BRONZES ANTIQUES

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Les archéologues et historiens de l'art antique ont montré, depuis les années cinquante, un intérêt nouveau pour les « petits bronzes », statuettes et objets décorés. Cela s'explique en partie par des découvertes spectaculaires : plusieurs milliers de bronzes géométriques et archaïques dans le stade d'Olympie ; une riche vaisselle de bronze et d'argent dans les tombes de Macédoine et de Thrace ; des vases étrusques et grecs en Gaule de l'Est et en Allemagne du Sud-Ouest, dont le cratère de Vix n'est que l'exemple le plus frappant. Mais il y a là aussi un phénomène plus général : les petits bronzes grecs sont des originaux, alors que nous ne connaissons guère la sculpture classique et hellénistique que par des copies ; dans les provinces de l'Empire romain, la statuaire juxtapose des marbres souvent académiques et des reliefs d'un attrait esthétique parfois médiocre, alors que, même maladroites, les statuettes ont une séduction indéniable. Plus généralement, l'artisanat prend une revanche sur le grand art ; les problèmes techniques qu'il pose, de même que ses implications sociales et économiques, donnent à l'étude des petits objets une importance croissante.

Tête d'Hypnos, le sommeil

Photographie : Tête d'Hypnos, le sommeil

Hypnos (le sommeil), tête ailée, fin du IVe siècle. Il s'agit sans doute de la copie romaine d'une œuvre grecque. British Museum, Londres. 

Crédits : Bridgeman Images

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Cela n'enlève rien de leur importance à la découverte de « grands bronzes », qui modifient sur bien des points notre vision d'une statuaire que nous connaissons surtout par des copies romaines en marbre. Citons les statues du Pirée, surtout du ive siècle, les deux héros de Riace, en Calabre, l'un et l'autre du ve siècle ; l'« athlète Getty », qu'on dit repêché au large de Fano, de style lysippéen ; la tête barbue de Porticello, près de Reggio de Calabre, qui fait remonter au ve siècle la naissance du portrait individuel ; la première statue d'Auguste à cheval, découverte au centre de l'Égée ; le groupe en bronze doré de Cartoceto, non loin d'Ancône, du début de l'époque impériale.

Statue de Riace

Photographie : Statue de Riace

La statue A (hauteur : 2,05 m), l'un des deux bronzes découverts en 1972 au large de Riace en Calabre. Art grec, Ve siècle avant J.-C. Musée de Reggio de Calabre. 

Crédits : G. Nimatallah/ De Agostini/ Getty Images

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Problèmes techniques

En ce qui concerne les problèmes techniques, des fouilles continuent à apporter des données nouvelles, en cours d'interprétation, par exemple pour la grande statuaire grecque à Olympie, à Corfou et à Rhodes, à Alésia et en Hongrie pour les petits objets romains. L'étude des objets montre de plus en plus que la technique très simple de la cire perdue, encore utilisée aujourd'hui dans plusieurs parties du monde, a été à peu près la seule employée dans l'Antiquité. Mais, à plusieurs reprises (Égypte hellénistique, Gaule romaine), les artisans, voulant augmenter massivement leur rythme de production, ont mis au point des procédés de fabrication en série, avec des moules partiels réutilisables.

On travaille beaucoup sur les problèmes de composition des alliages, recherches qui deviennent vraiment intéressantes depuis que, dans les années soixante-dix, on a mis au point des méthodes d'analyse qui donnent des résultats « reproductibles », c'est-à-dire identiques d'un laboratoire à l'autre, et par conséquent vraiment utilisables pour des comparaisons. Mais la complexité de la circulation des métaux dans l'Antiquité, le nombre des refontes à toutes les périodes font que des résultats historiques nets n'ont pu être atteints que sur deux types de questions. Le premier concerne les époques hautes. Sur le moment où, dans chaque région d'Asie occidentale et d'Europe, on passe d'un alliage de cuivre et d'arsenic, puis, peut-être, de cuivre et de plomb à l'alliage de cuivre et d'étain, c'est-à-dire au bronze proprement dit, les résultats sont clairs, même si le problème de l'origine de l'étain employé en Asie antérieure et en Grèce reste irritant : Asie centrale ou façade atlantique ? Il se peut que de petits gisements du Caucase et de Bohême, épuisés aujourd'hui et, par conséquent, oubliés dans la littérature archéologique récente, aient joué un rôle au départ, puisque c'est dans le Caucase que le bronze a été inventé. Dans d'autres cas, à l'intérieur d'un groupe bien délimité d'objets, l'analyse du métal a pu permettre de distinguer importations et produits locaux, comme on l'a fait pour la céramique ; c'est même, actuellement, la voie la plus immédiatement fructueuse.

En ce qui concerne les alliages, nous pouvons noter quelques résultats étonnants : les chevaux de Saint-Marc sont en cuivre à peu près pur, sans doute pour faciliter la dorure ; le cratère de Derveni contient presque 15 p. 100 d'étain, ce qui rend, en principe, très difficile le travail au repoussé, mais donne au vase sa teinte dorée claire. En général, il semble que c'est à partir de l'époque hellénistique avancée que, pour faciliter la coulée, on a ajouté souvent du plomb (alliage ternaire Cu + Sn + Pb) ; le zinc est fréquent dans les objets romains, peut-être en Gaule plus qu'ailleurs ; on a aussi des exemples de véritables laitons (Cu + Zn).

La bibliographie relative aux procédés de fabrication des objets en bronze est très abondante. La difficulté est, ici, que les techniciens modernes, à qui les archéologues doivent faire appel, risquent d'être influencés par leurs habitudes propres, plus rationnelles en général que celles de l'Antiquité, époque où le problème de la main-d'œuvre, c'est-à-dire du temps nécessaire à la réalisation d'un objet, ne se posait pas de la même façon.

Dans l'Antiquité comme de nos jours, on pouvait fabriquer un objet soit à la fonte, soit en façonnant le métal par martelage. Mais les deux procédés peuvent coexister sur un même objet : certains vases, romains surtout, sont partiellement amincis par martelage, alors que l'essentiel est obtenu directement à la coulée.

Le trait le plus marquant de la technique gréco-romaine est certainement la prédominance de la fonte à cire perdue directe, qui consiste à façonner entièrement l'objet, plein ou creux, en cire, à évacuer celle-ci du moule par chauffage, et à la remplacer par le bronze. Au contraire, les vases chinois les plus anciens (bronzes Shang) sont coulés dans des moules en plusieurs parties, faits à partir d'une matrice en terre cuite ; en Europe occidentale, les métallurgistes de l'âge du bronze ont utilisé surtout des moules en deux valves réutilisables. En Grèce et à Rome, ces moules en deux valves ne se trouvent guère que pour des objets plats qu'on pouvait couler en « grappe » (pointes de flèches, certains bijoux) ; quelques statuettes isolées, datant de diverses époques, montrent la suture de deux valves. Le procédé habituel obligeait à façonner chaque fois un nouveau modèle de cire, jamais tout à fait identique au précédent. Quelques séries suggèrent que c'est pour la confection [...]

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Tête d'Hypnos, le sommeil

Tête d'Hypnos, le sommeil
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Statue de Riace

Statue de Riace
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Figurine de guerrier, art étrusque

Figurine de guerrier, art étrusque
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Statuette de cavalier, art étrusque

Statuette de cavalier, art étrusque
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Pour citer l’article

Claude ROLLEY, « BRONZES ANTIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bronzes-antiques/