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INTERACTION, sciences humaines

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« L'idée d'interaction n'est pas une notion de sens commun », écrivaient Park et Burgess en 1907, dans leur Introduction à la science de la sociologie ; « elle représente l'aboutissement d'une réflexion longuement développée par les êtres humains, dans leur inlassable effort pour résoudre l'antique paradoxe de l'unité dans la diversité, de l'un et du multiple, pour trouver loi et ordre dans le chaos apparent des changements physiques et des événements sociaux – et pour découvrir ainsi des explications au comportement de l'univers, de la société et de l'homme ».

Plus précisément, les deux auteurs, considérés comme les pionniers de l'application du concept d'interaction aux relations sociales, et dont l'influence a été décisive sur le développement de la psychosociologie et de la sociologie américaines, empruntent aux Fondations of Knowledge de Ormond la description ou mieux le modèle d'une construction de l'interaction sociale à partir de l'interaction physique.

« Ormond, écrivent les auteurs de l'Introduction, donne une lumineuse analyse de l'interaction en tant que concept pouvant s'appliquer également au comportement des objets physiques et des personnes. » Suit une longue citation : « La notion d'interaction n'est pas simple mais très complexe. La notion n'implique pas seulement l'idée pure et simple de collision et de rebondissement, mais quelque chose de bien plus profond, à savoir la modificabilité interne des agents de la collision. Prenons en exemple le cas le plus simple possible, celui d'une boule de billard qui en frappe une autre. Nous disons que l'impact d'une boule contre une autre communique du mouvement, de telle sorte que la boule frappée passe d'un état de repos à un état de mouvement, tandis que la boule frappante a éprouvé un changement de caractère opposé. Mais rien n'est expliqué par ce compte rendu, car si rien ne se produit sinon la communication du mouvement, pourquoi ne passe-t-il pas dans la boule frappée et laisse son état sans changement ? [...] Cependant, le cas des boules de billard est l'un des cas les plus simples d'interaction. La situation n'est pas concevable si nous ne supposons pas la modificabilité interne des agents, et cela signifie que ces agents sont capables en quelque mesure de recevoir intérieurement les impulsions qui leur viennent de l'extérieur, sous forme de mouvement et d'activité, et d'y réagir. La forme la plus simple d'interaction, donc, implique la supposition de points-sujets internes (internal subject-points) ou leurs analogues dont les impulsions sont reçues et qui leur répondent. »

Sources kantiennes, épistémologie comparée et genèse phénoménologique

Ainsi que le soulignent encore Park et Burgess, c'est de la Critique de la raison pure, rompant avec le système leibnizien des monades, que la notion d'interaction a reçu ses lettres de noblesse. « Le concept d'interaction universelle, écrivent les auteurs, a été formulé en premier par la philosophie. Kant rangeait la communauté ou la réciprocité parmi les catégories dynamiques. Dans la théorie de Herbart d'un monde d'individus coexistant, la notion d'action réciproque était centrale. La contribution propre de Lotze a consisté à reconnaître que l'interaction des parties implique l'unité du tout puisque l'action externe implique des changements internes dans les objets en interaction. Ormond, dans son ouvrage Les Fondements de la connaissance , complète une conception philosophique en y incluant une conclusion basée sur la psychologie sociale. »

Rappelons cependant que la troisième analogie de l'expérience, destinée par Kant à doter d'un fondement a priori les principes de Newton, diffère selon les éditions[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire de philosophie à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer cet article

Pierre KAUFMANN. INTERACTION, sciences humaines [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

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Michael Faraday - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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