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RADICALISME, politique

Le radicalisme comme doctrine politique remonte à la monarchie de Juillet, mais son contenu et sa signification ont évolué au fil des décennies en fonction des mutations de la société au sein de laquelle il s'inscrit.

Le radicalisme apparaît au cours des années 1840 comme une des réponses possibles à la société industrielle qui est en train d'émerger en France. Il trouve un porte-parole en Alexandre Ledru-Rollin qui en diffuse les idées lors de sa campagne électorale dans la Sarthe en 1841, puis dans son journal La Réforme. Son thème fondamental est l'instauration de la démocratie politique mise en œuvre par le suffrage universel, afin de parvenir par ce moyen « aux justes améliorations sociales ». Cette fin sociale de la démocratie est définie comme une voie moyenne entre le libéralisme qui écrase les « petits » au profit des puissants et le socialisme qui remet en cause la propriété privée. Car le radicalisme entend protéger celle-ci, conçue comme la garantie de la liberté et de la dignité humaines, de l'emprise du capitalisme. Son rêve est la constitution d'une société de petits propriétaires maîtres de leurs instruments de travail qui échapperaient ainsi à la condition salariale. Pour y parvenir, il compte sur l'action de l'État qui doit protéger les faibles et les petits et mettre fin aux abus du capital en rendant à la nation les grandes richesses nationales concédées, mines, canaux ou chemins de fer. Ces idées sont considérées comme extrémistes par la société de l'époque et c'est pourquoi on les qualifie de « radicales », anglicisme que ces démocrates reprennent à leur compte puisque la loi interdit de se dire républicain.

Éclipsé sous la IIe République par le socialisme qui le déborde, puis tenu en suspicion par la vague réactionnaire, le radicalisme renaît à la fin du second Empire autour de Léon Gambetta et de son Programme de Belleville (1869) en ajoutant aux vues de Ledru-Rollin quelques thèmes qui marquent l'époque : la revendication de l'instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire, la gratuité de l'enseignement supérieur, la suppression des armées permanentes, celle du budget des cultes, la séparation de l'Église et de l'État.

Avec la IIIe République, le radicalisme se scinde en deux courants, celui des radicaux intransigeants qui exigent l'application immédiate de leur programme et réclament en outre une réforme des institutions par la suppression de la présidence de la République, considérée comme un avatar de la monarchie, et du Sénat tenu pour une assemblée aristocratique, et celui des radicaux de gouvernement, partisans de compromis permettant la réalisation progressive des idées radicales. Les premiers sont conduits par Georges Clemenceau et Camille Pelletan, les seconds par Henri Brisson, René Goblet ou Léon Bourgeois. Mais tous s'opposent aux républicains modérés, dénommés progressistes à partir de 1890, et qui, par crainte du socialisme, sont prêts à s'allier aux catholiques ralliés à la république.

En 1901, les diverses nuances du radicalisme se rassemblent au sein du Parti républicain, radical et radical-socialiste qui rêve de regrouper tous les républicains, des modérés aux socialistes. La création en 1901 de l'Alliance républicaine démocratique, qui réunit les modérés, puis, en 1905, celle du Parti socialiste S.F.I.O. feront échouer ce projet. Le radicalisme se décide alors à préciser son identité et la culture politique dont il se réclame.

Celles-ci constituent la base de ce que l'on peut considérer comme la culture républicaine des débuts du xxe siècle dans sa nuance de gauche. Elle est fondée en premier lieu sur des conceptions philosophiques exprimées la plupart du temps sous forme de vulgate et qui se réfèrent à la pensée rationaliste du xviiie siècle, au[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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