JEUX OLYMPIQUES, Grèce antique

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Des athlètes prestigieux... et professionnels

Comme de nos jours, vaincre aux jeux Olympiques procure la gloire et la renommée, laquelle rejaillit sur la cité. La liste des olympionike est longue, mais certains noms restent gravés dans l'histoire. Coroebos (ou Koroïbos), vainqueur de la course du stade en 776 avant J.-C., demeure le premier olympionike dont le nom nous soit parvenu ; Akhantos de Sparte gagne en 720 avant J.-C. le premier dolichos olympique ; Lampis de Laconie connaît l'honneur, en 708 avant J.-C., de remporter la première édition du pentathle ; Onomastos de Smyrne est, en 688 avant J.-C., le premier lauréat du pugilat... Durant les deux premiers siècles des Jeux, les athlètes de Sparte se montrent particulièrement brillants : de 776 à 576 avant J.-C., les Spartiates auraient remporté quarante-six des quatre-vingt-un concours olympiques. Parmi ces champions spartiates, le rapide Chionis sort du lot : de 668 à 656 avant J.-C., il gagne quatre fois consécutivement la course du stade.

Au vie siècle avant J.-C., Crotone, une petite cité de Calabre fondée depuis moins d'un siècle par les Achéens, connaît un rayonnement soudain. Certes, son port est magnifique, sa flotte nombreuse, son climat doux, une bonne gestion lui apporte la richesse, mais tout cela n'est rien : les exploits de ses concurrents aux jeux Olympiques lui valent sa renommée. Ses champions se distinguent notamment dans la prestigieuse course du stade : Glaukias (588), Lykinos (584), Hippostratos (564, 560), Diognetos (548), Ischomachos (508, 504), Tisikrates (496, 492), Astylos (488, 484, 480), qui s'adjuge aussi trois fois le diaulos, sont olympionike. Mais le plus prestigieux de tous ces champions est le lutteur Milon. Né en 557 avant J.-C., vainqueur dans la catégorie des « juniors » en 540, il l'emporte sans discontinuer de 532 à 516, s'adjugeant donc cinq titres olympiques ; Milon conquiert aussi neuf couronnes à Némée, six à Isthme et cinq à Delphes, il est sacré six fois « périodonique » (il faut remporter les quatre concours majeurs de l'olympiade, c'est-à-dire les jeux Olympiques, les jeux Isthmiques, les jeux Pythiques et les jeux Néméens, pour se voir sacré « périodonique »). Pindare lui consacre une ode qui se conclut ainsi : « S'il ne lui fut pas possible de s'élever jusqu'aux cieux couleur de cendre, ses victoires à Olympie et dans les autres Jeux sacrés lui valurent toute la célébrité que nous, simples mortels, pouvons désirer et tout le bonheur qu'il nous est permis d'espérer. » Milon ne baisse pavillon qu'en 512, vaincu par un autre concurrent de Crotone, Timasitheos. Une seconde cité de Calabre, Locres, voit l'un de ses champions se distinguer aux jeux Olympiques : Euthymos remporte le pugilat en 484, 476 et 472.

Théagène de Thasos est l'un des rares adeptes des sports de combat à briller par son éclectisme : il remporte le pugilat en 480 et le pancrace en 476 ; on lui attribue mille deux cents victoires dans divers thematikoi. Diagoras de Rhodes est un pugiliste novateur : alors que la stratégie habituelle consiste à esquiver les coups, il ne cherche à en éviter aucun et se rue en permanence sur son adversaire ; il est olympionike en 464 avant J.-C. ; Pindare lui consacre sa septième Olympique. Crison d'Himère remporte trois fois consécutivement la course du stade (448, 444, 440).

Le triomphe de l'équipage d'Alcibiade dans la course de quadriges en 420 avant J.-C. revêt une tout autre teneur, et il n'est pas sans évoquer les relations étroites qu'olympisme et politique entretiendront durant les Jeux modernes : Alcibiade impressionne ses contemporains en engageant sept chars, dont trois se classent dans les quatre premières places, ce qui lui permet de revendiquer auprès des Athéniens le commandement de l'expédition de Sicile. Les succès de Kyniska dans la course de quadriges en 396 et 392 avant J.-C. présentent eux aussi une singularité : Kyniska est la fille du roi de Sparte Archidamos et devient la première femme dont le nom est inscrit sur la liste des olympionike.

Le combat entre les pugilistes Cleitomachos de Thèbes et Aristonicos aux jeux Olympiques en 216 avant J.-C. offre quant à lui un bon exemple de l'instrumentalisation du sport au service de l'État et du chauvinisme – deux maux bien ancrés dans nos Jeux modernes. Cleitomachos passe pour être invincible au pugilat et sa renommée est considérable. Ptolémée, roi d'Égypte, souhaite qu'un combattant de son pays parvienne à mettre fin à la suprématie de Cleitomachos, ce qui lui vaudrait un grand prestige. Il soumet Aristonicos, un pugiliste doué, à un entraînement intensif en vue des jeux Olympiques. Les sympathies du public d'Olympie, ravi de voir un pugiliste capable de défier Cleitomachos, vont à Aristonicos, follement encouragé. Aristonicos résiste à son prestigieux rival, les grondements de la foule s'amplifient. Surpris, Cleitomachos se tourne vers l'assistance et demande aux spectateurs pourquoi ils soutiennent Aristonicos avec tant d'ardeur : le public ignorerait-il que lui combat pour la gloire des Grecs alors qu'Aristonicos boxe pour la renommée du roi Ptolémée ? Effectivement, la foule ignorait ce fait. Les paroles du champion « grec » provoquent un revirement total des spectateurs, qui huent dès lors « l'Égyptien ». Cleitomachos retrouve ses forces, Aristonicos perd sa vigueur et est vaincu.

Léonidas de Rhodes, quadruple vainqueur (164-152) de la course du stade, du diaulos et de la course en armes, est quant à lui l'ancêtre de tous les sprinters. Au début de notre ère, Mélagomos de Carie (Asie Mineure) est un redoutable pugiliste : olympionike en 49 après J.-C., il se montre capable de tenir 2 heures sans baisser la garde et connaît une renommée telle que ses adversaires préfèrent la plupart du temps déclarer forfait. Hermogène de Xanthe remporte deux fois la course du stade (81, 89), trois fois le diaulos et la course en armes (81, 85, 89). Titus Flavius Archibius d'Alexandrie gagne le pancrace en 101 et en 105...

Pour tous ces athlètes, la couronne d'olivier est certes une prestigieuse récompense. Mais, d'une part, les champions ne s'en contentent pas, de l'autre, ils sont soutenus financièrement par leur cité, ce qui fait d'eux des « professionnels », au sens moderne du terme. Ainsi, en 580 avant J.-C., le législateur athénien Solon limite à 500 drachmes la somme que recevra chaque olympionike. Cette loi a un double objectif : il s'agit à la fois de lutter contre la surenchère (les athlètes n'hésitent pas à monnayer leur talent, quitte à représenter une cité qui n'est pas la leur, à l'image des « naturalisations » de notre époque qui permettent à moult concurrents originaires du [...]

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Vestiges d'Olympie

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Course de chars, vase grec
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lanceurs de javelot à la palestre

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Statue de Zeus à Olympie, gravure

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES, Grèce antique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-grece-antique/