DROITS DE L'HOMME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Il n'est aujourd'hui aucune organisation politique qui ne se prévale de son souci de réaliser les droits de l'homme. Longtemps limitée par les cadres nationaux, cette préoccupation s'est affirmée sur le plan international lorsque, le 10 décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations unies a voté, sous le titre de Déclaration universelle des droits de l'homme, la charte proclamant les principes dont devrait s'inspirer la politique de tous les États et qui commanderaient également l'action des organes de la communauté internationale.

Qu'un pareil propos soit trop souvent démenti par les faits, c'est là une observation sur laquelle il est superflu d'insister. En revanche, ce qu'il convient de souligner, c'est que le décalage entre l'intention et les résultats n'est pas seulement un aspect du divorce habituel entre la théorie et la pratique. Il est, au moins en partie, la conséquence de l'ambiguïté qui affecte la notion même de droit de l'homme. On ne saurait en effet énoncer des droits sans prendre parti sur la définition de leur sujet. Quel est cet homme dont les droits sont proclamés ?

À cette question, l'histoire des idées et des institutions propose deux réponses qui, certes, ne sont pas absolument contradictoires sur le plan conceptuel, mais qui, en fait, conduisent à envisager le contenu et la liste des droits de façon sensiblement différente.

Une première conception s'attache à l'immutabilité et à la permanence de la nature humaine. Indépendamment de son origine, de sa condition sociale ou de son milieu, l'homme porte en lui un certain nombre de droits tellement inhérents à sa personne qu'ils ne sauraient être méconnus sans que, du même coup, son essence soit altérée. Ces droits, qui ne doivent rien à la législation positive puisqu'ils lui sont antérieurs, constituent autant de limites à l'action de l'État. À leur endroit, son seul devoir est de ne pas faire obstacle à leur exercice. C'est dans ce contexte philosophique que la Déclaration de 1789-1791 énonça, pour les reconnaître à l'Homme, les droits que l'organisation des institutions avait pour objet de garantir.

Cette interprétation libérale, classique ou traditionnelle des droits de l'homme est apparue insuffisante à partir du moment où l'on prit conscience que la jouissance d'un droit n'était d'aucun profit aux individus qui n'étaient pas en mesure de le mettre en œuvre. C'est alors que, progressivement, s'est dégagée une notion nouvelle des droits de l'homme qui vise à la réalisation concrète des facultés incluses dans les droits classiques. L'expression « droits sociaux » utilisée pour rendre compte de cette extension du droit implique à la fois un changement de perspective dans la manière d'envisager son sujet, une transformation de son contenu et une mutation radicale des devoirs de l'État.

Quant à son objet, le droit est dit social parce que son titulaire n'est pas l'homme en tant qu'incarnation d'une intemporelle nature humaine – que certains, avec le marxisme, considèrent d'ailleurs comme un postulat erroné –, mais l'individu tel que le font les multiples rapports sociaux dans lesquels il se trouve concrètement engagé. Cet homme, que définissent ses conditions d'existence, trouve dans sa situation le fondement des droits qui doivent lui être reconnus. D'où il suit que leur contenu est sensiblement élargi par rapport à celui des droits traditionnels puisque, à la limite, le droit social en arrive à s'identifier avec la consécration juridique des besoins (droit à l'éducation, à l'emploi, au logement, à la santé, etc.). C'est donc en fonction de ceux-ci que le contenu du droit doit être établi ; ce qui ne va pas sans affecter les droits sociaux d'une certaine relativité, car il est clair qu'ils concernent les catégories sociales les moins favorisées. C'est ainsi que, jusque dans les années 1980, dans les législations de nombreux pays, non seulement communistes mais aussi capitalistes, les droits sociaux en sont arrivés à désigner les droits des travailleurs. Les crises économiques et le développement des phénomènes de chômage et d'exclusion ont ensuite poussé à les réaffirmer universelle [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 36 pages

Médias de l’article

Déclaration des droits de l'homme

Déclaration des droits de l'homme
Crédits : Erich Lessing/ AKG

photographie

Bill of Rights de 1689

Bill of Rights de 1689
Crédits : AKG

photographie

Siège du Conseil de l'Europe, Strasbourg

Siège du Conseil de l'Europe, Strasbourg
Crédits : Conseil de l'Europe

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris
  • : professeur à l'université de droit, d'économie et de sciences sociales de Paris, doyen honoraire à la faculté de droit de Strasbourg
  • : professeur émérite à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
  • : sénateur, recteur honoraire, professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris

Classification

Autres références

«  DROITS DE L'HOMME  » est également traité dans :

CE QUE DÉCLARER LES DROITS VEUT DIRE : HISTOIRES (C. Fauré)

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 1 402 mots

La célébration du deuxième centenaire de la Révolution française a suscité la publication de très nombreux ouvrages, notamment sur la signification et la portée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen adoptée par l'Assemblée nationale le 26 août 1789. En consacrant, en 1988, une première étude à ce sujet, Christine Fauré participait à […] Lire la suite

LE PROCÈS DES DROITS DE L'HOMME. GÉNÉALOGIE DU SCEPTICISME DÉMOCRATIQUE (J. Lacroix et J.-Y. Planchère)

  • Écrit par 
  • Marie GARRAU
  •  • 1 076 mots

Quelle place devrait avoir la référence aux droits de l’homme dans une politique progressiste et démocratique ? Cette question constitue l’arrière-plan des analyses du livre, riche et stimulant, de Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère, Le Procès des droits de l’homme. Généalogie du scepticisme démocratique (Paris, Seuil, 2016).Celui-ci s’ouvre sur le constat selon lequel, dan […] Lire la suite

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES EMPIRES COLONIAUX EUROPÉENS - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 190 mots

1789 Déclaration des droits de l'homme et du citoyen . 1791 Révolte de Saint-Domingue menée par Toussaint Louverture . 1793 Abolition de l'esclavage à Saint-Domingue. 1794 Abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises. 1802 Rétablissement de l'esclavage dans les colonies françaises. 1808 Interdiction de la traite, par le Congrès des États-Unis d'Amérique. 1813 Abolition de l' […] Lire la suite

ACTION HUMANITAIRE INTERNATIONALE

  • Écrit par 
  • Pierre GARRIGUE
  • , Universalis
  •  • 7 273 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'humanitaire dans la guerre froide »  : […] Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, deux événements de nature très différente ouvrent une nouvelle phase dans l'histoire du mouvement humanitaire. Le premier est l'adoption, le 10 décembre 1948, par les Nations unies de la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'acte de 1948, s'il s'inspire des précédents des révolutions française et américaine, représente dans la vie internation […] Lire la suite

ADOPTION

  • Écrit par 
  • Pierre MURAT
  •  • 8 874 mots

Dans le chapitre « L'adoptabilité »  : […] L'adoption est aujourd'hui essentiellement conçue comme une institution de remplacement de la famille par le sang : les législations partent du postulat que la famille d'origine est le lieu normal – et normalement le meilleur – du développement de l'enfant, en conséquence de quoi la priorité dans le rattachement de l'enfant est donnée à la famille d'origine. En posant que l'enfant a « dans la mes […] Lire la suite

ALFONSÍN RAÚL (1927-2009)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 524 mots

Raúl Alfonsín, premier président argentin élu démocratiquement après la sanglante dictature militaire de 1976-1983, est mort d'un cancer, le 31 mars 2009 à Buenos Aires, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Né le 12 mars 1927 à Chascomús, dans la province de Buenos Aires, Raúl Ricardo Alfonsín Foulkes a été formé à l'école militaire General San Martín. Il est diplômé de droit de l'université nationa […] Lire la suite

ALIMENTATION (Économie et politique alimentaires) - Malnutrition dans le monde

  • Écrit par 
  • Laurence ROUDART
  •  • 7 251 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Droit à l’alimentation »  : […] Le droit à l’alimentation est un droit de l’homme reconnu par le droit international. Selon le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, « le droit à une alimentation adéquate est réalisé lorsque chaque homme, chaque femme et chaque enfant, seul ou en communauté avec autrui, a accès à tout instant, physiquement et économiquement, à une alimentation adéquate ou aux moye […] Lire la suite

AMNESTY INTERNATIONAL

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 788 mots

Créé en 1961, à l'inspiration de Peter Benenson, avocat britannique, Amnesty International est une organisation internationale non gouvernementale. Cette organisation, dont le siège est à Londres, œuvre en faveur des personnes emprisonnées pour des « raisons de conscience », hommes ou femmes auxquels leurs croyances, leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse ou politique valent de se […] Lire la suite

ASSOCIATION

  • Écrit par 
  • Jean-Marie GARRIGOU-LAGRANGE, 
  • Pierre Patrick KALTENBACH
  •  • 7 053 mots

Dans le chapitre « Une liberté fondamentale »  : […] La loi du 1 er  juillet 1901 repose sur trois idées fondamentales ayant pour dénominateur commun la liberté. L'association est d'abord une convention, un contrat de droit privé soumis au principe de l'autonomie des volontés et de la liberté contractuelle. Chacun est libre d'adhérer et l'association peut choisir ses membres. La liberté d'association est de surcroît un des « principes fondamentaux […] Lire la suite

BENENSON PETER (1921-2005)

  • Écrit par 
  • Michel TAUBE
  •  • 858 mots

L'histoire retiendra certainement que Peter Benenson fut, à quarante ans, le père fondateur d'Amnesty International, son inspirateur et sa conscience. Mais l'on sait moins qu'il consacra toute sa vie aux droits humains. Petit-fils d'un banquier juif russe émigré, il naquit à Londres le 31 juillet 1921. Orphelin à neuf ans d'un père qu'il adorait, il est élevé par une mère qui le délaisse. À quinz […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

18-25 octobre 2021 Turquie. Menace d'expulsion de dix ambassadeurs étrangers.

Arrêté en octobre 2017 et accusé d’avoir tenté de renverser le gouvernement, ce mécène et homme d’affaires a été acquitté en février 2020, avant d’être de nouveau arrêté pour sa participation présumée à la tentative de coup d’État de juillet 2016. En décembre 2019, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait déjà réclamé sa « libération immédiate ». […] Lire la suite

20 octobre 2021 Union européenne – Russie. Attribution du prix Sakharov à l'opposant russe Alexeï Navalny.

Le Parlement européen attribue le prix Sakharov pour la défense des droits de l’homme et de « la liberté de l’esprit » à l’opposant russe Alexeï Navalny, emprisonné dans son pays depuis février.  […] Lire la suite

8 octobre 2021 O.N.U. Reconnaissance du droit à un environnement sain et durable par le Conseil des droits de l'homme.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies adopte une résolution qui reconnaît le « droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ». Il crée un poste de rapporteur « sur la promotion et la protection des droits de l’homme dans le contexte des changements climatiques ». […] Lire la suite

21 septembre 2021 Russie. Accusation de la Russie par la CEDH dans l'affaire Litvinenko.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) accuse la Russie d’être « responsable » de l’empoisonnement au polonium-210, une substance radioactive, du transfuge du FSB Alexandre Litvinenko à Londres, en novembre 2006. Elle confirme ainsi les conclusions de l’enquête publique britannique publiée en janvier 2016.  […] Lire la suite

15-21 juillet 2021 Belgique. Fin de la grève de la faim de centaines de sans-papiers.

Le 15 également, le rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, et celui sur les droits humains des migrants recommandent au gouvernement, dans une lettre rendue publique le 19, la mise en place d’une commission indépendante chargée d’examiner les demandes de régularisation, d’évaluer les conditions d’accès à la procédure de régularisation et d’œuvrer au renforcement de la protection des sans-papiers dans les domaines de l’emploi, de l’enseignement, du logement et de la santé. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Georges BURDEAU, Gérard COHEN-JONATHAN, Pierre LAVIGNE, Marcel PRÉLOT, « DROITS DE L'HOMME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/droits-de-l-homme/