ANCIEN RÉGIME

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L'expression « Ancien Régime », dont le caractère dénigrant ne peut faire de doute, a été popularisée par le célèbre livre d'Alexis de Tocqueville, paru en 1856, L'Ancien Régime et la Révolution. Elle a cependant été utilisée telle quelle dès la fin de 1789. Elle est issue du vocabulaire familier du xviiie siècle et, peut-être, de certaines locutions juridiques utilisées par les jurisconsultes des xviie et xviiie siècles. La locution « ci-devant » est couramment employée par la génération de 1730, ou par celle de 1750. Sans doute ces mots n'ont-ils pas encore le caractère agressif et méprisant que leur donneront les révolutionnaires et, plus encore, les idéologues, journalistes et historiens de l'époque romantique ; pour eux, le mot est une arme, qui permet à la fois de justifier les « grands ancêtres » et, aussi, de saper les fondements de la Restauration. Avec Tocqueville, et plus encore avec Taine, le tranchant des expressions s'émousse quelque peu, pour devenir davantage la constatation d'un état de fait. Entrée dans le langage courant, l'étiquette continue cependant à garder de nos jours l'âcre saveur des mots-mythes efficaces, de ces mots qui contribuent à « faire » l'histoire, parce qu'ils sont des symboles où tout un chacun met ce qu'il entend. La « philosophie des Lumières », qui en a présidé l'enfantement, a implicitement chargé le mot « Ancien Régime » de tout le poids de sa volonté de progrès, de l'espoir des lendemains moins durs, de la certitude aussi du triomphe de la jeune science, qui a célébré au xviiie siècle quelques-uns de ses plus beaux triomphes. Les cahiers de doléances sont comme le monument qui marque la fin de l'Ancien Régime et inaugure les temps nouveaux. Au point que l'événement de 1789 marque encore dans les habitudes universitaires françaises la coupure ou, plutôt, le fossé – infranchissable – entre cette histoire qui, par un singulier renversement, devient « contemporaine », à la surprise, et parfois à l'indignation, de nombreux historiens étrangers. Le reproche majeur que l'on peut adresser à l'expression est qu'elle ne s'applique pas à l'économique. En fait, la fin de l'Ancien Régime économique se situe au début du second Empire – ce qu'il a été longtemps impossible de faire admettre officiellement aux partis qui se réclament de la tradition de 1789.

Mais, si l'Ancien Régime a bien une date, très officielle, de décès, il n'a, en revanche, pas de date de naissance bien précise. Conception plus juste des choses et qui a, du moins, l'immense mérite de marquer mieux cette continuité de l'histoire, que l'admirable texte de Tocqueville n'est pas parvenu, en dépit de sa clairvoyance, partielle et partiale, à imposer pour 1789.

Ainsi, la locution « l'Ancien Régime » est-elle devenue, dans le langage de tous les jours, cette expression vague à souhait qui désigne une chose morte, dont on ne sait trop où, ni quand, ni comment elle a commencé, qui se termine dans la manœuvre de club et de couloir de la nuit du 4 août 1789, fleurant bon les nostalgies fanées d'un passé idéalisé pour les uns, scandale justement réparé pour les autres, qu'élèves et étudiants entrevoient – mal et vite – au fil des quelques heures passées à pâlir sur l'« histoire moderne ». La connaissance historique du grand public est ainsi nourrie de nombre d'images d'Épinal ou, plus exactement, d'étiquettes.

Pourtant, en ces trois siècles où – pour utiliser la terminologie, discutable, de W. Rostow – se sont lentement accumulées les conditions nécessaires à ce qu'il est convenu d'appeler le « décollage » de l'Occident européen, l'Ancien Régime a subi tant de mutations, essayé tant d'expériences, tant innové, tant détruit, tant conservé aussi, que la démythification de l'étiquette « Ancien Régime » présente quelque intérêt, même pour un homme d'aujourd'hui.

Le mot désigne d'abord l'organisation politique (mais il faudrait mettre le pluriel) d'avant 1789 ; ensuite une certaine société, que l'on qualifiait au xviiie siècle, à la suite des juristes, de « féodale » – entendons, en réalité, « seigneuriale ». Il met ainsi en cause l'ensemble des « superstructures » balayées par l'ouragan de l'été de 1789.

Il n'y a pas si longtemps qu'en pleine République la loi de finances rappelait, dans le justificatif juridique qui la coiffe, les ordonnances de Charles VII. On pourrait prendre ce petit fait comme symbo [...]

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Entrée solennelle de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse à Arras, A. F. van der Meulen

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Le cardinal Mazarin

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Rennes

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Pour citer l’article

Jean MEYER, « ANCIEN RÉGIME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ancien-regime/