont connu un développement certain à partir des années 1950. La plupart d'entre elles, en particulier celles dont sont issus les talibans, sont « fondamentalistes traditionalistes » : les talibans sont sunnites hanafites et respectent la version la plus orthodoxe du soufisme, tout en rejetant le culte des saints ; ils sont liés en général à l'école des Deobandī (du nom d'une grande madrasa indienne), représentée politiquement au Pakistan par le parti Jamiat Ulema Islami de Mawlana Fazlurrahman. Durant la guerre, les talibans se sont mobilisés dans le cadre de leurs madrasas locales, transformées en bases militaires, loin des populations civiles. Ils adhéraient alors aux principaux partis traditionalistes de la résistance afghane, en particulier le Harakat-i Inqelab-i Islami, comme leur chef Mohamed Omar. Leur transformation en mouvement politique date de 1994 et résulte de plusieurs causes : l'aspiration à l'ordre, la quête par les Pachtoun d'une nouvelle représentation politique et, enfin, le soutien des Pakistanais et de milieux pétroliers américains, désireux d'établir un corridor sous contrôle entre le Pakistan et les nouvelles républiques indépendantes d'Asie centrale.

Le fondamentalisme des talibans

Le mouvement taliban exprime d'abord la révolte de jeunes mollahs contre la dérive des mouvements de moudjahidin. Le mollah Omar lance le mouvement dans son village natal de Panjway, à l'ouest de Kandahar, en exécutant un chef moudjahidin local. Très vite, les réseaux des madrasas locales se mobilisent autour de ce jeune chef charismatique, grièvement blessé durant la guerre contre les Soviétiques. L'appel à la stricte application de la charia paraît une garantie de rétablissement de la loi et de l'ordre pour une population lassée de la guerre civile et de l'anarchie. Les talibans ne sont pas des révolutionnaires : pour eux, un État islamique se définit uniquement par la stricte application de la charia ; on chercherait en vain chez eux le discours antioccidental que l'on peut trouver en Iran, encore moins de projet de remodeler la société et l'économie. Ils sont d'ailleurs très opposés au chiisme.

Leur fondamentalisme se ramène à la question du droit et des mœurs. Le puritanisme des talibans est particulièrement strict, même dans un pays où tous les partis se réclament de l'islam : interdiction de toute vie publique aux femmes, contraintes de porter le chadri (voile intégral avec un grillage devant les yeux) ou la burqa ; obligation d'assister à la prière pour toutes les personnes circulant sur la voie publique ; interdiction de la musique, du cerf-volant et de la pratique de presque tous les sports. Ce rigorisme est à l'intersection d'un puritanisme traditionnel des tribus pachtounes, où les femmes sont bien plus recluses que dans les autres ethnies d'Afghanistan, et d'une interprétation très stricte et littérale de la charia, dans la lignée des courants néo-fondamentalistes qui se répandent dans les madrasas pakistanaises sous l'influence croissante du wahhabisme saoudien, leur principal bailleur de fonds (même si, sur le plan théologique, les talibans ne sont pas des wahhabites). Ce puritanisme, et en particulier ce que l'on peut appeler la phobie des femmes, est sans doute renforcé, dans le comportement des talibans, par leur origine rurale et leur formation de moines guerriers séparés très jeunes de leur famille et élevés dans un milieu exclusivement masculin.

La revanche des Pachtoun

La deuxième raison du succès des talibans est qu'ils incarnent la revanche de l'ethnie pachtoune, à laquelle ils appartiennent tous. Les Pachtoun, majoritaires dans le pays, dominent traditionnellement la vie politique afghane, à l'exception d'un bref épisode en 1928. Or la guerre contre les Soviétiques, menée surtout dans le Nord, a entraîné une baisse de leur influence et leur dispersion dans de multiples partis politiques, alors que chacune des trois autres grandes ethnies se regroupait derrière un parti relativement homogène. Kaboul a été pris, en avril 1992, par une coalition de Tadjiks et d'Ouzbeks, sous le commandement de Massoud. Face à l'éclatement du monde pachtoun en une multitude de petits fronts locaux, les talibans peuvent faire l'unité, car ils se situent au-dessus des clivages tribaux propres à leur ethnie. Leurs madrasas recrutent sans considération d'affiliations tribales et en dehors des grandes familles aristocratiques. Elles fournissent donc un encadrement qui permet, en période de crise, d'unifier les tribus, selon une vieille tradition pachtoune. La double légitimité des talibans, religieuse et ethnique, leur a donc permis d'être l'instrument de la revanche des Pachtoun, et d'occuper rapidement la ceinture pachtoune.

Ils ont été rejoints par d'anciens communistes de la tendance dite khalqi (comme le général Tana'y), par des représentants de l'élite tribale, par des mollahs d'autres partis (comme Haqqani dans le Paktya) et par la plupart des commandants locaux du Hezb-i-Islami, particulièrement bien implantés dans les poches de peuplement pachtoun du nord de l'Afghanistan. Ainsi, la contre-offensive des talibans sur Mazar-i-Charif, en septembre 1997, a été rendue possible grâce aux petits commandants pachtouns locaux.

Cette soudaine coalition des Pachtoun autour des talibans a fait leur force et leur faiblesse : elle leur a permis de conquérir les deux tiers du pays, mais a érigé les autres groupes en représentants de mouvements ethniques minoritaires menacés par le retour de l'hégémonie pachtoune. C'est ainsi que la population de la plaine du nord de Kaboul, le Chamali, qui avait laissé les talibans s'emparer de son espace en octobre 1996, s'est brusquement retournée contre eux au printemps de 1997. Malgré le discours des talibans, qui porte uniquement sur l'islam, leur percée a accentué la polarisation ethnique de l'Afghanistan, amorcée durant la guerre contre les Soviétiques.

Le soutien pakistanais

La victoire des talibans ne peut cependant se comprendre sans un troisième élément : l'intervention directe des services secrets pakistanais. Les talibans disposent de blindés, d'aviation et de télécommunications, dont le maniement n'est pas enseigné dans les madrasas d'origine. Les liens avec le Pakistan se font à deux niveaux. D'une part, les talibans sont liés au Jamiat Ulema Islami, parti charnière au Parlement pakistanais. D'autre part, à partir de 1993, les services pakistanais ont cherché une solution de remplacement à Hekmatyar, déconsidéré aux yeux des Américains et des Saoudiens. En 1994, le général Babar, alors ministre de l'Intérieur pakistanais, souhaitait ouvrir une route directe entre le Pakistan et l'Asie centrale par l'Afghanistan. La poursuite des combats à Kaboul l'en empêchait. En octobre 1994, il emmenait des diplomates occidentaux (dont l'ambassadeur américain) à Herat, dans l'ouest afghan, grâce à l'ouverture de la route par les talibans, qui reçurent argent, armes lourdes et blindés. Les Pakistanais jouent donc, comme toujours en Afghanistan, une carte à la fois ethnique (Pachtoun) et religieuse (le fondamentalisme sunnite). Violemment antichiites, les talibans étaient aussi un bon obstacle à l'influence iranienne, ce qui est de nature à rassurer les Américains et les Saoudiens.

Le soutien des Pakistanais et des Saoudiens ne s'est jamais démenti : ils ont reconnu le gouvernement taliban lors de la prise éphémère de Mazar-i-Charif en mai 1997 et ont ensuite milité pour que le siège de l'Afghanistan à l'O.N.U. lui soit attribué. Le soutien américain a été plus discret. La compagnie pétrolière américaine Unocal, qui a établi un projet de gazoduc reliant le Turkménistan au Pakistan à travers l'Ouest afghan, a financé les talibans et a appelé à leur reconnaissance par le gouvernement américain après la chute de Kaboul en septembre 1996. Le département d'État a d'abord salué la percée des talibans comme un facteur positif, puis s'est fait plus discret compte tenu de leur politique à l'encontre des femmes. Les relations se dégraderont en 1998, quand les États-Unis apprendront que l'Afghanistan héberge Oussama ben Laden, soupçonné d'avoir organisé les attentats antiaméricains de Nairobi et Dar es-Salaam en août 1998.

Le pouvoir taliban

L'organigramme du pouvoir taliban est flou et très lié à la personnalité charismatique de leur chef Mohamed Omar. Celui-ci s'est fait proclamer Amir ol-Momunin, c'est-à-dire « commandeur des croyants », un titre religieux qui rend pratiquement impossible tout compromis politique. Les talibans refusent de poser la question du pouvoir en termes d'alliances politiques : ils ne conçoivent les rapports des autres groupes avec eux que sous la forme d'allégeance totale (assortie d'une garantie de la vie et des biens des ralliés). Ce refus d'une approche politique est illustré par l'attitude du mollah Omar : il reste dans sa ville de Kandahar, inaccessible aux diplomates comme aux dirigeants politiques, et délègue le pouvoir à Kaboul à une petite équipe dirigée par le mollah Rabbani (qui n'a aucun lien avec le président Rabbani). Les provinces sont gérées par des mollahs venus du sud, mais l'administration reste très souple en zone rurale. À Kaboul en revanche, le pouvoir s'exerce avant tout comme police des mœurs. Entre 1996 et 2001, les talibans ont imposé des mesures de plus en plus restrictives concernant les femmes (expulsion de l'espace public, des administrations et de tous les lieux de travail), le travail des organisations non gouvernementales (qui seront expulsées en juillet 1998), les mœurs, tout en se désintéressant de la situation économique et sociale. L'interdiction de la culture du pavot, prise à l'automne 2000, s'inscrit dans cette perspective : alors même qu'elle était réclamée par l'Occident, cette mesure n'a pas eu l'effet escompté (améliorer les relations avec la communauté internationale) et a, au contraire, aggravé la situation économique en mettant des milliers de travailleurs saisonniers au chômage.

L'impossible reconnaissance internationale

En fait, la communauté internationale, malgré les critiques contre la politique des talibans envers les femmes, semblait s'être résignée à leur pouvoir qui reprenait la tradition d'un État fondé sur les tribus pachtounes et apparaissait comme un gage de stabilité. Les talibans ont toujours été systématiquement soutenus par le Pakistan, pour des raisons ayant trait à la vision stratégique de ce pays : face à l'ennemi héréditaire, l'Inde, le Pakistan considère qu'il a besoin d'un Afghanistan ami, voire client, lui assurant une profondeur stratégique et un accès à l'Asie centrale. Pour cela, aux yeux d'Islamabad, seul un régime pachtoun et islamiste est acceptable, car, d'une part, il ne jouera pas la carte du nationalisme afghan, sous quelque forme que ce soit (y compris pachtoune, du fait de la solidarité islamique avec le Pakistan) et, d'autre part, l'importance des Pachtouns au Pakistan (et leur poids dans l'appareil d'État) peut permettre à Islamabad d'exercer une sorte de gestion indirecte de l'Afghanistan en jouant sur le double registre de la solidarité ethnique et de la connivence religieuse. Le Pakistan a donc fait systématiquement campagne pour que la communauté internationale reconnaisse le régime des talibans et a toujours refusé de faire pression sur eux pour qu'ils livrent Oussama ben Laden.

Or le seul véritable obstacle à la reconnaissance internationale du régime taliban a été la présence de Ben Laden sur le sol afghan.Oussama ben Laden Celui-ci est arrivé au début de 1996 à Jalalabad, chassé du Soudan sous la pression américaine. Il est entré en contact avec les talibans en octobre de la même année, après la prise de Kaboul par ces derniers, vraisemblablement par l'intermédiaire des services secrets pakistanais (l'I.S.I.). Très vite, Ben Laden s'est trouvé en symbiose avec le mollah Omar, le chef des talibans (on dit qu'il est aussi devenu son beau-père). Ben Laden fait partie d'un réseau de militants islamistes du Moyen-Orient qui a soutenu les Moudjahidin afghans dans la guerre contre les Soviétiques, à la fin des années 1980. Une organisation, basée à Peshawar, au Pakistan, appelée le Bureau des services, assure le recrutement et l'envoi en Afghanistan de jeunes volontaires. Après l'assassinat de son fondateur, Abdullah Azzam, en 1989, Ben Laden prend la direction de cette organisation qu'il renommera, au début des années 1990, Al-Qaida (la Base). Un certain nombre de ces combattants étaient restés en Afghanistan après le retrait des troupes soviétiques en février 1989 : ils s'entraînaient pour mener le « djihad » dans d'autres zones (Cachemire, Tchétchénie), avec le soutien des services pakistanais et des mouvements religieux radicaux pakistanais. Lorsque Ben Laden revient en Afghanistan en 1996, il reprend le contrôle des volontaires étrangers, monte une brigade qui combat auprès des talibans contre l'Alliance du Nord et entraîne parallèlement de jeunes musulmans, venus pour la plupart d'Europe et non plus du Moyen-Orient pour former des réseaux terroristes qui se mettent en place en Occident et dans les marges du monde musulman (Afrique de l'Est). Excellent organisateur, Ben Laden regroupe et motive les jeunes soldats perdus de l'islam, en rupture de ban tant avec leur famille et leur pays d'origine qu'avec une société occidentale où ils vivent, mais qu'ils rejettent.

Oussama ben Laden Photographie

Oussama ben Laden Le terroriste d'origine saoudienne Oussama ben Laden (au micro). Déjà soupçonné par les États-Unis d'être l'instigateur du premier attentat contre le World Trade Center en 1993, il devient pour Washington l'ennemi public numéro un après les attaques commises contre des intérêts américains en Afrique… 

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Bien qu'il ait déjà été accusé par les Américains d'être l'instigateur du premier attentat contre le World Trade Center en février 1993, c'est seulement après les attentats d'août 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie que Ben Laden devient l'ennemi numéro un pour Washington. Commence alors un jeu complexe avec les talibans. Washington décide de dissocier le cas de Ben Laden du régime de Kaboul et n'a plus qu'un seul objectif concernant l'Afghanistan : obtenir l'expulsion du terroriste. Les sanctions contre les talibans présentées au Conseil de sécurité de l'O.N.U. en décembre 2000 ne visent que cet objectif. L'idée est qu'une extradition, ou un simple départ de Ben Laden, en échange d'un blanc-seing sur la politique des talibans et d'une promesse implicite de reconnaissance internationale, devrait satisfaire et ces derniers et leurs parrains pakistanais. En outre, les États-Unis, soucieux de dissocier leur contentieux avec les talibans du conflit indo-pakistanais, se gardent bien de faire pression sur le Pakistan. Or cette politique se révèle rapidement contradictoire. Les talibans prennent prétexte des sanctions de l'O.N.U. pour refuser tout contact avec les organisations internationales. Le mollah Omar, quant à lui, refuse de rencontrer un non-musulman, si bien que les Occidentaux n'ont aucun accès au centre du pouvoir taliban. Comme les Pakistanais refusent de faire pression sur Kaboul (ou plutôt sur Kandahar, lieu de résidence du mollah Omar), la situation est complètement bloquée à l'été 2000.

La radicalisation du régime taliban

La direction des talibans se lance alors dans une radicalisation idéologique. Régulièrement sommés par les États-Unis puis par le Conseil de sécurité de l'O.N.U. de livrer Ben Laden, les talibans répondent sur un registre juridique : le suspect doit être jugé par un tribunal islamique et le procureur américain doit venir apporter les preuves. Différentes mesures sont prises en 2001 : la destruction des statues des bouddhas géants de Bamiyan en mars, l'imposition de signes distinctifs aux hindous de Kaboul en mai, l'arrestation de travailleurs humanitaires occidentaux pour prosélytisme religieux en août, ainsi que des interdictions plus anodines mais tout aussi significatives de l'état d'esprit des dirigeants talibans, comme l'interdiction d'importation de cravates et d'épingles de cravate... Cette soudaine hostilité envers ce qui n'est pas l'islam est nouvelle mais elle est parfaitement cohérente avec l'idéologie de Ben Laden, qui avait créé, en 1998, un Front contre les croisés et les juifs. Cette radicalisation va de pair avec l'isolement de la direction des talibans et la concentration du pouvoir entre les mains d'un petit comité où sont associés, autour du mollah Omar, les volontaires étrangers, dont Oussama ben Laden, Ayman Zahawiri, ancien chef du mouvement égyptien Jihad, et Joma Namangani, chef militaire des islamistes ouzbeks, au détriment des instances gouvernementales ; le conseil de Kaboul, qui fait office de gouvernement, n'est plus réuni. L'organisation de Ben Laden, Al-Qaida, devient complètement autonome par rapport au pouvoir des talibans : les volontaires qui arrivent de l'extérieur entrent directement en Afghanistan par l'intermédiaire des filières pakistanaises et sont pris en charge par les structures d'Al-Qaida. Ils sont entraînés dans des camps dépendant directement de l'organisation.

Tout se passe comme si le mollah Omar avait choisi entre construire l'État afghan et adhérer aux thèses de Ben Laden, pour qui il est inutile de construire un État islamique dans un pays donné tant que la communauté musulmane reste opprimée. L'internationalisme a primé sur le nationalisme.

Olivier ROY
Universalis

  L'Afghanistan : l'invasion américaine et ses conséquences

Le 9 septembre 2001, Ahmad Shah Massoud est assassiné par de faux journalistes venus d'Europe, en réalité des membres d'Al-Qaida. Les Talibans contrôlent alors pratiquement l'ensemble du territoire afghan, face à une opposition décapitée par la mort du commandant du Panjshir. Vainqueur à l'intérieur, le régime Taliban est de plus en plus radicalisé, et isolé internationalement, mais il jouit encore du soutien du Pakistan, le seul pays, avec l'Arabie Saoudite, à l'avoir reconnu. Deux jours plus tard, les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone changent radicalement la donne et ouvrent une nouvelle phase de la guerre civile commencée avec le coup d'État communiste de 1978.

L'effondrement des Talibans

Les attentats du 11 septembre 2001 prennent le régime Taliban par surprise, mais ne font pas changer la position de son leader, le mollah Omar, qui refuse aux États-Unis l'extradition de Ben Laden, déjà recherché pour des attentats commis en 1998 contre deux ambassades américaines en Afrique orientale. En conséquence, les États-Unis et le Royaume-Uni, appuyés par une coalition de pays essentiellement occidentaux, déclenchent le 7 octobre l'opération Enduring Freedom (Liberté immuable) : des bombardements massifs sur les positions des Talibans avec l'appui au sol de l'Alliance du Nord mènent rapidement à l'effondrement du régime, d'abord dans le nord, où celui-ci est impopulaire, puis dans l'ensemble du paysBombardements américains à Kaboul. Le 7 décembre, Kandahar, berceau historique du mouvement, tombe aux mains de milices pro-américaines ; le mollah Omar quitte la ville et passe au Pakistan. Par ailleurs, Ben Laden parvient à s'enfuir de la région montagneuse de Tora Bora (au sud de Djalalabad), où il s'était réfugié, vers les zones tribales pakistanaises, en raison de la réticence des États-Unis à engager des troupes au sol.

Bombardements américains à Kaboul Photographie

Bombardements américains à Kaboul Zone militaire bombardée par les troupes américaines à Kaboul (Afghanistan) en novembre 2001. 

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Dès le 5 décembre 2001, les accords signés au château de Petersberg, près de Bonn (Allemagne), permettent la mise en place d'une autorité intérimaire dominée par l'Alliance du Nord, notamment par les Panjshiris qui contrôlent la plupart des postes clés, malgré les protestations des autres groupes. La présidence revient cependant à Hamid Karzaï, un chef pachtoune de Kandahar, proche du gouvernement Bush. Le 11 juin 2002, les délégués élus au niveau des districts se réunissent à Kaboul pour une Loya Jirga (Grand Conseil) : l'ancien roi Zaher Shah, de retour d'exil, est évincé par les États-Unis, malgré le soutien d'une majorité des délégués et Hamid Karzaï devient président d'une autorité de transition. Le 4 janvier 2004, une nouvelle Constitution installe un régime semi-présidentiel centralisé, permettant la tenue d'élections présidentielles en octobre 2004 (puis en 2009) et législatives en 2005 (puis en 2010).

L'échec du state building

Pendant une décennie, la rhétorique de la coalition occidentale et des organisations internationales est dominée par l'annonce des progrès à venir de l'État afghan. Pourtant, le régime mis en place après l'invasion de septembre 2001 ne parvient pas au niveau de contrôle territorial qu'avaient atteint les Talibans avant leur chute. Dans le domaine de la justice par exemple, la population rurale n'a en pratique pas d'accès aux juges. Loin de connaître une amélioration, même tendancielle, la situation se dégrade dans plusieurs domaines clés. L'autorité de l'État et le contrôle qu'il exerce sur le territoire sont largement battus en brèche par l'insurrection ; les institutions les plus importantes ne seraient pas fonctionnelles sans un soutien international qui se compte en dizaines de milliards d'euros par an.

La reconstruction de l'État après 2001 est chaotique, d'abord en raison de la relative faiblesse et de la désorganisation de l'aide internationale. La conférence de Tōkyō, les 21 et 22 janvier 2002, recueille des promesses de dons importantes de la part de la communauté internationale, mais la réalité montre une mobilisation très inférieure à celle qui a été observée dans des situations comparables, comme en Bosnie par exemple. Par ailleurs, en mars 2002, la Mission d'observation des Nations unies en Afghanistan (U.N.A.M.A.) est établie par la résolution 1401 du Conseil de sécurité de l'O.N.U. pour coordonner la reconstruction du pays. Les tentatives pour développer une coordination globale – ou une autorégulation – des acteurs internationaux, notamment par l'U.N.A.M.A. et par le Conseil conjoint de coordination et de surveillance (J.C.M.B.) ont largement échoué. D'une part, l'U.N.A.M.A. n'a pu mener à bien sa tâche initiale car elle n'en a jamais eu les moyens, 30 p. 100 du personnel prévu n'ayant jamais été recruté. D'autre part, le J.C.M.B., chargé de la coordination stratégique après le sommet de Londres de 2006, est composé de sept représentants du gouvernement afghan et de vingt et un membres de la communauté internationale ; il se réunit trois ou quatre fois par an sous la présidence de l'U.N.A.M.A. et de la Stratégie nationale de développement de l'Afghanistan. Son efficacité est limitée et l'existence en parallèle de multiples groupes de travail indique la difficulté à trouver des mécanismes efficaces.

De ce fait, la présence internationale renforce les traits les plus dysfonctionnels de l'économie afghane, qui est devenue un exemple type d'économie de guerre et de captation de l'aide. En effet, les échanges sont caractérisés par l'absence de règles contraignantes, par des transactions collusives et par l'opacité des contrats. Loin d'être des déviations, il s'agit là de l'état habituel d'un système qui conduit à une explosion des coûts et à des détournements à grande échelle. Informellement, des responsables de l'aide décrivent une situation où souvent plus de 80 p. 100 des financements sont des coûts de fonctionnement. Ainsi, l'Union européenne (U.E.) a donné plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'Afghanistan, dont de 70 à 80 p. 100 ne sont jamais parvenus jusqu'aux Afghans. L'explosion des coûts est notamment due à la multiplication des sous-contractants, aux salaires des experts étrangers, à l'importation inutile de matériaux, à la surfacturation systématique, notamment des frais de sécurité. Ces pratiques ne sont d'ailleurs pas nécessairement illégales, par exemple celle qui consiste à multiplier les sous-traitants, qui empochent à chaque fois entre 10 et 15 p. 100 du budget. En conséquence, environ 40 p. 100 de l'aide repart aux pays donateurs sous forme de profits et de salaires des consultants, soit environ 6 milliards de dollars de 2001 à 2008.

Par ailleurs, les politiques publiques, largement imposées de l'extérieur, sont irréalistes dans leur définition. Ainsi, l'éducation est l'un des seuls domaines où le ministère afghan est un acteur central, notamment parce qu'il gère le personnel. Pourtant, la stratégie, définie par les organisations internationales en dehors du gouvernement afghan, est mal conçue, ce qui compromet les résultats à long terme. En effet, pour faire correspondre ses programmes aux objectifs du millénaire pour le développement de l'O.N.U., le ministère de l'Éducation et les O.N.G. concentrent l'essentiel de leurs moyens sur le primaire, au détriment du secondaire et du supérieur.

Une des sources de l'inefficacité en matière de construction des institutions est la répartition des ministères entre les pays de la coalition. En effet, lors des accords de Bonn, les États-Unis supervisent l'armée nationale, l'Allemagne la police nationale, l'Italie la justice, le Royaume-Uni la lutte antidrogue, le Japon le désarmement. L'exemple de la justice est ici particulièrement révélateur. Lors des conférences internationales de 2002, l'Italie se propose de prendre en charge la construction du système judiciaire. La communauté internationale n'a pas de stratégie concertée et, outre l'Italie, les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et deux agences de l'O.N.U. interviennent également, ce qui crée des confusions supplémentaires. De plus, l'Italie n'a pas d'expertise particulière dans ce domaine et peu de ressources. Le programme est sous-traité auprès de l'Organisation internationale de droit du développement : environ 190 millions de dollars sont dépensés pour la justice afghane entre 2002 et 2006, soit de 2 à 4 p. 100 de l'aide pour le secteur de la sécurité, y compris donc la police et l'armée, avec des résultats désastreux. Il faut attendre la Conférence sur la justice et l'État de droit en Afghanistan, qui se tient à Rome en juillet 2007, pour que la question redevienne d'actualité, sans qu'il y ait d'ailleurs d'amélioration sensible par la suite. En moyenne, le ratio juge/habitants est de 21 317, mais il peut être nettement plus bas dans les endroits dangereux comme Kandahar, avec un juge pour 76 200 personnes, et dans l'Helmand avec un pour 60 200. Cette sous-administration s'explique par des effectifs très faibles : ainsi, en juillet 2010, 1 577 juges sont en poste, dont seulement 119 femmes ; de plus, seulement 4 712 postes du ministère sont occupés, le reste (29 p. 100) n'ayant pas de titulaire.

Les acteurs internationaux, de plus, contournent systématiquement les institutions afghanes, accusées d'être gravement corrompues. Ainsi, le scandale de la Kabul Bank, qui éclate en 2010, révèle qu'environ 900 millions de dollars ont été détournés au profit des cercles dirigeants. L'importance de la production d'opium – l'Afghanistan est le premier producteur mondial – explique aussi que, dans certaines provinces comme le Badakhshan, les représentants de l'État sont, de fait, les organisateurs du trafic. Au-delà des scandales à répétition, la constitution d'une classe de courtiers afghans, intermédiaires entre les étrangers et la population locale, accroît les inégalités sociales et le sentiment général d'épuisement du système. Enfin, la légitimité même du régime est affectée par les fraudes massives aux élections de 2009 et 2010. La fragmentation des partis politiques après 2005 et les rapports difficiles entre le Parlement et la présidence affaiblissent la capacité des institutions à gouverner, notamment à produire des lois.

Le retour de l'insurrection

Après leur défaite en 2001, les Talibans se regroupent au Pakistan et parviennent à développer une insurrection dont le développement rapide s'explique par la conjonction de différents facteurs. D’abord, l'incurie et la corruption du gouvernement afghan offrent une image de corruption et de passivité aux Afghans. Au niveau du district, ce dernier est largement absent, ce qui laisse souvent les populations rurales face à des pouvoirs locaux informels ou face aux Talibans. De plus, malgré les investissements de la coalition, la police et l'armée ne sont pas en mesure de combattre efficacement l'insurrection. Le taux d'attrition de l'armée, qui prend en compte les absences sans permission, les taux de réengagement, les taux de désertion et les pertes, est d'environ 25 p. 100. Ensuite, la coalition, notamment les forces spéciales américaines, prend souvent parti dans des querelles locales, ce qui, ajouté aux nombreux incidents entraînant la mort de civils, retourne l'opinion afghane, initialement bien disposée à son égard. Enfin, ce retour progressif, surtout marqué à partir de 2006, n'aurait pas été possible sans le soutien du Pakistan. Cet État cherche à inclure l'Afghanistan dans sa zone d'influence depuis le début du djihad contre les Soviétiques. Incapable de convaincre les Talibans de livrer Ben Laden, le gouvernement d'Islamabad se trouve contraint de collaborer avec les États-Unis après le 11 septembre 2001, sous peine de représailles économiques, voire militaires. Pour autant, les services de renseignement pakistanais maintiennent des liens avec les Talibans. Le sanctuaire pakistanais joue un rôle central, dans la mesure où il permet aux cadres du mouvement de se regrouper librement après la défaite de 2001. Toutes les tentatives occidentales pour obtenir d'Islamabad la mise sous contrôle des zones frontalières, et ainsi la fermeture du sanctuaire, ont échoué. Oussama ben Laden est finalement tué, le 2 mai 2011, par des commandos américains à Abbottabad, dans le nord du Pakistan, non loin d'une base militaire pakistanaise, accroissant encore la méfiance des États-Unis par rapport à l'armée de ce pays. Le soutien pakistanais s'explique essentiellement dans le cadre de sa relation avec l'Inde, le Pakistan cherchant à éviter la reconstitution de la traditionnelle alliance de revers entre l'Inde et l'Afghanistan.

Les Talibans savent profiter de ce contexte favorable en envoyant, dès la fin de 2002 dans certaines provinces, des émissaires venus du Pakistan pour recruter des combattants, souvent à partir des mosquées et des madrasas. De plus, ils élargissent leur recrutement aux ethnies non pachtounes, ce qui explique leur percée remarquable dans le nord à partir de 2008, où ils contrôlent généralement un ou deux districts par province. Enfin, les Talibans reconstruisent un État parallèle, dont l'importance s'accroît avec leur progression dans le pays : on estime que, dans un tiers des quatre cents districts, l'opposition armée a mis en place une administration parallèle. Sans beaucoup de moyens financiers, l'insurrection accorde une importance centrale aux fonctions régaliennes, notamment à la justice. Dans le développement de leur système d'administration de la population, les Talibans bénéficient de la demande de justice de la population. Les juges Talibans sont des oulémas et jouissent de ce fait d'un certain prestige, d'autant qu'ils sont généralement moins corrompus que ceux du gouvernement. Des centaines de juges rendent des jugements au nom des Talibans, souvent en quelques jours en première instance. Sur un plan économique, les Talibans vivent principalement des prélèvements sur les projets de développement et la production de l'opium. Les impôts, essentiellement l'ushr (taxe sur les récoltes) sont en général très modestes ; ils sont surtout un moyen d'installer un contrôle politique. En ce sens, les Talibans ne cherchent pas à contrôler le système économique, pour des raisons pratiques autant qu’idéologiques.

Les moyens matériels des Talibans sont limités, ce qui les amène à mettre sous contrôle les programmes existants gérés par les O.N.G. ou par le gouvernement. Cela n'est pas sans rappeler ce que faisaient les commandants afghans dans les années 1980, quand ils déléguaient en quelque sorte l'administration des populations aux O.N.G., occidentales pour la plupart, qui construisaient des cliniques et finançaient des écoles. De la même façon, les Talibans espèrent tirer les profits politiques de ces actions, tout en gardant un contrôle idéologique et, surtout, en s'épargnant les difficultés de le faire eux-mêmes alors qu'ils doivent focaliser toutes leurs ressources sur le militaire.

Le retrait occidental

Si le combat entre l'insurrection et la coalition semble à première vue déséquilibré, la guerre d'Afghanistan met en lumière des failles majeures dans le fonctionnement des armées occidentales, notamment les limites des ressources humaines et matérielles de la coalition, la forte inertie des pratiques et la faiblesse du renseignement.

Le 11 août 2003, l'O.T.A.N. prend le commandement de la Force internationale d'assistance à la sécurité, l'I.S.A.F., créée par les accords de Bonn en 2001, et étend progressivement sa présence à l'ensemble du pays jusqu'en 2006. Confrontée à la montée de l'insurrection, la coalition augmente graduellement le nombre de ses soldats jusqu'en 2011, culminant provisoirement à cent cinquante mille hommes, soit plus que le nombre de Soviétiques présents sur le territoire afghan dans les années 1980. Plus de trois mille soldats de la coalition sont morts en Afghanistan, en majorité dans les provinces du sud où les combats ont été particulièrement violents (Helmand, Kandahar). Mais cette escalade ne s'est pas accompagnée d'un renouvellement stratégique à la hauteur des moyens mobilisés. En outre, les forces de la coalition ne se sont pas adaptées au terrain, d'autant que de nombreuses restrictions (sur les combats de nuit, la poursuite à chaud des insurgés) ont pesé – au moins les premières années – sur les conditions d'engagement. Paralysées par la peur des pertes (à l'exception des Britanniques), les armées européennes ont été rapidement marginalisées, à la fois sur le terrain et au niveau du commandement, qui est resté, de fait, américain.

Différentes approches ont été tentées par la coalition, notamment la contre-insurrection, inspirée des guerres coloniales européennes, et le contre-terrorisme, principalement les éliminations ciblées des cadres de la rébellion. Mais le soutien pakistanais et l'implantation de plus en plus large de l'insurrection ont rendu les opérations de la coalition inefficaces. De plus, les groupes djihadistes, notamment Al-Qaida, le Tehrik-e Taliban (Mouvement des Talibans du Pakistan) et Lashkar-e Taïba, se réimplantent sur la frontière afghano-pakistanaise, notamment à partir de 2009 ; trois cents militants environ seraient présents dans les provinces frontalières du Kunar et du Nouristan. Les opérations menées par les États-Unis sur la frontière, notamment avec des drones, tuent des civils et aggravent les sentiments anti-américains au Pakistan et en Afghanistan.

En juin 2011, prenant acte de cet échec, le président Barack Obama annonce le retrait américain ainsi que celui de l'ensemble de la coalition pour 2014, avec le maintien possible d'un petit contingent américain pour former l'armée afghane. Quelles que soient les perspectives militaires, la société afghane a été profondément transformée depuis 2001 : la modernité technologique (Internet, téléphones mobiles) est banale, des routes ont désenclavé des régions périphériques, l'urbanisation accélérée a transformé le rapport ville-campagne. Ces évolutions sont irréversibles et, comme dans beaucoup d'autres sociétés, la guerre a été un facteur de modernisation.

(Voir également AFGHANISTAN, chronologie contemporaine)

Gilles DORRONSORO

4.   Art et archéologie

L'Asie moyenne, appelée Afghanistan depuis l'époque de Hiuan-ts'ang (viie s. apr. J.-C.), couvre les régions situées de part et d'autre de l'Hindou-Kouch. Son art est mieux connu aujourd'hui, grâce aux spectaculaires découvertes de villes, de nécropoles, de hauts-lieux de culte et de monastères bouddhiques. Ces travaux illustrent, d'une manière plus complète que jadis, les cultures variées qui se sont mêlées sur ces territoires ainsi que l'expansion des religions. On peut donc risquer une synthèse encore inconcevable dans les années cinquante. Elle subira probablement encore maintes transformations, mais restera sans doute dans l'axe entrevu, par les premiers pionniers français, puis révélé par des missions archéologiques internationales auxquelles se joignent, depuis les années 1960, les archéologues afghans eux-mêmes.

Au cours d'une période qui s'étend du Paléolithique supérieur (30 000 ans av. J.-C.) au Néolithique et à l'âge du bronze, l'art participe à la koiné culturelle de l'Asie moyenne, entre Caspienne et Indus ; il est particulièrement représenté, à partir du Néolithique, par de belles poteries et des petites terres cuites prophylactiques.

Puis, au cours d'une période qui s'étenddes conquêtes des rois achéménides, venus de Perse au vie siècle avant J.-C., à la fin du royaume gréco-bactrien, dans la seconde moitié du iie siècle avant J.-C., l'art est nettement influencé par les apports irano-hellénistiques, tant en Bactriane qu'au Séistan, surtout après le raid qu'Alexandre de Macédoine fit dans ces régions entre 330 et 327 avant J.-C.

On a retrouvé certaines villes « grecques », avec un ensemble assez fragmenté de productions artisanales et artistiques, des « trésors » enfouis, et des monnaies d'une qualité rare, frappées par les rois locaux pour leur propagande.

La période suivante, dite barbare, chevauche quelque peu la précédente (iie s. av. J.-C. - iie s. apr. J.-C.) ; elle correspond aux passages des Saka (Scythes), plus ou moins hellénisés, des Parthes, d'abord philhellènes puis iranisés, et surtout des Kouchans, dont l'art original et profondément réaliste, qu'on ne doit plus confondre avec l'art du Gandhāra, est inspiré à la fois de l'hellénisme et de l'art royal des Parthes. De ces cultures différentes, mêlées de façon anarchique, nous restent des villes, souvent reconstruites sur les ruines d'établissements antérieurs, hauts lieux dynastiques et religieux décorés de statues de pierre et de modelages d'argile, et des monnaies d'or ornées du visage des conquérants.

Au cours de la dernière période (iie-viie s. apr. J.-C.), que l'on peut qualifier de bouddhique, on assiste à une prolifération étonnante et durable de monuments religieux, abondamment décorés à la demande des moines ou des donateurs, laïques ou princiers (Kouchans tardifs, Kouchano-sassanides, Hephtalites et Turks) ; c'est un âge d'or, tant pour les sculpteurs et les modeleurs que pour les peintres. Ces artistes adoptèrent pendant longtemps la tradition iconographique gandharienne : la légende bouddhique ; puis, évoluant en suivant les différentes doctrines des nouvelles sectes, ils abandonnent la figuration anecdotique pour présenter des mandala stylisés, chargés d'aider les aspirants à l'éveil à atteindre leurs objectifs transcendants.

Parallèlement (à partir des ive - ve s.), les religions hindouistes progressent vers l'Asie centrale, grâce à l'appui de certaines dynasties locales, et les artistes décorent des temples de peintures, ou mêlent, dans les chapelles des monastères, les idoles aux icônes bouddhiques.

  La préhistoire et la protohistoire

Depuis les années 1950, on découvre des nuclei, des « coups de poing », des burins et des grattoirs, dans des abris sous roche ou dans des grottes, à Kara-kamar près de Haibak (C. S. Coon, 1951-1954), à Ak-kupruk (L. Dupree, 1959-1966), et à Ghar-i-mordeh-gusfand (L. Dupree et autres auteurs, 1970) dans la région de Balkh ; à Dara-i-kur au Badakshan (L. Dupree, 1966) et au Dasht-i-Nāwur sur les rives d'un ancien lac entre Kaboul et Ghazni (L. Dupree et R. S. Davis, 1976). Ces objets sont datés généralement du Paléolithique moyen et récent.

Vers le IXe et le VIIIe millénaire, le Néolithique se met en place, au moment où cueilleurs et chasseurs sont remplacés, dans toute l'Asie moyenne, par les agriculteurs qui construisent les premières maisons de pisé. Puis la poterie paraît ; elle est attestée pour la première fois en Afghanistan, sur les sites de Ghar-i-mar et de Ghar-i-asp (L. Dupree et C. Kolb, 1972), où, après une période a-céramique, on trouve des tessons datant du VIe millénaire.

La découverte du site de Mundigak (J. M. Casal et D.A.F.A., 1951-1956) est encore aujourd'hui la source de renseignements la meilleure et la plus complète.

On y compte sept niveaux principaux de constructions s'échelonnant de la fin du IVe millénaire à 800 environ avant J.-C. On suit particulièrement bien le développement architectural du site, du début à la fin de la séquence, et on a trouvé de nombreux niveaux d'habitations munies d'un certain « confort », puis un palais, élevé sur une base monumentale cannelée, et enfin un monument massif, peut-être un temple.

La poterie, faite au tour et ensuite à la main, est comparable à celle de sites aussi distants les uns des autres que Suse et Tepe-hissar en Iran, Namazga au Turkmenistan, Quetta et Amri dans la vallée de l'Indus. On trouve des coupes, des pots, des vases, et une forme locale inédite : le vase à pied, à panse légèrement bulbeuse, appelé verre à dégustation. Ces récipients sont nus, ou décorés de motifs peints en noir sur une légère engobe blanche : dessins géométriques denses ou aérés, feuillages variés, parmi lesquels on reconnaît la feuille du pipal, frises d'animaux passants (ibex, capridés, oiseaux).

À tous les niveaux, mais surtout à ceux qui correspondent au milieu du IIIe millénaire, on découvre des figurines de terre cuite, en plus ou moins grande quantité ; il y a surtout des animaux (bovidés, capridés, un seul petit porc), et, en moins grand nombre, de petites idoles féminines, représentant sans doute la fécondité ou l'abondance (déesses-mères) : le nez pincé, les yeux ronds et creux relevés d'une pointe de peinture noire, les seins proéminents et la taille fine, elles sont parées de multiples colliers et sont parfois polychromes. Une seule figurine masculine réaliste étonne par sa présence insolite.

Deux petites têtes sculptées dans la pierre tendre et blanche, dont l'une est malheureusement très abîmée, sont les seuls témoignages de la sculpture à Mundigak à la fin du IIIe millénaire avant J.-C.

À Said-qala-tepe, près de Kandahar (J. G. Shaffer, 1971-1972), le matériel céramique correspond aux niveaux III, 5-6 et IV, 1 de Mundigak. Les petites terres cuites sont plus rustiques et moins bien conservées, on remarque un fragment de figurine anthropomorphe assise.

À Deh-morasi-gundhai (L. Dupree, 1963), site voisin, la période d'occupation intéressante correspond au niveau IV, 1 de Mundigak. Quelques déesses-mères sont plus finement traitées que celles de Mundigak (P. Gouin, 1963) ; l'une d'elles est parée d'un collier à huit rangs de perles, rehaussé de peinture ocre.

Au milieu et à la fin du IIe millénaire avant J.-C., de nouvelles techniques apparaissent : la métallurgie prend quelque importance, les hommes travaillent le bronze puis le fer.

Datée également du IIe millénaire, une découverte très récente a étonné les chercheurs : le site de Shortugaï (H. P. Francfort et M. H. Pottier, 1978) est un établissement de caractère harapéen et post-harapéen situé au bord de l'Amou-darja, en Bactriane orientale. Les auteurs y ont découvert des poteries caractéristiques du style de Harappa, et d'autres semblables aux céramiques de Sogdiane (culture de Biskent) et de Bactriane. Les traces d'une industrie du métal plus particulièrement axée sur la bijouterie (creusets contenant des dépôts cuivreux, or en feuille et nombreux éclats de lapis-lazuli) attestent les occupations artisanales des habitants, qui se trouvaient peut-être à l'origine du commerce de cette pierre semi-précieuse, dont les mines sont situées à quelques journées de marche vers le sud.

En Bactriane, à l'ouest de Balkh, autour des villes antiques de Dashli et Emshi, de nombreux sites ont été fouillés, parfois clandestinement : on y a trouvé et on y trouve encore des dépôts funéraires datant de ces mêmes époques (P. Amiet, 1977). Ce sont des objets et des parures : miroirs de bronze, parfois à manche anthropomorphe, flacons à khôl, épingles à tête ciselée, colliers et bracelets de métal ou de perles enfilées.

  La période irano-hellénistique

Des céramiques, des petites terres cuites, des objets de bronze sont également découverts dans les villes construites par les satrapes achéménides pour servir de bases à leur organisation politique et financière ; mais en dehors de ces objets, ces capitales de la Drangiane, de la Bactriane et de l'Arachosie livrent peu d'informations ; leurs murs d'argile crue, séchée au soleil du désert, se sont évanouis dans le sol, et, seules, les photographies aériennes, prises en période de sécheresse, révèlent des plans et des orientations.

Quand Alexandre arrive dans la région, en 330 avant J.-C., il la trouve organisée et souvent prospère ; malgré les luttes contre certains satrapes locaux, il prend le temps d'ordonner la construction de villes nouvelles, les Alexandries, qui n'ont pas encore été retrouvées, mais devaient être conçues comme les villes dites de garnison, bâties pour abriter les soldats laboureurs et les familles qu'ils fondaient en Orient. Citées dans les textes, décrites aussi, elles étaient, à l'instar des camps militaires hellénistiques, de plan hippodamien et comportaient des remparts, une citadelle, et les monuments habituels, nécessaires à la vie municipale.

Parmi les villes fouillées, on retrouve des niveaux hellénistiques à Kandahar, Balkh, Emshi-tepe et Begram, l'exemple le plus frappant est cependant la ville de Aï-khanoum en Bactriane orientale, au confluent de l'Amou-darja et de la rivière Koktcha.

Aï-khanoum, vaste métropole régionale, place forte stratégique commandant la route vers la Chine, par la vallée du Kyzyl-su, et peut-être emporium du commerce du lapis-lazuli, et des pierres semi-précieuses du Badakshan, est une des découvertes majeures de ces dernières années (D. Schlumberger et D.A.F.A., 1964 ; P. Bernard et D.A.F.A., 1965-1978).

À l'intérieur d'un mur fortifié de quatre kilomètres de périmètre, au pied d'une colline-citadelle, la ville étend ses bâtiments de briques d'argile cuites ou crues, parementées de pierre ou d'enduits stuqués et peints. De tradition grecque sont l'entrée monumentale (propylée), le tombeau du fondateur de la cité, le gymnase, la palestre, le théâtre ; de tradition séleucide ou néo-babylonienne sont le temple, aux murs scandés de redans, et un somptueux palais (mégaron à couloirs) pourvu d'aménagements sophistiqués.

Les décors des cours et des salles du palais ont été en partie reconstitués par les archéologues : un patient travail de quinze années permet d'admirer les colonnes à chapiteaux pseudo-corinthiens du péristyle monumental, et les chapiteaux de pilastres, en bois, de style ionique, qui ornaient deux salles de réunion.

Les objets d'art trouvés dans les ruines témoignent aussi d'une double tradition, grecque et iranienne, mais les chercheurs pensent qu'ils sont les œuvres d'artisans locaux, copiant les modèles apportés par les voyageurs. Les tailleurs de pierre ont laissé quelques statuettes de divinités masculines ou féminines ou, peut-être, des images funéraires ; certaines sont inachevées, tels l'éphèbe se couronnant de feuillage et un pilier hermaïque représentant un vieillard barbu.

Dans la cella du temple à redans, une statue monumentale acrolithe représentait Zeus-Oromazdès, divinité mixte du panthéon irano-grec : son corps était de bois et d'argile, son visage, ses mains et ses pieds chaussés de sandales sont taillés dans le marbre ; cette technique commode et peu onéreuse était employée en Asie Mineure à la même époque.

Les modeleurs sont intervenus pour décorer de reliefs historiés deux salles du palais, autant qu'on peut le comprendre en examinant les débris tombés au pied des murs, parmi lesquels on retrouve des fragments de membres, bras et jambes nues, des morceaux de draperies assez hellénistiques, et même des pattes de lion, pouvant faire croire à la représentation d'une léontée.

Des orfèvres travaillaient dans les ateliers de la ville ; on a retrouvé leurs modèles : des emblema de plâtre reproduisant par moulage des motifs connus de la toreutique hellénistique, semblables à ceux qui ont été découverts à Begram ; on a retrouvé aussi une de leurs œuvres : une assiette d'argent doré représentant la déesse Cybèle, sur son char traîné par deux lions. Réalisé dans l'esprit des produits de la Perse ou de la Parthie, cet objet est bactrien par son originalité de style et d'iconographie.

Les bronziers fabriquaient des statuettes de divinités copiées sur les revers des belles monnaies bactriennes, mais dont la technique rustique confirme l'origine locale, comme dans la représentation un peu naïve d'un Héraclès se couronnant de feuillage. La numismatique bactrienne, avec ses belles médailles d'argent, a été connue très tôt ; elle a été longtemps le seul témoignage artistique de cette région. Son étude permet une approche plus fine de l'histoire et de l'histoire des religions : on a découvert à Aï-khanoum une monnaie d'Agathocle, portant au revers un dieu indien, arrivée là par les voies du commerce après 170 avant J.-C.

La ville de Aï-khanoum, fondée peut-être par un vassal bactrien des rois séleucides, fut détruite, puis reconstruite au temps du roi bactrien Eucratides vers 150 avant J.-C. Elle fut complètement abandonnée au moment de l'avance des nomades kouchans, vers 130-120 avant J.-C. De ce fait, nous avons sous les yeux une ville grecque de Bactriane, dont l'étude a corroboré les notions pressenties par les premiers chercheurs, mais qui n'avaient pas pu être confirmées par des faits. Maint détail iranisant et hellénisant, présent à Aï-khanoum, se retrouve en Afghanistan du Sud et au Gandhāra, et on comprend mieux comment la Bactriane a servi de relais pour leur propagation vers l'Inde.

  La période barbare

On connaît l'époque pendant laquelle les Saka, les Parthes et les Kouchans envahissent ou traversent l'Afghanistan pour aller en Inde (fin du iie siècle av. J.-C. - iie siècle apr. J.-C.) sous le nom de période barbare.

Les orfèvres saka connaissaient depuis longtemps les différentes techniques de transformation du métal, ainsi que le montage des pierres dures ; ils ont travaillé pour toutes les cours hellénistiques de la mer Noire à l'Oxus ; installés en Bactriane occidentale et au Séistan, ils exécutent les parures d' or des seigneurs locaux, et en particulier celles qu'on a découvertes dans les tombes de Tillia-tepe, près d'Emshi (V. Sarianidi, 1979) ; ils mêlent dans ces œuvres les grâces un peu fades de l'orfèvrerie hellénisante, le style animalier de la steppe et les rudes modèles chinois des Han acheminés par la route de la Soie. Le trésor d'objets d'or de Tillia-tepe, découvert par hasard, est précieux pour l'étude de cette période.

Les sculpteurs parthes semblent avoir d'abord copié les modèles hellénistiques (Nisa en Margiane), puis, vers l'ère chrétienne, émigrés vers l'Iran et confrontés à d'autres objets, ils s'inspirent de la stylistique perse, taillent pour les souverains des statues monumentales en pierre (Nimrud-dagh) et des portraits princiers stylisés (Hatra), qui inspireront les artistes orientaux de Bactriane.

Les nomades kouchans ont appris à connaître, dès leurs premières migrations, les avantages des établissements stables. Déjà, en Bactriane du Nord, ils avaient une capitale (Dalverzine-tepe ; G. Pougatchenkova, 1978), de nombreuses « maisons des champs » et un palais princier, décoré de frises en terre séchée et peinte (Khaltchayan ; G. Pougatchenkova, 1966, 1968). En route vers l'Inde, ils édifient des bâtiments en Bactriane du Sud, à Dilbarjin (I. T. Kruglikova, 1974), à Emshi-tepe (I. T. Kruglikova et S. Mustamandi, 1970), et au-delà des monts, à Begram II (R. Ghirshman, 1946), Wardak (G. Fussman, 1974), et Kandahar (A. MacNicoll, 1975), jusqu'en Inde, à Mathurā.

Il est manifeste que les nomades kouchans patronnent les artistes locaux et leur commandent des décors où l'on retrouve leur goût pour le réalisme dans l'exécution des vêtements, des armes et des parures et dans les portraits princiers. Ce sont avant tout des images de propagande et les artistes répondront à ces demandes, chacun selon sa propre vision et sa propre culture.

Le grandiose ensemble de Surkh-kotal en Bactriane du Sud est une commande du roi kouchan Kanịska qui l'a fait élever, face à l'est, sur une colline dominant la route de la Soie (D. Schlumberger et D.A.F.A., 1952-1963).

Dans une vaste enceinte fortifiée, en haut d'un escalier monumental entrecoupé de terrasses, s'élève le temple, de plan iranien ; la cella carrée, ouverte à l'est, est entourée sur trois côtés d'un couloir étroit ; à l'intérieur, le toit était supporté par quatre colonnes de bois ( ?) reposant sur des bases de pierre. Les murs sont d'argile, recouverts d'un parement de pierres taillées ; le décor est composé de pilastres à chapiteaux d'acanthes animés de petits personnages. À l'intérieur de la cella courait une guirlande portée par de jeunes garçons.

Un vaste péristyle entoure une cour à l'arrière du temple ; sur ses murs se trouvaient de grands panneaux historiés en argile crue, dont on a sauvé des fragments, et qui prouvent la pérennité des techniques antérieures.

Sur la façade est, des statues-dalles, taillées dans la pierre, représentaient sans doute des divinités et le souverain donateur, Kanịska, vêtu, à la nomade, d'un pantalon bouffant et de chaussures molles, d'une tunique ornée de broderies et sans doute d'un manteau. Un second personnage est drapé d'une vaste houppelande.

Cet art somptuaire, exécuté pour frapper les foules venues, à jours prévus, adorer le feu « dynastique » ou, peut-être, la grande déesse de Bactriane, était inspiré de l'art des Parthes iraniens.

  La période bouddhique

Les techniques, employées depuis le Néolithique : taille de la pierre, modelage d'argile et de stuc, peinture décorative, vont être utilisées largement dans les monastères bouddhiques d'Afghanistan, construits à l'instigation des moines à partir d'une époque qui peut se situer aux environs de l'ère chrétienne et peut-être même avant, mais dont les monuments, qui nous sont parvenus, sont plutôt datés maintenant, grâce aux stratigraphies récentes, du iie au viie siècle après J.-C.

La multiplicité des petits centres, installés à la périphérie des villes prospères et le long de la route du commerce avec les pays lointains, a suscité des foyers de culture, des écoles d'art et des styles particuliers suivant les lieux et les époques. C'est pourquoi nous pouvons classer cette période par régions et par écoles d'art.

L'école de Hadda

La moyenne vallée de la rivière Kaboul, dont la ville importante est Jellalabad, a abrité très tôt un grand nombre de fondations bouddhiques autour de l'endroit mythique où l'étudiant Megha aurait reçu du Buddha du passé, Dipankara, la prédiction de sa prochaine existence sous l'aspect du Buddha historique Gautama.

Des « mille » monastères visités par le pèlerin chinois Hiuan-ts'ang, au viie siècle, on n'a retrouvé qu'une dizaine (travaux de J. Barthoux et de la D.A.F.A. en 1928-1930 ; et de l'Institut afghan d'archéologie en 1965-1978).

L'architecture des monastères de Hadda est en tout point semblable à celle des monastères gandhariens et indiens des mêmes époques. Le plan est double ; il comporte une partie publique, réservée au culte, qui se limite essentiellement au rite de la circumambulation et au dépôt de petites offrandes par les fidèles, et une partie privée, réservée à l'habitation des moines. Si on en juge par les fouilles les mieux conduites et les plus instructives (Tapa-kalan et Tapa-é-shotor), le domaine du culte tend à dominer le domaine privé ; en effet, d'année en année et de siècle en siècle, pendant la période d'occupation du monastère, les stūpas et chapelles se multiplient dans les enceintes prévues et débordent vers des secteurs périphériques annexes ; des cours secondaires s'ajoutent à la cour initiale et se remplissent à leur tour de stūpas.

Les statues peuplent les couloirs d'accès, les niches des couloirs et des salles. Les cellules des moines se regroupent dans des espaces restreints et s'élèvent parfois d'un étage. Des salles de réunion et de méditation complètent ces ensembles complexes.

Les stūpas de Hadda sont caractérisés par leur haute taille, leurs nombreuses bases (de deux à quatre), carrées, circulaires ou à pans, et leurs superstructures importantes. Le stūpa central, toujours beaucoup plus volumineux que les autres, est pourvu d'un escalier, non orienté, centré sur une face, et qui permet d'atteindre la plate-forme de la première base pour y effectuer le rite de la circumambulation.

Les matériaux employés à Hadda sont très divers et correspondent toujours aux disponibilités locales ; on trouve des murs de schiste (appareil gandharien), des murs de blocs ou de briques d'argile crue, séchée au soleil, et quelques exemples de murs de pierre taillée. Les revêtements sont également variés : bouillie d'argile, plâtre et surtout stuc (mortier de chaux) ; ces revêtements étaient modelés et peints.

Les sculpteurs et modeleurs de Hadda se sont trouvés confrontés à un immense programme décoratif soumis aux exigences des moines qui leur transmettaient les textes religieux. Comme les artistes européens au Moyen Âge, ils ont répondu à ces commandes, qui étaient leur raison de vivre. Des Gandhariens, si proches, dont ils étaient en fait un rameau un peu plus occidental, ils reçurent les thèmes iconographiques et beaucoup de détails hellénisants, iranisants, indianisants ; mais les pilastres et les chapiteaux, les guirlandes et les rinceaux ont pu arriver directement de Bactriane. La statue-dalle, la statue-stèle, le haut-relief sont également issus de l'art du Gandhāra, mais ils pouvaient venir de l'Iran ancien, par l'intermédiaire des Parthes et des artistes de Surkh-kotal. Enfin, les portraits princiers, si réalistes, commandés par les kouchans, influencèrent directement les artistes de Hadda, qui surent ajouter à ces modèles leur vision propre, leur imagination et leur verve.

Les artistes rythment les scènes en les séparant par les pilastres ; ils disposent les personnages en trompe l'œil, jonglent avec les différences d'échelle ; ils jouent du sublime et de la caricature, du réalisme et de la stylisation, pour aboutir, vers le ive siècle, qui sera sans doute un âge d'or, à l'immuable image du Buddha entourée de personnages de la vie quotidienne.

Si les sculpteurs sur pierre de Hadda sont mal connus (B. Dagens, 1964), ils ont pourtant laissé de charmantes œuvres, en schiste et en pierre calcaire blanche, d'une grande délicatesse (musée Guimet, MG 17443, L'Aumône de la poignée de poussière).

Les fouilles anciennes de J. Barthoux ont fourni au musée de Kaboul et au musée Guimet à Paris des collections de personnages et de têtes en stuc d'une extraordinaire vivacité d'expression, représentant une grande variété d'ethnies, de costumes et de coiffures : princes indiens, seigneurs barbares, gens du commun, serviteurs, soldats et démons ; quelques belles femmes, des divinités étrangères et d'innombrables buddhas, dont beaucoup sont des chefs-d'œuvre, ne sont d'ailleurs que des fragments d'ensembles. Un de ces ensembles, le monastère de Tapa-é-shotor (S. Mustamandi, 1969 et Z. Tarzi, 1976), a été récemment découvert et restauré sur place mais on pense qu'il a été détruit en 1980.

Les stūpas de la cour centrale sont décorés de personnages en stuc d'un style dépouillé et hiératique qui contraste avec le décor abondant des chapelles de pourtour, dont les figures sont modelées dans l'argile crue. La qualité des modelages, dans les stupās et dans nombre d'autres chapelles extérieures, la finesse des détails, le réalisme des portraits ne le cèdent en rien à la grandeur et à l'équilibre des compositions plastiques. Une iconographie très complète illustre des légendes rarement représentées d'une manière aussi vivante (Visite au naga) ; certains personnages sont directement inspirés de modèles gréco-bactriens (Héraclès-Vajrapani) ou iraniens (Ardoksho-Hariti).

Toutes les œuvres sculptées ou modelées de Hadda étaient peintes de couleurs vives, le décor plastique se trouvant continué, sur les fonds libres des surfaces, par le décor peint. Éléments d'architecture, personnages à l'antique exécutés avec des poncifs importés, croquis à main levée des artistes ont été observés sur quelques rares documents. La grotte de méditation de Tapa-é-shotor est un exemple unique de ces ensembles dont parlent les textes : longs de 9,60 mètres, ses murs sont décorés de rideaux de couleur suspendus à une guirlande végétale ; au-dessus sont représentés les dix grands saints du bouddhisme, disposés de part et d'autre d'un squelette expressif (ve-viie s. apr. J.-C.).

L'art de Hadda pourrait se situer entre la fin du iie et la fin du vie siècle après J.-C.

L'art du Kapiça

Le Kapiça, plaine fertile aux riches cultures, est situé au pied de l'Hindou-Kouch, au nord de Kaboul. Sa capitale ancienne, Begram, fut peut-être une ville bactrienne puis le séjour d'été des monarques kouchans. Quelques travaux de fouilles furent exécutés sur le site par R. Ghirshman et la D.A.F.A. de 1936 à 1946. C'est la découverte fortuite d'un trésor d'objets de luxe appartenant aux cultures indiennes, méditerranéennes et chinoises des premiers siècles de notre ère (J. Hackin et D.A.F.A., 1939 et 1954) qui a fait la célébrité de Begram. Cette étonnante trouvaille de meubles décorés d'ivoire, de verreries alexandrines ou syriennes, de bronzes gréco-romains, de moulages en plâtre (emblema) à sujets occidentaux, de bols en laque de Chine, révolutionna l'archéologie de l'époque : la présence de ces objets en Afghanistan montre l'importance du commerce international de l'époque et l'existence de modèles étrangers près des écoles d'art de la région. L'ensemble du trésor de Begram est daté du ier siècle avant J.-C. au début du iiie siècle après J.-C. (Davidson, 1972).

Autour de la ville de Begram, des monastères bouddhiques furent construits très tôt. Deux d'entre eux méritent un commentaire pour la qualité de leur décor sculpté.

Shotorak (J. Meunié, 1936) domine la vallée du Panshir ; dans une enceinte fortifiée accrochée à la montagne, on voit encore un grand stūpa aux murs redentés, placé au centre d'une première cour qui était entourée d'un péristyle à colonnes et un second stūpa à étages dont la base est scandée de pilastres à chapiteaux d'acanthes ; murs et stūpas sont construits en blocs et en lamelles de schiste éclaté, verdâtre, provenant de la montagne voisine (appareil gandharien). Les enduits, qui recouvraient presque sûrement ces constructions, ont disparu.

Le style des reliefs est local, assez rude ; il accuse une stylisation dans l'exécution des modèles iconographiques et plastiques habituels, tant bactriens que gandhariens. Certains d'entre eux dénotent un sens certain de la monumentalité et de l'équilibre de la composition. Quelques stèles sont centrées sur un grand buddha hiératique, aux proportions délibérément raccourcies, aux détails exagérés, mais doué d'une présence massive et imposante qui fait peut-être écho à l'art de Surkh-kotal que nous connaissons à peine. Certains des reliefs représentent des architectures gandhariennes, d'autres des personnages, parmi lesquels on reconnaît nombre de donateurs en costume « kouchan ».

Païtava, au sud de Begram (J. Hackin, 1933), est un petit monastère qui a livré quelques beaux fragments et une stèle, d'un équilibre parfait, représentant le Buddha Sākyamuni, opérant les miracles de l'eau et du feu à Śravasti ; la figure centrale immense, son canon très court, les plis « mouillés » du manteau monastique, le visage carré sont très proches du style de Shotorak ; la perfection des menus détails, le beau poli de la pierre (schiste) sont dignes d'un grand praticien ; cette stèle était couverte de feuilles d'or.

Ces deux sites sont généralement datés des iie et iiie siècles après J.-C. ; une révision de l'iconographie et de certains détails stylistiques changera peut-être cette datation.

L'art aux environs de Kaboul

La ville de Kaboul, capitale actuelle de l'Afghanistan, a un passé assez flou ; la découverte d'un trésor de monnaies achéménides et grecques, au Chaman-i-Hauzuri (S. D. Schlumberger, 1953), prouve que son existence est plus ancienne qu'on ne l'avait supposé. Les constructions modernes ont gommé beaucoup de vestiges anciens, sauf en deux endroits où l'on a exhumé les restes de monuments bouddhiques.

Au Tepe-Maranjan, on a découvert en 1933 une petite forteresse et des bâtiments bouddhiques voisins (J. Carl et J. Hackin, 1959 ; G. Fussman et M. Le Berre, 1976) ; depuis 1981 (Z. Haidari), une nouvelle investigation a mis au jour deux autres monastères et des stūpas. Les bâtiments sont construits en briques de terre séchée et dateraient des ive et ve siècles après J.-C.

Un bodhisattva et des donateurs aux traits expressifs en argile séchée et peinte sont plus tardifs (vie-viie s.) et évoquent l'art du Fondukistan et celui de la période correspondante de Tapa-sardar (Ghazni).

Au Tepe-khazana, près de l'hôpital de Kaboul, on a trouvé quelques charmantes petites têtes en argile datant de la même époque (N. Dupree, 1974).

Aux environs de Kaboul, l'occupation bouddhique intense, entre les iiie et viie siècles, a laissé de nombreux monuments :

– Des colonnes de propagande dont la plus connue, encore en bon état, est un fût cylindrique d'une vingtaine de mètres de haut, le Minar-i-chakri ; il indiquait la route du Sud, dans la montagne, vers le Logar et Gardez ; surmonté d'une roue (śakra) aujourd'hui disparue, il évoque les colonnes d'Aśoka le Maurya (Dorneich, 1968).

– Des stūpas monumentaux et de petits bâtiments monastiques à Yakhdarra (Mizuno, 1971), Shiwaki (Lézine, 1962) et Guldara (G. Fussman et M. Le Berre, 1976) sont très semblables à ceux qu'on voit au Swāt et au Gandhāra, tout comme ceux de Bimaran et de Darunta, près de Jellalabad, ou de Topdarra, près de Charikar. Ce sont des monuments importants, tant par leur masse (certains atteignent 40 mètres de diamètre) que par leur style et par une tendance à élever les étages et à les multiplier, à simplifier le décor qui se résume à un seul rang d'arcades (plein cintre et trapèze alternés) dont les écoinçons sont garnis de grands oiseaux aux ailes éployées. Le matériau est le schiste employé en moellons et lamelles éclatées ; les enduits, sans doute peints en blanc, ont disparu. Ces stūpas sont pour la plupart datés des ive et ve siècles après J.-C.

– À l'ouest de Kaboul, vers Charikar, le site de Saraï-khwaja (N. Dupree, 1974) a récemment livré deux belles stèles en schiste, dans le style de Shotorak, représentant des buddhas opérant le miracle de l'eau et du feu à Śravasti ; ils sont grandeur nature, ce qui est très rare pour des statues de schiste.

– Au nord de Kaboul, deux sites, réputés hindouistes, attestent la présence de religieux indiens et de temples consacrés à des divinités indiennes en Afghanistan, à période tardive. Khair-Khāna (J. Hackin et J. Carl, 1936) est un temple à trois cellas (construction en schiste éclaté), levé vers le viie siècle sur un bâtiment plus ancien en briques d'argile séchée. Les cellas contenaient divers fragments de statues, dont un ex-voto du dieu Surya, assis sur un char traîné par quatre chevaux (0,42 m de hauteur). Une autre Surya a été découvert fortuitement en 1980 (P. Bernard et F. Grenet, 1981) ; c'est une très belle œuvre en marbre peint et doré (1,40 m de hauteur totale), dont le style s'apparente aux œuvres post-gupta de l'Inde, mais qui dénote aussi dans les détails du costume et des parures une influence de l'art sassanide tardif (vers 700 apr. J.-C.).

Tapa skandar, à une quinzaine de kilomètres au nord du site précédent (Kuwayama, 1976), est un ensemble de petits sanctuaires et de bâtiments d'habitation en cours de fouilles de la même époque que Khair-Khāna. On y a trouvé un curieux groupe en marbre représentant Umā-Mahesvara.

L'art préislamique aux environs de Ghazni

Le grand monastère de Tapa-sardar (M. Taddei, 1968 ; M. Taddei et G. Verardi, 1978) est presque le seul représentant de l'art préislamique, dans les environs de Ghazni. Situé sur une colline au sud-est de la ville, c'est un très vaste établissement qui n'a pas encore été totalement fouillé. Il possède le plus haut stūpa d'Afghanistan, de nombreuses chapelles et de curieux stūpas votifs construits sur plan étoilé.

Le matériau est l'argile séchée et peinte, pour la construction des murs, comme pour l'exécution des modelages décoratifs et des images de culte.

Le décor où se mêlent les arcades trilobées, les arcs indiens, les frises végétales ou animales, les rinceaux et les perlages, est très proche de l'art de Bāmiyān.

Certaines figures sont encore hellénisantes, proches des reliefs de terre de Hadda (ive s. apr. J.-C.). La plupart sont plus tardives et évoquent l'art de Fondukistan et celui de certains sites du Turkestan soviétique (Adjina-tepe et Kuva). Citons quelques œuvres exceptionnelles : un buddha paré, de 3,40 mètres de hauteur, un buddha en parinirvana de 15 mètres de longueur et une extraordinaire représentation de la déesse hindouiste Durga, en train de tuer l'asura Mahishā représenté sous la forme d'un buffle ; ce groupe, bien connu dans l'iconographie indienne, à même époque, et retrouvé aussi en d'autres lieux d'Afghanistan (Chiga-saraï ; J. Van Lohuizen De Leeuw, 1959), témoigne des nouveaux courants religieux au temps des Turki-shahi de Kaboul, aux viie et viiie siècles. La tête de Durga, monumentale, face ronde et grasse, nez busqué, yeux exophtalmiques, lèvres épaisses et parures luxuriantes, est une des plus belles œuvres découvertes sur la terre afghane.

L'art de Bāmiyān

Le Karakoram, les Pamirs, l'Hindou-kouch formaient une barrière difficile à franchir pour ceux qui allaient et venaient de l'Inde à la Chine ; les récits des pèlerins chinois dramatisent ces voyages ; on les comprend mieux en empruntant la voie la plus occidentale qui de Charikar conduit à Bāmiyān par la vallée du Ghorband.

En route, à Siah-gird, on passe non loin du monastère de Fondukistan (J. Hackin, 1959). Caché dans la montagne vers le sud, c'est un petit établissement construit en briques et en blocs de terre séchée ; la cour centrale couverte, peut-être en berceau, contient un stūpa ruiné ; aux quatre murs de cette cour s'ouvrent des niches abritant des statues d'argile modelée et peinte ; le décor peint se continuant par de simples aplats sur les retombées des voûtes et les espaces entre les niches.

Le style de Fondukistan associe la gravité bouddhique à l'élégance et au charme de l'Inde post-gupta, comme on a pu déjà le voir à Tapa-sardar ; des formes élancées, des tailles fines, des membres déliés et gracieux, des visages pleins de douceur caractérisent ces modelages fragiles ; une mode un peu baroque, qui n'a plus rien de gandharien, les habille et les pare : coiffures de boucles et de fleurs, colliers de perles, bijoux fantastiques et bractées. On notera encore le camail à pointes d'un buddha, la veste croisée en tissu brodé de grands médaillons sassanides du donateur, la robe transparente de son épouse indienne. Cet art tardif est daté maintenant de la fin du viie siècle.

Le col de Shibar (3 285 m) franchi, on arrive dans la vallée de Bāmiyān. Les moines bouddhiques s'installèrent peut-être très tôt (iiie - ive s.) dans cet endroit bien protégé et fertile où s'élevait une ville commerçante, gouvernée par un « roi » favorable au bouddhisme. Ils creusèrent dans la haute falaise qui domine le site d'innombrables cavernes pour y installer des cellules, des salles de réunions et des sanctuaires, comme ils le faisaient en Inde depuis bien longtemps. Sur la roche, un poudingue friable, ils étendirent des enduits successifs, d'argile mêlée de paille hachée, puis d'argile pure, puis parfois d'un léger stuc. Sur les murs, ainsi préparés, fleurirent de merveilleux décors, modelés et surtout peints de couleurs naturelles, noir du foyer domestique, terres d'ocre et de sienne, rouge de l'oxyde de fer, vert de la malachite, bleu du lapis-lazuli.

L'architecture de Bāmiyān, libérée des contraintes de la construction, n'a cependant pas profité des facilités offertes pour restituer les plans et les profils grandioses des espaces intérieurs de l'Inde ancienne (Karli, Ajanta) ; la fragilité de la roche en est peut-être la cause. Les plans sont régis par le besoin d'air et de lumière, et ne semblent pas avoir été conçus d'avance, mais au hasard des besoins grandissants des petites communautés ; à toutes les hauteurs, et jusqu'au sommet, à quelque quatre-vingt-dix mètres d'altitude, les cavernes sont creusées en enfilade et suivent l'axe est-ouest de la façade de la falaise ; chacune ouvre sur l'extérieur ; des galeries et des escaliers de bois devaient permettre les communications entre elles ; il existe aussi des escaliers intérieurs taillés dans la pierre. Les monastères sont groupés autour des niches creusées profondément et abritant les immenses statues (détruites en 2001) qui faisaient la gloire de Bāmiyān.

Les artistes de Bāmiyān furent à la fois modeleurs et peintres. Les modeleurs restituent, en argile, l'architecture intérieure absente : les coupoles sur trompes, les plafonds de charpente en lanterne, les plafonds à caissons, les pilastres ; ils composent sur les parois des architectures idéales pour servir de cadre aux icônes : niches, arcs indiens, arcatures trilobées, frontons coupés, et ils décorent tous ces éléments de rinceaux, de guirlandes, de frises d'oies sauvages (hamsa), de vases d'abondance et de rubans flottants.

Les peintres intègrent les espaces modelés et les espaces plats en de vastes compositions rayonnantes, en de longues frises rythmées qui couvrent toutes les surfaces intérieures.

Les spécialistes sont sans doute intervenus pour exécuter les grandes statues, épannelées dans la roche vive, puis recouvertes d'enduits successifs, jusqu'à atteindre la forme idéale recherchée. Elles ont ensuite été incluses dans une architecture peinte en trompe l'œil, dans laquelle s'intègrent une grande quantité de personnages et un fourmillement de détails, en un vaste décor couvrant. Elles étaient hautes de 55 m, 38 m, 14 m, 12 m, etc.

Le style des décors de Bāmiyān et des sites avoisinants (Kakrak, J. Hackin, 1932 ; Foladi, B. Dagens, 1964) est un composé local des diverses influences reçues par les artistes qui y travaillèrent du ive au viie s. après J.-C. Quelques traces lointaines de l'hellénisme bactrien sont transformées par le style de la Perse sassanide, très proche ; le gigantisme du buddha de Shotorak était peut-être réclamé par certaines sectes indiennes nouvelles, il est illustré à Ghazni, Bāmiyān et Adjina-tepe, comme en Inde à Ajantā (caverne 26) ; les formes nouvelles venues de l'Inde des Gupta et des post-Gupta, comme nous l'avons vu, se retrouvent à Ghazni et à Fondukistan.

L'iconographie tardive, simplifiée, différente, annonce celle de l'Asie centrale chinoise. Certains décors sont déjà des mandalas ; certaines cavernes sont déjà décorées de « mille » buddhas.

À la voûte de la niche du Buddha de 38 mètres (détruit, comme le Buddha de 55 mètres, en 2001), une frise de personnages bouddhiques (buddhas parés) et de personnages laïques (rois et reines de Bāmiyān) est le fruit d'une restauration qui eut lieu vers la fin du viie siècle, si l'on se fie aux coiffures et aux costumes des seigneurs représentés (Z. Tarzi, 1978).

Les peintres de Bāmiyān ont eu sans doute une renommée mondiale : les pèlerins chinois évoquent les grandes statues peintes et dorées, qu'ils imaginaient faites de métal ! Dans certaines vallées de l'Hindou-kouch, dans certaines villes de la Bactriane afghane, des décors peints ont été retrouvés. À Dukhtar-i-nushirwan (A. Godard et J. Hackin, 1928), un « abri sous roche » est décoré, à la manière sassanide, d'une composition centrée autour d'un souverain assis en majesté (viie s. apr. J.-C. ?). À Dilbarjin (I. T. Kruglikova, 1971, 1974, 1977, ...), la ville contenait de véritables ensembles religieux et laïques, couverts de fresques ; des divinités indiennes et locales sont reconnaissables à leurs attributs (Śiva et Parvati, la Grande Déesse de Bactriane) ; sur certaines frises des personnages sont vêtus de tuniques croisées en beau tissu sassanide, décoré de médaillons emperlés ; d'autres frises de porteurs d'offrandes agenouillés évoquent le monde des Turcs occidentaux et des Sogdiens, dans le style de Balalyk-tepe.

À travers les époques et les sites que nous avons traversés, quelques constantes se dégagent, qui placent l'art de l'Afghanistan préislamique dans les cultures de l'Asie moyenne, tandis que les influences que nous avons continuellement notées se fondent harmonieusement dans l'ensemble, qui forme désormais un tout à peu près cohérent. Ces constantes sont l'abandon, très tôt, de la statue libre hellénistique pour le haut-relief hellénisant ou parthe et le bas-relief, qui est peut-être un apport indien ou peut-être issu de l'art des monnayeurs. Elles sont l'emploi généralisé de l'argile crue et du stuc, comme moyen d'expression plastique, l'emploi généralisé de la peinture décorative, recouvrant le modelage et simulant souvent l'architecture par des effets de trompe l'œil.

Enfin, on remarque l'utilisation continue des techniques élaborées au Néolithique, céramique, bronze, parure d'or et de pierres semi-précieuses, dont l'artisanat des bazars assure, encore maintenant, la pérennité.

Francine TISSOT

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INDE (Le territoire et les hommes) - Histoire

Écrit par :  Christophe JAFFRELOTJacques POUCHEPADASS Universalis

Dans le chapitre "L'âge mogol"  : …  de Tamerlan, Bābur (1483-1530), stratège, politique et lettré de grand talent, déjà maître de l'*Afghānistān, saisit l'occasion pour intervenir. Vainqueur des Lodī à Pānipat en 1526, il s'empare rapidement de Delhi et de Āgrā. Il doit alors affronter la grande confédération des clans Rājpūt, menée par Rānā Sānga, principale puissance indienne du… Lire la suite
INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE

Écrit par :  Jean-François JARRIGE

Dans le chapitre "Les rapports de la civilisation harappéenne avec l'Asie centrale et la fin des villes de l'Indus"  : …  e millénaire et les premiers siècles du IIe millénaire correspondent dans l'*Afghanistan occidental et l'Ouzbekistan méridional à l'épanouissement de la civilisation de l'âge du bronze en Bactriane. Cette époque voit en particulier la construction de l'impressionnant palais de Dashly ; les nécropoles contiennent un mobilier… Lire la suite
INTERVENTION SOVIÉTIQUE EN AFGHANISTAN

Écrit par :  Vincent GOURDON

  *Décidée à soutenir un gouvernement communiste luttant contre une guérilla d'inspiration musulmane, dans un pays frontalier qu'elle juge indispensable à sa sécurité, mais aussi inquiète devant la vague islamique qui vient de l'emporter en Iran, l'Union soviétique tire prétexte du traité soviéto-afghan de 1978 pour envoyer… Lire la suite
ISLAM (Histoire) - De Mahomet à la fin de l'Empire ottoman

Écrit par :  Robert MANTRAN

Dans le chapitre "Le reste du monde musulman"  : …  . Ce jeu diplomatique et politique entraîne l'intervention des Ottomans, puis des Russes, la sécession de l'*Afghanistan qui, après le règne de Nadir Chah, devient indépendant tout en se rapprochant des Mongols de l'Inde ; la rivalité anglo-russe fera plus tard de l'Afghanistan et de l'Iran des États tampons où les deux puissances s'affronteront… Lire la suite
ISLAM (Histoire) - Le monde musulman contemporain

Écrit par :  Françoise AUBINOlivier CARRÉNathalie CLAYERAndrée FEILLARDMarc GABORIEAUAltan GOKALPDenys LOMBARDRobert MANTRANAlexandre POPOVICCatherine POUJOLJean-Louis TRIAUD Universalis

Dans le chapitre "En Afghanistan"  : …  *Pays de peuplement divers, l'Afghanistan a connu en 1973 un coup d'État qui a amené au pouvoir le prince Daoud, devenu ensuite président d'une république de caractère moderniste et modéré, nationaliste et aussi indépendante que possible des grandes puissances, encore que l'influence de l'Union soviétique soit présente dans de nombreux domaines,… Lire la suite
KABOUL

Écrit par :  Jean CALMARD

… *Capitale de la république d'Afghānistān, Kaboul (Kābul) donne son nom à une province qui s'étend sur 49 058 kilomètres carrés. Morcelé par ses deux montagnes imposantes et par la rivière Kaboul au débit irrégulier, le site de la ville commande les passes du Nord, à travers l'Hindou Kouch, en partie les routes du Sud (Kandahar-Ghaznī, Gardez) et les… Lire la suite
KANDAHAR

Écrit par :  Jean CALMARD

… *Chef-lieu de la province qui porte son nom (54 022 km2), Kandahar est la deuxième ville de la république d'Afghānistān (plus de 300 000 hab. en 2002, Pachtoun et Tadjik). De 1994 à 2001, la métropole du Sud fut le siège du pouvoir taliban. Située au milieu d'une riche oasis irriguée par les canaux dérivés de l'Arghandāb et par les… Lire la suite
KĀRMAL BABRAK (1929-1996)

Écrit par :  Universalis

… Homme d’État* afghan, né le 6 janvier 1929 près de Kaboul, mort le 3 décembre 1996 à Moscou. Fils d’un général de bonne famille, Babrak Karmal vient au marxisme à l’université de Kaboul dans les années 1950. Après avoir purgé cinq années de prison pour ses activités politiques, il fait son service militaire avant de reprendre des études de droit.… Lire la suite
KARZAÏ HAMID (1957- )

Écrit par :  Universalis

… *Homme politique afghan, président de la République de 2004 à 2014. Né le 24 décembre 1957 à Kandahar, Hamid Karzaï est le fils du chef de la tribu pachtoune des Popalzaï. Son père et son grand-père ont été au service de Mohammad Zaher Shah, roi d'Afghanistan de 1933 à 1973. En 1979, face à l'invasion soviétique, la famille Karzaï quitte l'… Lire la suite
MAHMŪD DE GHAZNĪ (971-1030) souverain afghan (998-1030)

Écrit par :  Mohammad ALI Universalis

… Souverain* afghan (998-1030), né en 971, mort le 30 avril ( ?) 1030 à Ghaznī. Mahmūd de Ghaznī, de son nom complet Yamin al-dawla Abū'l-Qāsim Mahmūd ibn Sebüktigin, est le fils de Sebüktigin, un esclave turc qui, en 977, devient le souverain de Ghaznī. Lorsque Mahmūd monte sur le trône en 998 à l'âge de vingt-sept ans, il a déjà fait preuve d'une… Lire la suite
MASSOUD AHMAD SHAH (1956-2001)

Écrit par :  Christophe de PONFILLY

… *Peu d'hommes deviennent des légendes de leur vivant. Ce fut le cas de Massoud. À l'heure du thé où les Afghans sont souvent conteurs d'histoires, les habitants du Panjshir, haute vallée du nord-est du pays, disaient que leur chef était partout à la fois, qu'il volait au-dessus des rochers, que Dieu avait mis de la lumière en lui. Les journalistes… Lire la suite
MAZAR-I-SHARIF

Écrit par :  Universalis

… Mazar-i-Sharif* est une ville du nord de l'Afghanistan, située à 55 kilomètres au sud de la frontière avec l'Ouzbékistan et à 380 mètres d'altitude. Elle tire son nom (qui signifie « tombeau du saint ») de la découverte de la sépulture supposée du calife 'Ali (Alī Ibn Abī Tālib), le gendre du prophète Mahomet, au xve siècle ou,… Lire la suite
NAJIBULLAH MOHAMMAD (1947-1996)

Écrit par :  Universalis

… Homme *d'État afghan, né en 1947 à Gardez (Afghanistan), mort le 27 septembre 1996 à Kaboul. Né dans une importante famille pachtoune, Mohammad Najibullah commence ses études de médecine à l'université de Kaboul en 1964. Membre du Parcham (« bannière »), faction du Parti démocratique du peuple afghan (People's Democratic Party of Afghanistan, P.D.P.… Lire la suite
NOURISTANI

Écrit par :  Jean-Charles BLANC

… *Récemment convertis à l'islam, les Nouristani constituent le groupe ethnique le plus isolé et le plus mystérieux de l'Afghanistan. Autrefois appelés Kāfir (infidèles), ce sont des Indo-Aryens installés au sud de l'Hindoukouch. Leur origine est obscure. Selon la tradition, ils sont les descendants d'un peuple puissant venu de l'ouest. À l'époque de… Lire la suite
O.N.U., PRINCIPALES INTERVENTIONS - (repères chronologiques)

Écrit par :  Olivier COMPAGNON

…  en place en octobre de l'Administration transitoire des Nations unies au Timor oriental (Atnuto). * Après la chute du régime taliban, le Conseil de sécurité autorise en décembre le déploiement d'une Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan. Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). Opération… Lire la suite
O.T.A.N. (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

Écrit par :  André FONTAINEPierre MELANDRIGuillaume PARMENTIER Universalis

Dans le chapitre "L'O.T.A.N. et la gestion des crises"  : …  de l'article 5 du traité de Washington, pour la première fois dans l'histoire de l'Alliance. *L'opération « Paix immuable » (Enduring Freedom) contre le régime taliban qui abritait les bases de l'organisation Al-Qaida et ses principaux dirigeants est ainsi déclenchée le 7 octobre 2001 par les États-Unis, sur le fondement de la… Lire la suite
OUZBEK

Écrit par :  Charles URJEWICZ

… *Importante ethnie indigène d'Asie centrale. Les Ouzbek, au nombre de plus de 20 millions au début du xxie siècle, habitent surtout en Ouzbékistan, où ils représentent environ 74  p. 100 de la population. Hors des frontières de leur république, on trouve un grand nombre d'Ouzbek en Afghanistan, au Tadjikistan, au Kirghizstan, au… Lire la suite
PAKISTAN

Écrit par :  François DURAND-DASTÈSGilbert ÉTIENNEChristophe JAFFRELOTGuy MENNESSIER Universalis

Dans le chapitre "Les abords afghans"  : …  *En Afghanistan, les festons montagneux précédents s'appuient contre des entités structurales, dont on peut résumer ici les caractéristiques essentielles. Leur paléogéographie est commandée depuis le Trias par le rejeu de plissements précambriens. L'axe cristallophyllien est-ouest des Afghanides sépare l'Hazaradjat du bassin sédimentaire du… Lire la suite
PASHTAN, PACHTOUN ou PATHĀN

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Groupe ethnique dominant de l'Afghānistān, les Pashtan (ou Pashtou ou encore Pachtou ou Pachtoun), qui parlent le pashto, sont établis surtout au sud et à l'est du pays ainsi que dans la province du Nord-Ouest du Pākistān. Ils sont environ 19 millions. Il existe plusieurs hypothèses sur l'origine des Pashtan ; eux-mêmes se nomment fils d'Israël et… Lire la suite
PASHTO LANGUE & LITTÉRATURE

Écrit par :  Guy JUCQUOIS

Dans le chapitre "Aire d'extension"  : …   ; au sud de ces dernières, dans les territoires à l'ouest de l'Indus jusqu'à Dera Ghāzi Khān ; *en Afghanistan du Sud-Est, y compris Kābul et Kandahār, mais non Ghaznī et les montagnes au sud-ouest ; en Afghanistan encore au nord-ouest de Kandahār ; enfin dans les régions au nord du Baloutchistan. L'ensemble des populations de langue pashto… Lire la suite
PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

Écrit par :  Nadine PICAUDOUAude SIGNOLES

Dans le chapitre " Les évolutions décalées de l'entre-deux-guerres"  : …  Anglais favorisent en 1921 la prise de pouvoir par les Cosaques de Reza Khan, le futur Reza Shah.* L'Afghanistan pour sa part, défense avancée de l'empire des Indes, se trouve placé jusqu'en 1919 sous une tutelle britannique effective. La guerre conduite par le roi Amanullah libérera le territoire de la pression anglaise sans pour autant mettre… Lire la suite
SAFAVIDES ou SÉFÉVIDES ou SAFAWIDES

Écrit par :  Jean CALMARD

Dans le chapitre "L'État shī‘ite et ses voisins"  : …  davantage menacée par les imāms de Mascate que par ses ennemis traditionnels. Le danger vint des *Afghans sunnites irrités par l'intolérance du régime. Après avoir trahi la confiance du shāh et éliminé le gouverneur géorgien nouvellement appointé, Mīr Ways (chef d'un clan ghilzay, Turcs afghanisés) se révolta à Qandahār où il se maintint jusqu'à… Lire la suite
SHORTUGAÏ

Écrit par :  Henri-Paul FRANCFORT

… *Établissement proto-historique (~ IIIe-~ IIe millénaires) découvert en 1975, Shortugaï a été fouillé de 1976 à 1979 par la Délégation archéologique française en Afghanistan. Il est situé à l'extrémité orientale de l'ancienne Bactriane, dans l'actuelle province afghane de Takhar, à vingt kilomètres au nord de la ville gréco-… Lire la suite
SĪSTĀN

Écrit par :  Jean CALMARD

… *Dénommé Drangiane dans l'Antiquité, appelé aussi Sakastène (Sagestān) lorsque les Saka venus d'Asie centrale s'y furent établis vers la fin du ~ iie siècle, le Sīstān (parfois écrit Séistan et, pour les géographes arabes, Sidjistān) est une vaste zone de déserts, de steppe rase, de vallées-oasis, de lacs salés et de marécages… Lire la suite
TADJIK

Écrit par :  Jean-Charles BLANC

… *Ethnie dont on trouve des éléments de population en faible part en Iran (dont ils sont originaires), mais pour l'essentiel en Afghānistān, dans les républiques d'Asie centrale et également en Chine (où ils seraient 30 000 en 2000). Leur nom vient, par extension, de celui que l'on donne traditionnellement à ces populations sédentaires du Caucase qui… Lire la suite
TADJIKISTAN

Écrit par :  Isabelle OHAYONArnaud RUFFIERDenis SINORJulien THOREZ Universalis

Dans le chapitre "Déroulement des affrontements"  : …  , n'est pas totale puisque la faction islamiste, bien que battue dans la capitale sur le plan militaire, ne pouvait l'être ni dans les zones montagneuses ni dans le nord de *l'Afghanistan, où elle a trouvé un sanctuaire. Les attaques de cette opposition deviennent ainsi particulièrement virulentes à partir du territoire afghan durant l'année 1996… Lire la suite
TERRORISME

Écrit par :  Gérard CHALIANDPierre DABEZIESSylvia PREUSS-LAUSSINOTTEJean SERVIER

Dans le chapitre "La mouvance islamiste internationale"  : …  1996, Ben Laden doit quitter le Soudan à la demande des autorités qui le jugent trop compromettant. *Il regagne l'Afghanistan. C'est l'époque où, avec l'aide très active des services pakistanais qui les ont entraînés, organisés et armés, les talibans s'emparent du pouvoir à Kaboul. De 1996 à 1998 se noue l'alliance entre Ben Laden et les talibans… Lire la suite
TURKMÈNES

Écrit par :  Bernard DUPAIGNE

Dans le chapitre "Répartition"  : …  134 000 en Ouzbékistan, 15 000 au Tadjikistan, plus de 20 000 au Daghestan et à Astrakhan. En *Afghanistan, les quatre cinquièmes sont des réfugiés venus entre 1920 et 1930, au moment des collectivisations soviétiques ; ils sont au maximum 340 000, installés dans les steppes en bordure de l'Amu-Daria. En Iran, ils sont localisés au nord, dans… Lire la suite
ZAHER SHĀH MOHAMMAD (1914-2007) roi d'Afghanistan (1933-1973)

Écrit par :  Jean-Charles BLANC Universalis

… Dernier roi *d'Afghanistan, Zaher shāh, déposé en 1973, est mort le 23 juillet 2007 à Kaboul avec le titre de Père de la nation. À son retour d'exil en 2002, après la chute des talibans, il s'était publiquement opposé à la restauration de la monarchie et avait refusé de se porter candidat à la présidence. Fils unique du roi Nader, Zaher shāh naît le… Lire la suite

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BIBLIOGRAPHIE

Géographie

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Mémoires de la Délégation archéologique française en Afghanistan (D.A.F.A.), on consultera en particulier : M.D.A.F.A. t. I, II et III, t. IV et VI, t. VII, VIII et X, t. IX et XI, t. XVII, t. XIX, t. XXI, XXII, XXIII, XXIV, XXV et XXXII, t. XXVI à XXXI (voir les titres sur la page de couverture du t. XXXII), diffus. de Boccard, Paris

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L'Architecture et le décor rupestre des grottes de Bāmiyān, Imprimerie nationale, Paris, 1977.

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Voir aussi

ABDUL RAHMAN souverain d'Afghanistan    AHMAD SHAH roi de l'Afghanistan    AIDE ÉCONOMIQUE    AMANULLAH    ARCHITECTURE RELIGIEUSE    ARGILE sculpture    ART BOUDDHIQUE    ART DE L'ASIE CENTRALE    ART DU BRONZE    ART DU GANDHARA    ART DU KAPIÇA    ART HELLÉNISTIQUE    ARTS SOMPTUAIRES    ASHRAF    ASIE CENTRALE architecture    ASIE CENTRALE peinture    ASIE CENTRALE sculpture    ATTENTAT    BOUDDHISME INDIEN    BRIQUE architecture    BRONZE sculpture    CELLA    CHANDRAGUPTA    CIVILISATION PASTORALE    CLIMATS ARIDES    COMMERCE histoire    CONFLIT ARMÉ    CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES    CORRUPTION    CULTURE IRRIGUÉE    DURANI ou DURRANI    DURGA divinité hindoue    DYNASTIE DE HERAT KART    DÉCORATION ARCHITECTURALE    DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE    EUTHYDÈME    EXODE RURAL    FEMME    FONDAMENTALISME MUSULMAN    FRISE    GENGIS-KHAN    GHILZAI tribu afghane    GRANDE-BRETAGNE histoire de 1801 à 1914    GRANDE-BRETAGNE histoire de 1945 à nos jours    GROTTES BOUDDHIQUES    GROUPE sculpture    GUERRE CIVILE    GUERRES ANGLO-AFGHANES    GUERRES D'INDÉPENDANCE & INSURRECTIONS PATRIOTIQUES    GULBUDDIN HEKMATYAR    HABIBULLAH    HINDOU-KOUCH    INDO-SCYTHE ROYAUME    INSTITUTIONS DE LA JUSTICE    INTERVENTIONS MILITAIRES    ISLAM histoire    ISLAMISME    KANISKA    KHALQ parti afghan    KIRGHIZES    KUSANA ou KOUCHAN    LANGUES IRANIENNES    LAPIS-LAZULI    LES GENGISKHANIDES    LES GHŪRIDES    MAHMOUD    MARBRE sculpture    MIGRANTS    MILITAIRE ARCHITECTURE    MIR WAÏS ou WAYS    MODELAGE    MOHAMED OMAR    MONASTÈRE DE PAÏTAVA    MONASTÈRE DE SHOTORAK    MONASTÈRE DE TAPA-SARDAR    MONASTÈRE DE TAPA-É-SHOTOR    MOULAGE    NADIR SHAH    NOUR MOHAMMED TARAKI    ORFÈVRERIE D'OR    ORIENT HELLÉNISTIQUE    OXUS    PARCHAM parti afghan    PERSAN langue    PERSE histoire : Antiquité    PERSE histoire : de 1501 à 1925    PERSE histoire : de 651 à 1501    PIERRE sculpture    RASHID DOSTOM    REPRÉSENTATIONS DU BOUDDHA    ROYAUME-UNI histoire de 1801 à 1914    ROYAUME-UNI histoire de 1945 à nos jours    RÉPRESSION    SAKA    SCULPTURE DÉCORATIVE    SCULPTURE MONUMENTALE    SCULPTURE RELIGIEUSE    SHAH SHUDJA    SHARI'A ou SARIA ou CHARIA    SHIR ALI KHAN    SITE ARCHÉOLOGIQUE DE SURKH-KOTAL    SITE DE KHAIR-KHANA    SITE PRÉHISTORIQUE DE MUNDIGAK    STEPPE    STUPA    STÈLE    SÉDENTARISATION    SÉGRÉGATION    TALIBANS    TEMPLE Asie centrale    TERRE CUITE sculpture    TERRE architecture    TILLA-TEPE ou TILIA-TEPE    TIMUR SHAH ou TIMOUR SHAH    TRAFIC DE DROGUE    TRANSOXIANE    TRIBUS TURCO-MONGOLES    U.N.A.M.A.    U.R.S.S. vie politique et économique    VILLE urbanisme et architecture    YA'KUB BEN LAYTH AL-SAFFAR    ÉCONOMIE DE GUERRE    ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE histoire de 1945 à nos jours

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