ISPAHAN

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La capitale séfévide

L'Ispahan de Chāh Abbās Ier s'est développée au sud-ouest de la vieille ville, suivant un plan simple et grandiose qui préfigurait l'urbanisme moderne et fit l'admiration des Européens du xviie siècle, encore ignorants des vastes ordonnances et des larges percées.

Le cœur en était le Maydān-e Chāh (la place du Roi), régularisé en 1611 et entouré de bâtiments à arcades uniformes ; ses dimensions étaient calculées pour servir de terrain de polo (512 m sur 159 m). Au nord s'ouvrait par un porche monumental le bazar, qui reste un des plus beaux de l'Orient ; à côté, la galerie du Naqqārè-Khānè où des orchestres se produisaient le soir. Au sud-est de la place, Chāh Abbās Ier fit élever la petite et ravissante mosquée de Cheykh Lotfollah, revêtue extérieurement et intérieurement de céramiques aux tons rares, composant des arabesques exquises. Cet ensemble a été inscrit au patrimoine mondial de l'U.N.E.S.C.O. en 1979.

Coupole de la mosquée du Shah, Ispahan

Photographie : Coupole de la mosquée du Shah, Ispahan

Décor d'arabesques en carreaux de céramique émaillée de la coupole de la mosquée du Shah et de deux minarets cylindriques. Ensemble construit par Shah Abbas Ier (1588-1629) entre 1611 et 1628 et achevé par son successeur Shah Safi (1629-1642). Art séfévide. Ispahan, Iran. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

La mosquée de Cheykh Lotfollah n'était pas terminée que Chāh Abbās mettait en chantier sur la face sud une mosquée d'apparat beaucoup plus spacieuse, la mosquée du Roi (Masdjed-e Chāh). À l'exception du porche d'entrée, qui fait pendant à celui du bazar, cette mosquée, qui comporte une cour intérieure à quatre iwân, est d'une décoration moins soignée que la mosquée de Lotfollah ; elle fut terminée en dix-huit ans, l'année même de la mort du souverain (1629), mais ici comme dans d'autres constructions de Chāh Abbās, la rapidité de l'exécution compromit la pérennité de l'édifice, et de sérieux problèmes de conservation ou de restauration se sont posés. La coupole du Masdjed-e Chāh culmine à cinquante-deux mètres, élégant bulbe revêtu de faïences vernissées (kâchi) du bleu turquoise caractéristique de l'ornementation architecturale iranienne.

Face à la mosquée de Cheykh Lotfollah se dresse le Ali Qapou, la haute porte, pavillon qui était en fait l'entrée des palais et jardins royaux, mais où se trouvaient aussi les bureaux de l'administration et où se tenaient les audiences officielles. Cet édifice altier s'ouvre sur la grand-place par une haute terrasse couverte, dont le toit de marqueterie est soutenu par dix-huit fines colonnes de bois ; la salle du trône, ornée de peintures du règne de Chāh Abbās II, donne sur cette terrasse. La partie postérieure du bâtiment compte de nombreuses pièces, réparties sur six étages, dont beaucoup ont gardé leurs peintures murales d'époque (décor naturaliste : oiseaux, gazelles, fleurs, vases graciles, etc.) ; la « salle de musique » est particulièrement remarquable par ses cloisonnements de stuc découpé, destinés à améliorer l'acoustique.

Dans l'enceinte royale, Chāh Abbās II (1642-1667) bâtit le pavillon de plaisance et de réception connu sous le nom de Tchehel Sotoun (Quarante Colonnes), dont les vingt piliers se reflètent dans une pièce d'eau rectangulaire ; la salle intérieure est ornée de fresques historiées, dont deux datent de la fin du xviiie siècle.

À l'ouest, l'enceinte royale était limitée par la fameuse avenue de Tchahār-Bāgh (les Quatre Jardins), dont un canal d'eau vive occupait jadis le centre, et qui conduit droit au Zâyandèroud, au-delà duquel s'étendaient d'autres parcs royaux. Le long de cette avenue bordée de platanes furent construits divers édifices, simples kiosques ou petits palais, tel celui de Hech Behecht (les Huit Paradis), ou lieux publics, tel le collège de la Mère du roi (Madrassè-yè mādar-e chāh), qui date du début du xviiie siècle, et le caravansérail attenant (transformé aujourd'hui en hôtel de luxe).

Résidence royale, Ispahan fut également au xviie siècle un point de pénétration des influences occidentales, grâce à la présence d'une communauté européenne cosmopolite, gravitant autour des comptoirs des diverses compagnies des Indes et des couvents fondés par plusieurs ordres religieux catholiques, ainsi qu'en raison des contacts que la colonie arménienne de Djolfa entretenait elle-même avec l'Europe. Cette présence européenne n'exerça qu'un rayonnement intellectuel limité : l'opinion publique bridait étroitement le prosélytisme des missionnaires, bien qu'ils fussent souvent, à titre personnel, des familiers de la cour, dont leurs talents et leurs connaissances techniques leur ouvraient l'accès. C'est dans la peinture séfévide qu'on retrouve le mieux les traces d'influences occidentales.

Ligotée par une religiosité de plus en plus intolérante, minée par une [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Médias de l’article

Iran : carte administrative

Iran : carte administrative
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Mosquée de Yazd

Mosquée de Yazd
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Coupole de la mosquée du Shah, Ispahan

Coupole de la mosquée du Shah, Ispahan
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Autres références

«  ISPAHAN  » est également traité dans :

MOSQUÉE DU SHĀH, Ispahan (Iran)

  • Écrit par 
  • Marianne BARRUCAND
  •  • 294 mots
  •  • 1 média

Édifiée par Shāh 'Abbās le Grand entre 1611 et 1628, et achevée sous le règne de son successeur Shāh Safi vers 1630 (les lambris de marbre ayant été définitivement installés en 1638 seulement), cette mosquée constitue l'élément majeur du Maydān-i Shāh, la place monumentale (512 mètres × 159 mètres) de l'Isfahan (Ispahan) safavide. Symbole de pouvoir à la foi […] Lire la suite

ARCHITECTURE SÉFÉVIDE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Marianne BARRUCAND
  •  • 451 mots

1501 Shāh Isma'il prend le pouvoir en Azerbaïdjan et fonde la dynastie séfévide, qui prétend descendre de Shaykh Safī al-Dīn (1234-1252), fondateur d'un ordre de derviches à Ardabil. La nouvelle dynastie appartient au shī'isme duodécimain qui devient dès lors religion d'État et qui contribue à créer un sentiment national encore vivace aujourd'hui. Tabriz devient la capitale du nouvel État. 1514 […] Lire la suite

BAZAR

  • Écrit par 
  • Marianne BARRUCAND
  •  • 3 368 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Les caractéristiques du bazar »  : […] Sur le plan architectural le bazar juxtapose aujourd'hui, dans une mosaïque dense, des ruelles bordées d'échoppes pour le commerce de détail et l'artisanat, des khāns pour le commerce de gros, le commerce extérieur et la petite industrie, des halles pour le commerce de gros, le dépôt et la vente des marchandises de valeur, et enfin des places à ciel ouvert dévolues à des fonctions variées. Partou […] Lire la suite

ÉVOLUTION DE LA VILLE ISLAMIQUE

  • Écrit par 
  • Janine SOURDEL
  •  • 3 967 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Villes fortifiées du monde islamique morcelé »  : […] Mais bientôt, de la désagrégation de ces capitales d'empire et du morcellement du monde islamique lui-même, un autre type de ville naquit, sensiblement différent de la métropole abbasside et plus proche de la ville féodale de l'Europe occidentale. Son essor ne se limite pas aux régions syriennes, mais il est tentant d'aller en chercher les exemples dans une province relativement bien étudiée. Là e […] Lire la suite

ISLAM (La civilisation islamique) - L'art et l'architecture

  • Écrit par 
  • Marianne BARRUCAND
  •  • 16 022 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « L'art des empires des XVIe-XVIIe siècles »  : […] Au début de l'« ère moderne » (mais cette notion n'a guère de sens dans le contexte islamique), trois empires dominent la scène islamique. Les Ottomans, depuis leurs capitales successives, exportent leur art – un art de cour – jusque dans les provinces les plus lointaines ; les Séfévides érigent un premier État national iranien dont l'art est largement tributaire de celui des Timourides et des Il […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

7-13 avril 2021 Iran – Israël. Attentat contre le centre d'enrichissement de l'uranium de Natanz.

Le 11, un sabotage attribué à Israël affecte la centrale d’enrichissement de l’uranium de Natanz, au nord d’Ispahan. L’étendue des dégâts n’est pas précisée. Divers officiels israéliens revendiquent anonymement l’opération dans la presse, rompant avec la « doctrine d’opacité » que l’État hébreu a longtemps appliquée à ce type d’opérations. Le 13, Téhéran annonce le lancement du processus d’enrichissement à 60 % de son uranium, contre 20 % jusque-là. […] Lire la suite

5-18 mai 2010 France – Iran. Libération de Clotilde Reiss

Lectrice à l'université d'Ispahan, elle avait été arrêtée en juillet 2009 pour avoir transmis des informations à l'ambassade de France à Téhéran à la suite des manifestations qui dénonçaient, un mois plus tôt, les conditions de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. En août 2009, la jeune Française avait été libérée sous caution et assignée à résidence à l'ambassade de France. […] Lire la suite

7-30 décembre 2009 Iran. Radicalisation de la contestation face à la répression gouvernementale

Le 23, à Ispahan et Najafabad, plusieurs personnes sont blessées lors d'affrontements avec la police qui tentait de les empêcher de rendre un dernier hommage à l'ayatollah Montazeri, dans une mosquée. Une cinquantaine de personnes sont arrêtées. Les 26 et 27, la traditionnelle fête religieuse du deuil chiite de l'Achoura est marquée par de violents affrontements entre les dizaines de milliers de manifestants descendus dans les rues de Téhéran et des grandes villes (Chiraz, Ispahan, Qasvin, Qom, Tabriz) et les forces de police. […] Lire la suite

16-30 novembre 2009 Iran. Condamnation de l'Iran par l'A.I.E.A.

Le 23, Téhéran procède à des manœuvres militaires autour de ses sites nucléaires de Bushehr, d'Ispahan et de Qom. Le 27, le Conseil des gouverneurs de l'A.I.E.A. adopte une résolution – la première contre l'Iran depuis février 2006 – demandant la « suspension immédiate » de la construction du site nucléaire près de Qom, des explications sur sa finalité et l'assurance qu'aucun autre site nucléaire n'a été dissimulé. […] Lire la suite

1er-30 juillet 2009 Iran. Poursuite de la contestation contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad

Le 6, le Quai d'Orsay annonce qu'une jeune Française, Clotilde Reiss, lectrice de français depuis cinq mois à l'université d'Ispahan, est détenue par les autorités iraniennes depuis le 1er juillet, accusée d'espionnage. Le 9, plusieurs centaines de personnes, bravant l'interdiction gouvernementale de manifester, se rassemblent près de la place de la Révolution à Téhéran, ainsi que dans plusieurs grandes villes, pour commémorer le soulèvement étudiant durement réprimé de juillet 1999. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean AUBIN, « ISPAHAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ispahan/