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ŒCUMÉNISME

Marqué à son origine d'une visée planétaire, le mot « œcuménisme » a pris depuis le début du xxe siècle une signification plus étroite : il désigne les efforts divers, parfois institutionnellement structurés, pour redonner à la famille chrétienne divisée une unité profonde et visible, conforme à l'enseignement de Jésus. Selon le témoignage apostolique, ce dernier a voulu que la communion des chrétiens fût dans le monde un signe parlant de la réconciliation universelle accomplie par lui. Voyant comme s'aiment les chrétiens, les non-chrétiens devraient parvenir à la foi et se joindre à l'Église, figure du monde nouveau régi par le service, la justice et la paix annoncés et vécus par le Christ.

À l'origine, des tendances et options diverses coexistaient, dans une féconde tension, à l'intérieur des premières communautés. Ce n'est qu'au ve et, surtout, au xie et au xvie siècle qu'elles se durcirent et provoquèrent des ruptures jusqu'à ce jour non surmontées. La vision et l'action œcuméniques expriment une tentative prophétique pour retrouver non seulement ce qui était aux débuts du christianisme, mais encore, et surtout, pour préfigurer ce que devrait être « la fin de l'aventure humaine ».

Il est certain, toutefois, que, face aux défis radicaux qu'adressent aux différentes Églises l'athéisme militant, la sécularisation et le matérialisme des civilisations de la productivité et de la consommation, l'œcuménisme a pris souvent le visage d'une entreprise de conservation du patrimoine chrétien : à partir du moment où les adversaires se font plus virulents, il peut paraître avantageux de taire les oppositions historiques et de considérer que « ce qui unit est plus important que ce qui a divisé » ; d'apostolique, l'œcuménisme est ainsi conduit à devenir défensif. Cela – et la prise de conscience croissante des tâches publiques des Églises – a donné naissance dans la seconde moitié du xxe siècle à un œcuménisme « séculier » ou parfois même « sauvage » qui, contestant les lenteurs et pesanteurs des christianismes officiels, vit et confesse la foi évangélique, en étroite solidarité avec les luttes pour l'avenir de l'humanité.

La visée originelle

Les mots « œcuménisme » et « œcuménique » sont absents du vocabulaire biblique. En revanche, οίκομ́ενη (du verbe οίκε̃ιν, habiter) s'y rencontre assez souvent. L'« œcouménè », l'« œcuménie » (mot dont les équivalents sont couramment employés en allemand et en anglais), c'est la terre habitée, le monde entier, l'univers où les hommes ont élu domicile, par opposition au désert, la terre inhabitée et stérile, celle où l'homme, lorsqu'il s'y aventure, est confronté avec l'essentiel c'est-à-dire avec l'idéal qu'il s'est proposé ou avec la vocation que lui adresse le Dieu vivant. Il est frappant de constater que l'auteur inconnu de l'Épître aux Hébreux (ii, 5) parle de l'« œcuménie à venir », marquant bien, par là, que l'espérance chrétienne n'est pas celle d'un monde spirituel désincarné, mais celle de ce monde habité réconcilié avec son Créateur et récapitulé sous l'autorité de l'amour libérateur du Christ. Ainsi, dans la mesure même où l'espérance eschatologique embrasse le cosmos dans sa totalité, l'« œcuménisme » concerne la totalité du réel créé.

Étymologiquement, l'œcuménisme concerne donc beaucoup plus l' universalité de l'existence et de l'apostolat de l'Église que son unité. L'unité de l'Église n'est significative et nécessaire qu'en fonction de l'universalité de sa mission : communiquer l' Évangile à l'ensemble de l'univers habité. Ainsi, dans son discours eschatologique (Matth.[...]

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Écrit par

  • : directeur d'études émérite du groupe Sociétés, religions, laïcités au C.N.R.S.
  • : docteur d'État en théologie, administrateur du musée Calvin de Noyon
  • : professeur des Universités, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lyon-II-Louis-Lumière

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Conseil œcuménique des Églises

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Autres références

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Voir aussi