MANIÉRISME

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Histoire du terme « maniérisme »

Chez Vasari, le terme maniera est employé de deux façons différentes. La première acception a le sens de style : l'art « ancien » de Giotto (maniera vecchia) est ainsi opposé à l'art « moderne » de Léonard (maniera moderna). D'autre part, Vasari qualifie cette maniera moderna de bella maniera : pour lui, elle implique certaines qualités exceptionnelles, l'harmonie et la mesure (regola, ordine, mesura, disegno), l'imagination et la fantaisie (fantasia). Ainsi entendue, la bella maniera exprime, comme l'a bien montré John Shearman (1963-1965), l'idéal « courtois » et raffiné du xvie siècle, tel que l'incarne, par exemple, le Courtisan de Baldassare Castiglione. La recherche de beauté et de grâce s'y confond avec celle de perfection, de « savoir-faire », de virtuosité et d'élégance.

Dans ce sens, le terme de maniera n'est évidemment jamais employé de façon négative et ne correspond pas du tout à l'adjectif « maniéré » (manieroso, manierato) qui a aussi un sens péjoratif.

Le point de vue de Vasari est, naturellement, basé sur la certitude de la supériorité de la Renaissance et de ses grands créateurs, en particulier de Michel-Ange. Cependant, peu à peu, l'idée d'une décadence des artistes du xvie siècle par rapport à la perfection idéale de Michel-Ange va se faire jour (déjà chez G. B. Armenini, 1587). Elle sera formulée avec une force singulière par Giovanni Pietro Bellori (1672). Il s'élève contre ceux qui abandonnèrent l'étude de la nature et vicièrent l'art avec la maniera définie comme une « idée fantastique fondée sur la pratique et non sur l'imitation ». En fait, Bellori, en condamnant les imitateurs de Michel-Ange et de Raphaël, initiateurs de cette mode artistique, situe historiquement ce mouvement.

Les mêmes critiques se retrouvent chez Malvasia (1678), Baldinucci (1681), tandis que le terme de maniérisme est employé en France par Fréart de Chambray (1662), qui l'applique péjorativement à un groupe d'artistes [...]


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La Circoncision, F. Barocci

La Circoncision, F. Barocci
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La Déposition de Croix, Rosso Fiorentino

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La Déposition de Croix, J. Pontormo

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Salière de François Ier, B. Cellini

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Écrit par :

  • : conservateur en chef au département des Peintures du musée du Louvre
  • : conférencière à l'École du Louvre, chargée de mission au département des Peintures

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Pour citer l’article

Sylvie BÉGUIN, Marie-Alice DEBOUT, « MANIÉRISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/manierisme/