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SACRÉ, religion

Tout discours sur la catégorie de sacré pose un problème de méthode, car celle-ci se présente d'emblée sous une double face. Pour l'homme de science, elle constitue un concept analytique qu'il applique, avec plus ou moins de bonheur, à l'étude des faits religieux. L'homme de foi, pour sa part, y voit un mystère qu'il approche en tremblant et en fonction duquel il oriente sa vie. À vrai dire, les choses ne sont pas aussi tranchées, car le premier peut aussi être homme de foi et avoir bien du mal alors à faire taire sa conscience religieuse quand il applique le concept de sacré à d'autres religions. À l'inverse, la foi de certains de nos contemporains doit beaucoup aux études que les hommes de science du début du xxe siècle ont développées sur le sacré. Mais, même si le partage des rôles n'est pas sans nuances, on peut lui accorder une certaine valeur, au moins de méthode, et s'autoriser, par conséquent, à envisager le sacré par le biais de deux approches distinctes, qui correspondent à ces deux « rôles » anthropologique et théologique. Quant aux nuances, on les percevra aisément à la lecture des deux textes ci-dessous, dans la mesure où chacun d'eux, s'il traite en priorité d'un point de vue sur le sacré, est naturellement amené à faire une place à l'autre point de vue.

La notion de sacré et la réflexion anthropologique

Parler du sacré, c'est parler d'un mot autant que d'une réalité ; c'est même, plus précisément, se demander s'il y a bien derrière ce mot une réalité ou une notion bien circonscrite que l' anthropologie puisse utiliser aujourd'hui. Autant que les manifestations dans diverses sociétés d'un sacré dont l'existence comme réalité autonome est précisément à démontrer, on examinera ici les principaux textes qui ont donné au mot « sacré » ses lettres de noblesse scientifiques. Ces textes sont pour l'essentiel des textes anthropologiques, car si le mot, après bien des réticences, a aujourd'hui acquis droit de cité dans les travaux des théologiens, le substantif « sacré », ou plus précisément le passage d'un adjectif à un substantif, provient plutôt des anthropologues, et même, pour une grande part, d'Émile Durkheim et de son école. On verra que ce long travail d'élaboration théorique a dans une large mesure consisté à confondre des réalités que certaines sociétés conjoignent effectivement, mais que d'autres maintiennent séparées ou ignorent. Il n'est donc pas sûr qu'on puisse faire état, du moins dans des travaux à prétention scientifique, d'une réalité qu'on pourrait appeler « le sens du sacré » et dont les diverses religions offriraient différentes réalisations. La plupart des anthropologues, et certains théologiens, ont pris depuis longtemps conscience de la fragilité épistémologique de la notion, de sorte qu'un discrédit général a été jeté sur elle. Nous ne nous limiterons néanmoins pas à ce constat négatif et nous demanderons si certaines des intuitions qui ont présidé à ce travail d'élaboration justement contesté aujourd'hui ne sont pas encore utilisables et si des réalités que les sociétés conjoignent ou séparent, selon les cas, ne sont pas encore dignes d'étude.

La double définition de Durkheim

Ayers Rock

Ayers Rock

L'usage du terme « sacré » a pris une importance particulière dans l'ambiance évolutionniste du xixe siècle et du début du xxe, à un moment où les chercheurs se préoccupaient de trouver une notion mère d'où faire dériver tous les faits religieux ou magico-religieux. La notion de divinité ne pouvait convenir, pensait-on, car des religions importantes, tel le bouddhisme, se passent de dieux et, de plus, les religions de certaines populations qu'on jugeait particulièrement primitives, comme les[...]

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Écrit par

  • : polytechnicien, docteur en ethnologie, chargé de recherche au C.N.R.S.
  • : pasteur, président du journal Réforme
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Ayers Rock

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Churinga

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Autres références

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