GUARDI LES

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Gian Antonio, un peintre d'inspiration rococo

Gian Antonio Guardi, né à Vienne en 1699, mort à Venise en 1760, était l'aîné d'une famille de peintres. Il était encore très jeune lorsqu'il vint s'installer à Venise avec son père, Domenico Guardi. Celui-ci mourut peu de temps après. Gian Antonio Guardi se trouva alors dans l'obligation de travailler. Il se mit à faire des copies de tableaux pour un grand collectionneur de la ville, le maréchal Schulenburg. En même temps, il entreprit de reconstituer l'atelier familial, en enseignant le métier à ses deux frères, Francesco (né en 1712) et Nicolò (né en 1715). Gian Antonio Guardi avait reçu de son père Domenico un enseignement de tradition vénéto-autrichienne. Il a probablement commencé à peindre dans un milieu influencé par Sebastiano Ricci (1659-1734) et par Antonio Bellucci (1654-1726) qui étaient tous deux très connus dans les provinces du Tyrol. Les analogies que ses œuvres présentent avec celles des Viennois contemporains, comme Paul Troger et Franz Anton Maulbertsch (on les constate dans le graphisme) confirment ce jugement. Gian Antonio Guardi acquit donc une position indépendante et une certaine personnalité. Entre 1720 et 1730, il connut Ricci à Venise, lorsque celui-ci arrivait à la fin de sa vie ; il y connut aussi Giovanni Antonio Pellegrini (1675-1741). Les œuvres de ces deux peintres s'inscrivaient alors dans la grande tradition du rococo européen. En 1737 et 1738, des œuvres de Gian Antonio Guardi sont mentionnées dans l'inventaire de la collection Schulenburg. Ce sont des portraits du Maréchal, une Cène qui est une copie d'un tableau de Ricci, deux œuvres intitulées Prudence et Tempérance, qui sont des copies de Tintoret. Tous ces tableaux ont été retrouvés. Ils sont aujourd'hui à la Cà Rezzonico à Venise, à Saale et dans les collections privées de Milan.

Le style de Gian Antonio est à cette époque très nettement défini. Il peint dans la tradition de Ricci et de Pellegrini. Mais sa touche a quelque chose d'original, elle est pour ainsi dire évanescente, extraordinairement capricieuse, au point de rappeler parfois celle de Bazzani.

Il est très difficile, à cette époque, de distinguer ce qui est de sa main et ce qui revient à Francesco. Ce dernier est dans l'atelier familial l'aide de son frère aîné qui lui a appris le métier. Leurs styles sont alors très proches. Mais déjà, dans les trois lunettes qu'ils réalisent en 1738 pour leur oncle, curé de Vigo in Anuania, on observe une nette différence entre celle qui représente le miracle de l'hostie et celle qui représente saint François. Dans la première, les traits stylistiques sont indubitablement les mêmes que dans les tableaux peints par Gian Antonio pour le maréchal Schulenburg. Au contraire, le Saint François est peint d'une main plus ferme, la plasticité des formes y est plus grande ; l'œuvre fait penser à la fois à Alessandro Magnasco et à Giambattista Piazzetta ; enfin on y découvre un goût plus vif de la réalité. Cette distinction se trouve confirmée par l'examen des premières œuvres dont l'attribution à Francesco est certaine : deux petits tableaux représentant des Vertus qui se trouvent au musée de Sarasota, un Saint en extase (1747) du musée de Trente, et Le Miracle de saint Dominique (1763) de Vienne. Désormais, Francesco Guardi (qui va bientôt devenir exclusivement peintre de paysages) est en possession d'un style original lorsqu'il réalise des figures. Style âpre, accentuant les profils aux contours zigzaguants, avec des surfaces colorées où se marquent des coups de pinceau appuyés et des empâtements à la manière de Piazzetta. Au contraire, entre 1740 et 1750, le style de Gian Antonio, qui est demeuré le seul peintre d'inspiration rococo après la mort de Ricci et de Pellegrini, se fait toujours plus aérien. Il joue sur les transparences nacrées, il fait baigner ses personnages dans des sortes de brumes colorées qui ont l'accent des pastels de Rosalba Carriera. On citera, à cet égard, La Mort de Joseph, du musée de Berlin, qui est signée ; la Pala de Pasiano, mentionnée en 1750, et la Pala du Belvedere qui se trouve à Grado.

Ce sont les dessins de Gian Antonio, essentiellement, qui ont [...]

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La Place Saint-Marc, F. Guardi

La Place Saint-Marc, F. Guardi
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Venise, la pointe de la Dogana avec Santa Maria della Salute, F. Guardi

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art moderne, faculté des Belles-Lettres, université de Venise

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RICCI MARCO (1676-1729)

  • Écrit par 
  • Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE
  •  • 250 mots

Parallèlement aux « védutistes » du xviii e siècle, Marco Ricci, neveu de Sebastiano, donne son autonomie au paysage vénitien. Il trouve une source d'inspiration à Venise, dans l'œuvre de Titien et dans les gravures de Campagnola, mais surtout hors de Venise, chez Micco Spadaro, Salvator Rosa et même Claude Lorrain. Magnasco lui fait entrevoir les ressources des profondeurs ténébreuses, sillonnée […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Terisio PIGNATTI, « GUARDI LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-guardi/