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D'Alexandre à l'Islam

L'hellénisation de l'Iran et l'art gréco-iranien

Les monuments propres à la période correspondant à l'hellénisation de l'Iran sont rares et la chronologie reste flottante. On attribue à la domination séleucide les vestiges d'un temple à Kengavar, temple entouré d'un péribole rectangulaire à portiques ; des colonnes ioniques à Khorhè et un chapiteau corinthien d'Istakhr. L'altération plus ou moins accusée des modèles helléniques (base en tore, à feuilles dressées, profils et proportions) témoigne de la naissance rapide d'une architecture gréco-iranienne (on la comparera pour la même période avec Aï-Khanoum en Afghanistan et Ikaros-Faikala dans le golfe Persique).

Perse séleucide, parthe et sassanide

Dessin : Perse séleucide, parthe et sassanide

Perse séleucide, parthe et sassanide 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Dans les arts plastiques, sculptures, pièces de bronze ou d'orfèvrerie pouvaient être importées des centres hellénistiques ; elles pouvaient être exécutées sur place par des artistes grecs itinérants ou installés dans une nouvelle patrie ; elles pouvaient encore sortir des mains des élèves que ces artistes ne manquèrent pas de former sur place. De fait, des statues et statuettes de sujet et de style grecs (des Aphrodites, Tychès, Silènes, etc.) ont été découvertes ici et là en Iran ; une tête de bronze présumée d'Antiochos IV faisait partie d'un lot de Shami et, à Bisutun, l'image d'Héraclès couché, taillée dans le roc, est dédiée en 148 par Cléomène, gouverneur des « satrapies hautes ».

L'arrivée des Parthes ne changea rien d'abord à cette situation. Les découvertes faites dans le palais de la première capitale arsacide à Nisa (Turkménistan soviétique) le prouvent à l'évidence (statues et rhytons de style grec). Les plus grands souverains parthes se proclamèrent d'ailleurs philhellènes et on a reconnu la reine Mousa, épouse de Phraate IV (38-4 av. J.-C.), dans une œuvre de style grec, une tête de marbre de Suse, signée d'un certain Antiochos.

Restitution de la "salle carrée" du palais de Nisa

Dessin : Restitution de la "salle carrée" du palais de Nisa

Nisa : « salle carrée » du palais, aspect final avec décor de colonnes plaquées et statues royales dans des niches (Ier-IIe siècles après J.-C.). Restitution d'après G. Pugachenkova. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Cependant, une évolution dans laquelle devaient se combiner les traditions de l'Orient et de la Grèce était inévitable. C'est le monnayage des rois parthes qui montre avec quelle rapidité, après les profils des premiers souverains encore modelés par une main grecque, les images deviennent plus schématiques et linéaires ; l'image d'Héraclès étranglant le lion, récemment découverte à Masdjid-è Sulaiman, montre la même alliance entre modèle grec, motif oriental et raideur d'expression.

Dans le relief, ce style gréco-oriental est bien attesté en dehors de l'Iran par des stèles d'Assour et par les monuments des rois de Commagène (Nemroud Dagh, Arsameia du Nymphaios en Turquie). En dehors du sujet (investiture royale), la tradition achéménide s'affirme dans les têtes de profil et le relief plat, tandis que l'influence grecque se manifeste dans les bustes de face, les visages de trois quarts et le modelé de la musculature. Ce style dominait aussi la cour des rois parthes ; on le reconnaît sur deux reliefs très mutilés de Bisutun, l'un de Mithridate II, de 110 avant J.-C., l'autre de Gotarzès II (38-51). On peut y ajouter le relief du souverain à cheval de Hung-i Nauruzi.

L'art parthe

C'est le repli de l'empire parthe sur lui-même aux deux premiers siècles de notre ère sous la pression de Rome à l'ouest, de l'empire koushan à l'est, qui détermine une évolution nouvelle. Dans l'empire koushan, les influences grecques et gréco-romaines très vivaces donnent lieu à la floraison de l'art dit gréco-bouddhique ; dans l'empire parthe, au contraire, les tendances non classiques s'affirment dans ce qu'on appelle, de façon plus étroite, l'art parthe.

On ne sait que peu de chose des villes parthes. Le plan circulaire (Takht-é Sulaiman, Firuzabad, Merv) semble devoir leur être attribué. Les découvertes faites dans leur première capitale de Nisa restent malheureusement énigmatiques sur plus d'un point. Le palais d'Assour (Irak) permet d'attribuer à l'architecte parthe l'introduction dans la grande architecture de l'iwan, pièce d'apparat voûtée en berceau, ouverte en façade sur toute sa hauteur et dont l'origine iranienne est tenue pour certaine ; l'adaptation des architectures appliquées disposées sur plusieurs étages, qui sont, elles, d'origine gréco-romaine ; et enfin l'utilisation de plaques de stuc sculptées comme revêtement décoratif. On retrouve architectures appliquées, salles voûtées (sinon l'iwan véritable), plaques de stuc dans le seul palais parthe qu'on connaisse en Iran, celui du Kuh-é Khwadja. Le même palais comportait aussi un temple d [...]

Kuh-é Kwadja : palais

Dessin : Kuh-é Kwadja : palais

Palais de Kuh-é Kwadja en Sistan, province de l'Iran oriental (d'après E. Herzfeld, « Iran in the Ancient East », Londres, 1941). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ziggourat de Tchoga Zanbil, Iran

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Écrit par :

  • : inspecteur général honoraire des Musées de France, ancien conservateur en chef du département des Antiquités orientales du musée du Louvre
  • : membre de l'Institut

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Pour citer l’article

Pierre AMIET, Ernest WILL, « PERSE - Arts », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perse-arts/