DÉMOCRATIE

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Une compétition ouverte et pacifiée

Dans une démocratie, l'accès aux positions de pouvoir (gouvernement, Parlement, exécutifs territoriaux) s'effectue, plus ou moins directement, à travers une lutte concurrentielle sur les votes et, plus généralement, sur le soutien des citoyens. La compétition est, dans l'ensemble, ouverte, sincère et pacifiée. Pourtant, tout au long de l'histoire de l'humanité, la violence physique a été un moyen courant de conquêtes des instruments de pouvoir. C'est donc une propriété remarquable des démocraties que la désignation des gouvernants s'effectue à travers des élections et non plus par la guerre civile, l'insurrection, l'assassinat ou le complot. Les élections y sont sincères dans la mesure où les fraudes sont réduites. Leur résultat n'est pas connu à l'avance, et tous les acteurs en compétition peuvent formellement l'emporter, même si certains groupes possèdent davantage de ressources et bénéficient de chances supérieures de succès. Les titulaires des positions de pouvoir acceptent de s'effacer quand les résultats leur sont défavorables. Ces « règles du jeu » sont devenues « naturelles » dans les pays où elles sont institutionnalisées. Les efforts pour les instituer dans les États où elles font défaut montrent qu'ils ne suffit pas de les souhaiter et de les inscrire dans une Constitution pour les imposer. Elles reposent en effet sur une organisation sociale complexe.

Les démocraties sont tout d'abord un élément d'une institution  l'État – qui, après des siècles de luttes, revendique désormais avec succès le monopole de la contrainte physique légitime, selon la formule de Max Weber. Au fur et à mesure de l'établissement (jamais complètement achevé) de ce monopole, les usages « privés » de la violence physique tendent à se raréfier. Les membres des sociétés étatiques répugnent davantage à y recourir que ceux des autres sociétés. Leur seuil de sensibilité à la violence, c'est-à-dire le niveau à partir duquel l'usage de formes de violence physique leur paraît inacceptable et « barbare », tend historiquement à s'abaisser. Pour le sociologue allemand Norbert Elias, la démocratie représentative s'enracine dans la transformation de l'économie psychique des individus et la civilisation des mœurs.

Soutien populaire au président Allende

Photographie : Soutien populaire au président Allende

Marche de soutien au président chilien, Salvador Allende, en 1964. Il restera dans l'histoire comme le premier leader politique ayant dirigé une tentative de «transition pacifique» et dans la légalité vers le socialisme. Il fut renversé par un coup d'État, le 11 septembre 1973. 

Crédits : Library of Condress, Washington, D.C.

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Les démocraties représentatives ne peuvent s'institutionnaliser que dans des sociétés complexes caractérisées par la division du travail et la différenciation de sphères d'activités relativement distinctes et autonomes. Cette différenciation affecte notamment le travail de domination. Les diverses catégories dirigeantes (économiques, religieuses, politiques, militaires, intellectuelles, administratives, scientifiques, syndicales, associatives, médiatiques) sont (relativement) distinctes et séparées les unes des autres. De nombreux milieux, institutions et organisations (entreprises, Églises, universités, médias, syndicats, associations, partis, administrations, groupements territoriaux, communautés ethniques) disposent d'une certaine autonomie et peuvent s'organiser pour défendre leurs intérêts. Même s'il existe des inégalités de pouvoir entre les groupes et les individus, la marge de manœuvre des intérêts sociaux est (plus ou moins) bornée, notamment par les capacités de réactions des autres. La multiplicité, l'organisation, les ressources et la concurrence des intérêts sociaux génèrent des inégalités et des luttes, mais aussi un équilibre dynamique qui limite les formes et la portée des conflits. La compétition caractérisée par l'existence de manœuvres légitimes, c'est-à-dire de manières d'agir définies, retenues et ordinairement admises par le plus grand nombre, remplace le combat où, pour simplifier, tous les coups sont permis et où il n'existe pas de procédures officielles pour abréger les affrontements et résoudre les conflits. L'accoutumance au compromis conduit à rechercher des dispositifs de confrontation et de négociation. Les groupes qui cherchent à orienter les décisions et les politiques publiques en leur faveur recourent rarement à des affrontements violents. Ils mettent en œuvre divers moyens pacifiés (grèves, manifestations, pétitions, prises de parole dans les médias). Les forces chargées du maintien de l'ordre au nom de l'État tendent à modérer leurs usages de la contrainte physique (en comparaison des pratiques passées ou des pratiques actuelles des sociétés non démocratiques). Quand des violences surviennent, elles ont en général une portée symbolique expressive en ce qu'elles portent souvent plus sur les biens que sur les personnes. Elles sont dans l'ensemble stigmatisées comme des désordres et des débordements. L'ordre interne des sociétés démocratiques contraste ainsi avec l'ordre international où les luttes sont davantage débridées, même si des signes, encore ténus, de pacification peuvent y être observés.

Les multiples compétitions qui structurent les sociétés démocratiques et notamment les compétitions politiques et électorales sont un mélange de conflits et de compromis, de tensions et de paix. La politique démocratique exprime les contradictions sociales en même temps qu'elle les institutionnalise. Les élections « libres », « ouvertes » et « sincères » sont l'un des éléments de cette institutionnalisation. Elles ne reposent pas seulement sur la force de leur codification juridique, mais surtout sur l'équilibre des intérêts sociaux différenciés et organisés. Corrélativement, le respect des règles du jeu démocratique fait défaut dans les États où cet équilibre n'existe pas.

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Liberté de la presse

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Soutien populaire au président Allende

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  • : professeur à l'université de Paris-I, Centre de recherches politiques de la Sorbonne

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Pour citer l’article

Daniel GAXIE, « DÉMOCRATIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/democratie/