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GENETTE GÉRARD (1930-2018)

Gérard Genette - crédits : Ulf Andersen/ Gamma-Rapho/ Getty Images

Gérard Genette

Né le 7 juin 1930 à Paris, Gérard Genette appartient à cette génération de chercheurs qui, dans les années 1960-1970, ont profondément bousculé les inerties de la pensée critique en introduisant dans l'étude littéraire des exigences inédites de systématicité et d'élucidation notionnelle. Mais son œuvre propre – la poétique – née dans la mouvance du structuralisme s'est vite dotée d'une autonomie et d'une capacité de renouvellement qui lui ont permis d'échapper au déclin subi par la plupart des théories critiques apparues à cette époque.

Ancien élève de l'École normale supérieure (1951-1955), agrégé de lettres, Gérard Genette a d'abord enseigné comme professeur d'hypokhâgne au Mans puis comme assistant de littérature française à la Sorbonne ; mais l'essentiel de sa carrière universitaire s'est déroulé à Paris, où il a été maître de conférences puis directeur d'études à l'École des hautes études (1967-1994), et aux États-Unis, notamment comme visitingprofessor à l'université de New York (depuis 1971). Parallèlement à son enseignement et à ses recherches, il s'est consacré à la diffusion de la pensée critique contemporaine en fondant avec Tzvetan Todorov, aux éditions du Seuil, la revue Poétique et la collection d'essais du même nom.

Remarquée dès la première publication (Figures, Seuil, 1966), l'œuvre critique de Gérard Genette s'est rapidement imposée par sa dimension résolument typologique et terminologique qui, à chacune de ses étapes, a fourni aux études littéraires (notamment pour le domaine narratif, l'étude des genres, les questions d'esthétique générale, etc.) les notions, définitions et termes indispensables à une véritable clarification. Mais l'investigation de Genette se caractérise aussi par la surprenante étendue de ses corpus de référence et par sa constante faculté d'innovation : une curiosité critique qui a souvent permis de révéler l'existence de phénomènes et de questions restés jusque-là inaperçus dans notre lecture des textes et des œuvres d'art.

L'approche sémiotique et poétique du phénomène littéraire

Présentées comme les trois moments d'une réflexion, Figures I (1966), Figures II (1969) et Figures III (1972) constituent un ensemble critique complexe. En s'interrogeant sur le texte conçu comme « réserve de formes qui attendent leur sens », Genette interprète les œuvres de manière singulièrement novatrice tout en analysant les conditions mêmes du travail critique : qu'est-ce que donner un sens à ce qui, dans l'œuvre, n'était encore que signe ? Qu'est-ce que fixer en texte « ce vertige qu'est la lecture » ? Le point de départ est sémiotique mais, très vite, l'approche construit sa propre voie, et, à côté d'une référence fréquente à Bachelard, les lectures de Genette accordent une place importante à la poétiquebaroque qui lui sert de modèle pour identifier dans son étrangeté ce territoire particulier du langage, « cet écart dans l'écart » nommé littérature. Avec Figures, la recherche de Genette pose le principe d'une exploration de grande envergure portant sur cinq siècles de littérature et abordant des œuvres ou des auteurs aussi différents que Saint-Amant, Proust, Robbe-Grillet, Mallarmé, Barthes, Flaubert, Sponde, Valéry, Borges, Montaigne, L'Astrée, et des questions aussi variées que structuralisme et critique littéraire, ou figures de rhétorique. Dans Figures II, la recherche s'oriente vers l'étude de vastes problématiques : la critique, la rhétorique, l'espace, les frontières du récit (où Genette construit les distinctions notionnelles entre diégésis et mimésis, narration et description, récit et discours), vraisemblance et motivation (sur[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de l'Université, docteur en sémiologie, chargé de recherche au CNRS, directeur adjoint de l'Institut des textes et manuscrits modernes

Classification

Pour citer cet article

Pierre-Marc de BIASI. GENETTE GÉRARD (1930-2018) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 09/07/2018

Média

Gérard Genette - crédits : Ulf Andersen/ Gamma-Rapho/ Getty Images

Gérard Genette

Autres références

  • APOSTILLE (G. Genette) - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 842 mots

    Troisième dictionnaire de l'auteur, publié après Bardadrac (2006) et Codicille (2009), Apostille (Seuil, 2012) poursuit pour le plus grand plaisir de ses lecteurs l'aventure de ce qu'on pourrait caractériser comme une gaie science autobiographique. Le conseil de lecture – réitéré par l'auteur...

  • BARDADRAC (G. Genette) - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 921 mots
    • 1 média

    Pour ses plus fidèles lecteurs, le gai savoir de Gérard Genette ne fait aucun doute. Pour ceux qui se limitent à une approche plus superficielle, le nom de l'auteur résume au mieux un certain aboutissement du structuralisme en littérature et au pire une conception désincarnée du fait littéraire comme...

  • CODICILLE (G. Genette) - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 941 mots

    L'écriture de Gérard Genette obéit au plus simple des principes : chaque livre est issu du précédent. Cette vérité se laisse observer dès la publication des premiers essais critiques (Figures I et II), et pour les grandes enquêtes de poétique (Mimologiques, Palimpsestes, Seuils) et a...

  • GENRES LITTÉRAIRES, notion de

    • Écrit par
    • 1 847 mots
    ...suppression du narratif pur (le narratif étant chez lui assimilé au régime mixte de l'épopée), et, comme on le sait, par sa réhabilitation de l'imitation. Il revient, au xxe siècle, à Gérard Genette d'avoir mis en évidence le silence d'Aristote – comme de Platon d'ailleurs – sur la poésie lyrique, qui...
  • AUTOFICTION

    • Écrit par
    • 2 426 mots
    • 2 médias
    Dans Fiction et diction (1992),Gérard Genette semble avoir négligé une troisième voie qui correspondrait à l'autobiographie. Celle-ci ne peut être intégrée à la diction, puisque Genette y voit, en accord avec Goethe, une accentuation du signifiant qui la rapproche de la poésie. On pourrait...
  • CRITIQUE LITTÉRAIRE

    • Écrit par et
    • 12 918 mots
    • 4 médias
    ...Débat (no 29) les deux principaux tenants de courants supposément adverses, sinon irréductibles : Marc Fumaroli pour l'histoire littéraire et Gérard Genette pour la poétique. L'accord majeur s'effectuait autour de la notion d'histoire. Celle-ci n’était nullement récusée par Genette : conçue...
  • DIÉGÈSE, poétique

    • Écrit par
    • 174 mots

    « La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit » (Gérard Genette, Figures III). Dans la terminologie propre à la narratologie, il s'est avéré utile de distinguer le contenu du récit, l'histoire et l'acte par lequel le récit « se narre ». En effet, cette...

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