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BRONZES ANTIQUES

Les bronzes romains

L'étude des bronzes romains est très en retard par rapport à celle des bronzes grecs et même étrusques. Nos connaissances sont fort inégales selon les régions, à la fois parce que la production a été très variable et parce que la publication du matériel est très inégalement avancée. D'autre part, la carte de cette production se dessine mieux que sa chronologie : la complexité des influences, le retour volontaire à des types anciens, et surtout le poids de la tradition et de la routine dans un artisanat de valeurs très diverses rendent délicate l'application des méthodes de l'analyse stylistique (voir pourtant le catalogue d'Avenches). En outre, peu de statuettes ont été découvertes dans des conditions qui aident à les dater : c'est le cas de quelques trouvailles faites dans les camps de Rhénanie et sur quelques sites d'Italie du Nord. En revanche, on a pu dans plusieurs cas isoler dans un ensemble la production d'un atelier ; par exemple à Straubing, en Bavière, à Brèves (Nièvre), plusieurs fois en Italie du Nord, et c'est dans cette direction, apparemment, qu'on peut attendre les progrès les plus nets.

En Italie, deux régions seulement ont eu une production importante, et aucune n'est réellement étudiée. La première est la Campanie, active au moins jusqu'à la fin du ier siècle de notre ère. Le classement des réserves du musée de Naples devrait permettre d'avoir enfin une vue d'ensemble des découvertes des « villes du Vésuve », bien datées par l'éruption de 79 après J.-C. : repère capital, par rapport à quoi un grand nombre d'autres objets pourront être situés. En même temps, la qualité très médiocre de beaucoup de statuettes de Pompéi et d'Herculanum devrait dissuader d'utiliser trop simplement le critère de la qualité pour distinguer, dans les trouvailles de Gaule par exemple, les importations italiennes des produits locaux. Pour les vases, le rôle des ateliers campaniens est connu depuis longtemps. Mais les découvertes faites dans les provinces montrent aussi que les exportations campaniennes ont donné lieu très vite à des imitations : les trouvailles faites dans la Saône suggèrent que le centre-est de la Gaule, et peut-être d'abord Lyon (comme pour la céramique), a été un centre actif dès le ier siècle.

L'autre région d'Italie productrice de bronzes est la Cisalpine, qui a surtout fait des statuettes et des appliques, jusqu'à la fin de l'Antiquité.

Cependant, on a tenté (S. Boucher) de dresser un tableau d'ensemble des statuettes de Gaule. C'est sans doute la province qui a fourni le plus grand nombre de petits bronzes, avec une originalité certaine. À côté de choix esthétiques dont la raison apparaît mal, comme une prédilection très nette pour des sujets « de genre » de tradition alexandrine, on trouve des thèmes liés aux croyances gallo-romaines : figurations de divinités d'origine celtique, ou types particuliers traduisant en schémas romains des aspects de la religion locale. Il semble qu'après une production limitée, mais souvent très soignée, dès le ier siècle après J.-C., la fabrication soit devenue beaucoup plus abondante au iie siècle et dans la première moitié du iiie, avec des séries très nombreuses de certains types, de Mars et surtout de Mercure, un peu moins abondantes pour d'autres dieux, Jupiter et Apollon. Une partie des études montre la dégénérescence progressive de types statuaires classiques ; cette voie est certainement moins féconde que celle qui cherche à préciser les préférences locales ou régionales et à en déterminer les raisons, sociales ou religieuses. Ainsi, l'usage du laraire à la romaine, rassemblant dans la maison des statuettes divines, peut révéler un aspect de la romanisation, dans les villes de Gaule comme aussi dans les grandes[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite de l'université de Bourgogne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Tête d'Hypnos, le sommeil - crédits :  Bridgeman Images

Tête d'Hypnos, le sommeil

Statue de Riace - crédits : G. Nimatallah/ De Agostini/ Getty Images

Statue de Riace

Figurine de guerrier, art étrusque - crédits :  Bridgeman Images

Figurine de guerrier, art étrusque

Autres références

  • BRONZES DE RIACE (archéologie)

    • Écrit par Bernard HOLTZMANN
    • 990 mots
    • 2 médias

    Le 16 août 1972, à Riace Marina, modeste plage de la côte est de Calabre, un plongeur amateur découvrit à peu de distance du rivage un bras de bronze émergeant du sable. Deux statues en bronze presque intactes furent aussitôt repêchées, mais les fouilles sous-marines entreprises en 1973 et 1981 n’ont...

  • AFGHANISTAN

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    • 37 316 mots
    • 19 médias
    Les bronziers fabriquaient des statuettes de divinités copiées sur les revers des belles monnaies bactriennes, mais dont la technique rustique confirme l'origine locale, comme dans la représentation un peu naïve d'un Héraclès se couronnant de feuillage. La numismatique bactrienne, avec ses belles médailles...
  • ART (L'art et son objet) - Le faux en art

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    ...xve siècle, le sculpteur florentin Ghiberti fabrique des monnaies à la manière antique, mais sans intention dolosive, et la production de petits bronzes antiquisants commence à la fin du xve siècle et s'intensifie au xvie siècle ; Venise concurrence Florence dans cette activité. La première...
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Voir aussi