ELIAS NORBERT (1897-1990)

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À la fin de sa vie, Norbert Elias avait trop attendu la reconnaissance publique pour se croire enfin compris. Si la qualité de l'œuvre en était la seule clé, cette reconnaissance eût dû venir plus tôt. Nul ne dénierait en tout cas son ambition.

La théorie de la civilisation forgée par Elias se frotte à des faits empiriques selon une posture méthodologique obstinée. Il fallait de l'originalité pour entreprendre l'étude d'objets aussi mineurs que les règles de politesse du xve au xviiie siècle, les mœurs de table ou les fonctions physiologiques du corps humain telles qu'uriner ou cracher. Il fallait une grande force pour démontrer que ces manières suivent un cours déterminé, où le développement de la honte et de la gêne traduisent à la fois le refoulement et le contrôle des affects. Progressivement, la contrainte fit place à l'autocontrainte. Or Elias explique ce processus par la monopolisation étatique de la violence physique, entamée par les princes pour leur profit personnel puis continuée par la puissance publique. Dans la société de cour, les guerriers deviennent des courtisans dont les luttes de préséance et de distinction les opposent entre eux, puis aux bourgeois, avant que cette civilisation des mœurs ne s'étende à des couches sociales plus larges. En montrant comment le mouvement séculaire collectif de transformation de l'économie psychique se reproduisait ensuite dans la socialisation de chaque individu, en reliant donc l'histoire des sociétés à la psychologie de chaque humain, Norbert Elias articulait les faits de sociogenèse et d'ontogenèse.

Une formation intellectuelle

Norbert Elias s'inscrit dans le sillage de la réflexion sur l'histoire, menée au xixe siècle par la philosophie, reformulée dans les sciences historiques et dans les termes du matérialisme par [...]

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Pour citer l’article

Alain GARRIGOU, « ELIAS NORBERT - (1897-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/norbert-elias/