SANGER FREDERICK (1918-2013)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Biochimiste britannique né le 13 août 1918 à Rendcombe (Gloucestershire), décédé à Cambridge le 19 novembre 2013, Frederick Sanger fait ses études à Cambridge, où il obtient en 1943 un doctorat de biochimie. De 1944 à 1951, il bénéficie d'une bourse de recherche, puis il intègre le Conseil de la recherche médicale en 1951, et y restera jusqu'à son départ en retraite en 1983.

Frederick Sanger

Photographie : Frederick Sanger

Le Britannique Frederick Sanger, double lauréat du prix Nobel de chimie : en 1958, pour son travail sur l'insuline, et en 1980, avec les Américains Walter Gilbert et Paul Berg. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

En 1962, Sanger rejoint le Laboratoire de biologie moléculaire que le Conseil de la recherche médicale vient de créer à Cambridge ; il y poursuit des recherches sur les acides nucléiques. Un des grands succès de Sanger aura été la détermination de la structure de l'insuline, qu'il réussit à couper en fragments polypeptidiques ; ceux-ci sont ensuite transformés par hydrolyse acide ou enzymatique en fragments peptidiques plus petits, qui sont identifiés. Sanger procède de proche en proche en utilisant un réactif qu'il a mis au point en 1944, le 1-fluoro-2,4-dinitrobenzène, le réactif de Sanger, qui réagit spécifiquement avec les groupements —NH2 terminaux des aminoacides, ce qui facilite l'analyse des fragments par chromatographie sur papier, méthode disponible depuis 1944 grâce aux travaux de Archer John Porter Martin et Richard Laurence Millington Synge. En 1955, Sanger détermine la structure de l'insuline, dont la masse moléculaire est 5 800, constituée de cinquante et un aminoacides répartis en deux chaînes reliées par deux groupements disulfures —S—S—, un autre motif disulfure reliant deux aminoacides d'une des deux chaînes. C'est en 1969 que Dorothy Mary Crowfoot Hodgkin déterminera par cristallographie la structure tridimensionnelle de l'insuline.

Dorothy Crowfoot Hodgkin

Photographie : Dorothy Crowfoot Hodgkin

La Britannique Dorothy Mary Crowfoot Hodgkin (1910-1994), lauréate du prix Nobel de chimie, en 1964, pour sa découverte de la structure de la pénicilline et de la vitamine B12

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Si Vincent Du Vigneaud, Prix Nobel de chimie 1955, a déterminé antérieurement la structure de l'oxytocyne, hormone peptidique de masse moléculaire peu élevée formée par l'enchaînement de huit aminoacides, le travail de Sanger a ouvert la voie à la détermination générale de la structure chimique des protéines, travail d’une importance essentielle en biologie jusqu’à ce qu’il tombe en désuétude, avec la détermination des séquences d’acides aminés des protéines par lecture de la séquence de l’ADN des gènes qui codent pour ces dernières.

Précisement après son installation en 1962 dans le laboratoire de biologie moléculaire de Cambridge, Sanger va développer ses recherches pour mettre au point une méthode de détermination des séquences des bases nucléotidiques dans l’ADN. Il met au point des méthodes plus simples que les méthodes de clivage chimique de l’ADN en fragments qui prévalaient jusque-là, lui permettant de travailler plus rapidement et sur de plus petites quantités de produit. La détermination de la séquence de l'ADN, qui nécessita la mise au point de techniques additionnelles, est le point culminant de ces recherches pour lesquelles Sanger, qui avait reçu le prix Nobel de chimie en 1958 pour son travail sur l'insuline, reçoit à nouveau, avec les Américains Paul Berg et Walter Gilbert, cette distinction en 1980 pour sa contribution à la détermination de la séquence des bases nucléotidiques dans les acides nucléiques. Sanger est un des très rares scientifiques à avoir reçu deux fois le prix Nobel. La méthode de séquençage de l’ADN dite de Sanger a permis une accélération considérable de la détermination des longues séquences d’ADN, encore amplifiée par l’usage de séquençeurs automatiques. L’importance de cette technique particulière explique pourquoi le centre de séquençage de l’ADN créé par le Wellcome Trust, à Cambridge, en 1993, a reçu le nom de Sanger Institute. Le Sanger Institute est actuellement un des centres de détermination et d’analyse des génomes les plus importants au monde avec plus de neuf cents personnes y travaillant.

Certainement un des biochimistes les plus brillants du xxe siècle, Sanger était en même temps un homme d’une grande réserve et d’une grande simplicité. Il a toujours refusé les honneurs, n’acceptant ni le titre de « sir » ni l’annoblissement qui lui ont été proposés. Après avoir pris sa retraite en 1983, il s’est consacré de manière croissante au jardinage dans sa maison proche de Cambridge.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Médias de l’article

Frederick Sanger

Frederick Sanger
Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Dorothy Crowfoot Hodgkin

Dorothy Crowfoot Hodgkin
Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-Sud-XI-Orsay

Classification

Autres références

«  SANGER FREDERICK (1918-2013)  » est également traité dans :

SÉQUENÇAGE D'ADN, en bref

  • Écrit par 
  • Nicolas CHEVASSUS-au-LOUIS
  •  • 173 mots

Dès son entrée à l'université de Cambridge en 1940, le Britannique Frederick Sanger se passionne pour la structure des macromolécules. En 1955, il publie la première séquence protéique, celle de l'insuline, qui lui vaut le prix Nobel de chimie en 1958. Il se tourne ensuite vers le séquençage des […] Lire la suite

ENZYMES - Histoire de la notion

  • Écrit par 
  • Gabriel GACHELIN
  •  • 2 470 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les enzymes sont des protéines »  : […] À quelques exceptions près, cependant, les scientifiques admettent au début du xx e  siècle que les enzymes sont nombreuses, différentes et spécifiques d'actions précises sur des substances chimiquement bien définies, appelées « substrats », qu’elles vont transformer en d’autres substances appelées « produits ». Emil Fischer (1852-1919), vers 1905, propose une représentation de cette spécificité […] Lire la suite

ÉVOLUTION

  • Écrit par 
  • Armand de RICQLÈS, 
  • Stéphane SCHMITT
  •  • 15 101 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Le génome hiérarchique »  : […] La technique de séquençage inaugurée par Frederick Sanger en 1977 fait accomplir un bond technologique sans précédent à la biologie moléculaire. Le séquençage complet de génomes complexes devient possible. Il est réalisé pour la levure en 1996, et celui du génome humain à partir de 2001. Initialement réalisé dans des perspectives de retombées biomédicales, ce gigantesque effort conduit à une con […] Lire la suite

GÉNOMIQUE - Le séquençage des génomes

  • Écrit par 
  • Bertrand JORDAN
  •  • 4 702 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Analyse par électrophorèse »  : […] La méthode employée aujourd'hui est celle de Sanger, publiée dès 1977, qui a fait l'objet de multiples améliorations et d'une automatisation partielle mais dont le principe est resté le même (cf. acides nucléiques ). Le séquençage d'un segment d'ADN contenant quelques dizaines de milliers de bases commence en général par sa fragmentation en de nombreux morceaux plus petits qui sont alors « sous-c […] Lire la suite

NUCLÉIQUES ACIDES

  • Écrit par 
  • Jacques KRUH, 
  • Ethel MOUSTACCHI, 
  • Michel PRIVAT DE GARILHE, 
  • Alain SARASIN
  •  • 13 457 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Détermination des séquences et de la structure primaire de l'ADN »  : […] La détermination de la séquence complète des nucléotides constitutifs d'ADN macromoléculaires biologiquement actifs représente une des performances les plus remarquables de la biologie moléculaire. Un premier succès important fut remporté par Frederick Sanger et ses collaborateurs (1975) avec la détermination de la séquence complète des nucléotides constitutifs de l'ADN monocaténaire circulaire d […] Lire la suite

SÉQUENÇAGE HAUT DÉBIT DE L'ADN

  • Écrit par 
  • Véronique BLANQUET, 
  • Nathalie DUPRAT, 
  • Lionel FORESTIER
  •  • 5 681 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Le séquençage « historique et classique » de l’ADN : la méthode de Sanger  »  : […] Le séquençage consiste donc à déterminer l'ordre dans lequel se succèdent, de l’extrémité 5’ à l’extrémité 3’, les quatre types de nucléotides (A, C, G, T) qui composent une molécule d’ADN. Après quelques différentes réalisations sporadiques (premiers résultats en 1963 fondés sur une chimie complexe), le séquençage dit de première génération – encore utilisé aujourd’hui – et développé sur la métho […] Lire la suite

Pour citer l’article

Georges BRAM, « SANGER FREDERICK - (1918-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederick-sanger/