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GAMBETTA LÉON (1838-1882)

Léon Gambetta

Léon Gambetta

La forte personnalité de Léon Gambetta domine les débuts de la IIIe République, dont il est l'un des principaux fondateurs, sinon même l'incarnation aux yeux des Français. À la fin du second Empire, ce jeune avocat, né à Cahors dans une famille d'origine italienne et qui était venu chercher fortune à Paris, est révélé par le procès Baudin (1868). La plaidoirie qu'il prononce à ce procès intenté par le second Empire aux journaux favorables à une souscription pour élever un monument à la mémoire du député Baudin le rend célèbre du jour au lendemain. Son élection à Belleville en 1869, après avoir lancé un programme que les radicaux reprendront plus tard à leur compte, fait de lui le porte-parole des républicains intransigeants face à l'Empire. Membre du gouvernement de la Défense nationale en 1870-1871 et partisan de la guerre à outrance, il sait faire preuve d'un dynamisme et d'un sens de l'organisation qui lui permettent de lever de nouvelles armées et consacrent ses qualités d'homme de gouvernement.

Le 4 septembre 1870, Gambetta est, avec Jules Favre, à la tête des « légalistes » qui veulent l'établissement de la République dans l'ordre. Il accepte l'armistice en janvier 1871, mais pour permettre de reprendre la « lutte à outrance », et c'est de Bordeaux qu'il lance son appel à tous les Français, des légitimistes aux ouvriers des villes, pour la défense du sol sacré. Gambetta se retrouve parmi les cent douze républicains de l'Assemblée conservatrice élue en février, mais démissionne avec éclat lorsque ses électeurs du Bas-Rhin sont abandonnés à l'Allemagne. Les élections complémentaires de juillet 1871 le renvoient cependant à la Chambre ; les partisans d'une restauration proclament que c'est avec la complicité de Thiers, dont les déclarations encouragent l'institutionnalisation de la république. Il attaque pourtant Thiers dans son discours de février 1873, en disant qu'il refuse la république conservatrice « entre les mains d'un grand pensionnaire à vie ou d'un stathouder ».

Après 1871, celui que Thiers a traité de « fou furieux » se révèle le politique le plus attentif aux réalités, et, démocrate clairvoyant, il comprend la nécessité de gagner les masses rurales en leur offrant l'image d'une république rassurante et modérée, dépouillée de ses accents extrémistes. Continuant la lutte sous une nouvelle forme, mais non pas avec une ardeur moindre, il s'institue le « commis voyageur » de la république au cours de ses voyages en province, où il s'efforce de discipliner les forces républicaines et de leur procurer les appuis nécessaires en faisant preuve d'une sagesse prudente et d'un opportunisme avisé. En appelant ainsi de ses vœux la montée de « ces nouvelles couches sociales » qui allaient fournir la plus solide assise sociale du régime, il est devenu le principal chef républicain, et il prend la tête de la résistance à la dernière tentative de la droite monarchiste pour ressaisir le pouvoir et contribuer à provoquer la crise du 16 mai 1877. C'est le 4 mai que le tribun radical prononce son apostrophe célèbre, en réponse aux protestations des évêques contre la suppression du pouvoir temporel du pape : « Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l'ennemi ! »

Si Gambetta est le véritable vainqueur de la crise, la jalousie des autres chefs républicains, en particulier celle de Jules Grévy, le tient à l'écart du pouvoir, auquel il accède seulement, et pour peu de temps, de novembre 1881 à janvier 1882. Le passage de Gambetta au pouvoir décevra. Sans doute rêve-t-il d'une grande politique extérieure qui servirait le[...]

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Écrit par

  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'université de Paris-XII

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Léon Gambetta

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Autres références

  • EMPIRE SECOND (1852-1870)

    • Écrit par Stella ROLLET
    • 12 843 mots
    • 9 médias
    ...d’une campagne mouvementée. L’adhésion populaire est au rendez-vous et le médiocre résultat des législatives de 1869 semble effacé. Même le député radical Léon Gambetta, qui affirmait le 10 janvier 1870, lors d’un discours au Corps législatif, « entre la république de 1848 et la république de l’avenir, vous...
  • FERRY JULES (1832-1893)

    • Écrit par Jean GARRIGUES
    • 2 151 mots
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    Nommé, en 1872, ministre plénipotentiaire en Grèce par le gouvernement Thiers, il revient à la Chambre à la chute de celui-ci. Il devient, avecLéon Gambetta et Jules Grévy, l'un des chefs de l'opposition républicaine au régime « d'ordre moral » du maréchal Mac-Mahon. À la tête du groupe parlementaire...
  • FREYCINET CHARLES LOUIS DE SAULCES DE (1828-1923)

    • Écrit par Pierre BARRAL
    • 366 mots

    Élève de l'École polytechnique lors de la révolution de février 1848, Charles Louis de Saulces de Freycinet se porte volontaire comme aide de camp du gouvernement provisoire. Puis sous le Second Empire, il fait carrière, à partir de 1856, dans l'administration des chemins de fer....

  • GRÉVY JULES (1807-1891)

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    Le sang-froid de Grévy, avocat, théoricien du droit, n'avait d'égal que sa maîtrise du langage : « Ses mots sont frappés en médaille » disait-on. La finesse d'esprit était réelle dans ce corps de grenadier. La fermeté de ses convictions républicaines ne se démentit jamais. Il avait débuté en 1848...

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