ART DE COUR

La peinture et l'apparition de l'italianisme dans les enluminures des frères de Limbourg

En 1396, Jean Malouel, originaire de Gueldre, fut nommé peintre en titre de Philippe le Hardi à Paris et à Dijon. Le tondo aux armes de Bourgogne du Louvre, attribué à Malouel, est une pietà trinitaire, reflétant une Trinité disparue, sculptée par Jean de Marville pour la chartreuse de Champmol, avec Dieu le Père tenant debout le Christ en croix. Deux des frères de Limbourg, ses neveux, Herman et Jean, furent mis en apprentissage chez un orfèvre de Paris. Puis Paul et Jean de Limbourg peignirent (1400/1402-1404) pour Philippe le Hardi une Bible moralisée où l'on décèle des emprunts à Jean de Beaumetz, peintre à Champmol. En 1405, les trois frères de Limbourg entrèrent à Bourges au service de Jean de Berry. Ils complétèrent les Petites Heures du duc et ses Très Belles Heures de Notre-Dame (Bibl. nat.) qu'avait commencées le Maître du parement de Narbonne (devant d'autel peint en grisaille sur samit blanc pour Charles V), un artiste représentant du courant bohémien à Paris. Les Très Riches Heures, laissées inachevées en 1416, l'année de la mort du duc de Berry et des trois frères de Limbourg, se distinguent des Belles Heures (1405-1409) par un nombre beaucoup plus grand d'italianismes. Dans l'Annonciation des Belles Heures, les rinceaux d'acanthes animées de l'encadrement sont inspirés des piédroits de la porta della mandorla de la cathédrale de Florence. Dans deux des Heures de Charles III de Navarre, par Zebo da Firenze, se glissent des grivoiseries flamandes. Parmi les « portraits » des châteaux de Jean de Berry, qui sont la nouveauté sensationnelle du calendrier des Très Riches Heures, signalons que le laboureur à son araire pour le mois de mars transpose un bas-relief giottesque du campanile de la cathédrale de Florence. Le paysage couvert de neige (février) et les travaux des mois ont leurs précédents à la tour de l'Aigle de Georges de Lichtenstein, prince-évêque de Trente, dont les fresques furent peintes vers 1406 par Wenzel, peintre originaire de Bohême, influencé par Stefano da Verona, le représentant le plus exquis du style gothique international dans l'Italie du Nord. La Chute des anges rebelles dans les Très Riches Heures occupe une place charnière parce qu'elle dérive d'un tableau siennois dans la manière d'Ambrogio Lorenzetti (au Louvre), et qu'elle annonce une composition analogue de Jean Fouquet. Paul de Limbourg, dont Millard Meiss a dégagé magistralement la supériorité de main sur ses frères, peignit le semage et le hersage du champ devant le Louvre de Charles V (octobre) avec une récession calculée de l'espace plat fuyant et des tonalités de perspective atmosphérique qui constituent des innovations capitales pour l'histoire de l'art : l'Italie les redécouvrira séparément au xve siècle.

— Philippe VERDIER

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • Philippe VERDIER : professeur émérite, université de Montréal, Kress Fellow, Galerie nationale, Washington, membre de la Société royale du Canada

Classification

Pour citer cet article

Philippe VERDIER, « ART DE COUR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Média

Tombeau de Louis XII, basilique de Saint-Denis

Tombeau de Louis XII, basilique de Saint-Denis

Tombeau de Louis XII, basilique de Saint-Denis

Le tombeau du roi de France Louis XII (1462-1515) et de son épouse Anne de Bretagne (1477-1514), à…

Autres références

  • ART (Aspects culturels) - Public et art

    • Écrit par Nathalie HEINICH
    • 5 505 mots
    • 1 média
    ...mécénat, autrement dit la commande d'œuvres par des instances collectives, religieuses d'abord, princières ensuite, avec le développement de la « curialisation » analysée par Norbert Elias dans La Société de cour. Dans ce contexte cultuel ou somptuaire, les œuvres avaient deux catégories...
  • BALLET

    • Écrit par Bernadette BONIS, Pierre LARTIGUE
    • 11 100 mots
    • 17 médias

    Le premier ballet a été dansé le 15 octobre 1581 dans la grande salle du Petit-Bourbon au Louvre, à l'occasion du mariage du duc de Joyeuse, favori de Henri III, avec Mlle de Vaudémont, sœur de la reine Louise de Lorraine. Ce spectacle apparaît comme la réalisation du rêve de Baïf, une fusion...

  • CASTILLE

    • Écrit par Marcel DURLIAT, Universalis, Philippe WOLFF
    • 9 051 mots
    • 12 médias
    Cependant, en marge de cet art national, se développe, dans la première moitié du xviii e siècle, une architecture propre à la Cour et non exempte d'intentions politiques. Les Bourbons, qui ont à cœur d'opérer la rénovation de l'Espagne, veulent aussi renouveler le cadre de leur vie officielle, afin...
  • CATALOGNE

    • Écrit par Mathilde BENSOUSSAN, Christian CAMPS, John COROMINAS, Marcel DURLIAT, Robert FERRAS, Jean MOLAS, Jean-Paul VOLLE
    • 19 601 mots
    • 7 médias
    En ce qui concerne l'art de cour, les particularités de l'époque peuvent être étudiées soit à Barcelone, au Palais royal majeur, où la salle d'apparat du Tinell fut refaite par le maître Guillaume Carbonell entre 1359 et 1370, soit, mieux encore, à Perpignan. La dynastie majorquine, d'origine catalane,...
  • CHANSON

    • Écrit par Louis-Jean CALVET, Guy ERISMANN, Jean-Claude KLEIN
    • 6 282 mots
    • 6 médias
    L'art des troubadours nous renseigne sur ce que pouvait être l'art populaire de l'époque. On estime que l'art de cour, qui était encore monodique et que pratiquèrent les Bernard de Ventadour, Jaufré Rudel, Marcabru, Raimbaut d'Orange, Peire d'Auvergne, Guiraut de Borneill, Guiraut...
  • Afficher les 28 références

Voir aussi