MANIÉRISME

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La peinture

Caractères généraux des œuvres

Toute analyse des caractères généraux de la peinture maniériste s'est révélée impossible en raison de la multiplicité des œuvres réalisées en une très longue période de temps. On ne peut dégager que de grands traits qui valent surtout pour les productions relevant du courant de la maniera :

– Primat du décoratif qui implique des conventions spatiales : juxtaposition des figures, plans superposés, raccourcis et « tours de force » (Domenico Beccafumi, Descente aux limbes, pinacothèque de Sienne).

– Aucune harmonie d'ensemble, ni dans la composition ni dans la couleur (Bronzino, Allégorie, National Gallery, Londres).

– Allongement des formes (Parmesan, Madone au long cou, Offices, Florence).

– Angularité (Rosso, Déposition de Volterra), ou au contraire style « coulant » (Perino del Vaga, Le Martyre des Dix Mille, Albertina, Vienne).

La Déposition de Croix, Rosso Fiorentino

Diaporama : La Déposition de Croix, Rosso Fiorentino

Rosso Fiorentino, La Déposition de Croix. 1521. Huile sur bois, 375 cm × 196 cm. Pinacothèque de Volterra, Italie. 

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– Abstraction du dessin, de la couleur ou de la forme, parfois des trois à la fois (Pontormo, Déposition, Santa Felicità, Florence).

La Déposition de Croix, J. Pontormo

Photographie : La Déposition de Croix, J. Pontormo

Jacopo Pontormo, La Déposition de Croix, 1526-1528. Huile sur bois, 313 cm × 192 cm. Santa Felicità, Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

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– Forme caractéristique : la forma serpentinata qui exagère le contraposto classique (Salviati, Charité, Offices, Florence) et montre la figure sous plusieurs angles différents en des rythmes opposés.

– Beauté des détails : la perfection des objets maniéristes est la confirmation de ce goût profond pour la précision minutieuse (cassette Farnèse, musée de Capodimonte, Naples ; salière de Cellini, kunsthistorisches Museum, Vienne ; casque et armure de parade de Charles IX, Louvre, Paris), l'ornement y répète souvent à petite échelle les motifs mêmes des grandes architectures, mais avec une fantaisie et une constante licence.

Ce style « miniature » est aussi typique du goût maniériste : on le voit en particulier apparaître dans la gravure et le dessin.

Les artistes et les réalisations

Il ne peut être question de citer tous les artistes, mais il est nécessaire de nommer, à propos des principaux centres, les plus importants d'entre eux : on a tendance à admettre aujourd'hui la réalité du courant de la maniera, tel qu'il a été défini plus haut, en relation avec l'art de la Renaissance, précédant une Renaissance « tardive » où se développent diverses formes maniéristes qui impliquent certaines conventions ou formules. Dans un premier survol, il faut donc évoquer rapidement les principaux aspects de ces deux tendances, d'abord en Italie, où sont nées ces formes d'art, puis dans le reste de l'Europe où elles ont rayonné.

Le foyer du maniérisme : l'Italie

Rome

Le rôle fondamental joué par Michel-Ange sur la formation de la maniera et son influence sur les artistes italiens a été souligné par tous les historiens récents : le Tondo Doni (1505-1506, Offices, Florence), le carton de la Bataille de Cascina (1504), la voûte de la Sixtine (1508-1512), qui offraient une conception de l'espace tout à fait personnelle, avec une expression dramatique et dynamique des formes, fournirent aux jeunes artistes d'innombrables motifs d'inspiration. Par la suite, Le Jugement dernier (1541), la Crucifixion de saint Pierre et la Conversion de saint Paul (1542-1550) leur apportèrent des solutions de plus en plus hardies et l'exemple d'un art dont le mysticisme s'écartait résolument du naturalisme de la Renaissance classique.

On pourrait noter chez Raphaël (mort en 1520) une évolution semblable : contrastant avec l'univers équilibré de la chambre de la Signature (1511), la chambre d'Héliodore (1511-1514) et surtout la chambre de l'Incendie (1511-1517), peintes avec la collaboration de ses élèves sous la direction de Jules Romain (Giulio Romano, 1499-1546), montrent une étonnante force dramatique. Dans la Transfiguration (Vatican), on peut constater une rupture totale d'équilibre dans la composition ; de plus, la mimique expressive des personnages peut déjà être qualifiée de maniériste.

À la Farnésine, que le riche banquier Agostino Chigi avait fait construire par Peruzzi (1508-1511), Les Métamorphoses d'Ovide, contrastant avec cette inspiration grandiose ou terrible, ouvrirent à Raphaël et à ses élèves le monde heureux de la mythologie. Déjà, sur les chantiers archéologiques de Rome, à la Domus Aurea ou à la maison de Titus, ils avaient trouvé un répertoire naturaliste et fantastique que le pinceau agile de Giovanni da Udine fera s'épanouir dans le décor de « grotesques » des loges vaticanes.

Villa Farnésine, Rome

Photographie : Villa Farnésine, Rome

Villa Farnésine, Rome. Architecte : Baldassare Peruzzi. 

Crédits : Bridgeman Images

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L'école de Raphaël surtout, avec Jules Romain, a joué un rôle essentiel dans la diffusion de ce goût. À Mantoue, où il s'établit dès 1523 au service de Frédéric de Gonzague, Jules Romain put donner toute sa mesure au palais ducal, mais surtout au palais du Té à l'architecture anticlassique, où le système décoratif complexe et raffiné unit le stuc et la peinture. L'inspiration recherchée des fresques aux thèmes érotiques (salle de Psyché) ou allégoriques, à la gloire des Gonzague (salle des Géants), va de pair avec les effets illusionnistes, les raccourcis audacieux et le luminisme fantastique. L'influence de certains autres élèves de Raphaël, qui furent aussi de grands décorateurs, n'est pas non plus négligeable : dans le palais Doria, à Gênes, Perino del Vaga (1501-1547) rivalise par ses thèmes et son élégance avec Jules Romain au palais du Té. De passage à Florence, en 1523, après avoir orgueilleusement espéré l'emporter sur Masaccio, il offrira à l'admiration générale le carton de la Bataille des Dix Mille, synthèse du nouvel idéal romain de grâce, de variété et de virtuosité, et l'une des premières manifestations du maniérisme. Dans la deuxième partie de sa carrière, son activité à Rome est capitale (château Saint-Ange). De même Polidoro da Caravaggio (1500-1543), formé sur le chantier des Loges, peintre de façades de palais, admirable paysagiste (San Silvestro al Quirinale) épanouira en Sicile un talent expressionniste remarquable (Montée au Calvaire, musée de Capodimonte, Naples).

Palais du Té, Mantoue

Photographie : Palais du Té, Mantoue

Palais du Té, Mantoue (Italie). Architecte : Giulio Romano. 

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La Chute des titans, G. Romano

Photographie : La Chute des titans, G. Romano

Giulio Pippi (Giulio Romano) (1499-1546), La Chute des titans, 1526. Détail d'une fresque (1526-1535) peinte sur le plafond du Palazzo del Te, salle dei Giganti de Mantoue. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Sous le pontificat de Paul III, des conditions sociales et économiques favorables vont permettre un nouvel essor artistique stimulé, d'ailleurs, par un regain de ferveur religieuse. Les chefs-d'œuvre de Michel-Ange (Le Jugement dernier, la chapelle Pauline) offrent alors aux artistes les pages les plus maniéristes de toute sa carrière. C'est sous cette influence et souvent grâce à la médiation de Sebastiano del Piombo (1485-1547) que se placent les meilleures œuvres de Jacopino del Conte (1510-1598 ; oratoire de San Giovanni Decolato), de Daniele da Volterra (1509-1566 ; Déposition, Trinité des Monts), culture à laquelle se rattache, aussi, le Vénitien Battista Franco, Marco Pino ou Marcello Venusti. La décoration de l'oratoire du Gonfalon (1568), à laquelle collaborèrent de nombreux artistes, est caractéristique de la dévotion [...]

Flagellation et Transfiguration du Christ, S. del Piombo

Photographie : Flagellation et Transfiguration du Christ, S. del Piombo

Sebastiano del Piombo, Flagellation et Transfiguration du Christ, 1518. Fresque. Chapelle Borgherini dans l'église Saint-Pierre, Montorio, Rome. 

Crédits : G. Nimatallah/ De Agostini/ Getty Images

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La Circoncision, F. Barocci

La Circoncision, F. Barocci
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La Déposition de Croix, Rosso Fiorentino

La Déposition de Croix, Rosso Fiorentino
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La Déposition de Croix, J. Pontormo

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Villa Farnésine, Rome

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  • : conservateur en chef au département des Peintures du musée du Louvre
  • : conférencière à l'École du Louvre, chargée de mission au département des Peintures

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Pour citer l’article

Sylvie BÉGUIN, Marie-Alice DEBOUT, « MANIÉRISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/manierisme/