RAP, musique

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Le rap français

En France, la culture hip-hop a très tôt fait des émules. Dès le début des années 1980 apparaissent les premiers morceaux rappés en français, le plus improbable étant sans doute celui du chanteur de variétés Phil Barney qui, avec le générique de son émission radio « Salut les salauds » sur Carbone 14, signe un des tout premiers exemples du genre. Le duo Chagrin d’amour (Valli et Grégory Ken) sort en 1981 « Chacun fait (c’qui lui plaît) » sur une musique de Gérard Presgurvic, compositeur de Patrick Bruel. Sur Radio Nova, le DJ Dee Nasty, parrain du mouvement rap en France, accompagné de son MC Lionel D, invite de jeunes artistes à s’exprimer en free-style (improvisations au micro témoignant de leur virtuosité linguistique). L’année 1984 voit naître en France la première émission de télévision sur la culture hip-hop. Sidney, un animateur radio noir (une première à la télévision française) présente Hip Hop – surnommée « Achipé Achopé » – en rappant et en dispensant des leçons de danse. Parmi ses invités, le graffeur Futura 2000, les musiciens Afrika Bambaataa, Herbie Hancock et une Madonna débutante venue interpréter son single « Holiday ». Dans le public, on peut reconnaître le jeune JoeyStarr et quelques autres futurs rappeurs.

En 1986, durant quelques mois, les amateurs de hip-hop se retrouvent dans un endroit devenu mythique, le terrain vague de La Chapelle, dans le nord de Paris. Dee Nasty y organise des block parties où se produisent des danseurs, des rappeurs et des graffeurs. NTM y fera référence en 1995 dans son morceau nostalgique « Tout n’est pas si facile » de l’album Paris sous les bombes. La même année sort chez Barclay le 45-tours de Destroy Man & Jhonygo (« On l’balance », « Égoïste »), avec la participation de Dee Nasty. En 1990 paraît Rapattitude, la première compilation de rap qui consacre l’entrée du genre dans le paysage musical français. On y retrouve NTM avec « Je rap », Assassin avec « La formule secrète », EJM avec « Élément dangereux » et Dee Nasty avec « Funk a Size », mais aussi des artistes de reggae dancehall comme Daddy Yod (« Rock en zonzon ») et Tonton David, dont le single « Peuples du monde » bénéficie d’un clip réalisé par Mathieu Kassovitz. Cette première vague du rap français émerge donc dans les années 1990, avec en tête de file deux groupes à trois lettres que tout semble opposer : NTM (acronyme de Nique Ta Mère) et IAM (pour Imperial Asiatic Men). Les premiers sont de Saint-Denis dans le « 9-3 », les seconds de la « planète Mars » (pour Marseille). Les uns sont les bad boys et les autres le « groupe conscient », futile division pour deux groupes talentueux. MC Solaar, signé sur le label Polydor, offre son premier tube au rap français avec « Bouge de là », un single frais et malin produit par Jimmy Jay qui est programmé sur plusieurs radios FM. Le groupe Assassin développe quant à lui un discours militant qui culmine avec l’album L’Homicide volontaire, disque d’or en 1995. Sur M6, l’émission Rapline propose, de 1990 à 1993, des clips originaux et artisanaux de rap français ainsi que des interviews et des vidéos sous-titrées de rappeurs américains.

IAM

Photographie : IAM

Considéré comme un des piliers du rap en France, le groupe IAM émerge dans les années 1990 avec des albums phares comme Ombre est lumière (1993) et L'École du micro d'argent (1997). Ces Marseillais, dont on voit ici Shurik'n (à gauche) et Akhenaton (à droite) lors d'un concert donné à... 

Crédits : D.R./ SIPA

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Le mouvement rencontre une certaine résistance médiatique, assimilable à un mépris de classe, et se trouve de fait banni des ondes. Le changement de format de la radio Skyrock, au milieu des années 1990, offre une bouffée d’oxygène au rap français en diffusant massivement des artistes comme IAM, NTM, Doc Gynéco, Fonky Family, Diam’s, aidant ceux-ci à atteindre des chiffres de vente importants (le million pour L’École du micro dargent d’IAM, Première Consultation de Doc Gynéco et Dans ma bulle de Diam’s). La radio FM est toutefois critiquée de manière très virulente pour son formatage par des groupes tels que La Rumeur.

Après une première vague de groupes à dominante engagée qui dénoncent la montée du Front national, le racisme ou encore les brutalités policières, une tendance plus sombre apparaît au début des années 2000, incarnée par le groupe Lunatic et son Mauvais Œil, un album en équilibre entre la fascination pour la rue et la spiritualité, une dichotomie assumée par les deux rappeurs Booba et Ali. Le groupe s’est fait connaître en 1996 avec « Le crime paie » qui contient la fameuse rime « Comment mépriser l’argent quand tu n’en as pas ?/ Le crime est un piège, mon Dieu j’ai mordu l’appât. »

En 1995, le disque La Haine. Musiques inspirées du film, corollaire du long-métrage de Mathieu Kassovitz La Haine, confirme le talent de groupes tels qu’Expression Direkt (« Dealer pour survivre »), Sages Poètes de la rue (« Bons baisers du poste ») et Ministère AMER. Ce dernier, groupe phare du collectif Secteur Ä, y interprète le titre « Sacrifice de poulet ». Le morceau, drôle et provocateur, génère un procès très médiatisé, que le groupe perdra (il sera condamné à payer une amende de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour « provocation au meurtre de policiers »). Plusieurs autres procès marquent l’histoire sulfureuse du rap français, notamment celui qui opposa La Rumeur à Nicolas Sarkozy pendant huit ans mais aussi celui de NTM face aux syndicats de policiers et de Sniper autour de leur morceau « La France ». Dans un autre registre, Orelsan déclenche la colère d’associations féministes avec son morceau « Sale pute » (2009). Les affrontements avec les juges, la presse, les associations et la police ont eu comme écho l’affrontement entre les rappeurs eux-mêmes : les clashs, ces joutes verbales dont on trouve les origines dès les débuts du rap américain, ont été de véritables feuilletons suivis avec assiduité par les fans comme par les médias, notamment sur les réseaux sociaux. Ainsi de la longue querelle ayant opposé Booba à Rohff, puis à La Fouine, qui fut à l’origine de plusieurs morceaux très énervés, ou encore de l’affrontement entre Jacky Brown des Nèg’Marrons et Lord Kossity.

Si le rap français est très majoritairement masculin, quelques rappeuses ont traversé son histoire : Saliha (présente sur Rapattitude), Lady Laistee, Diam’s ou encore Keny Arkana. Cette dernière, dont le premier album Entre ciment et belle étoile fut l’une des sorties majeures de l’année 2006, représente la frange rebelle et engagée du rap, ce qui ne l’empêche pas de signer des morceaux émouvants et personnels tels que « Victoria », qui décrit la crise économique en Argentine (son pays d’origine) à travers les yeux d’une enfant de quatorze ans, fille d’un paysan exproprié.

Les années 2010 sont celles d’un renouveau du rap populaire français, symbolisé par l’émergence du collectif Sexion d’Assaut puis de ses membres en solo (Maître Gims, Black M, Lefa, Maska) et des artistes issus de leur label, Wati B. En réhabilitant l’usage de mélodies chantées et en y ajoutant des paroles tout public, ils recueillent un succès populaire. L’émergence de l’Auto-Tune, logiciel popularisé dans le hip-hop français par Booba, donne la [...]

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Ghost Dog, J. Jarmusch

Ghost Dog, J. Jarmusch
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The Roots au « Tonight Show Starring Jimmy Fallon », 2016

The Roots au « Tonight Show Starring Jimmy Fallon », 2016
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Dave Chappelle’s Block Party, de M. Gondry

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Olivier CACHIN, « RAP, musique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rap/