GERSHWIN GEORGE

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Les œuvres et la personnalité de George Gershwin témoignent de ce que furent les années folles d'un peuple qui a perdu à jamais son regard d'enfant. Il serait donc vain de chercher à savoir si le compositeur a « fait école ». En réalité, il incarne une certaine réussite « made in U.S.A. » de la première moitié du xxe siècle, ses compositions musicales sont autant de bandes sonores illustrant le monde dans lequel il vécut : de la conquête de Cuba aux prémices de la Seconde Guerre mondiale, en passant par les rampes de Broadway et les projecteurs d'Hollywood.

George Gershwin

Photographie : George Gershwin

Le compositeur américain George Gershwin (1898-1937) au piano en 1925. 

Crédits : Evening Standard/ Hulton Archive/ Getty Images

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De la célèbre Rhapsody in Blue à Porgy and Bess, du Concerto en fa à Un Américain à Paris, Gershwin est un compositeur classique, n'en déplaise à quelques musicologues grincheux. Mais il a commis le crime, impardonnable aux yeux de certains, de composer des centaines de chansons à succès, et de produire des dizaines de revues musicales et de films qui firent courir un public populaire. Il vécut libre, riche, heureux. Sa mort, aussi tragique qu'absurde, ressemble à celle d'un héros de Francis Scott Fitzgerald.

Jacob Gershovitz est né le 26 septembre 1898 à Brooklyn, de parents juifs russes fraîchement émigrés de Saint-Pétersbourg. Il est élevé dans le ghetto new-yorkais du Lower East Side, dans le grouillement passionné de vies que l'on recommence. Champion de patin à roulettes, excellent joueur de base-ball, cancre et chahuteur en classe, son éducation se fait dans la rue. Dès l'âge de six ans, on l'aperçoit, bien loin de chez lui, du côté de la 125e Rue, écoutant avec passion les premiers airs du jazz et du ragtime. Il apprend les rudiments du piano sur un vieil instrument acheté pour son frère Ira, l'intellectuel de la famille. Il mêle Chopin, Liszt, Rubinstein, Debussy, Wagner et Scott Joplin, passe ses soirées aux concerts les plus variés. À l'âge de seize ans, il informe sa mère qu'il a trouvé un poste de « démonstrateur de chansons » chez un éditeur de Tin Pan Alley, quartier de Manhattan où surgit la pop musique. Il y restera un an, faisant la connaissance des futurs rois du « show-biz », comme son excellent ami Fred Astaire. Il idolâtre le compositeur Jerome Kern (Show Boat) et Irving Berlin (Alexander's Ragtime Band). Et, en 1919, la chance survient : Al Jolson, célèbre chanteur, s'empare de Swanee, qu'il vient d'écrire. Une année plus tard, Jacob Gershovitz devient George Gershwin... et millionnaire.

Musicalement, ses qualités d'improvisateur et de mélodiste de génie continuent à surpasser ses connaissances en harmonie et en contrepoint. Un promoteur musical, Paul Whiteman (qui se dit le Roi du jazz) lui commande une pièce concertante, et lui adjoint un orchestrateur, Ferde Grofé. La création de Rhapsody in Blue a lieu le 12 février 1924. Certains critiques iront jusqu'à affirmer qu'il est un compositeur plus important que Stravinski... De fait, il vient d'ouvrir la porte à un nouveau genre, le jazz concerto, dont le chef-d'œuvre, le Concerto en fa, sera créé à Carnegie Hall, le 3 décembre 1925. À vingt-sept ans, il est le plus célèbre des compositeurs américains.

Dès lors, ses travaux dominent la scène internationale. En 1925, les mélodies de la revue Tip-Toes remportent un triomphe ; il s'essaye aussi à composer timidement des œuvres de musique de chambre, ainsi les très remarquables Préludes pour piano. Son style s'affine, ses connaissances s'accroissent. Mais il reste le contraire d'un intellectuel, et préfère les démonstrations sportives aux joutes cérébrales, les succès féminins aux recherches culturelles.

Au cours d'un voyage en France, il rencontre Ravel à qui il demande de lui donner des cours de composition. « S'il est vrai que vous gagnez des centaines de milliers de dollars avec vos chansons, c'est plutôt à vous de me donner des leçons », lui répond le grand compositeur basque. Il est vrai que des mélodies comme Lady Be Good font des ravages dans le monde entier. Il dépense des fortunes en tableaux de Chagall, Modigliani, Picasso, Rouault, Utrillo, et se constitue une importante collection. Il peint lui-même pendant ses loisirs avec un certain bonheur ; son portrait d'Arnold Schönberg est resté célèbre. Ses succès restent des succès de Broadway où le talent, le flair, le sens commercial, la remise en question de soi et les traits de génie se succèdent. En 1927, le triomphe de Funny Face est inimaginable... Il poursuit son œuvre en composant Un Américain à Paris à partir de sketches notés pendant son voyage en Europe. En 1930, la revue Girl Crazy bat tous les records de recettes. La chanson I Got Rhythm est reprise par tous les grands du jazz. La même année, il pulvérise les recettes cinématographiques avec un film d'une rare stupidité, Delicious.

En 1932, son frère Ira reçoit le prix Pulitzer pour les paroles d'un nouveau chef-d'œuvre dont George a écrit la musique, Of Thee I Sing, la première revue satirico-politique de l'histoire américaine.

En 1934, il prend la décision de composer une « œuvre sérieuse », un véritable opéra américain, Porgy and Bess, qui sera créé le 30 septembre 1935, et recevra un accueil mitigé : le public des revues musicales n'y trouve pas son compte ; les amateurs d'opéra jugent l'ouvrage « trop populaire »... Mais les mélodies, elles, feront leur chemin, à travers les clubs de Harlem. Ce sera son seul succès posthume, et incontestablement le plus mérité.

Porgy and Bess

Photographie : Porgy and Bess

La soprano américaine Leontyne Price, le chanteur de jazz américain Cab Calloway (1907-1994), en costume blanc, et William Warfield lors d'une représentation à Londres de l'opéra de Gershwin Porgy and Bess, le 10 octobre 1952. 

Crédits : Shiel/ Hulton Archive/ Getty Images

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Pour des raisons économiques, Gershwin se voit obligé de quitter son cher Broadway en 1936. Seul le cinéma peut lui permettre de maintenir son incroyable train de vie. Il signe un contrat avec R.K.O. pour une série avec Ginger Rogers et Fred Astaire. Ce seront Shall We Dance et A Damsel in Distress (avec Joan Fontaine qui a remplacé Ginger Rogers) : des chansons comme They Can't Take That Away From Me et A Foggy Day attestent de la forme magnifique dans laquelle se maintient le jeune compositeur, qui côtoie de près des actrices comme Simone Simon et Paulette Goddard.

Il se plaint, cependant, de maux de tête et de vertiges. Les contrôles médicaux de routine ne montrent rien ; il s'oppose à des examens sérieux et, le 9 juillet 1937, tombe brutalement dans un profond coma. Un chirurgien diagnostique une tumeur au cerveau. Il tente une intervention le 11. Gershwin meurt sans avoir repris connaissance.

Le « Robin des Bois » de la musique a vécu : il [...]

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Éric LIPMANN, « GERSHWIN GEORGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-gershwin/