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SOHRAWARDĪ ou SUHRAWARDĪ SHIHĀBODDĪN YAHYĀ (1155-1191)

Par sa philosophie de l'illumination (ishrāq), Sohrawardī a renouvelé la mystique islamique. Il interprète le monde comme l'effusion hiérarchisée des lumières immatérielles, tombant sur l'écran ténébreux de la matière. Il unit l'héritage d'Aristote et d'Avicenne à une gnose visionnaire inspirée des sages grecs et des religions de l'ancien Iran. Son Livre de la sagesse orientale a décidé du destin de la philosophie iranienne, et, en particulier, du shī‘isme spirituel (école d'Ispahan, école de Qomm, aux xviie et xviiie s.). Son influence s'est fait connaître jusqu'en Andalousie et dans la pensée juive du Moyen Âge.

Le « Shaykh al-ishrāq »

Sohrawardī est né en 649 de l'hégire (1155 de l'ère chrétienne) à Sohraward, au nord-ouest de l'Iran, en une région longtemps restée fidèle au mazdéisme. Il fut l'élève de Majdoddīn al-Jīlī à Marāgheh, en Azerbaījān, puis il partit pour Ispahan, où Omar al-Sāwajī l'introduisit à l'œuvre d'Avicenne, sans en omettre les conclusions ésotériques. Sohrawardī fréquenta les soufis, dont il adopta le mode de vie : solitude, voyages, retraite et méditation. Il exigeait de lui-même une ascèse rigoureuse, des jeûnes prolongés, une diététique préparant le corps à s'effacer pour libérer l'âme et laisser s'élever l'imagination active. Il portait l'accent sur la nécessité de conquérir son authentique nature personnelle, et non sur la pure et simple abolition de soi. Il parvint à une égale liberté dans la connaissance rationnelle et dans les techniques visionnaires. Un témoignage laisse entendre qu'on le perçut, dans son entourage, comme un pôle de la connaissance ésotérique.

Après avoir séjourné auprès des princes seljoukides de Rūm, Sohrawardī répondit à l'invitation du fils de Salāh al-Dīn ( Saladin), Malik al-Zāhir, qui régnait alors sur Alep. Les ismaéliens, de quelque obédience qu'ils fussent, étaient fort suspects, en cette région, de menacer l'unité de l'islam face au regain des forces chrétiennes en Syrie. L'eschatologie et la prophétologie de Sohrawardī furent comprises des docteurs de la Loi comme une imāmologie ismaélienne déguisée et ils le condamnèrent. Au lieu de fuir, Sohrawardī soutint ouvertement ses thèses, protégé par son ami Malik al-Zāhir ; mais Saladin intervint à trois reprises auprès de son fils et le contraignit sous la menace à abandonner le philosophe, qui fut exécuté dans la citadelle d'Alep le 5 Rajāb 587 h. (29 juill. 1191) à l'âge de trente-six ans.

De cette exécution, Sohrawardī conserva la réputation d'être le Shaykh maqtūl, c'est-à-dire « le shaykh mis à mort ». Mais, à cette appellation, qui insiste sur la prétendue hérésie dont il serait coupable, les disciples préfèrent celle de Shaykh al-ishrāq, « le shaykh de l'illumination », ou encore « le maître de la sagesse orientale ».

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AVICENNE, arabe IBN SĪNĀ (980-1037)

    • Écrit par Henry CORBIN
    • 8 888 mots
    • 1 média
    ...l'autre, Avicenne et Sohrawardī se servent du même terme ishrāq (illumination de l'astre à son lever, à son orient) ; c'était oublier que Sohrawardī, chef de file des Ishrāqīyūn, n'avait lui-même voulu restaurer rien d'autre qu'une philosophie ou une théosophie « orientale » (les deux...
  • ISLAM (La civilisation islamique) - La philosophie

    • Écrit par Christian JAMBET, Jean JOLIVET
    • 8 975 mots
    ...Cependant, c'est plutôt dans l'élément du soufisme que nous devons situer la plus grande révolution philosophique connue par la pensée iranienne : celle de Suhrawardī (1155-1191). Sa philosophie de l' illumination est responsable de ces trois données : d'une part la réconciliation de l'Iran pré-islamique et...

Voir aussi