CÔTE D'IVOIRE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielRépublique de Côte d'Ivoire (CI)
Chef de l'ÉtatAlassane Ouattara (élu le 28 novembre 2010, proclamé le 5 mai 2011)
Chef du gouvernementPatrick Achi (depuis le 8 mars 2021)
CapitaleYamoussoukro
Langue officiellefrançais
Unité monétairefranc CFA
Population27 139 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)322 462

La Côte d'Ivoire en crise

À partir de la fin des années 1970, le système d'Houphouët-Boigny, qui avait permis le « miracle ivoirien », tend à montrer des signes d'essoufflement. Il entre progressivement en crise dans les années 1980 pour se bloquer dans les années 1990 et déboucher sur la violence à partir de 1999.

La fin du régime d'Houphouët-Boigny et la radicalisation de l'ivoirité

Le modèle d'intégration des allogènes va fonctionner tant bien que mal jusqu'à la fin des années 1970, date à laquelle il entre en crise, sous l'influence de divers facteurs tels que l'augmentation de la pression sur la terre ; la baisse des prix agricoles et la crise de l'économie de plantation ; la crise fiscale et la réduction des ressources publiques qui huilaient ce système ; les mesures d'ajustement structurel imposées par le Fonds monétaire international (F.M.I.) et la mise en œuvre des politiques de privatisation des filières, etc. Ces phénomènes ont grippé les rouages de la régulation politico-clientéliste qui s'était mise en place dès avant l'indépendance et avait permis la coexistence plus ou moins pacifique entre les communautés, notamment entre « autochtones » et « allogènes ».

Le modèle reposait surtout sur un clientélisme institutionnalisé, qui était étroitement lié aux ressources du cacao, via la Caisse de stabilisation des produits agricoles (Caistab, organisme en place de 1963 à 1998). Ce sont les fondations de ce système qui, à partir de la fin des années 1980, se sont effondrées sous l'effet de la crise économique, de l'affirmation des nouvelles générations (civiles et militaires) et surtout des ambitions politiques des successeurs d'Houphouët-Boigny. En 1990, sous la pression de la rue, et notamment du F.P.I. et de la F.E.S.C.I. (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire, le principal syndicat étudiant) qui réclamaient la démocratie, Houphouët-Boigny dut accepter le multipartisme. Mais la crise n'en fut pas résolue pour autant. Bien au contraire, le processus de démocratisation, octroyé « par le haut », n'apaisa pas les tensions, qui s'accumulèrent tout au long de la décennie 1990. L'épuisement du système « houphouëtiste » a ouvert la voie à une contestation de plus en plus violente de l'ordre social, économique et politique. Les arrangements clientélistes se sont renforcés avec l'ouverture au multipartisme en 1990 et surtout à l'approche du scrutin présidentiel de 1995 : pour s'assurer des soutiens dans un contexte de concurrence partisane accrue et de contestation sociale grandissante, le P.D.C.I. distribua des cartes d'identité à des ressortissants étrangers dans une pure logique de patronage. Cela suscita de vives réactions de l'opposition – F.P.I. en tête – qui dénonça l'usage de ce « bétail électoral ». Ainsi, la crise politique s'est accompagnée d'une remise en cause progressive d'un des principes structurants du « miracle ivoirien » : l'accueil des étrangers, et d'une radicalisation des débats autour de l'immigration et de l'autochtonie. Ce processus était déjà à l'œuvre dans les années 1970-1980, et avait poussé le pouvoir à engager une politique d' « ivoirisation » en matière de recrutement des cadres de la fonction publique. Mais les tensions se sont aggravées sous le mandat du président Henri Konan Bédié (1993-1999) qui, en partie pour des raisons électoralistes, ouvrit la boîte de Pandore de l'ivoirité. Président de l'Assemblée nationale, et donc successeur constitutionnel du chef de l'État, c'est à lui qu'échut la direction du pays à la mort du Père de la nation en décembre 1993. Ancien ministre des Finances du « Vieux », fin connaisseur des arcanes du parti et de l'administration, baoulé originaire de la région de Dimbokro, Konan Bédié le « dauphin » ne disposait pourtant pas du même charisme que son illustre prédécesseur. Il parvint au pouvoir au terme d'une brève mais intense guerre de succession entre héritiers, arbitrée par la France qui soutint en sous-main la transition constitutionnelle. Alassane Ouattara, ancien directeur général adjoint du F.M.I., nommé Premier ministre par Houphouët-Boigny en 1990 pour sauver le pays du marasme économique, était également prétendant. Écarté du pouvoir en 1993, il fonda son propre parti, le Rassemblement des républicains (R.D.R.) et se rapprocha du F.P.I. [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 21 pages

Médias de l’article

Côte d'Ivoire : carte physique

Côte d'Ivoire : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Côte d'Ivoire : drapeau

Côte d'Ivoire : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire

Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire
Crédits : P. Poilecot/ CIRAD

photographie

Côte d'Ivoire : population

Côte d'Ivoire : population
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur de science politique au Centre d'études des relations internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, Sciences Po
  • : maître de conférences en géographie à l'université de Paris-X-Nanterre

Classification

Autres références

«  CÔTE D'IVOIRE  » est également traité dans :

CÔTE D'IVOIRE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite

ABIDJAN

  • Écrit par 
  • Jean-Fabien STECK
  •  • 701 mots
  •  • 1 média

Abidjan, qui compte 3,6 millions d'habitants (estimation 2005), est la plus grande ville de Côte d'Ivoire et l'une des plus grandes villes d'Afrique occidentale. Elle concentre fonctions économiques et politiques de premier plan – le transfert officiel de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro en 1983 n'est toujours pas effectif –, même si sa situation est fortement remise en cause par […] Lire la suite

AFRIQUE (Structure et milieu) - Géographie générale

  • Écrit par 
  • Roland POURTIER
  •  • 21 447 mots
  •  • 29 médias

Dans le chapitre « Statut de la terre et modernisation de l'agriculture »  : […] Le statut de la terre distingue nettement l'Afrique au nord et au sud du Sahara. En Égypte, la terre a fait l'objet d'un cadastrage précoce destiné à repérer les limites des parcelles submergées chaque année par la crue du Nil. Dans toute l'Afrique septentrionale, le droit romain a imposé ses règles d'appropriation foncière avant que l'islam y superpose ses droits propres. La propriété et l'exploi […] Lire la suite

AFRIQUE (conflits contemporains)

  • Écrit par 
  • René OTAYEK
  •  • 4 930 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « La Côte d'Ivoire, un cas typique »  : […] Pays d'Afrique de l'Ouest, longtemps loué pour sa stabilité politique et sa relative prospérité économique, la Côte d'Ivoire a été ébranlée par un grave conflit au début des années 1990, qui a promptement été qualifié d'ethnique, voire d'ethnico-religieux par bon nombre d'observateurs. Semblant opposer la partie nord du pays, fortement islamisée et peuplée en grande partie de Dioulas, à sa partie […] Lire la suite

AFRIQUE-OCCIDENTALE FRANÇAISE (AOF)

  • Écrit par 
  • Alfred FIERRO
  •  • 805 mots
  •  • 2 médias

Créée par un décret du 16 juin 1895, sous la direction d'un gouverneur général, l'Afrique-Occidentale française (A.-O.F.) répond à la nécessité de coordonner sous une autorité unique la pénétration française à l'intérieur du continent africain. L'A.-O.F. est, à l'origine, constituée des colonies de la Côte-d'Ivoire, de la Guinée, du Sénégal et du Soudan. Deux nouveaux textes, le 1 er octobre 1902 […] Lire la suite

BAOULÉ

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre CHAUVEAU
  •  • 3 390 mots

On considère aujourd'hui comme étant le « pays baoulé » (ou « baule », prononcé de la même manière) une vaste région de plus de 32 000 kilomètres carrés occupant, dans le centre de la république de Côte-d'Ivoire, un milieu naturel diversifié : au centre, une importante savane préforestière qui pénètre le massif forestier guinéen ; au sud, à l'ouest et à l'est, des marches forestières. La densité […] Lire la suite

BÉTÉ

  • Écrit par 
  • Alain MOREL
  •  • 973 mots

Établis en Côte-d'Ivoire et appartenant au groupe des Krou, les Bété représentent, dans les années 1990, 18 p. 100 de la population ivoirienne, soit 2 millions de personnes environ. Le pays bété, qui s'étend sur la forêt et sur la savane, entre Gagnoa et Daloa, a pour capitale cette dernière ville, distante de 400 kilomètres d'Abidjan. Autrefois situés à proximité des cours d'eau, les villages se […] Lire la suite

BOUAKÉ

  • Écrit par 
  • Pierre VENNETIER
  •  • 433 mots

Ville de la Côte d'Ivoire et capitale de la région de la Vallée du Bandama, Bouaké fut à l'origine un poste militaire fondé en 1898 en pays baoulé, dont les habitants acceptaient mal la colonisation ; la ville comptait 19 000 habitants en 1946, 113 000 en 1969, 333 000 en 1988 et 573 700 en 2005, mais les Baoulé n'y représentent qu'une minorité. L'afflux des ruraux a multiplié les quartiers d'habi […] Lire la suite

BRULY BOUABRÉ FRÉDÉRIC (vers 1923-2014)

  • Écrit par 
  • André MAGNIN
  •  • 1 185 mots

Frédéric Bruly Bouabré est né vers 1923 à Zéprégühé, petit village de la Côte d'Ivoire (alors une colonie de l'Afrique-Occidentale française) ; il vit et travaille à Abidjan. Comme le dit Bouabré, en Afrique, quand un homme est né, on se contente de savoir qu'il est né, on ne cherche à compter ni les jours, ni les mois, ni les années... L'enfant demande à son oncle Lebato à être scolarisé et il su […] Lire la suite

BURKINA FASO

  • Écrit par 
  • Michel IZARD, 
  • René OTAYEK, 
  • Jean-Fabien STECK
  •  • 7 348 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La conquête française et la période coloniale (1895-1960) »  : […] En mai 1895, une colonne française, partie de Bandiagara et commandée par le capitaine Destenave, arrive à Ouahigouya, résidence du Yatenga naaba Baogo (1885-1895), qui doit faire face depuis plusieurs années à une révolte armée d'une partie de l'aristocratie du royaume, soutenue par les Peuls du commandement de Tyu. Un mois plus tard, en juin, alors que le Yatenga est devenu protectorat français […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

6 avril 2022 Burkina Faso. Condamnation de l'ancien président Blaise Compaoré.

Blaise Compaoré vit en exil en Côte d’Ivoire depuis sa chute en octobre 2014. L’un des chefs de l’armée au moment des faits, le général Gilbert Diendéré, et le chef du commando qui avait tué Thomas Sankara, Hyacinthe Kafando, sont également condamnés à la prison à vie, et huit autres accusés à des peines de trois à vingt ans de prison. Les pistes des complicités étrangères ne sont pas traitées lors de ce procès. […] Lire la suite

14-27 novembre 2021 Burkina Faso – France. Attaque meurtrière d'un poste de gendarmerie et tentative de blocage d'un convoi militaire français.

Le 20, un convoi militaire français de ravitaillement escorté par des hommes de l’opération Barkhane, parti de Côte d’Ivoire en direction du Niger, est immobilisé par des manifestants à Kaya, dans le centre du pays. Quatre d’entre eux sont blessés par des tirs d’origine indéterminée. Le convoi avait déjà été bloqué à deux reprises sur le territoire burkinabé les jours précédents. […] Lire la suite

17-23 juin 2021 Côte d'Ivoire. Retour de Laurent Gbagbo et condamnation de Guillaume Soro.

Le 17, l’ancien président Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) en mars, fait son retour à Abidjan. Il reste condamné dans son pays à vingt ans de prison, depuis janvier 2018, pour, notamment, « détournement de deniers publics ». Le 23, la cour d’assises d’Abidjan condamne par contumace Guillaume Soro à la prison à perpétuité pour, notamment, « atteinte à l’autorité de l’État ». […] Lire la suite

15 avril 2021 France – Côte d'Ivoire. Procès du bombardement de la base militaire de Bouaké.

La cour d’assises de Paris spécialisée dans les affaires militaires condamne à la prison à vie, pour assassinat, les trois auteurs du bombardement, en novembre 2004, de la base militaire ivoirienne de Bouaké, occupée par les soldats français de l’opération de maintien de la paix Licorne. Celui-ci avait fait neuf morts parmi les forces françaises, en plus d’un civil américain. […] Lire la suite

30 mars 2021 Côte d'Ivoire. Confirmation de l'acquittement de Laurent Gbagbo par la CPI.

Laurent Gbagbo exprime son intention de rentrer en Côte d’Ivoire. En novembre 2019, il a été condamné dans son pays à vingt ans de prison par contumace dans l’affaire du « braquage » de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Richard BANÉGAS, Jean-Fabien STECK, « CÔTE D'IVOIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cote-d-ivoire/