RAGTIME

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Le ragtime, principalement joué par des pianistes noirs, constitue la première expression purement instrumentale de la musique afro-américaine. Apparu aux États-Unis après la guerre de Sécession, il combine des éléments de la musique savante européenne et les rythmes syncopés des chants traditionnels africains.

Les sources du ragtime, musique afro-américaine principalement écrite pour le piano, sont sans doute le cake-walk des plantations du sud des États-Unis, son adaptation par les minstrels blancs et les musiques qui accompagnaient les danses des esclaves, comme la bamboula.

Le ragtime va être très en vogue, sous diverses formes, de la fin de la guerre de Sécession jusqu'aux années 1920. Au début du xxe siècle, d'autres musiques syncopées interprétées au piano (marches two-step, cake-walk) bénéficient d'une grande diffusion grâce aux partitions. Ces musiques servent de support à la danse : dans les salons, elles sont bientôt préférées à la valse.

Dans les années 1860, des pianistes noirs autodidactes circulant dans l'est des États-Unis tentent de reproduire sur les pianos des tripots la musique de danse des Noirs jouée par des orchestres qui mélangeaient les influences européennes et africaines. Ces pianistes itinérants brodent souvent autour de thèmes, avec un renforcement des basses et un style syncopé que l'on retrouvera plus tard.

À partir de 1890, certains pianistes noirs ayant reçu un enseignement classique commencent à jouer dans cet esprit et à fixer sur des partitions des pièces appelées rags, jigs, jiggs ou encore piano gigues.

Il faut noter que l'on a qualifié de ragtime des musiques voisines, mais jouées par et pour des groupes distincts : au début du xxe siècle, les chansons qui accompagnent les concours de danses cake-walk sont aussi appelées ragtimes ; à cette même époque, les orchestres et brass bands de La Nouvelle-Orléans jouent une sorte de ragtime orchestral semi-improvisé qui peut être considéré comme une des sources majeures du jazz.

L'Exposition universelle de 1904 à Saint Louis (Missouri) donne un coup de projecteur sur une musique qui est déjà largement diffusée en partitions.

Le style du ragtime est très caractéristique de ce croisement entre influences savantes et racines populaires ; c'est ainsi que le titre de l'un des rags les plus connus, The Naked Dance, fait référence à sa fonction originelle : servir de fond sonore aux strip-teases.

Les traits marquants de cette musique sont une séquence d'accompagnement qui fait alterner les basses et des accords plaqués, une impression d'anticipation dans la main droite alors que la main gauche est d'une extrême régularité, un tempo moyen pour permettre de la souplesse, et une forme qui rappelle le couplet-refrain. L'introduction est en général suivie de quatre strains (séquences développant une idée) de seize mesures. Les modulations sont courantes, avec une troisième séquence plus complexe et technique appelée trio.

Ces règles font néanmoins l'objet de traitements régionaux. À Saint Louis, Scott Joplin (1868-1917), dont on ne connaît le style que par des rouleaux de piano perforés, James Sylvester Scott (1885-1938) et le Blanc Joseph Francis Lamb (1887-1960) perpétuent l'héritage d'un style policé et s'emploient à être édités. À La Nouvelle-Orléans, les meneurs sont Tony Jackson (1876-1921) et Jelly Roll Morton (1885 ou 1890-1941), considéré parfois comme le premier jazzman. Le jeu est plus chromatique et les tempos plus rapides. Assez vite, cette musique va se répandre sur la côte est des États-Unis, jusqu'à New York : à Harlem, le stride* de Eubie Blake (1883-1983) ou de Fats Waller (1904-1943) prolonge les acquis du genre.

En Europe, vers 1910, on découvre le ragtime dans les revues noires. À l'instar d'Igor Stravinski avec son célèbre Ragtime pour onze instruments (1918), et qui fait figurer un ragtime dans son Histoire du soldat (1918), de nombreux compositeurs européens – Erik Satie, Darius Milhaud, Ernst Krenek, Kurt Weill... – seront séduits par cette musique rythmée. Le ragtime connaîtra un regain d'intérêt dans les années 1950.

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Pour citer l’article

Eugène LLEDO, « RAGTIME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ragtime/