PARFUMS

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La fonction sociale de l'odeur et du parfum

La chair est vaincue en vertu de l'antique pouvoir de métamorphose de l'odeur par le parfum, mais non sans paradoxe : le parfum réputé révéler l'intimité de la personne est artificiel ; senteur objective, produit acheté, il prétend à un usage subjectif, la séduction de soi-même et d'autrui. La stylisation, non plus contemplée, mais inhalée, exerce une influence plus profonde car plus immédiate, une seconde forme de dialectique entre distance et proximité en témoigne : l'individu respiré est immédiatement donné par son arôme, alors même que son corps demeure en retrait. Le parfum convertit le discrédit attaché à l'olfaction et à l'odeur, il réchauffe et illumine, telle la parousie de l'essence même de la personne, induisant un déni de la physiologie.

Au caractère antisocial de l'odeur s'oppose donc le pouvoir socialisant du parfum. L'intolérance aux odeurs – pestilences ou fragrances inhabituelles – contrevient au rapprochement des hommes, et l'évolution des mœurs impose un dégoût accru pour les effluves organiques (les odeurs corporelles et alimentaires en font partie). Une hypersensibilité compense la baisse probable de notre acuité sensorielle, aussi les progrès de la désodorisation sont-ils loin de combler nos exigences sensitives alarmées par la pollution croissante ; Kant écrivait déjà : « La saleté paraît moins éveiller le dégoût par ce qu'elle a de rebutant [...] que par la mauvaise odeur qu'elle laisse supposer » (Anthropologie). Le parfum individuel peut charmer, l'odeur d'une foule est odieuse. Ne nous étonnons donc pas que notre temps accentue la lutte du parfum contre l'odeur : l'aromathérapie, selon le terme inventé par le chimiste R. M. Gattefossé en 1928, connaît un regain ; on parfume les lieux publics, les boutiques, notamment, pour créer une illusion d'intimité et de propreté. Moins innocemment, se multiplient les arômes incitatifs et les parfums de quiétude ; c'est là manifester l'importance nouvelle accordée au pouvoir de l'odorat, désormais traité tel un vecteur de commensalité pour une société abîmée dans un individualisme désenchanté. Le « cyber-parfum » en propose un paradigme puisque, pour les concepteurs du quatrième sens d'Internet, surfer en parfums permet une « navigation » plus sensuelle « où l'humain reprend le pas sur le technique » (France Télécom parfume le Web, 2000).

Compensant la fonction antisociale de l'odeur, le parfum possède une mission à la fois ontologique et sociale, sublimer l'organique et l'effroi qu'il suscite, et en éviter la suggestion dans les relations humaines. Ainsi que l’écrit encore Simmel, « le parfum artificiel joue un rôle sociologique en accomplissant dans le domaine de l'odorat une synthèse particulière de la téléologie individuelle égoïste et de celle du social ».

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Flacon à parfum en forme de sirène

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Femmes cueillant des lys pour la préparation d'un parfum, le lirinon

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Estée Lauder

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Écrit par :

  • : docteur en sciences sociales, maître de conférences à l'École nationale supérieure des télécommunications
  • : ingénieur chimiste, docteur ès sciences physiques, directeur scientifique de la société Roure Bertrand Dupont, Grasse

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Pour citer l’article

Brigitte MUNIER, Paul TEISSEIRE, « PARFUMS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/parfums/