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TROGER PAUL (1698-1762)

Avec ce peintre apparaît la génération des artistes autrichiens qui, s'ils vont encore se former en Italie, sont néanmoins pleinement conscients de l'originalité de l'école qu'ils forment et qui n'ont plus, à proprement parler, à chercher leurs modèles en dehors des frontières de l'Empire. Comme beaucoup d'entre eux, Paul Troger est un Tyrolien, né dans une famille modeste, toute proche encore de la classe paysanne, tout imbue aussi de traditions religieuses. Décorateur de vocation, il passera sa vie entière au service des communautés religieuses et pratiquement toute sa peinture est faite de sujets sacrés.

Entre 1720 et 1724, Troger fut envoyé en Italie pour se perfectionner. On ne sait pas bien où il séjourna, mais il semble que le rôle de Rome, où il dut fréquenter le milieu de Conca et de Trevisani, ait été déterminant dans sa formation. La clarté de la composition, la tendre délicatesse du coloris, l'élégance des figures qui caractérisent les décors de la bibliothèque au couvent des cisterciens de Zwettl, en Basse-Autriche (1732-1733), semblent bien dériver des modèles offerts par Trevisani. Avec une science extrême, jointe à un sens quasi populaire du merveilleux, Troger décore en 1734 la coupole principale de l'église de l'abbaye bénédictine d'Altenburg d'une immense fresque sur des sujets tirés de l'Apocalypse ; c'est un extraordinaire tourbillon d'anges, de bêtes monstrueuses et d'hommes apeurés, emportés par le flot roulant des nuages ; mais sur l'un des bords de la composition vient s'inscrire un paysage d'une fraîcheur idyllique. Il en va de même au plafond du réfectoire de l'abbaye prémontrée de Geras, où la scène de La Multiplication des pains (1738) se place dans une campagne souriante et devient une espèce de fête paysanne sans pour autant perdre de son caractère auguste.

Les tableaux d'autel de Troger sont généralement conçus dans un coloris d'ensemble assez sombre, au contraire des fresques. Il y introduit d'extrêmes raffinements, telle la tache de bleu turquoise qui vibre à côté d'un jaune assourdi dans le Saint Sébastien du musée de Graz (1753). Si elle ne dégage pas l'envoûtement un peu névrotique de celle de Maulbertsch, la peinture de Troger n'en est pas moins l'une des réussites majeures du xviiie siècle européen.

— Georges BRUNEL

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BAROQUE

    • Écrit par Claude-Gilbert DUBOIS, Pierre-Paul LACAS, Victor-Lucien TAPIÉ
    • 20 831 mots
    • 23 médias
    ...statues d'atlantes. Au couvent de Saint-Florian, en Autriche, Prandtauer lui consacre un pavillon entier, baigné de lumière par de grandes arcades. À Göttweig, œuvre inachevée de Hildebrandt, le plafond de l'escalier est décoré par une fresque de P. Troger, où l'empereur Charles VI figure Apollon.
  • ROCOCO

    • Écrit par Georges BRUNEL, François H. DOWLEY, Pierre-Paul LACAS
    • 21 059 mots
    • 14 médias
    ...la tendance à alléger le coloris est manifeste ; cependant la composition reste assez compacte et le modelé des figures conserve beaucoup de densité. Avec Troger, une nette inflexion de style est perceptible. On peut comparer les deux peintres à Melk (Autriche), où Rottmayr décore le plafond de la nef...

Voir aussi