KAZAKHSTAN

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Kazakhstan : carte physique

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Kazakhstan : drapeau

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Tianshan

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Kazakhstan : territoire et activités

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Nom officielRépublique du Kazakhstan (KZ)
Chef de l'État et du gouvernementPrésident : Kassym-Jomart Tokaïev (depuis le 20 mars 2019). Premier ministre : Askar Mamine (depuis le 21 février 2019)
CapitaleNoursoultan 2
Note : En mars 2019, la capitale Astana a été renommée Noursoultan
Langues officielleskazakh, russe
Unité monétairetengué (KZT)
Population18 514 000 (estim. 2019)
Superficie (km2)2 724 900

Le Kazakhstan, ancienne république soviétique indépendante depuis décembre 1991, est situé en Asie centrale. Ce pays vaste (2,7 millions de kilomètres carrés) compte une population de 16 millions d'habitants (recensement de 2009), dont le caractère multinational est surtout hérité des périodes tsariste et soviétique. Le cœur du territoire kazakhstanais, qui est constitué de déserts froids et de steppes, fut, jusqu'à la colonisation russe, le domaine des grandes confédérations nomades. Toutefois, c'est dans le cadre de l'U.R.S.S., qui a mené une politique d'aménagement du territoire très active, que le Kazakhstan a été fondé. Une profonde crise économique et sociale a accompagné les premières années de l'indépendance. Alors que le Kazakhstan, dirigé par Noursoultan Nazarbaïev de 1989 à 2019, a adopté les principes de l'économie de marché, le pays connaît désormais un développement rapide fondé sur l'exploitation des ressources naturelles (pétrole, uranium). Dans le cadre de la politique de consolidation de l'État, le Kazakhstan utilise ces revenus pour investir dans la nouvelle capitale, Astana.

Kazakhstan : carte physique

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Carte physique du Kazakhstan. 

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Kazakhstan : drapeau

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Kazakhstan (juin 1992). Le drapeau du Kazakhstan, République indépendante depuis décembre 1991, présente un champ d'azur, au centre duquel brille un soleil d'or (disque entouré de trente-deux courts rayons) sous lequel vole une aigle de même. Au guindant court de haut en bas un motif... 

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Géographie

Un pays vaste, écartelé et enclavé

Au cœur du continent asiatique, le Kazakhstan s'étend sur 2 717 000 kilomètres carrés, superficie qui le classe au huitième rang mondial ; 3 000 kilomètres séparent les rives de la mer Caspienne, à l'ouest, de l'Altaï, à l'est ; 1 600 kilomètres, les montagnes du Tianshan et les oasis du Turkestan, au sud, de la Sibérie méridionale, au nord. Ce territoire a été délimité dans les années 1920 et 1930, dans le cadre de la réforme politique et territoriale menée par les autorités soviétiques qui fonda le Kazakhstan et en fit une république socialiste soviétique en 1936. Organisé suivant une disposition zonale des ensembles agroclimatiques, le pays est centré sur une grande étendue constituée de déserts continentaux froids (par exemple le Kyzyl-Koum, « les sables rouges ») et de steppes (Betpak-Dala, « la steppe de la faim ») qui furent, jusqu'au xxe siècle, le domaine des nomades kazakhs. Cette région de la cuvette aralo-caspienne, qui occupe la majorité du territoire, est marquée par l'endoréisme : le Tchou se perd dans le désert du Mouyoun-Koum, l'Ili se jette dans le lac Balkhach, tandis que l'Oural coule vers la Caspienne et que le Syr-Daria s'achève dans l'Aral, lac désormais divisé dont le volume a diminué de 80 p. 100 depuis 1960, à la suite de l'essor des périmètres irrigués dévolus à la culture du coton. Seul le nord du pays, drainé par l'Irtych et ses affluents (Ichim, Tobol), appartient au bassin versant de l'océan glacial Arctique. Les plaines et les plateaux du bouclier kazakh sont dominés par des petits massifs dont l'altitude n'excède pas 1 600 mètres. En revanche, au sud-est, une barrière montagneuse discontinue mais puissante, formée du Tianshan, où se situe le point culminant du pays (Khan Tengri 6 995 m), de l'Alatau de Dzoungarie, du Tarbagataï et de l'Altaï, ceinture le pays au niveau de la frontière chinoise.

Tianshan

Tianshan

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Les steppes kazakhes, qui couvrent la plus grande partie du territoire, sont bordées au sud par le massif des Tianshan. 

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Alors que la population kazakhstanaise s'élève à 16,9 millions d'habitants (2013), les inégalités du peuplement conditionnent des discontinuités majeures au sein du territoire. Deux foyers de peuplement séparés par la zone désertique et steppique, dont la densité est inférieure à 0,1 habitant par kilomètre carré, concentrent la majorité de la population. Celle-ci réside prioritairement dans les oasis et les piémonts méridionaux, où est localisée Almaty, la première ville (1,475 million d'hab.), et dans les régions septentrionales, où se trouve notamment Astana, la nouvelle capitale (officiellement 778 000 hab.). Malgré la forme compacte du territoire, les discontinuités du peuplement et les distances font ainsi du Kazakhstan un espace écartelé.

Sa situation géographique est en outre marquée par l'enclavement. Cette configuration territoriale introduit une dépendance vis-à-vis des pays riverains qui influence le positionnement géopolitique multivectoriel adopté depuis l'accession à l'indépendance. Par ailleurs, ce déficit d'accessibilité constitue une contrainte sur le plan économique, en ce qu'il renchérit les coûts de transport. Mais les autorités, soucieuses d'asseoir la légitimité du nouvel État, renversent cette représentation pour souligner la centralité et le rôle charnière joué par le Kazakhstan dans l'espace eurasiatique.

Une population en cours de « kazakhisation »

Héritage des politiques de peuplement et des politiques d'aménagement de l'espace conduites pendant la période tsariste et surtout pendant la période soviétique, la population kazakhstanaise est composite. Dès la fin du xviiie siècle, l'avancée coloniale s'est traduite par l'installation de populations slaves et chrétiennes, alors que les Kazakhs appartiennent à l'ensemble des peuples turciques et sont de confession musulmane. Mais c'est au xxe siècle qu'un renversement des équilibres démographiques s'est opéré. Au cours de la sédentarisation-collectivisation, qui s'est déroulée de 1928 à 1933, les steppes kazakhes ont subi une catastrophe démographique sans précédent, puisque près de deux millions de Kazakhs ont disparu sous l'effet de la famine et de l'exode. Or le Kazakhstan a parallèlement été le réceptacle de populations criminalisées et de « peuples punis » par le régime stalinien. De 1936 à 1945, 450 000 Allemands soviétiques, 400 000 Nord-Caucasiens (Tchétchènes, Karatchaïs, Ingouches...) et environ 100 000 Coréens ont été déplacés et assignés à résidence dans les villes et villages du Kazakhstan. Enfin, la mise en exploitation des gisements miniers du centre de la république comme la mise en culture des terres vierges ont mobilisé plusieurs millions de personnes originaires des régions européennes de l'U.R.S.S. Bien que ce flux se soit interrompu à la fin des années 1960, les migrations « soviétiques » ont fait que le Kazakhstan était, au moment de son indépendance, la seule république issue de l'U.R.S.S. à compter une population éponyme minoritaire, les Kazakhs ne représentant que 40 p. 100 de la population lors du recensement de 1989.

Au cours de la transformation postsoviétique, le Kazakhstan a connu une longue séquence de dépeuplement de 1993 à 2002 : entre les recensements de 1989 et de 1999, la population est ainsi passée de 16,2 millions à 14,9 millions d'habitants (— 8 p. 100), du fait d'un important déficit migratoire. La dégradation de la situation économique et sociale et des facteurs ethniques expliquent que plus de 3 millions de personnes, parmi lesquelles principalement des Russes, des Allemands et des Ukrainiens, ont définitivement quitté le Kazakhstan après l'indépendance. Le déclin démographique a particulièrement affecté les campagnes et les villes du centre (région de Karaganda), du nord (régions de Koustanaï, d'Akmola et du Kazakhstan septentrional) et du nord-est (régions de Pavlodar et du Kazakhstan oriental), où les populations allochtones étaient les plus nombreuses. Depuis 2003, le Kazakhstan enregistre une croissance de sa population, stimulée par un solde naturel et un solde migratoire positifs, en raison du tarissement du flux d'émigration et de l'essor du flux d'immigration lié d'une part, aux « retours » de Kazakhs résidant à l'étranger (Ouzbékistan, Chine, Mongolie...), qui sont encouragés par les autorités et, d'autre part, à l'arrivée de migrants centrasiatiques attirés par l'essor économique.

Depuis l'indépendance, les comportements démographiques différenciés des groupes nationaux présents au Kazakhstan conduisent à une homogénéisation croissante de la population, du point de vue de la composition nationale. La part des Kazakhs, qui s’élevait à 63 p. 100 en 2009, connaît une progression régulière. La « kazakhisation » de la population apparaît comme un élément de la politique de stabilisation et de consolidation de l'État. Outre les mesures destinées à inciter les Kazakhs de l'étranger à migrer vers leur « patrie historique », le gouvernement mène une politique linguistique qui vise à affirmer la place de la langue kazakhe, alors que la période soviétique avait constitué un moment de forte russification. Toutefois, l'État veille à garantir les droits des minorités nationales (en 2009 : Russes, 23 p. 100 ; Ouzbeks, 2,8 p. 100 ; Ukrainiens, 2 p. 100 ; Ouïgours, 1,4 p. 100 ; Allemands, 1,1 p. 100) et souhaite faire du Kazakhstan un exemple de société multiethnique et multiconfessionnelle.

De la crise postsoviétique à l'essor contemporain

Durant la première décennie d'indépendance, le Kazakhstan a subi une profonde crise économique à la suite de la désintégration du système de production et d'échanges soviétique. La production industrielle et la production agricole (céréales, élevage) ont chuté sous l'effet conjugué de la perte du marché soviétique et de la désorganisation du secteur économique.

Kazakhstan : territoire et activités

Kazakhstan : territoire et activités

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Le territoire et les activités au Kazakhstan dans les années 2000. 

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Alors que le Kazakhstan a adopté au cours de la transition postsoviétique les principes de l'économie de marché, il connaît une croissance soutenue depuis le début des années 2000, quoique ralentie en 2008-2009 par la crise financière mondiale. Ce dynamisme, qui fait du Kazakhstan la seconde puissance économique du monde postsoviétique, repose essentiellement sur l'exploitation des richesses du sous-sol. D'importants gisements d'uranium sont exploités dans les régions méridionales, de sorte que le Kazakhstan en est le premier producteur mondial. Par ailleurs, le Kazakhstan est devenu un pays pétrolier, à la suite de la découverte et de la mise en exploitation de gisements importants dans l'ouest du pays. Les champs de la région caspienne (Tengiz, Karachaganak, Mangystau) fournissent une quantité croissante d'hydrocarbures. Aussi le Kazakhstan a-t-il produit 81 millions de tonnes de pétrole en 2012, soit plus du double de la production enregistrée à la fin de la période soviétique. Des compagnies pétrolières internationales américaines, européennes et asiatiques investissent également avec l'entreprise d'État pour exploiter dans les années 2010 le gisement offshore géant de Kashagan, découvert en 2000 dans le golfe du nord de la Caspienne, de sorte que les autorités envisagent de porter la production à 150 millions de tonnes, ce qui placerait le Kazakhstan parmi les pôles d'approvisionnement importants à l'échelle mondiale. Devant la situation d'enclavement, de nouveaux oléoducs et gazoducs sont construits à travers la Russie, le Caucase et à destination de la Chine pour assurer l'évacuation du pétrole vers le marché international.

L'essor du secteur des matières premières soutient l'économie nationale, notamment les services, quoique l'économie de rente induise des déséquilibres structurels qui marginalisent certaines activités. La rente stimule le dynamisme d'Almaty, la capitale économique, d'Astana, la capitale politique, et des villes du pétrole (Atyrau, Aktau, Aktobe). Les régions minières et industrielles du centre du pays (Karaganda, Temirtau...) mais surtout une grande partie des campagnes connaissent une situation moins florissante, bien que le pays demeure un grand producteur de céréales. Le Kazakhstan est traversé par des inégalités territoriales qui recoupent des différenciations sociales grandissantes.

Ouverture internationale et affirmation nationale

Le Kazakhstan poursuit depuis son indépendance une politique d'intégration sur la scène politique régionale et internationale. Ce processus tient aux dynamiques d'ouverture et de désenclavement vers l'Europe et l'Asie, et à l'élaboration d'un positionnement géopolitique fondé sur le multilatéralisme. Le Kazakhstan est un membre important de la Communauté des États indépendants (C.E.I.), fondée à Alma-Ata en décembre 1991 pour succéder à l'U.R.S.S. moribonde. Dans ce cadre, il maintient des relations privilégiées avec la Russie, qui continue d'exploiter le centre spatial de Baïkonour, à travers notamment sa participation à l'Espace économique commun créé avec la Russie et la Biélorussie en 2012. Plus largement, le Kazakhstan collabore avec les principales organisations internationales. Le pays participe aussi à des structures macrorégionales : il a rejoint en 1992 l'Organisation de coopération économique qui a été créée par le Pakistan, l'Iran et la Turquie, et a intégré l'Organisation de coopération de Shanghai. Cette politique, qui s'accompagne de bonnes relations avec les pays européens et les États-Unis, permet au Kazakhstan de s'insérer dans le champ politique international. Manifestation du nouveau statut géopolitique acquis par le Kazakhstan, le pays fut en 2010 le premier pays de la C.E.I. à présider l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, avant de diriger en 2011 l'Organisation de la conférence islamique.

En Asie centrale, les processus d'intégration régionale se sont longtemps heurtés au cloisonnement qui découle de la fermeture croissante des frontières depuis la disparition de l'U.R.S.S. et à la rivalité avec l'Ouzbékistan pour la détention de la primauté régionale. Néanmoins, des coopérations sont mises en œuvre, notamment pour la gestion de l'eau dans le bassin de l'Aral. Plus de vingt ans après les indépendances, l'essor économique récent du Kazakhstan conduit à faire du pays la principale puissance régionale, l'exploitation du sous-sol ayant accru les écarts de richesse au profit du Kazakhstan. .

Dans le cadre de la consolidation de l'État, le Kazakhstan mène une politique d'aménagement qui vise à unifier l'espace national. Les réseaux de transport continentaux sont reconfigurés pour limiter les discontinuités et améliorer l'accessibilité entre les régions. Par ailleurs, le Kazakhstan a décidé de transférer la capitale d'Almaty, qui est située à proximité des frontières kirghizstanaise et chinoise, vers Akmola rebaptisée Astana en 1998, qui est localisée dans le centre-nord du pays. Cette décision marque non seulement la rupture avec la période soviétique, mais participe également d'un rééquilibrage du territoire de la République. Astana, ville moderne au cœur de steppes, est désormais censée symboliser l'unité de la nation, la réussite du Kazakhstan indépendant et la justesse des orientations décidées par le président Noursoultan Nazarbaïev.

—  Julien THOREZ

Histoire

La maîtrise des steppes

La taille immense et les paysages variés du Kazakhstan écartent la possibilité d'une culture préhistorique unifiée couvrant l'ensemble de la zone. La culture d'Andronovo de l'âge du bronze (iie millénaire avant notre ère) s'étendait sur une grande partie du pays actuel ; elle fut suivie d'une période de domination de peuples nomades, producteurs d'un « art animalier » et plus tard identifiés aux Scythes. On ne peut que spéculer sur les identités ethniques et linguistiques de ces populations ; qu'elles fussent turques ou non, on ne peut les relier directement aux Kazakhs.

Au cours des siècles, diverses parties du Kazakhstan furent incorporées dans différents empires. Sous l'Empire mongol (xiii-xive siècle après J.-C.), la majeure partie du pays appartenait à l'ulus (le territoire) des Djaghataïdes. Vers 1465, sous la conduite de Karay et de Jani Beg, quelque deux cent mille sujets mécontents du khan ouzbek Abilkhaïr émigrèrent au Mogholistan, dont le khan, Esen Buga, les installa entre les rivières Talas et Tchou, au sud-ouest du lac Balkhach. Ces séparatistes ouzbeks furent appelés Ouzbeks kazakh (« indépendants » ou « vagabonds ») et, avec les siècles, une différence significative apparut entre eux et les autres Ouzbeks, quant à leurs modes de vie respectifs : les Kazakhs étaient plutôt nomades et les Ouzbeks, plutôt sédentaires.

À la fin du xve siècle et tout au long du xvie siècle, les Kazakhs furent capables de consolider un empire nomade qui s'étendait à travers les steppes situées à l'est de la Caspienne et au nord de la mer d'Aral, jusqu'au cours supérieur de la rivière Irtych et aux contreforts occidentaux de l'Altaï. Sous les règnes de Burunduk Khan (1488-1509) et de Kasym Khan (1509-1518), les Kazakhs étaient virtuellement maîtres de toute la région des steppes, censés être en mesure de réunir deux cent mille cavaliers et redoutés de tous leurs voisins. Selon l'avis le plus répandu, le règne de Kasym Khan marqua le début d'un État kazakh indépendant. Son pouvoir s'étendait du sud-est de l'actuel Kazakhstan jusqu'à l'Oural.

Cependant, sous les règnes successifs de trois des fils de Kasym Khan (1518-1538), l'autorité du khan connut un affaiblissement partiel et le khanat en vint à se diviser en trois « hordes » distinctes. Ce furent, d'est en ouest, la Grande Horde, au sud-est de l'actuel Kazakhstan et au nord du Tianshan ; la Horde moyenne, dans la région centrale des steppes, à l'est de la mer d'Aral ; et la Petite Horde, entre la mer d'Aral et le fleuve Oural. Dans chaque horde, l'autorité du khan était en partie restreinte par le pouvoir des chefs de tribu, appelés sultans, et peut-être plus encore par celui des beys et batyrs (qui étaient à la tête des clans dont les tribus étaient constituées). En théorie, les khans commandaient une redoutable force de cavalerie, mais, en pratique, ils dépendaient de la loyauté de ces beys et batyrs. Le dernier fils de Kasym Khan qui régna sur les steppes kazakhes, Haqq Nazar (1538-1580), surmonta ces obstacles et, après avoir réussi à unifier les trois hordes, s'engagea dans des raids systématiques en Transoxiane, qui se poursuivirent sous ses successeurs immédiats, jusqu'à Tevkkel Khan (1586-1598), qui occupa temporairement Samarkand. Au début du xviie siècle, le processus de fragmentation stoppé par Kasym Khan reprit pour devenir endémique : le pouvoir central kazakh se retrouvait faible, voire inexistant au sein d'une pléthore de petits souverains.

Des années 1680 aux années 1770, les Kazakhs furent impliqués dans une série de guerres avec les Oirats, une fédération de quatre tribus mongoles occidentales, parmi lesquelles les Djoungars étaient particulièrement agressifs. En 1681-1684, ces derniers, conduits par leur souverain Galdan, lancèrent une attaque dévastatrice contre la Grande Horde. L'unification des trois hordes par Teüke Khan (1680-1718) provoqua un renversement temporaire de fortune dans les affrontements et, en 1711-1712, une contre-offensive kazakhe pénétra profondément en territoire djoungar. Les succès de Teüke ne se limitèrent pas au champ de bataille ; il fut également à l'origine de la création d'un code de lois kazakh, mélange de coutumes indigènes et de lois islamiques.

En 1723, le successeur de Galdan, Tsewang-rabdan, passait à nouveau à l'attaque. Secondés par des officiers suédois qui avaient été faits prisonniers par les Russes à la bataille de Poltava (1709) et s'étaient retrouvés dans ces contrées éloignées, les Djoungars se lancèrent dans une invasion destructrice des terres kazakhes orientales. Le souvenir de cette catastrophe nationale, le Grand Désastre, ne s'est jamais estompé chez les Kazakhs. La suivante et dernière invasion des Djoungars toucha la Horde moyenne, mais, grâce aux compétences du khan de cette horde, Abilkhaïr (1718-1749), qui réussit à forger une alliance kazakhe temporaire, elle fut moins dévastatrice. La délivrance ultime du fléau djoungar vint de l'intervention chinoise (mandchoue) : en 1757-1758, l'empereur Qianlong lança deux grandes campagnes au cours desquelles les Djoungars furent peu ou prou exterminés et où leur territoire fut incorporé à la Chine. Pendant un temps, le rusé Abylaï Khan, de la Horde moyenne, avait préféré ne pas prendre parti dans le conflit sino-djoungar. Mais, une fois que les jeux furent faits, Abylaï jugea prudent d'offrir sa soumission à l'empereur Qianlong. Par la suite, en 1771, Abylaï fut confirmé comme souverain à la fois par les Russes et par les Chinois. Du fait de la chute de l'empire djoungar, les Chinois héritaient d'un vaste territoire qui s'étendait jusqu'au lac Balkhach et au-delà, loin dans la steppe kazakhe. Le plus gros des guerres djoungares fut supporté par la Grande Horde ; le choc fut moins rude pour les Petite et Moyenne Hordes, en partie parce qu'elles se déplacèrent à l'ouest, vers des territoires tenus par les Russes. Au début des années 1730, Abilkhaïr, khan de la Petite Horde, prêta allégeance à l'impératrice russe Anna Ivanovna.

Souverainetés russe et soviétique

Les revers essuyés par les Kazakhs aux prises avec les Oirats retardèrent sans aucun doute l'émergence d'un État kazakh unifié et firent même décliner le niveau général de la vie culturelle. Ils rendirent également les Kazakhs moins capables encore de résister aux empiètements de la Russie depuis le nord. La progression vers la steppe kazakhe débuta par la construction d'une ligne de forts – Omsk en 1716, Semipalatinsk en 1718, Oust-Kamenogorsk en 1719-1720 et Orsk en 1735 – qui fut ensuite continûment prolongée vers le sud. L'avancée russe était lente, rarement violente, mais inéluctable ; elle exploitait pleinement les divisions internes et les dissensions entre les Kazakhs, mais, dans son essence, elle représentait le type même de l'empiètement d'agriculteurs sédentaires sur des territoires appartenant à des nomades. L'occupation de la steppe kazakhe par les Russes se révélerait essentielle pour la conquête de l'Asie centrale musulmane.

Certains Kazakhs pensaient que la présence russe garantirait au moins une certaine sécurité face aux raids oirats et l'allégeance de la Petite Horde à la Russie fut suivie par celle de la Horde moyenne en 1740 et par une partie de la Grande Horde en 1742, même si les effets de cette protection sur les Oirats devaient s'avérer limités. Finalement, après une série de soulèvements kazakhs infructueux, dont le plus important fut celui de Batyr Srym en 1792-1797, la Russie résolut de supprimer le reste d'autonomie que les khans possédaient encore. En 1822, le khanat de la Horde moyenne fut aboli ; en 1824, celui de la Petite Horde ; et, en 1848, celui de la Grande Horde.

À la suite de l'incorporation du Kazakhstan à la Russie, les idées modernes trouvèrent un terreau plus fertile chez les Kazakhs que dans les khanats ouzbeks semi-indépendants. La scolarisation russe introduisit ces idées dans la vie kazakhe, et des intellectuels formés à l'école russe, tels Tchokan Valikanov et Abay Kunanbay-Ulï, les adaptèrent aux besoins locaux spécifiques pour créer une culture laïque sans équivalent dans le reste de la Russie asiatique.

Les Kazakhs furent témoins, plutôt que participants, dans la guerre civile qui suivit la chute du régime tsariste en 1917. Un gouvernement provisoire kazakh, formé par l'éphémère parti politique Alash Orda, n'eut qu'une existence nominale. En 1919-1920, l'Armée rouge vainquit les forces des Russes blancs dans la région et occupa le Kazakhstan. Le 26 août 1920, le gouvernement soviétique établit la République autonome kazakhe qui, en 1925, devint la République socialiste soviétique autonome du Kazakhstan. À partir de 1927, le gouvernement des soviets mena une politique vigoureuse de transformation des nomades kazakhs en population sédentaire et de colonisation de la région par des Russes et des Ukrainiens.

En dépit de leur existence nomadique rurale, les Kazakhs constituaient la population indigène la plus instruite et la plus dynamique d'Asie centrale. Mais la collectivisation brutalement imposée par le régime soviétique eut pour conséquence une baisse dramatique de la population : entre 1926 et 1939, le nombre de Kazakhs en Union soviétique chuta d'environ un cinquième. Plus de 1,5 million d'entre eux moururent au cours de cette période, la majorité de faim et des maladies associées, les autres par suite de violences. Des milliers de Kazakhs s'enfuirent en Chine, mais moins d'un quart d'entre eux survécurent au voyage ; environ 300 000 partirent en Ouzbékistan et 44 000 au Turkménistan.

Le Kazakhstan devint officiellement une république constitutive de l'U.R.S.S. le 5 décembre 1936. Sous la direction du Premier secrétaire Nikita Khrouchtchev, le rôle du Kazakhstan au sein de l'Union soviétique connut un développement dramatique. Le programme Terres vierges et inoccupées, lancé en 1954, ouvrait les vastes pâturages du nord du pays à la culture du blé par des colons slaves. L'importance du Kazakhstan augmenta également du fait de l'implantation sur son territoire du principal centre spatial soviétique, à Baïkonour, ainsi que d'une grosse part de l'arsenal nucléaire de l'U.R.S.S. et des sites associés à l'expérimentation atomique.

Pendant un quart de siècle, la politique kazakhe fut dominée par Dinmoukhamed Kounaïev, Premier secrétaire du Parti communiste du Kazakhstan de 1959 à 1986. Unique Kazakh à devenir membre du Politburo soviétique, Kounaïev se révéla être non seulement un politicien soviétique compétent, mais aussi un homme capable de projets constructifs pour son pays. Conscient que ses compatriotes constituaient une minorité au sein de la population du Kazakhstan, il veilla avec un soin égal aux besoins des Russes et des Kazakhs. Sa révocation, en 1986, par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev provoqua les premières émeutes sérieuses des années 1980 en U.R.S.S.

L'effondrement politique et économique de l'U.R.S.S. au tournant des années 1990 conduisit les républiques non russes à déclarer leur indépendance. Le Kazakhstan proclama sa souveraineté le 25 octobre 1990 et son indépendance complète le 16 décembre 1991.

—  Denis SINOR, Universalis

Le Kazakhstan indépendant

Parmi les cinq pays centrasiatiques, le Kazakhstan, indépendant depuis le 16 décembre 1991, se distingue par un développement économique soutenu. Après les premières années d'indépendance marquées par une grave crise commune à l'ensemble de l'espace postsoviétique (1992-1995 : chute du P.I.B. de 40 p. 100), ce pays immense, peu peuplé et riche en matières premières connaît tous les ans des taux de croissance élevés, en dépit du repli observé pendant la crise financière mondiale de 2008-2009. Ce développement a été favorisé par la présence de pétrole, d'uranium et la mise en œuvre de réformes socio-économiques. Cette réussite permet au régime présidentiel de Noursoultan Nazarbaïev de conserver une importante popularité et de se maintenir.

Vers un régime présidentiel fort

L'exacerbation des tensions ethniques a caractérisé la période s'étendant de la fin de l'Union soviétique aux premiers temps de l'indépendance. Le 16 décembre 1986, Mikhaïl Gorbatchev, désireux de lutter contre la corruption, oblige le premier secrétaire du Parti communiste de la République, Dinmoukhamed Kounaïev, à se retirer et le remplace par un Russe sans attache avec le Kazakhstan, Gennadi Kolbin. Cette décision provoque des manifestations d'étudiants nationalistes kazakhs dans la capitale. La répression laisse deux cents morts dans les rues d'Almaty et on estime à huit cents le nombre de personnes exécutées dans les heures qui suivirent. Cet épisode marquera la mémoire de la population kazakhe, faisant craindre, au lendemain de l'indépendance, des représailles de la part des nationalistes kazakhs contre la population russe, qui n'auront finalement pas lieu.

En 1989, une nouvelle figure, Noursoultan Nazarbaïev, devient premier secrétaire du P.C. ; en 1990, il convertit sa position en celle de président. Économiste proche de Gorbatchev, il prône une nouvelle forme d'union avec la Russie plutôt qu'une totale accession à la souveraineté. Il va ensuite anticiper la fin de l'U.R.S.S. : il est élu président au suffrage universel le 1er décembre 1991 et signe avec Boris Eltsine, le 8 de ce mois, le décret mettant fin à l'Union soviétique et instituant la Communauté des États indépendants (C.E.I.). Nazarbaïev ne s'est jamais départi ensuite de ses bons rapports avec le Kremlin.

Il a mené, dès avant l'indépendance, une politique à coloration nationaliste en faveur de la composante kazakhe du pays sans s'aliéner la partie slave de sa population, réussissant ainsi à atténuer l'antagonisme grandissant entre les deux principales ethnies du pays.

Cette ligne est suivie et entérinée par l'adoption de la Constitution kazakhe, en 1995, par référendum, qui interdit toute forme de discrimination fondée sur des critères ethniques, religieux ou de langue maternelle. La langue russe acquiert le statut officiel de langue de communication entre les peuples. Le président se pose en garant du maintien des équilibres religieux et linguistiques. Le transfert de la capitale en 1998 vers le nord répond avant tout à cette logique de « rééquilibrage » ethnique par un transfert de population kazakhe vers une région jusqu'alors très majoritairement slave. Il s'agissait également de marquer symboliquement l'indépendance par la création d'une nouvelle capitale, Astana, porteuse d'une architecture ancrant résolument le pays dans la modernité et dans son identité à la fois ethnique (kazakhe) et supranationale (kazakhstanaise). La pratique du kazakh fait l'objet d'une politique incitative forte, devenant une condition du recrutement dans l'administration et se développant dans le monde universitaire et dans la sphère médiatique. L'alphabet kazakh devrait passer de la graphie cyrillique à la graphie latine à l'horizon de 2025, afin de rompre avec l'héritage russo-soviétique et de s'adapter aux modes de communication mondialisés.

Noursoultan, Kazakhstan

Noursoultan, Kazakhstan

photographie

À Noursoultan (ex-Astana), la capitale du Kazakhstan depuis 1998, les réalisations architecturales mêlent notamment bâtiments modernistes et architecture post-soviétique : ici le siège social de la société KazMunayGas, la compagnie nationale de gaz et de pétrole. 

Crédits : C. Herwig/ Aurora/ Getty

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Dès lors, les partis nationalistes kazakhs (Alash par exemple) sont faibles par leur rayonnement dans l'opinion publique kazakhe. Nazarbaïev peut compter par ailleurs sur les votes des nationalistes modérés et des russophones qui craignent l'arrivée au pouvoir des partis nationalistes. Ce positionnement politique lui laisse une large marge de manœuvre. C'est d'ailleurs sur des thématiques autres que nationalistes que, à partir de 1995, se regroupent les opposants : programme de libéralisation économique ou de protection sociale accrue, droits de l'homme. Une fois encore, le président choisit habilement une politique médiane, apparaissant à l'opinion comme un modéré. De plus, en l'absence de véritable culture d'opposition autre que nationaliste, les thématiques des opposants peinent à porter. Faute d'accès aux médias, ces partis n'arrivent pas à susciter dans l'opinion une vision claire des enjeux politiques. Les élections, comme souvent dans l'espace postsoviétique, se jouent donc sur la personnalité des candidats, la possibilité n'étant pas donnée à l'électeur de se décider sur des propositions de politique économique et sociale. Dans ce cadre, le leader qui dispose de la plus grande visibilité, généralement celui qui dispose du pouvoir et du contrôle des médias (aux mains de la famille Nazarbaïev), a toutes les chances d'être élu. Autre tactique : Nazarbaïev, pour affaiblir ses opposants, encourage la création de plusieurs partis d'obédiences idéologiques différentes mais le soutenant tous, Parti du congrès du peuple et Parti Union par exemple.

Cette pratique politique lui permet de traverser la période de crise économique d'une dizaine d'années qui suit l'indépendance sans avoir recours à la répression systématique et en ouvrant les élections à certains groupes d'opposition. Ceux-ci, issus des élections législatives de mars 1990 (premières élections relativement pluralistes) puis des élections de mars 1994 consécutives à la dissolution du Parlement (décembre 1993) destinée à réduire le nombre de parlementaires, conformément à la nouvelle Constitution, sont très divisés et ne peuvent réellement gêner la politique menée par l'exécutif. Le Parlement constitue cependant une tribune où ils peuvent exprimer leurs idées. En octobre 1994, sous la pression parlementaire, le Premier ministre, Serguei Tereshchenko, est obligé de démissionner. Apparaît alors une forme d'équilibre des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ce dernier pesant sur la composition et la politique du gouvernement. Ainsi, c'est sous la pression du Parlement que Nazarbaïev nomme Akidjan Kajegueldine.

Ce relatif pluralisme, dans une certaine mesure, contraint le président à trouver des figures politiques populaires à présenter aux différentes élections. En effet, la défaite des candidats gouvernementaux tient moins à leur appartenance au groupe politique du président qu'à leur impopularité personnelle. Cette forme de sélection par les urnes, fût-ce dans un cadre de partis pro-régimes, contribue à renouveler le personnel politique, rapprochant d'autant celui-ci de la population. Par ailleurs, le dialogue entre le pouvoir central et les Kazakhs est maintenu grâce à l'existence d'une union syndicale issue de la période soviétique et fédérant plusieurs partis politiques représentés au Parlement et organisés sous forme de lobbys professionnels (comme le parti des paysans). En janvier 1995, cette union organise de grandes manifestations à travers le pays, amenant le pouvoir à certaines concessions en matière de politique sociale et économique.

Face à cette opposition parlementaire et syndicale pourtant modérée, Nazarbaïev choisit l'instauration d'un régime présidentiel fort. En avril 1995, il est reconduit dans ses fonctions par référendum pour quatre ans avec 95,46 p. 100 suffrages. En août de la même année, il organise un référendum constitutionnel renforçant ses pouvoirs et instaurant un système bicaméral (le Sénat est élu par les représentants des régions contrôlées par le pouvoir exécutif). Durant les années qui suivent, la suspension de certaines libertés politiques ne permet plus de juger de la réelle popularité de Nazarbaïev. Celui-ci remporte les élections présidentielles de 1999, 2005 et de 2011 à une très large majorité. Mais, en 1999, Kajegueldine, devenu le principal opposant, n'a pas eu le droit de se présenter ; il poursuit son activité contestataire en exil à Londres, rejoint régulièrement par d'autres figures en disgrâce telles que le représentant de la fondation Soros. Le milieu des années 2000 signe en effet un durcissement politique fondé sur le culte de la personnalité du président et sur une monopolisation accrue par le clan présidentiel des domaines clés du pays (services de sécurité, médias, budget, leviers économiques, investissements des entreprises étrangères au Kazakhstan). Après avoir fait lever la limite de deux mandats présidentiels consécutifs par le Parlement, Noursoultan Nazarbaïev est déclaré « Leader de la nation » par la chambre basse en 2010. Son pouvoir de nomination s'exerce sur la Cour constitutionnelle, sur les principaux juges, les gouverneurs de région et les maires des deux principales villes (Almaty et Astana). De nombreuses statues sont érigées à son effigie et de multiples lieux ou institutions portent désormais son nom. Parallèlement, le pouvoir s'est doté d'un outil politique puissant en prenant le contrôle du parti Nur Otan (fusion du Parti civique et du Parti agrarien), devenu le socle de la mobilisation pro-présidentielle à l'image du parti Russie unie dans le système poutinien en Fédération de Russie. Ses représentants occupent de 80 p. 100 à 90 p. 100 des sièges de députés depuis 2009. Par ailleurs, la réglementation sur la création des partis impose de tels critères qu'elle marginalise les formations dissidentes. L'opposition subit régulièrement des assauts : intimidation, assassinats, contrôle et restriction des tribunes dans la presse ou sur Internet (blogs, forums). Les médias sont muselés, quand on ne les contraint pas à la fermeture, tandis que la fille du président, Dariga Nazarbaïeva, tient les rênes du groupe Khabar qui comprend plusieurs chaînes de télévision et de radio.

En mars 2019, à la surprise générale, Noursoultan Nazarbaïev annonce sa démission de la présidence, tout en conservant des pouvoirs étendus, comme la présidence du parti au pouvoir et du Conseil de sécurité.

Clientélisme et contrôle des oppositions

Le passage à l'économie de marché et la retombée de l'exploitation des ressources minières ont permis une activité diversifiée et un réel développement économique à partir des années 2000. Durant cette période de transition, le président a fait office d'arbitre de la distribution des ressources économiques entre rivaux locaux. Cette distribution est restée relativement ouverte et moins fondée qu'ailleurs – pour ce qui concerne les entreprises moyennes – sur des relations de solidarité claniques limitées aux familles proches du pouvoir. Dans le cadre de cette privatisation, la corruption (au bénéfice du pouvoir politique) s'est traduite par un véritable système d'enchères officieuses mis en place par les groupes pétroliers, lequel a ensuite été appliqué aux autres secteurs de l'économie. Ces pratiques ont permis d'atténuer les blocages engendrés par le clientélisme politique de type strictement « clanique » dans le monde des affaires. Dans le cas kazakh, le soutien ou l'opposition des hommes d'affaires à l'égard du pouvoir repose tout autant sur les capacités du régime à assurer les conditions de leur développement que sur une forme de solidarité politique. Ainsi, un des principaux partis d'opposition apparu à la fin de 2001, le Choix démocratique, est constitué principalement d'hommes d'affaires qui ont fait fortune dans les structures gouvernementales (comme l'ancien Premier ministre Akidjan Kajegueldine) mais ont fini par s'opposer à la trop grande monopolisation du pouvoir économique par la famille Nazarbaïev. En effet, l'appareil présidentiel et son entourage se livrent à une privatisation des ressources administratives et financières. Au prétexte de la crise mondiale de 2008, celle-ci a pris la forme d'une holding d'État, Samruk-Kazina, concentrant notamment les grandes entreprises publiques des domaines de l'énergie, des communications, du transport, de la banque, que contrôlent six magnats étroitement liés au président.

Au Kazakhstan, contrairement au Tadjikistan ou à l'Ouzbékistan, nulle opposition islamiste violente remettant en cause le consensus autour du principe de laïcité de l'État n'a vu le jour, et ce, malgré une totale libéralisation de la pratique religieuse. Les mouvements d'opposition au régime n'attaquent pas tant celui-ci sur son projet politique que sur les moyens de sa mise en œuvre : la concentration du pouvoir, la corruption, une forte inégalité dans les modalités de répartition des richesses produites. Cette « modération » des critiques a empêché une radicalisation des oppositions, sur la base de l'islamisme ou du nationalisme, par exemple. L'opposition est tolérée dans la mesure où elle ne risque pas de remettre en cause la légitimité du président kazakh et ne s'attaque pas directement à ses intérêts économiques privés. Ainsi les opposants les plus crédibles et les plus pugnaces sur la question de la corruption ou du nationalisme ont été contraints à l'exil. C'est le cas d'Akidjan Kajegueldine, leader du parti d'opposition le Choix démocratique, du journaliste Sergei Duvanov, un temps emprisonné. Par ailleurs, plusieurs personnalités politiques sont mortes dans des circonstances douteuses, comme l'ancien maire d'Almaty, assassiné peu avant l'élection présidentielle de 2005. Enfin, l'exécutif, pour se maintenir, s'attire la complaisance de certains membres de ces oppositions en les nommant à des postes honorifiques, ou de pouvoir, au sein des institutions administratives et politiques.

Par ailleurs, le Parlement kazakh, aux pouvoirs largement rognés par la Constitution de 1995, est aujourd'hui contrôlé par le parti pro-gouvernemental Nur Otan. L'opposition, quasi ignorée par les médias aux ordres du pouvoir, reste désunie. Elle a été encore affaiblie à la suite des événements tragiques qui ont accompagné le mouvement de contestation sociale qui a embrasé le secteur pétrolier à la fin de l'année 2011. Dans la petite ville de Zhanaozen, des ouvriers du pétrole en grève depuis le mois de mai 2011 ont mis le feu à la mairie, le jour des festivités célébrant les vingt ans de l'indépendance du pays. Les forces de police ont violemment réprimé ces actes, faisant plusieurs dizaines de victimes selon les estimations des organisations non gouvernementales. Sourd aux revendications salariales comme aux messages politiques véhiculés par ce mouvement, le pouvoir a fustigé et encore entravé les milieux d'opposition, les rendant responsables de cette situation. Dans ce cadre, la figure présidentielle reste centrale et largement prédominante, sa légitimité dépendant de ses succès en matière de développement économique et non du jeu électoral pluraliste.

Une transition économique réussie

Aux premières années de libéralisation et d'octroi « sauvage » des marchés, qui ont vu surtout s'enrichir les cercles proches du président, a succédé une meilleure redistribution des richesses. Cette large privatisation des ressources économiques a atténué les effets pervers d'une trop forte concentration patrimoniale de l'héritage économique soviétique observée après l'indépendance, lors de la prise de contrôle des ressources minières et des plus grandes entreprises par la famille du président. Progressivement, autour des élites politiques et administratives, un groupe de petits et moyens entrepreneurs indépendants ainsi qu'une classe moyenne d'employés ont vu le jour. Ce groupe constitue aujourd'hui le principal soutien du président Nazarbaïev.

La réussite des réformes s'explique également par un effort soutenu de formation des élites. Le gouvernement a ainsi envoyé un fort contingent d'étudiants dans les universités européennes, américaines, turques et russes. Il a également accueilli des centres de formation étrangers sur son territoire. Cette politique de formation et de promotion volontariste des jeunes a permis de répondre à la demande en personnel qualifié, principalement dans le domaine de l'exploitation pétrolière, mais également dans les secteurs traditionnels des services et de l'administration.

Les élites kazakhes ont été en Asie centrale les plus promptes à investir dans le secteur privé. La présence de conseillers étrangers et de minorités allemande, juive, russe, ukrainienne, tchétchène, coréenne, ouighoure, ouvertes sur leur pays d'origine, de deux cent mille Kazakhs revenus de l'étranger (Russie, Ouzbékistan, Iran) ainsi que la proximité des espaces chinois et russe peuvent expliquer cette capacité des élites à intégrer une économie mondialisée.

La position du Kazakhstan constitue en effet un atout majeur dans son développement. De cul-de-sac de l'Union soviétique, ce pays est devenu, avec l'ouverture des frontières, une charnière entre la Russie, la Chine et les autres pays d'Asie centrale et contribue ainsi aux échanges entre ces différents espaces. Se sont ainsi développées des plaques tournantes commerciales de gros et demi-gros alimentant les pays voisins en produits chinois mais également turcs et occidentaux. La ville de Chimkent, à la frontière avec l'Ouzbékistan, est un exemple de ce dynamisme lié à l'essor du commerce.

Cette politique économique de l'État kazakh n'a pas découragé l'installation d'entrepreneurs étrangers, arrivés en nombre. Ceux-ci sont venus s'installer, malgré les risques politiques encourus, attirés par la présence d'hydrocarbures. Le secteur de la construction, dynamisé par la mise en chantier de la nouvelle capitale Astana, a également bénéficié de l'apport de capitaux. Enfin, l'apparition d'un système bancaire privé est particulièrement représentative d'un changement des mentalités, dans un contexte où les banques, soumises aux aléas des politiques économiques gouvernementales, sont encore souvent l'objet d'une grande méfiance de la part des épargnants. La privatisation des terres a, elle, favorisé l'enrichissement des paysans et la redynamisation de la filière agricole.

En revanche, durant la période de transition, la pauvreté s'est répandue dans les villes touchées par la désindustrialisation. Le contraste n'en est que plus frappant avec les zones de croissance rapide que sont les deux capitales politique, administrative et économique, Astana et Almaty et, dans une moindre mesure, les métropoles régionales et les villes proches des centres d'exploitation pétrolière. L'immensité du pays, en cela comparable à la Russie, et la vétusté des infrastructures de communication ne permettent pas un développement économique homogène à l'échelle nationale. À partir de 2007, le pays est touché par la crise financière mondiale et la croissance économique chute fortement. Le gouvernement adopte en novembre 2008 un plan de sauvetage, financé par le Fonds national du pétrole et fondé sur la holding Samruk-Kazina, pour soutenir les secteurs les plus fragilisés (banques et bâtiment). Le pays renoue avec un fort taux de croissance à partir de 2010. Son économie reste dépendante de l'exportation des matières premières (pétrole, uranium, plomb, zinc, chrome, cuivre) et des produits peu transformés. L'ampleur des revenus tirés de ce secteur s'appuie sur la multiplication des co-entreprises et des multinationales. Il pose néanmoins la question de la diversification de l'économie du pays et de sa dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers.

Une politique géostratégique multivectorielle

La politique étrangère du président kazakh consiste, tout en s'alignant sur les propositions russes en matière d'union économique et de défense (traité de sécurité collective et union douanière au sein de la C.E.I., Organisation de coopération de Shanghai, Communauté économique eurasiatique, EurAzEC [EurAsianEconomicCommonwealth]), à ouvrir son pays à d'autres formes de coopération culturelle et économique. Il s'est montré, par ailleurs, ferme vis-à-vis de Moscou sur la question du partage des fonds marins de la mer Caspienne, obtenant gain de cause avec la signature de l'accord du 6 juillet 1998 partageant en espaces nationaux les richesses minérales des fonds. Cet accord permet au Kazakhstan d'exploiter ceux-ci sans partager la production avec les autres pays riverains (ce qui aurait été le cas si la mer Caspienne était considérée comme un lac). Il a dénucléarisé son territoire (1995) après avoir signé les accords START 1 de mai 1992.

La Chine est progressivement devenue un partenaire important, car le Kazakhstan exporte depuis 2005 une partie de son pétrole vers l'est via un pipeline, et depuis 2009 du gaz par tubes. Des accords signés les 3-4 juillet 1998 ont résolu la plupart des problèmes frontaliers restés en suspens (démilitarisation, liquidation du risque de sécessionnisme ouïghour) avec ce pays tandis que subsiste la question de la gestion des ressources hydriques en amont des fleuves Ili et Irtych que la Chine s'accapare. Mais les liens avec la Russie restent fondamentaux. En effet, depuis 2010, le Kazakhstan fait partie d'une union douanière avec la Russie et la Biélorussie. Depuis le 1er janvier 2012, les trois pays forment un espace de libre circulation des hommes, des biens, des services et des capitaux (Espace économique commun). Dans le domaine sécuritaire, la Russie maintient son statut de premier partenaire grâce à une formation militaire et des exercices communs, à la location de bases d'entraînement au Kazakhstan, à sa coopération avec le complexe militaro-industriel kazakh. La place de la Russie se traduit également par les actions conjointes opérées dans le cadre de l'Organisation du traité de sécurité collective multilatérale avec d'autres États postsoviétiques, concernant le terrorisme, les dangers transnationaux et le trafic de drogue.

En outre, durant l'année 2010, le Kazakhstan a occupé la présidence tournante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (O.S.C.E.), cas unique parmi les pays de la C.E.I. et a organisé un grand sommet international dans sa récente capitale Astana. Les attentes de l'O.S.C.E. n'ont pourtant pas été satisfaites : la présidence kazakhstanaise n'a suscité aucune évolution du régime politique, notamment en matière de représentation et de liberté. L'internationalisation croissante se confirme également dans la tenue des Jeux asiatiques d'hiver en 2011, et de l'exposition internationale de 2017 pour laquelle la ville d'Astana a été retenue. La diversification des partenariats du Kazakhstan s'est confirmée en 2010 par la signature avec l'O.T.A.N. d'un accord autorisant le transit de matériel non létal à destination des troupes alliées opérant en Afghanistan. En effet, il est le seul État centrasiatique à avoir créé une force d'intervention de maintien de la paix collaborant avec l'O.T.A.N. sous mandat onusien.

La stratégie régionale du Kazakhstan vis-à-vis des autres pays d'Asie centrale s'oriente vers un partenariat privilégié avec le Kirghizstan très proche culturellement et dépendant économiquement. Avec l'Ouzbékistan, les rapports sont plus tendus, du fait de la domination kazakhe, et ne s'améliorent que dans la mesure où ce pays envisage une meilleure intégration de sa politique économique, douanière et de défense tant sur la scène régionale que face à la Russie.

(Voir également KAZAKHSTAN, chronologie contemporaine)

—  Isabelle OHAYON, Arnaud RUFFIER

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Écrit par :

  • : docteure en histoire, chargée de recherche au CNRS
  • : anthropologue, chercheur à l'Institut français d'études sur l'Asie centrale
  • : professeur émérite d'études ouraliennes et altaïques, professeur d'histoire à l'université d'Indiana, Bloomington
  • : docteur en géographie, chargé de recherche au C.N.R.S., membre de l'U.M.R. 7528 Monde iranien et indien (C.N.R.S., Sorbonne nouvelle, EPHE, INALCO)

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  • Aleksï Nilovitch KOSAREV, 
  • Oleg Konstantinovitch LEONTIEV, 
  • Lewis OWEN
  • , Universalis
  •  • 4 462 mots
  •  • 2 médias

La mer Caspienne (appelée en russe Kaspiïskoïe More , en persan Darya-ye Khazar ou Darya-ye Mazandaran ), plus grande étendue d'eau continentale au monde, est située à l'est du Caucase et à l'ouest de l'immense steppe d'Asie centrale. Son nom proviendrait des Caspi, anciennes populations scythes de la Transcaucasie, région située à l'ouest de ses côtes. Parmi ses autres appellations historique […] Lire la suite

C.E.I. (Communauté des États indépendants)

  • Écrit par 
  • Marie LAVIGNE
  •  • 3 632 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Des partenaires aux intérêts divergents engagés dans des coopérations à géométrie variable »  : […] Les pays membres de la C.E.I. présentent une grande diversité de poids économique, démographique et territorial (tableau 1) . Ils n'ont pas tous les mêmes intérêts. On distingue généralement trois groupes de pays : – Les « intégrationnistes ». C'est la Biélorussie qui va le plus loin, en acceptant, voire demandant, une union avec la Russie, effectivement consacrée en plusieurs étapes entre avril 1 […] Lire la suite

COMMUNISME - Mouvement communiste et question nationale

  • Écrit par 
  • Roland LOMME
  •  • 21 016 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « « Fusion » ou « épanouissement » des nations »  : […] Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les déplacements de populations et le nouveau tracé des frontières réduisirent considérablement l'importance numérique des minorités nationales dans les pays d'Europe de l'Est : après avoir représenté un quart de la population des États d'Europe centrale en moyenne dans l'entre-deux-guerres, elles ne constituent plus dans les années quatre-vingt que 7 p […] Lire la suite

HORDE BLANCHE

  • Écrit par 
  • Françoise AUBIN
  •  • 128 mots

Nom donné au khānat fondé dans le Kazakhstan actuel par Orda, frère de Batu et fils aîné de Jöči, lui-même le premier-né de Gengis-khān. Nominalement vassale de la Horde d'or, la Horde blanche fait peu parler d'elle jusqu'à l'époque où Tuqtamiš (Tuqtamich), son souverain (1376/77-1406/07), réunit pour un temps (1381-1395) les deux khānats sous son autorité. La majeure partie de l' ulus (peuple fo […] Lire la suite

ISLAM (Histoire) - Le monde musulman contemporain

  • Écrit par 
  • Françoise AUBIN, 
  • Olivier CARRÉ, 
  • Nathalie CLAYER, 
  • Andrée FEILLARD, 
  • Marc GABORIEAU, 
  • Altan GOKALP, 
  • Denys LOMBARD, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Alexandre POPOVIC, 
  • Catherine POUJOL, 
  • Jean-Louis TRIAUD
  • , Universalis
  •  • 31 428 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « L'ère postsoviétique »  : […] Contrairement à ce qui avait été avancé, les musulmans de l'U.R.S.S. n'ont pas provoqué la désintégration du pouvoir soviétique. Lors du référendum de mars 1991, les républiques d'Asie centrale ont voté à 90 p. 100 leur maintien dans le nouveau pacte de l'Union proposé par Mikhaïl Gorbatchev. La première forme de politisation de l'islam en U.R.S.S. a été celle d'un parti pan-soviétique créé en ju […] Lire la suite

KOURGANES - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Huguette MEUNIER
  •  • 957 mots

vi e  siècle avant notre ère Kourgane de Kelermès (Kouban) découvert en 1903. La célèbre panthère d'or abrite, sous ses pattes et tout au long de sa queue, dix petites panthères roulées en boule. C'est un des motifs récurrents de l'art scythe. v e  siècle avant notre ère Kourgane d'Ouliap (Kouban). L'influence ionienne se marque dans la complexité plus grande des sujets et l'apparition de scènes […] Lire la suite

NOURSOULTAN, anc. ASTANA

  • Écrit par 
  • Julien THOREZ
  • , Universalis
  •  • 788 mots
  •  • 1 média

Située dans le centre-nord du pays, où règne un climat continental rude, Noursoultan (anciennement Akmolinsk, Tselinograd [1961-1992], Akmola [1992-1998] puis Astana [1998-2019]) remplace depuis 1998 Almaty, qui est localisée sur le piémont du Tianshan à proximité de la frontière chinoise, comme capitale du Kazakhstan. Ce transfert du pouvoir, décidé par le président Noursoultan Nazarbaïev en 1 […] Lire la suite

NOUVELLES ROUTES DE LA SOIE

  • Écrit par 
  • Nashidil ROUIAÏ
  •  • 4 916 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le socle financier officieux des Nouvelles Routes de la soie »  : […] Au-delà des organisations internationales et régionales au sein desquelles la Chine a accru son rôle depuis la fin des années 1990, la République populaire a constitué sous Xi Jinping ses propres réseaux pour promouvoir son développement économique et celui du continent asiatique. Son objectif est non seulement de s’imposer comme le leader incontesté dans la région, mais également de diversifier s […] Lire la suite

OB ou OBI

  • Écrit par 
  • Liliya Konstantinovna MALIK, 
  • Philip P. MICKLIN, 
  • Lewis OWEN
  •  • 2 770 mots

Dans le chapitre « Peuplement et économie »  : […] Si des peuples paléoasiatiques vivent dans le bassin de l'Ob depuis des millénaires, les explorateurs et les pionniers russes ne le pénètrent qu'à la fin du xvi e  siècle. Sous le règne d'Ivan IV le Terrible, le héros du peuple cosaque, Iermak, mène une expédition dans la région de 1581 à 1584-1585 pour élargir le territoire du tsar. Plusieurs villages et places fortes sont alors établis à Tioumen […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

6-29 novembre 2019 • Belgique - Kazakhstan • Polémique autour d’une demande d’entraide judiciaire émanant du Kazakhstan.

Le 6, le ministre belge de la Justice Koen Geens s’exprime devant la Chambre au sujet de l’affaire Jardemalie. En octobre, la police belge, accompagnée de deux agents kazakhs, a perquisitionné le domicile bruxellois de l’avocate et opposante kazakhe Botagoz Jardemalie, réfugiée politique dans le pays depuis octobre 2013. Koen Geens confirme que cette opération a été menée dans le cadre d’une deman [...] Lire la suite

19 août 2019 • Syrie - Allemagne • Remise d’enfants de djihadistes à Berlin.

Les autorités kurdes de Syrie remettent à Berlin quatre enfants orphelins de combattants allemands de l’organisation État islamique. Il s’agit de la première opération de ce type en direction de l’Allemagne. En mars et juin, des enfants ont été rapatriés en France, et en juin en Belgique. L’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kosovo ont également rapatrié plusieurs dizaines de leurs ressortissants.  [...] Lire la suite

9 juin 2019 • Kazakhstan • Élection à la présidence de Kassym-Jomart Tokaïev.

L’ancien président du Sénat Kassym-Jomart Tokaïev est élu président avec 71 p. 100 des suffrages. À la tête de l’État depuis la démission de Noursoultan Nazarbaïev en mars, il avait décidé en avril de convoquer une élection présidentielle anticipée, plutôt que d’achever le mandat de son prédécesseur. Son principal adversaire, Amirzhan Kosanov, obtient 16,2 p. 100 des voix. Le taux de participation [...] Lire la suite

19-20 mars 2019 • Kazakhstan • Démission du président Noursoultan Nazarbaïev.

Le 19, le président Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis 1989, annonce sa démission. Le président du Sénat Kassym-Jomart Tokaïev est chargé d’assurer l’intérim jusqu’à la convocation d’élections dont la date n’est pas précisée. Le poste à vie dont dispose Noursoultan Nazarbaïev au sein du puissant Conseil de sécurité, ainsi que la direction du parti Nour Otan, au pouvoir, qu’il conserve, et s [...] Lire la suite

12 août 2018 • Russie - Iran • Convention sur le statut de la mer Caspienne.

Les dirigeants des cinq États riverains de la mer Caspienne — la Russie, l’Iran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan — signent une convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, à Aktaou, au Kazakhstan. De 1940 à 1991, celle-ci était gérée conjointement par l’URSS et l’Iran [...] Lire la suite

26 avril 2018 • Belgique • Adoption du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le « Kazakhgate ».

financière, qui a profité à trois hommes d’affaires implantés au Kazakhstan, servant les intérêts commerciaux de l’État français. Le rapport attribue au milieu des diamantaires anversois l’origine du lobbying en faveur de l’extension de la transaction pénale. Il reproche à l’ancien président [...] Lire la suite

3-30 janvier 2018 • Syrie • Offensives de Damas et d’Ankara contre les rebelles.

, dans le nord-ouest du pays, par les forces syriennes aidées par l’Iran et la Russie, contre l’ex-Front al-Nosra, noyau dur de Tahrir al-Cham. La Turquie estime que cette offensive viole l’accord conclu en mai 2017 à Astana (Kazakhstan) par Ankara, Téhéran et Moscou, qui prévoyait la création de zones [...] Lire la suite

9-21 novembre 2017 • Russie • Détection d’un rejet de ruthénium 106 en Europe.

que « la zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural » et que celui-ci provient d’« installations du cycle du combustible nucléaire ou de fabrication de sources radioactives ». La Russie, comme le Kazakhstan, niera dans les jours suivants être à l’origine de ce rejet. Le 20, l’agence [...] Lire la suite

13-26 octobre 2017 • Syrie • Reconquête de Raqqa.

. La région d’Idlib doit constituer la quatrième des « zones de désescalade » programmées en mai lors des pourparlers sur la paix en Syrie que mènent la Russie, la Turquie et l’Iran à Astana (Kazakhstan). L’un des objectifs des forces turques est d’empêcher les forces kurdes de progresser vers Idlib [...] Lire la suite

Pour citer l’article

Isabelle OHAYON, Arnaud RUFFIER, Denis SINOR, Julien THOREZ, « KAZAKHSTAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/kazakhstan/